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Recherches sur le vibrion septique

Ces recherches, entreprises depuis plus d’un an, n’ont été encore l’objet que de communications partielles à la Société des sciences médicales et à la Société des sciences industrielles de Lyon. Quelques-uns des résultats obtenus ont été exposés dans son cours par M. le professeur Arloing..

On sait que le vibrion septique de Pasteur provoque, dans le tissu cellulaire des animaux, auxquels il est inoculé,' de véritables fermentations accompagnées de dégagements gazeux. M, Arloing a constaté en outre que le microbe de la septicémie gangréneuse de l’homme, as-

similé par MM. Chauveau et Arloing au vibrion septique, peut faire fermenter in vitro divers hydrates de carbone et substances albuminoïdes. J’ai entrepris, sur le conseil de M. Duclaux, l’étude de ces fermentations.

Le caractère exclusivement anaérobie du vibrion septique, et la nécessité de recueillir les gaz, rendent nécessaire, pour une telle étude, l’emploi d’appareils spéciaux qu’il serait trop long de décrire ici. Qu’il me suffise de dire que la substance fermentescible est constamment dissoute dans du bouillon de cheval, qui, de tous les liquides, s’est montré le plus favorable au développement du microbe. (Je n’ai jamais pu obtenir de fermentation dans les solutions végétales les plus diverses : infusions neutralisées de foin, de touraillon, de malt, de pruneaux, de raves, moût de vin et de bière, etc.) Un peu de carbonate de chaux précipité, ajouté au mélange, est destiné à absorber au fur et à mesure de leur formation les produits acides de la fermentation. L’appareil est exactement privé d’air, ensemencé, et porté à l’étuve à 39°. La semence est généralement une goutte de sang recueillie dans le cœur d’un cobaye, au moment où il vient de succomber à la septi-

C’est surtout sur la fermentation du glucose qu’ont porté jusqu’à ce jour mes recherches : après une première période, pendant laquelle elle se montre assez active, elle devient d’une, lenteur désespérante. Après six mois et plus, il reste encore dans le liquide du sucre non transformé. Il se dégage de l’acide carbonique et de l’hydrogène, et l’analyse du résidu permet d’y déceler la présence des alcools éthylique et butylique normal, des acides formique, acétique, butyrique et paralactique, et des traces d’acide suecinique.

Ce qui rend cette étude à la fois attravante et difficile, c’est la variabilité des produits de la fermentation : tantôt, au lieu d’un mélange d’acide carbonique et d’hy-

drogène, de l’acide carbonique seul se dégage ; l’acide paralactique semble, dans certains cas, le produit principal de la transformation du sucre, dans d’autres, il est absent ou à l’état de traces ; l’alcool butylique : normal est parfois en quantité presque égale à celle de l’alcool éthylique, il arrive que ce dernier est absolument pur. Il y a la même irrégularité dans les proportions des acides gras volatils.

Cette variabilité dans les produits de la fermentation est un phénomène des plus intéressants. Pasteur l’avait observée dans les produits de la fermentation butyrique du lactate de chaux ; mais ici elle pouvait, comme le fait remarquer M. Duclaux, être attribuée à une différence dans la nature des ferments. Dans l’étude du vibrion septique, les propriétés pathogènes de l’organisme, faciles à vérifier à l’issue de chaque expérience, permettent de s’assurer qu’il n’y a pas eu substitution de microbes et de rattacher les irrégularités de la fermentation à des modifications biologiques du ferment, modifications en rapport avec les conditions physiques et chimiques de son développement.

L’étude du déterminisme de ces modifications biologiques est malheureusement, non seulement très délicate, mais très longue, chaque fermentation durant, comme je le disais plus haut, plusieurs mois. La cause de variations qui me semble le mieux établie, à l’heure actuelle, est l’action de l’oxygène, soit sur la fermentation ellemême, soit sur le microbe avant l’ensemencement.

Tout en poursuivant l’étude des fermentations du glucose, j’ai cherché l’action du vibrion septique sur un certain nombre d’autres substances fermentescibles : l’amidon subit une fermentation dont les termes ultimes

Le saccharose ne paraît pas être interverti, le lactose fermente avec activité, la glycérine mal, le lactate de chaux pas du tout. Ce dernier fait a une importance particulière; il prouve que le vibrion septique est essentiellement différent du ferment butyrique de Pasteur, dont le rapprochent sa forme et son caractère essentiellement anaïrobie.

J’ai en vain tenté de constater la présence de diastases dans les bouillons de culture du vibrion septique. Je n’y ai trouvé ni sucrase, ni amylase, ni présure, ni pepsine.

J’ai commencé, dans le laboratoire de M. Arloing, des expériences physiologiques, en vue d’étudier les toxines sécrétées par le vibrion septique dans ses bouillons de culture. Ces bouillons deviennent rapidement très toxiques ; par injection intraveineuse, ils peuvent tuer les chiens en moins de deux heures, à la dose de 5“ par kg. d’animal. La substance active est retenue en grande partie par le filtre Chamberland, elle est détruite par une température de 120°, elle est fortement altérée par l’alcool, et lentement par l’action de l’air.

Ces expériences se poursuivent.

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