Des troubles oculaires dans la paralysie generale
(Progrès médical, juin 1893,)
Les troubles oculaires sont considérés en général comme des symptômes accessoires de la paralysie générale. Cette opinion repose sur l’inconstance et la variabilité supposées de ces troubles. Des recherches auxquelles s’est livré l’auteur, avec l’aide de M. le D" Jocqs, il résulte que cette façon de voir n’est pas fondée. A côté des troubles oculaires accessoires qui n’appartiennent pas en propre à la paralysie générale et ne s’y montrent qu’accidentellement (paralysies des muscles moteurs du globe de l’œil, atrophie papillaire), il en est un habituel qu’on y observe toujours avec les mêmes caractères quoique à des degrés divers, c’est \'ophtalmoplégie interne, c’est-à-dire la paralysie du constricteur de la pupille et du muscle ciliaire qui préside à l’accommodation. Celte paralysie se traduit objectivement d’abord par la diminution de la réaction pupillaire à la lumière, plus lard par la diminution de la réaction à l’accommodation, enfin par l’absence complète de mouvements du sphincter de l’iris aussi bien sous l’influence des efforts de fixation des objets rapprochés que sous celle des rayons lumineux. Subjectivement cette ophtalmoplégieprop'resattJe se révèle à un moment donné par la diminution puis la perle du pouvoir accommodateur.
Comme la paralysie évolue lentement et ne marche pas habituellement de pair dans les deux yeux, il en résulte de l’inégalité pupillaire, la pupille 'de l’œil le plus aflecté étant plus large que celle de l’œil le moins touché.
Le signe d’Argyl-Robertson n’appartient pas à la paralysie générale. Toutefois, il peut au début s’y montrer d’une façon transitoire, alors que la réaction de la pupille à la lumière est déjà affectée (et elle l’est toujours la première), celle à l’accommodation n’élant pas encore intéressée. Mais alors que dans l’ataxie locomotrice les choses restent en Tétat, dans la paralysie générale la parésie d’abord, puis la paralysie à l’accommodation ne tardent pas à apparaître.
Cette ophtalmoplégie interne à développement lent et progressif a une valeur diagnostique telle qu’elle a permis de reconnaître la paralysie générale dans des cas où les autres symptômes devaient être recherchés soigneusement; elle a été vraiment le signe révélateur de la maladie.
au nombre des symptômes accessoires, mais qu’ils doivent être placés au premier rang à côté des signes qui ont une grande valeur diagnostique : la démence, le délire et les troubles de la parole,
47. L’auteur a été chargé de la rédaction des articles relatifs aux Psychoses et à la Paralysie générale progressive, qui doivent paraître dans le tome YI du Traité de médecine, publié sous la direction de MM. Bouchard, Charcot et Brissaud.