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Des psychoses polynévritiques

Congrès des alién. et neurol. de Marseille, avril 1899.

Lorsqu'on 1889, Korsakotf signala l’existence de troubles mentaux au cours des polynévrites, sa description provoqua, tout d’abord, une sorte d’étonnement et de surprise. Mais on ne tarda pas à recueillir de divers côtés des faits qui vinrent en montrer la justesse. Bien plus, on constata que certains des troubles, qui trouvaient place parmi ceux de la psychose nouvelle, avaient été déjà entrevus et au moins sommairement signalés; c’est ainsi que Charcot avait appelé l’attention sur l’amnésie qui accompagne souvent la polynévrite alcoolique. Aujourd’hui, la réalité de la |. sychose polynévrilique n’est mise en doute par personne.

Sous ce nom, on doit entendre des syndromes mentaux, associés d habitude à la polynévrite et reconnaissant la même cause toxi-infeclieme.

Nous disons syndromes mentaux : les formes cliniques de l’affection sont, en effet, multiples et variées. Ces syndromes sont associés d'habitude à la polynévrite, mais l’association n’est pas constante ; de même que la polynévrite peut exister sans eux, ils peuvent se montrer indépendamment de la polynévrite. Enfin ils résultent de l’action sur le cerveau des mêmes agents toxiques (exo-loxiques, toxi-infectieux ou autotoxiques) qui délerminent la névrite en agissant sur les nerfs.

Les formes cliniques de la psychose polynévritique sont très nombreuses; il me semble, pourtant, qu’on peut les grouper sous trois chefs :

a. Forme délirante;

b. Forme de confusion mentale;

c. Forme amnésique.

Ces formes peuvent s’associer ou se succéder, et entre elles il y a des intermédiaires qui les rapprochent.

Quelle idée faut-il se faire de la PAimoeimi.de ces troubles? Qu’ils soient sous la dépendance des substances toxiques dont l’action nocive sur le tube nerveux détermine la polynévrite, la chose ne semble pas douteuse. Mais les troubles survivent souvent à la cause qui les a produits : ils persistent dans

bien des cas, longtemps après que les poisons ont dù être éliminés de l’économie. II était dès lors naturel de supposer que, dans ces cas, ils sont sous la dépendance de lésions durables engendrées dans le cerveau par ces poisons.

Ces lésions ont été cherchées. On a constaté de l’oedème de la pie-mère, de la congestion des méninges, de la snrcbarge pigmentaire des cellules; toutes altérations sans grand caractère, si bien qu’en 1896 M, Soukhanoff pouvait dire qu’on ignorait s’il existait vraiment des lésions corticales dans la psychose polynévritique.

J’ai été assez heureux pour pouvoir étudier histologiquement le cerveau, dans plusieurs cas de cet ordre, et j’ai rencontré, en me servant de la méthode de Nissl, des altérations dont la signification et l’importance ne me semblent pas douteuses. J’ai d’ailleurs déjà signalé ailleurs le résultat de mes recherches.

Le premier de ces cas est particulièrement typique.

Il s’agit d’une femme de trente ans, alcoolique, tuberculeuse et chez laquelle, sous l’influence de l’alcoolisme et peut-être de la tuberculose, s’était développée une cirrhose avec dégénérescence graisseuse du foie. On constatait chez cette femme des signes nets de polynévrite (douleurs, impotence, amaigrissement des muscles) avec du délire à forme onirique et des symptômes de confusion mentale.

A l’autopsie, j'ai trouvé les lésions ordinaires de la polynévrite, et, du côté des cellules des cornes antérieures de la moelle, les altérations que d’habitude la polynévrite y provoque par réaction à distance. On sait qu’à la suite de la section expérimentale des nerfs les cellules médullaires, d’où ces nerfs procèdent, subissent des modifications de structure, que les recherches de Nissl, deMarinesco, celles que j’ai poursuivies avec Dutil, ont mises en relief: ces modifications consistent en la tuméfaction de la cellule qui, de triangulaire, devient arrondie, en la chromalolyse périnucléaire ou diffuse, enfin à la projection du noyau à la périphérie. Elles se rencontrent identiques chez l’homme, à la suite des amputations (Flatau, Sano, Van Gehuchten et de Buck) et aussi, je l’ai dit, au cours des polynévrites (Marincsço, Ballet et Dutil). Il n’était donc pas surprenant que’ nous

les trouvions très accusées dans la moelle de la malade à laquelle je fais allusion.

Mais le fait intéressant et, je crois, nouveau, c’est que j’ai rencontré des lésions analogues sur les coupes.de l’écorce, particulièrement sur les coupes du lobule paracentral. Les altérations constatées sur les préparations colorées par la méthode de Nissl sont limitées aux cellules. Celles-ci n’ont pas subi de modification dans leur ordonnance générale, ni dans leur nombre et, à un faible grossissement (Leitzoc. i/obj. 2), les coupes ne diflèrent pas sensiblement de coupes de cerveau normal. Mais, à un grossissement plus fort (Leilz oc. i / obj. 7), on constate qu’un grand nombre de cellules sont altérées. Ces altérations sont surtout manifestes au niveau de la troisième couche (couche des grandes cellules pyramidales) ; elles intéressent à la fois les éléments fondamentaux de cette couche et les cellules géantes de Belz. Sur cinq cellules, il y en a une saine, trois ou quatre de malades : l’une à un haut degré, les deux ou trois autres à un degré moindre. Voici la série des altérations qu’on note en procédant des plus légères aux plus accusées ; quelques cellules sont simplement tuméfiées, it contours arrondis, avec un noyau plus volumineux que le noyau normal ; autour de ce noyau, les granulations chromatophiles sont encore nombreuses et très distinctes. Beaucoup d’éléments ont perdu leur forme triangulaire ; leur noyau s’est rapproché de la périphérie, et les granulations, âu pourtour de ce noyau, sont manifestement dissoutes. Quelques-unes subsistent à la périphérie de la cellule ou à la base de certains prolongements. D’autres cellules, plus rares, ont conservé leur forme, mais la substance chromophile y a perdu sa disposition en amas granuleux, et s’est accumulée sous forme d'une bande foncée, contre l’une des parois ; les contours du noyau sont peu visibles et le nucléole a disparu. Enfin, dans certains éléments* la chromatolyse est complète ; la cellule est arrondie, gonflée, et le noyau, plutôt diminué de volume, est appliqué contre la paroi.

L’examen des noyaux sur les coupes colorées à Yhématoxyline montre qu un certain nombre d’entre eux ont subi, dans leur forme, des modifications qui impliquent des changements dans leur structure: les uns sont irréguliers, déchiquetés sur leurs bords, d’autres d’aspect réniforme.

l 'Encéphale : septembre 1906.

Dans ce travail est rapporté le résultat de l’examen histologique de cinquante-neuf cerveaux d’individus affectés de toxémies ou d’infections.

Un premier groupe comprend 31 observations d’intoxiqués ou d’infectés non délirants. Dans ce groupe on n’a constaté qu’une seule fois des lésions corticales.

Chez 28 autres malades (second groupe), affectés au contraire de délire, on a rencontré treize fois des altérations de l’écorce. De cette double

sérié de faits ressort celte constatation que, dans les toxi-infeclions, les lésions corticales ne sont fréquentes que chez lés délirants. Ces lésions sont l’expression anatomique de la majoration de l’empoisonnement sur l'écorce cérébrale, dont le délire est l’expression fonctionnelle.

152. - La période prodromique à forme neurasthénique dans la paralysie générale. — Leçon in Semaine médicale, 22 novembre 1 893.

. Les descriptions classiques de la période prodromique de la paralysie • générale mettent bien en relief les troubles les plus ordinaires et les plus saillants de celte phase, mais elles en laissent dans l’ombre beaucoup d’autres sur la signification et la valeur pronostique desquels il est de la plus haute importance d’avoir des notions précises.

G’est le cas de la période prodromique il forme neurasthénique, sur laquelle nous avons appelé l’attention. Les paralytiques généraux, dans la phase première de leur affection, et cette phase peut durer plusieurs années, sont souvent pris pour de simples neurasthéniques et traités comme tels. Cependant, certains caractères permettent de différencier de la neurasthénie la fausse neurasthénie préparalytique. Dans cette dernière : 1“ les stigmates (casque, rachialgie, plaque sacrée) font habituellement défaut ; 2“ les douleurs névralgiques occupent dans le tableau clinique une place très importante. Ces douleurs (abstraction faite, bien entendu, des douleurs fulgurantes ou térébrantes qui dépendent de lésions spinales) sont multiples, essentiellement mobiles, variables d’un jour à l’aùtré. Lès descriptions imagées qu’en font les malades étonnent :,ce sont des douleurs qu’on n’a pas coutume d’observer.-, 5° il se produit d’un moment à l’autre, des modifications brusques dans l’état du sujet. Bref, les souffrances ont les caractères de phénomènes plus psychiques que somatiques.

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