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VIII- — PATHOLOGIE MENTALE ANATOMIE PATHOLOGIQUE ET CLINIQUE

IM. — Les lésions cérébrales de la paralysie générale étudiées par la méthode de Nissl. — Soc. médico-psych., février 1898.

Dans cette communication on a appelé l'attention sur plusieurs points : *° la méthode de Nissl permet d’apprécier avec une grande netteté les lésions vasculaires et celles des cellules. Sur une préparation examinée à un grossissement moyen, ce qui frappe tout d’abord, c’est la dilatation énorme des vaisseaux (artérioles et capillaires) ; c’est l’engainement de ces vaisseaux par un manchon de corpuscules lymphatiques qui distendent la game adventitielle ; c’est l’accumulalion du pigment sur certains points, particulièrement au voisinage des bifurcations. Ces altérations sont décelables sans doute par d’autres réactifs colorants que ceux employés dans la méthode de Nissl, par l’hématoxyline notamment et même le picrocarmin, et elles ont été depuis longtemps décrites par tous les observateurs. Mais la méthode de Nissl les met en évidence plus nettement que

On en peut dire autant de la multiplication des cellules blanches qui, émigrées des vaisseaux par diapédèse, ou dues peut-être pour une part à la prolifération des éléments cellulaires de la nevroglic, s’accumulent dans le tissu interstitiel, principalement au voisinage des vaisseaux ou au pourtour des cellules nerveuses. A un grossissement dc-^.on distingue aisément des petites cellules blanches (lymphocytes) à petit noyau très coloré et à protoplasma rare, de gros globules blancs constitués par un noyau volumineux, irrégulier de forme, moins imprégné que celui des lymphocytes par le bleu de méthyle, enfin des leucocytes polynucléaires.

Mais l’intérêt de la méthode de Nissl est surtout relatif à l’étude, des lésions des cellules nerveuses. L’élément tend à perdre sa forme triangu-

laire pour devenir ovalaire ou arrondi; les prolongements protoplasmiques sont atrophiés, peu visibles; les granulations chromatophiles ont pour la plupart subi une façon de fonte; ou bien elles sont réduites en une sorte de poussière très fine, ou bien elles se sont comme dissoutes dans la masse du protoplasma.

2° Les lésions constatées constituent un argument non pas contre, mais en faveur de l’origine spécifique de la paralysie générale. Les adversaires de cette origine ont fait remarquer que les lésions syphilitiques, au moins dans la syphilis viscérale, sont des lésions circonscrites, à forme nodulaire ou gommeuse, et que leur physionomie habituelle diffère d’une façon frappante de celle des lésions de l’encéphalite diffuse.

M. le professeur Fournier, qui a contribué, plus que tout autre, à établir les relations de la syphilis et de la paralysie générale, a répondu à l’objection. 11 a fait judicieusement obse'rver que cette objection, comme je l’avais déjà relevé, repose sur une véritable pétition de principe. Déclarer a priori que les lésions spécifiques doivent reproduire un type toujours identique à lui-même, et éliminer du cadre des affections ressortissant à la syphilis, toutes celles qui ne reproduisent pas ce type anatomo-pathologique, c’est résoudre la question par la question et commettre « une généralisation illégitime, prématurée ». « Les lésions de la paralysie générale, dit M. Fournier, n’avaient pas paru jusqu’à ce jour devoir être considérées comme pouvant dériver delà syphilis; eh bien! il faut admettre qu’elles peuvent dériver de la syphilis, puisque l’étiologie et la clinique nous apprennent que très fréquemment la paralysie générale est de provenance, d’origine syphilitique. » J’estime qu’on peut aller plus loin que M. Fournier et avancer que si de l’étude des lésions de la paralysie générale on peut inférer leur origine, ces lésions plaident non pas contre, mais en faveur de l’étiologie spécifique. Et d’abord, ce serait faire appel à une anatomie pathologique vieillotte, de supposer que la lorme nodulaire ou gommeuse soit la seule qu’affectent les lésions syphilitiques. Ne savonsnous pas que dans certains organes, la moelle notamment, elles revêtent souvent la forme de lésions diffuses ? C’est ce qui a lieu, par exemple, dans la myélite diffuse embryonnaire (Gilbert et Lion, Lamy). Or, l’analogie est

frappante entre les lésions qui constituent cette variété de myélite spécifique et celles de la paralysie générale : c’est un point que M. le professeur Raymond s’est attaché naguère à mettre en relief.

Cela dit, lorsqu’on jette un coup d’œil sur les altérations vasculaires décrites dans ce travail, l’impression première qui se dégage de leur examen, c’est que ces altérations, suivant toute vraisemblance, sont de nature infectieuse. La seconde pensée qui se présente à l’esprit c’est que des lésions de cette physionomie, à évolution lente et chronique, ont des chances pour relever de la syphilis : voilà l’opinion que n’hésitent pas à formuler les anatomo-pathologistes non prévenus lorsqu’on. leur soumet les préparations ou les dessins. J’ai tenté l’épreuve, et les réponses ont été toujours celles que je viens d’indiquer. Peut-on, dès lors, continuer à prétendre que les lésions de la paralysie générale militent contre l’origine spécifique de l’affection? J’estime qu’au contraire elles constituent plutôt un argument de plus en faveur des relations qui rattachent la paralysie générale à la syphilis.

5“ A ce propos, j’ai insisté, avec faits à l’appui, sur les autres arguments qui démontrent cette origine de la maladie : statistiques (surtout statistiques urbaines), étude étiologique des cas de paralysie générale juvénile et de paralysie générale féminine, expériences négatives d’inoculation (Krafft-Ebing).

145. — Des lésions des neuroiibrilles dans la paralysie générale,

plupart des cellules de Betz. En outre, le feutrage fibrillaire, qui entoure chaque cellule, est beaucoup moins riche et dense dans les cerveaux de paralytiques généraux que dans les cerveaux témoins.

Ces constatations concordent avec celles de Marinesco. Elles démontrent que le processus dû à l’encéphalite diffuse, lèse la substance achromatique comme la chromatique.

146. — Lésions du cerveau et de la moelle dans un cas de démence. Atrophie du réseau d’Exner et chromatolyse des cellules. Dégénérescence bilatérale des faisceaux pyramidaux. (Soc. mëi. hôp., 4juin 1897.)

Ces lésions ont été constatées sur les centres nerveux d’un homme de 54 ans, ancien syphilitique, présentant des signes d’affaiblissement intellectuel très accusé, sans aucun symptôme, toutefois, de paralysie générale.

Sur les coupes de l’écorce préparées par la méthode dite Pall-rapidc (méthode personnelle) on constate la disparition des fibres tangentielles, qui constituent le réseau d’Exner. Cette altération, habituelle dans la paralysie générale, a été déjà signalée dans la démence sénile, notamment par Gestkoff.

Mais on a relevé une autre altération plus intéressante : sur les coupes colorées par le Nissl et examinées à un fort grossissement, on constate aü niveau de la plupart des cellules pyramidales, grandes et petites et des cellules de Betz, que le cytoplasma est devenu homogène; le noyau et le nucléole rèstent très visibles, les prolongements cellulaires ne sont pas rompus. Bans la moelle on retrouve des lésions analogues, mais moins accusées et moins générales; à côté de cellules où la chromatolyse est complète et dont quelques-uns des prolongements sont rompus, on en trouve d’autres où la chromatolyse est partielle et d’autres où elle fait défaut.

11 pourrait se faire que ces lésions chez un sujet d’ailleurs athéromateux aient été le fait de la simple olighémie créée par le rétrécissement des artères; mais on est aussi autorisé à se demander si elles ne seraient pas le fait de» mêmes substances toxiques, peut-être toxines syphilitiques, qui avaient déterminé la dégénérescence des artères.

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