SYPHILIS OSSEUSE ET ARTICULAIRE
Anatomie pathologique des ostéites et des arthrites syphilitiques.
L'examen histologique des os et articulations d’un sujet syphilitique, atteint de lésions osseuses et articulaires multiples, mort dans le service de M. A. Fournier à l’hôpital Saint-Louis, m’a conduit aux résultats suivants que je résume ici brièvement, résultats corroborés par l’étude de nombreux os syphilitiques que j'avais examinés antérieurement.
Les lésions osseuses de la syphilis peuvent être ramenées à l’ostéïte raréfiante, laquelle aboutit, selon révolution et la transformation ultérieure des cellules embryonnaires à :
L’ostéïte raréfiante simple (ulcère de l’os) ;
L’ostéïte condensante (hypérostoses, éburnation) ;
L’ostéïte gommeuse (gomme diffuse ou en foyer) ;
L’ostéïte scléreuse ou scléro-gommeuse.
Les détails histologiques de ces recherches ont été publiés dans la Thèse de M. Méricamp : Contribution à tétude des Arthropalhies syphilitiques tertiaires , pages SS à 89, Paris, 1882 ; et dans la Thèse d’agrégation de M. Dubar : Anatomie pathologique des Ostéites, Paris 1883.
Les figures 1, 2. 3, 4 des planches III et IV de la thèse de M. Dubar, dessinées d’après mes préparations histologiques et- sous ma direction, montrent bien ce polymorphisme des lésions osseuses syphilitiques.
Des fractures dites spontanées des os longs chez les sujets syphilitiques.
Ces lepons professées en 188S à l’hôpital Saint-Sauveur, à propos d’une malade de ma clinique (qui s’était fracturé l’humérus atteint d’hypérostose, en soulevant son oreiller), ont été reproduites en partie dans la thèse d’un de mes élèves, M. Edouard Prévost : Contribution à tétude de la syphilü osseuse. — Fractures spontanées des os longs chez les syphilitiques. ( Thèse de Lille, 1886.)
Voici d’ailleurs ^analyse de ce travail, fait sous ma direction, telle qu’elle a été publiée par M. Perrin dans les Annales de dermatologie de 1888, pages 486 et ;
« Le but du travaille M. A..-E. Prévost est de montrer quelle est l’influence de » la syphilis dans la production des fractures spontanées ; d’expliquer suivant quel » mode s’exerce cette influence. Il soutient l’influence exclusive des lésions » locales de la syphilis osseuse, et démontre, en s’appuyant sur des preuves .. anatomo-pathologiques et histologiques, que la syphilis agit en déterminant en . un point donné des lésions qui diminuent à ce niveau la résistance de l’os.
. C'est donc une étude anatomo-pathologique que M. Prévost a faite d’après les » conseils et sous l’inspiration du professeur Leloir. Il s’appuie sur le remarquable » examen histologique que M. Leloir a pratiqué en 1882 dans un cas d’arthropathies » syphilitiques multiples, survenues chez une femme qui a succombé it Saint-Louis,
» dans le service de M. le professeur Fournier. Cette observation très complète » au point de vue des différentes formes d’altérations osseuses dans la syphilis, a i » servi, enI882, de point de départ à la thèse de M. Méricamp sur les arthropathies » syphilitiques tertiaires. L'examen histologique, fait par M. Leloir, qui suit cette » intéressante observation, se retrouve dans la thèse d’agrégation de M. Dubar » (1883) ; il est accompagné de deux belles planches chromo-lithographiées (fig. 1,
» 2, 3, 4 des planches III et IV) permettant de comprendre les lésions de l’ostéite » gommeuse diffuse syphilitique.
» En possession de ce précieux examen anatomo-pathologique et histologique,
» se basant sur cette preuve aussi rare qu’indéniable, M. Prévost a pu montrer »■ l’influence des lésions locales de la syphilis osseuse, étudier les faits où les os se » rompent spontanément lorsque les tissus qui les entourent (derme, hypoderme,
» muscles) ne sont pas altérés.
» Pour prouver d’abord que la syphilis prédispose aux fractures spontanées,
» l'auteur n’a eu qu’à rappeler les observations nombreuses, connues, auxquelles » il ajoute un cas personnel recueilli dans le service du professeur Leloir, à Lille.
» Quant au nom spontané, inutile de le discuter, il est à conserver, car il a cela de » bon qu’il met immédiatement en relief la prédominance de la cause prédisposante
syphilitiqu
as prédisposé aux
fractures, M. Prévost étudie par quel procédé la syphilis arrive à causer les solutions de continuité des os.
» Quelques auteurs, pour expliquer la fragilité des os chez les syphilitiques, ont mis le mercure en cause ; mais c’est là une assertion générale des antimercurialistes, bien rares aujourd’hui, et dont on a fait d’ailleurs justice.
» Donc la syphilis agit par elle-même comme cause prédisposante des fractures; mais comment? Est-ce en tant que maladie générale causant une sorte d’ostéomalacie mal déterminée, ou bien en produisant des lésions locales qui affaiblissent individuellement un os au niveau du point où elles se manifestent? La rareté des autopsies fait comprendre la divergence des opinions sur la nature de l’action qu’exerce la vérole, les altérations qu’elle occasionne n’ayant pas été constatées dans la plupart des cas.
» Cliniquement, l’existence de ces lésions au point fracturé ont été souvent mentionnées dans les observations ; on constate, en effet, en cet endroit, soit la présence d’une exostose, soit des douleurs plus ou moins tenaces, plus ou moins invétérées.
» Mais c’est l’anatomie pathologique qui jette le plus de jour dans la question ; les: principaux travaux qui montrent la pathogénie de ces fractures sont dus à M. Lancereaux, à Volkmann, à M. Cornil, à Méricamp, au professeur Leloir et en dernier lieu à M. Gangolphe.
» Volkmann rattache les frais de fragilité des os chez les syphilitiques à des lésions d’ostéite gommeuse ; telles sont également les idées de Ricord, Lancereaux et Bourell. Virchow parle de l’ostéo-myelite syphilitique ; M. Cornil distingue trois sortes de lésions osseuses syphilitiques: ostéo-periostite, ostéite raréfiante, ostéo-myelite raréfiante intense ou ostéo-périostite gommeuse. M. Prévost résume les travaux de Méricamp, de M. Leloir, et il en rapproche les découvertes faites à Lyon par M. Gangolphe. Méricamp a démontré que l’hypothèse d’une affection osseuse générale est à rejeter, parce que chez la femme, dont il a pu faire l’autopsie, plusieurs os entiers étaient absolument intacts. M. Leloir, interprétant les faits qu’il a constatés histologiquement, conclut que la syphilis produit des lésions osseuses dont l’origine peut être ramenée à l'ostéite raréfiante, laquelle a abouti, selon l’évolution et la transformation ultérieure des cellules embryonnaires qui en sont le résultat, à : l’ostéite raré-
fiante simple (ulcère de l’os), à l’ostéite condensante (éburnation), à l’ostéïte
gommeuse (gomme diffuse ou en foyer), à l’ostéite scléreuse (scléro-gomme).
Les fractures ont lieu quand les malades sont porteurs de syphilômes non résolutifs: La présence du syphilôme dans le foyer de la fracture empêche la consolidation des fragments : indirectement, en frappant d’anémie, de cachexie l’économie tout entière ; directement, parce que le tissu embryonnaire de noui velle formation ne donne pas un cal osseux, mais qu’il se forme au contraire des » produits morbides caséeux, graisseux, fibreux, altération qui conduit à la pseudo- » darthrose. — Aussi le traitement doit-il être non-seulement local (immobilisation » prolongée), mais général (préparations hydrargyriques et iodure de potassium.) »
Considérations sur les fractures dites spontanées des syphilitiques.
Cette leçon clinique a été professée en 1886 à l’hôpital Saint-Sauveur, à propos d’une malade de mon service, atteinte de fracture spontanée de l’humerus survenue à la suite d'un effort minuscule (en soulevant un oreiller), et dont j’ai publié l’obséfe| vation dans la thèse de M. Prévost (loc. cit.). La fracture de cette malade, fracture survenue au niveau d'une hypérostose fusiforme de l'humérus se consolida rapidement sous l’influence de l'immobilisation et d’un traitement syphilitique énergique, destiné à empêcher, selon moi, ce que j’appelle « l'évolulion atypique des cellules embryonnaires développées au niveau du cal.» Cette femme mourut plus tard d’une variole hémorrhagique et l’autopsie permit de constater, outre des vestiges d’an-