II — MÉMOIRES ORIGINAUX
De Phystdro-épilepsie.
In-8" (le 43 pages, 1854.
Ce travail, communiqué à l’Académie des sciences et à la Société médico-psychologique, est basé sur l’observation extrêmement rare et curieuse d’une petite fille de neuf ans, devenue tout à coup hystéroépileptique, à la suite de la présence de larves vivantes dans les sinus fronlaux. Des accidents maniaques survinrent consécutivement. Les larves furent détruites par le moyen suivant : Je fis fumer à l’enfant des cigarettes d’arséniate de soude et je l’obligeai à rendre la fumée par le nez. Les larves furent retrouvées mortes dans le mucus nasal et M. le professeur Brullé les présenta à l’Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon. L’enfant guérit complètement de ses convulsions et de son délire.
Vingt-trois ans après, je trouvai un jour mon ancienne petite malade à l’infirmerie spéciale des aliénés, près le Dépôt de la Préfecture de police. Elle était veuve alors, et elle avait été arrêtée la veille, à l’église Saint-Germain des Prés, simplement vêtue d’une petite peau de mouton, dans le costume imité de saint Jean- Baptiste. Elle avait de nouveau du délire maniaque. — Je la dirigeai sur un établissement d’aliénés.
Folie à double forme. Guérison par Remploi de sulfate de quinine.
in-S", 1854.
Cas d’autant plus intéressant que la guérison s’est maintenue pendant treize ou quatorze ans. Des rechutes sont survenues et la malade est depuis longtemps incurable.
De la mommame incendiaire.
Dissertation inaugurale à la Faculté de médecine de Paris.
Recherches cliniques sur le mode (tadministraiion de l'opium dans la manie.
In-8- de 27 pages, 1857.
Ce mémoire s’appuie sur huit observations suivies de guérison.
De rinfluence de la grossesse, de Hallaitement et du sevrage sur le développement de Xaliénation mentale.
In-8", 1857.
Pronostic et traitement de Tépilepsie. Mode demploi des bromures, alcalins.
La folie héréditaire.
(prix Godard, 1878.
Cet ouvrage a été traduit en langue allemande par M. le docteur Stark, —Stuttgard, 1874.
La folie du doute {avec délire du toucher).
In-8" de 76 pages, 1875. — Mémoire couronné par l’Académie de médecine (prix Godard), 187«. Extrait du rapport général sur les prix, à VAcadémie de méde-
a La folie du doute est certes la plus étrange de toutes les vésanies : elle a pour caractère principal une crainte chimérique ; et cette crainte imaginaire, qui va toujours grandissant, pousse le malade aux actes tes plus bizarres. Le besoin d’être rassuré le porto à interroger sans cesse les personnes qui l’entourent : en dépit des affirmations les plus formelles, le doute renaît à chaque instant dans son esprit troublé, et, pendant les fortes crises, questionneur implacable et douteur invincible, il rabâchera des heures entières les mêmes demandes que des réponses rabâchées ou variées ne satisferont jamais. Mais ce qu’il y a de plus extraordinaire dans celte vésanie, c’est que cet excentrique a parfaitement eonscience de son état ; c’est qu’il sent et avoue le ridicule de ses appréhensions, c’est enfin qu’il est le premier à réclamer les secours de la médecine pour être délivré des tortures morales auxquelles il est en proie.
» Entrons dans quelques détails sur cette singulière tolie, avec M. Legrand du Saulle, qui vient d’en faire une curieuse étude.
» Dans la première période le trouble de l’esprit est tout intérieur : le malade vit dans un état constant d’irrésolution ; il délibère k vide, et passe son temps à se poser des points d’interrogation ; il se fait des questions perpétuelles; tantôt (sans être philosophe, loin de lit) il rumine les problèmes les plus ardus sur Dieu, la création, l’entendement humain, la provenance des étoiles, l’origine du laugage ; tantôt il ressasse avec la même opiniâtreté les idées les plus insignifiantes ou les plus saugrenues ; il cherche le comment et le pourquoi de toutes choses. — Un négociant a la manie des nombres et des couleurs; dans un wagon, il compte les capitons, les franges, les clous. Pourquoi les couleurs sont-elles inégalement réparties? pourquoi les arbustes sont-ils verts, le pantalon des soldats, rouge? pourquoi la
mariée esl-ülle vêlue en blanc et le deuil se porte-t-il en noir?
— Une maîtresse de musique, en allant à ses leçons, se demande s’il ne va pas tomber des fenêtres un homme ou une femme, si la chute occasionnera mort ou blessure, si celte blessure siégera à la jambe ou à la tête ; si elle-même en sera accusée ou reconnue innocente?
» Cette folie intetrogante s’accompagne presque toujours de craintes absurdes ; la plus commune est celle de toucher certains objets.-Un malade a peur des épingles et n’ose porter la main sur rien pour ne pas en rencontrer ; un autre a la peur du verre et secoue souvent ses doigts pour être sûr qu’il n’en a pas ramassé.
— Un suisse de l’église de Rouen redoute le contact de sa hallebarde.
— Un magistrat, sans reproche mais non sans peur, s’enveloppe la main avec le pan de son habit pour la protéger contre les objets qu’il veut saisir. S’il se risque !i traverser la rue, c’est en marchant sur la pointe des pieds et en se posant seulement sur les lignes d’intersection des pavés. — Celui-ci a l’effroi du métal ; il ne touche qu’avec des gants aux boutons de porte, aux espagnolettes, aux pièces d’or ou d’argent qu’on l’accuserait d’avoir emportées entre ses doigts. — Celle-là craint les contacts malpropres, nuisibles, empoisonnés, et elle se lave vingt, trente, cent et jusqu’à deux cents fois par jour pour éviter la contamination : on dirait de lady Macbeth essayant en vain de faire disparaître la trace du sang de Duncan assassiné. — Une dame dont M. Baillarger a raconté l’histoire est tourmentée pendant plus de vingt années par la peur de toucher ou de voir tout ce 'qui sert à écrire : plumes, papier, encre et crayons surtout ; dans la rue, elle se détourne des enseignes et des affiches, des boutiques de libraires et de papetiers ; au dehors ou chez elle, il ne lui faut pas moins de deux personnes qui la veillent continuellement pour la préserver de ces crayons redoutés.
» Dans la folie du doute (avec délire du toucher), un fait général est l’aversion pour le contact de certains animaux, chatSi souris, crapauds, et par-dessus tout chiens accusés de rage. —Une malade s’imagine qu’un chien abattu dans son jardin était enragé ; or dans ce
jiirdin elle avait tendu du linge: elle se demande si ce linge n’a pas i té souillé par le chien rabique, si le virus n’a pas été commuuiqué aux objets environnants, et désormais elle n’ose plus toucher à rien dans son ménage : elle ne veut plus changer de vêtements et garde, deux mois durant, la même chemise. — Un maire d’une grande ville est, depuis des années, triste et pensif: il a peur de tous les objets extérieurs et principalement de ceux qui sont en cuivre, et plus encore des chiens enragés. Il porte des arrêtés municipaux sévères contre les chiens non muselés et non tenus en laisse, et verbalise avec énergie contre les délinquants. Personne ne connaît la vraie raison de ces excessives rigueurs, et le maire continue à passer pour un administrateur plein de zèle et d’intelligence : peut-être même sera-t-il décoré pour sa fermeté et son courage civique.
» Dans un dernier fait, raconté par Esquirol, on peut suivre les phases successives de la maladie.
» M"" R., élevée dans le commerce, a commencé très jeune par avoir des scrupules de probité : quand elle faisait un payement, elle craignait toujours quelque erreur au préjudice d’autrui. Plus tard, ses appréhensions ont augmenté ; elle n’osait plus toucher aucun objet, de peur de retenir à ses doigts quelque chose de valeur. Veut-elle passer d’une chambre dans une autre, elle prend des précautions pour éviter tout contact; elle se garde d’ouvrir les portes, les fenêtres, les armoires, pour que rien de précieux ne reste à ses mains, qu’elle secoue, frotte et lave sans cesse ; dans le même but, elle fait inspecter les meubles où elle va s’asseoir, découpe les ourlets de son linge et de ses robes, pour que rien ne s’y cache, et porte des chaussures hautes et étroites pour que rien ne s’y introduise. Avant de se lever elle frotte ses pieds pendant dix minutes afin d’enlever ce qui a pu se glisser entre les orteils ou sous les ongles, elle tourne et retourne ses pantoufles jusqu’à ce qu’on lui assure qu’elles sont absolument nettes. De même, avant d’écrire, elle secoue le papier, les plumes, et ne cachète jamais ses lettres, pas plus qu’elle ne les décaohète, sans inspection préalable. Parfois, dans les crises, ses inquiétudes sont telles qu’elle
ne veut toucher à rien, pas même à ses aliments, et sa femme de chambre est obligée de les lui porter à la bouche.
» Étonnant mélange de déraison et d’intelligence, en dehors de su manie cette malade est très lucide ; elle a de l’esprit, de la gaieté ; elle aime la société et s’y plait, sauf à se secouer les doigts et il s’essuyer vivement la main dès qu’elle l’a mise au contact inévitable des personnes et des choses. On n’observe non plus aucun désordre des sensations, ni du raisonnement, ni des affections. Bien plus, elle a la conscience de son état mental, elle reconnaît le ridicule de ses craintes, l’absurdité de ses précautions; parfois elle en rit, et parfois elle en
» Éa folie du doute, toujours en progrès, est arrivée ii sa période dernière : on se figure avec peine à quelle misère sont réduits plusieurs de ces malheureux, qui offrent tous le même contraste d’une raison saine et d’une volonté impuissante à résister aux craintes chimériques dont ils sont obsédés. Le cercle des angoisses s’agrandit en même temps que se rétrécit celui des idées et du mouvement: le maniaque fuit un monde auquel il se sent à charge; il se renferme dans son égoïsme et finit son existence dans un isolement presque complet; il ne songe plus à sortir. M. Baillarger m’a conté f histoire d’un homme autrefois très intelligent qui, vaincu par son mal et toujours dominé par une peur incurable, ne voulait plus quitter sa chambre; et, dans cette chambre même, il ne marchait plus que sur une seule lame du parquet. Ainsi de longues heures se passent dans l’immobilité et dans le silence et dans des soliloques à voix basse. Et pourtant cette folie n’aboutit pas à la démence et cette lueur vacillante de raison ne s’éteint jamais entièrement.
» Aux premières périodes de la vésanie, le médecin peut intervenir avec chance do succès ; mais ce n’est pas sur les secours de la pharmacie qu'il doit compter, c’est sur les moyens hygiéniques, les voyages, les exercices corporels, comme aussi sur les exercices réglés et obligatoires de l’intelligence : c’est sur le traitement moral enfin. A des craintes incessantes il opposera des rassurements opiniâtres, aux agi-
tâtions du doute une certitude calme et raisonnée, à une volonté défaillante une volonté ferme et résolue.
» Quelques malades sont capables d’un effort sur eux-mêmes pour se dérober à leur pensée ; un prédicateur récite des pages de Bossuet, un jeune homme chante la Maneilbise, une vieille fille fredonne des chansons de Béranger.
» Si ces excentriques sont fort à plaindre, ceux qui les soignent ne le sont guère moins: il y faut une abnégation absolue, une douceur et une patience à toute épreuve, un esprit de résignation et de saoriQce que peut seul inspirer l’amour maternel : car, ainsi que le remarque M. Legrand du Saulle, rien de plus pénible et de plus touchant à la fois que cet échange constant de demandes et de réponses, de perplexités et de consolations, qui a lieu, jour et nuit, entre un sujet aliéné qui souffre et un sujet raisonnable qui se dévoue. « Je suis » maintenant habituée à ma chaîne (disait une mère), et pourvu que » ma fille vive, l’esclavage me paraîtra doux. »
« Je viens de tracer une esquisse où M. Legrand du Saulle a fait un tableau ; et ce tableau d’un peintre distingué, l’Académie regrette de ne pouvoir le payer que mille francs, somme attribuée au prix Godard (1). » .
Etude clinique sur la peur des espaces (agoraphobie des Allemands).
Névrose émotive.
Citation honorable à tAcadémie des sciences (2).
Sous le nom de peur des espaces, j’ai décrit un état névropathique très particulier, caractérisé par une angoisse, une impression anxieuse
vive, ou même une véritable terreur, sé produisant subitement en présence d’un espace donné. Cet accident nerveux est essentiellement émotif. U ne s’accompagne jamais de perte complète de connaissance et de chute, et il est tout à fait distinct de l’hypochondrie, du vertige épileptique, du vertige stomacal, du vertige goutteux et surtout de la névropathie cérébro-cardiaque. Probablement entrevu par Grie- ■singer, en 1868, il n’a encore été scientiflquoment signalé, à partir de 1872, que par Westphal, Cordes, S. Webber, Williams, Brown- Séquard etM. Porroud,de Lyon, sous les désignations d’agoraphobie, d’angoisse des places et de crainte des places.
Je ne peux adopter l’expression d ’« agoraphobie » dont se servent principalement les Allemands, parce qu’elle limite le trouble psychique à la peur des places publiques. Or, les observations cliniques des auteurs.et les miennes propres établissent, au contraire, que les malades ont pe'ur de l’espace, du vide, et cela tout aussi bien dans la rue qu’au théâtre, à l’église, à un étage un peu élevé, à une fenêtre donnant sur une grande cour ou sur la campagne, dans un omnibus, dans une barque ou sur un pont. En choisissant le terme vague de « peur des espaces », je crois donner une idée plus exacte du phénomène complexe qui est décrit dans cet ouvrage, et je me plais â penser que cette appellation, substituée à celle d’agoraphobie, ne perdra absolument rien à être exprimée en français.
Ce mémoire renferme dix-sept observations disséminées dans le
Les signes physiques des folies raisonnantes. — (État mental de Sandon.) — Étude clinique.
Ce mémoire, qui renferme plusieurs observations d’un très grand intérêt clinique, et notamment la biographie pathologique très corn-
plète de l’aliéné Sandon, peut conduire aux quatre conclusions sui-
1“ Chez les raisonnants, indépendamment des symptômes intellectuels, il existe fréquemment des signes physiques tout à fait caractéristiques.
2" L’examen rétrospectif permet de reconnaître qu’il y a eu, dans un grand nombre de cas, certains troubles passagers de la raison, à l’époque de la puberté.
3" I.es raisonnants présentent souvent des anomalies des organes génitaux et des perversions génésiaques de l’ordre le plus inattendu.
4' Ces malades enfin peuvent être frappés, dans le cours de leur existence, et n’importe à quel âge, de congestions encéphaliques dont le caractère et la marche n’avaient point été suffisamment mis en lumière jusqu’à ce jour.