SUR LES TRAVAUX SCIENTIFIQUES
1 • — Études cliniques et histologiques sur Vataxie locomotrice 'progressive.
(Mémoire lu le 20 août 1871 à la Société médicale des hôpitaux; Archives generales de médecine, novembre 1861.)
2. — Nouvelles recherches cliniques et anatomiques sur Vataxie locomotrice progressive.
(Mémoire lu à la Société médicale des hôpitaux le 22 janvier 1862 ; Archiv. gén. de méd., avril 1862.)
(Mémoires couronnés par l’Institut.)
L’ataxie locomotrice progressive , si bien connue dans ses symptômes, n’avait pas encore d’anatomie pathologique. M. Duchenne (de Boulogne) ne citant dans son mémoire qu’une seule autopsie, laquelle n’avait offert aucune altération notable du système nerveux, n’ose pas tirer de conclusion de ce fait isolé et négatif (1). Il suppose néanmoins que, pour expliquer les symptômes, une lésion, soit anatomique, soit dynamique, doit exister du côté du cervelet.
Depuis lors, d’autres auteurs, Trousseau lui-même, n’avaient pas hésité à considérer la maladie nouvelle comme une simple névrose, et l’avaient décrite comme telle. M. Bourdon ayant eu l’occasion de faire l’autopsie d’un sujet mort d’ataxie locomotrice, et ayant rencontré des lésions anatomiques très-manifestes de la moelle épinière et de certains nerfs crâniens,
(1) L’examen des centres nerveux n’avait pas été fait au microscope.
a fait de cette observation complète le sujet d’un premier mémoire dans lequel des figures coloriées représentent les altérations anatomiques.
Depuis la publication de ce travail, un certain nombre d’autopsies ont été pratiquées, et les lésions décrites par l’auteur ont été retrouvées avec leur même siège et leurs mêmes caractères. La description de ces nouveaux faits semble calquée sur celle qui en a été donnée par M. Bourdon : Altération des faisceaux postérieurs de la moelle et des racines correspondantes , caractérisée par la dégénérescence et ï atrophie des cellules nerveuses et des tubes nerveux ; dégénérescence qui se retrouve dans les nerfs moteurs de l’œil, dans le nerf optique et le plus souvent dans sa papille. M. Eisenmann (de Wurtzbourg), dans la monographie qu’il a publiée à Vienne en 186o sur l’ataxie locomotrice, reproduit textuellement les planches du mémoire de l’auteur, comme présentant le type de l’altération qu’il décrit.
Dans le second mémoire, les autopsies nouvelles sont reproduites, entre autres celle de M. Oulmont, encore inédite. De plus, il y est établi, par des recherches bibliographiques et par des observations empruntées aux auteurs, qu’en Allemagne et en France on avait rencontré dans certains cas de paraplégies à physionomie anormale, comme ceux cités par MM. Cruveilhier, Monod, Romberg, Friedreich et autres, des lésions ressemblant, du moins à l’œil nu, à* celles que nous avons décrites et ayant le même siège. Ces paraplégies extraordinaires, incomplètes, n’étaient autre chose, selon l’auteur, que de véritables ataxies locomotrices.
Dans ce nouveau travail, M. Bourdon fait ressortir les différences qui, au point de vue clinique, existent entre l’ataxie locomotrice progressive et d’autres affections dans lesquelles il y a également un désordre de la motilité (maladies du cervelet, chorée, treiflblements, etc.).
Enfin un paragraphe est consacré à établir, d’après les faits observés, qu’une lésion d’une autre nature, comme une tumeur cancéreuse ou tuberculeuse, même une simple congestion, lorsqu’elle occupe les racines et les cordons postérieurs, peut produire un défaut de coordination dans les mouvements. Il ne s’agit plus alors de l’entité morbide
décrite par M. Duchenne (de Boulogne), ayant une symptomatologie tout à fait caractéristique, une marche particulière, une durée fort longue et une terminaison fatale ; ce désordre du mouvement est simplement un symptôme comme l’anesthésie, la contracture ou la paralysie.
L’auteur va plus loin et admet que l’ataxie locomotrice peut n’être qu’une simple lésion dynamique (des mêmes organes) analogue à celles que présentent les hystériques et les sujets atteints de certaines maladies générales, comme la syphilis, les intoxications saturnine ou alcoolique.