CHAPITRE TROISIEME
Travaux Scientifiques Divers contenus dans l’Opuscule Actuel
1878. — Le docteur Bouillet (de Béziers), ancien externe des Hôpitaux de Paris, a soutenu, dans cette dernière ville, sa Thèse de Doctorat en Médecine, intitulée: Contribution à l’Etude des Kystes Hydatiques simples du Foie. Pans, 20 août 1878, 173. — Le Bulletin Général de Thérapeutique Médicale et Chirurgicale (30 août 1878), en rend compte de la façon suivante :
« Le docteur Jean Bouillet décrit le procédé qu’emploie le professeur Richet, dans Je traitement des kystes hydatiques, procédé qui tient à la fois de ceux de Récamiér, Jobert et Boinet, Voici ce procédé : c’est d’abord à la pâte de Vienne que l’on a recours ; elle est destinée à préparer la voie au chlorure de zinc, que M. Richet se plaît à appeler le « Roi des Caustiques ». On fait ensuite des applications successives de ce dernier, de manière à détruire les tissus couche par couche jusqu’au péritoine. Après s’être convaincu de la solidité des adhérences, on enfonce un trocart, gros comme le pouce, au centre de l’eschare et on laisse la canule à demeure jusqu’au lendemain, en prenant soin toutefois de pe pas vider entièrement le kyste. Au bout de deux ou trois jours, on remplace la canule métallique par une sonde en gomme de même calibre. Les jours suivants, on élargit l’ouverture, au moyen d’une éponge préparée, afin d’introduire une canule plus grosse. On fait, en outre, dans le kyste, des injections avec des substances astringentes ou désinfectantes (eau de noyer, solution de tannin, eau alcoolisée). M. Richet estime qu’il est fort important de ne diminuer, qu’avec une extrême lenteur, le calibre des canules et de ne les supprimer définitivement qu’après s’être assuré de la mortification sensible des parois kystiques. »
1880. -- Observation de kyste hydatique du biceps, accompagnée de réflexions sur les kystes hydatiques musculaires en générai. — Cette observation a été présentée à la Société Clinique de Paris et lue par l’auteur dans sa Séance du 8 janvier 1880. Elle est consignée dans les Bulletins de cette Société (T. IV. Pag. 1) et rapportée dans la France Médicale, 1880. Pag. 49. — 1880. Cliniques du professeur Richet, rédigées par le docteur Bouillet (Jean), de Béziers, et insérées dans VUnion Médicale (3 e série. T. XXIX et XXX). — Ces cliniques, rédigées avec l’autorisation du maître, ont trait à des sujets divers :
Fissure Anale (t. XXIX, pag. 2). — Grenouillette it. XXIX, pag. 716). — Hydrocèles compliqués (t. XXIX, pag. 176>.— Luxations Ischiatiques (t. XXIX, pag. 213, 339).— Périostite phlegmoneuse (t. XXIX, pag. 965). — Cette périostite phlegmoneuse diffuse est survenue dans le cours d’une fièvre avec bronchite, vulgairement dite « grippe ». — Fibrome Crânien (t. XXX, pag. 601).
1883. — Précis d’Histoire de la Médecine, par J. Bouillet, docteur en médecine de ta Faculté de Paris , avec une Introduction par Laboulbèhe (A.), professeur d’Histoire de la Médecine à la Faculté de Paris. Baillière et Fils, rue Hautefeuille 19, près le boulevard St-Germain, Paris, 1883. Un vol., 366 pag
Nous reproduisons ci-dessous les lignes consacrées par
le regretté professeur Laboulbène à l'introduction de ce volume :
« Nous acceptons, dit-il, l’Offre qui nous a ètè faite, de présenter au public le Précis d’histoire de la médecine de M. le docteur Jean Bouillet. ,
«Nous considérons, en effet, qu’il y a dans la conception de ce livre, une idée utile et nous ne pouvons qu’applaudir à la pensée qui 1 a inspiré. La médecine n’est pas une science née d’hier, elle a de profondes racines dans l’Histoire des Peuples. Elle a ses héros et ses grands hommes, ses apôtrês et ses martyrs ; ses archives sont presque aussi anciennes que l’esprit humain. Il était intéressant, dans notre siècle travailleur et curieux, d’en rechercher les origines, de rétablir la longue chaîne des traditions et de présenter le tableau de l’évolution des doctrines médicales ».
L'Histoire de la Médecine est à la fois une œuvre de gratitude et de justice pour nos ancêtres et un enseignement pour nos contemporains ; c est le résume d'un glorieux passé ; c’est la base indispensable et solide des travaux de l’avenir. .
M. Bouillet a su réaliser la tache quil s était imposée. D'autres ont pu, avant lui, écrire de gros et savants volumes sur le même sujet; ils ont entassé les textes, analysé les commentateurs, mais aussi surchargé trop souvent la mémoire du plus patient lecteur sous le poids des citations, des noms propres et des dates.
M. Bouillet ne s’est pas contenté de compiler les travaux de ses devanciers ; il a voulu présenter un résumé ; un précis des idées, qui ont gouverné la science medicale depuis son apparition jusqu’à nos jours II a fait revi vre les doctrines, les hommes et les faits ; il a principalement insisté sur la Période Contemporaine, si pleine d activité, si féconde en luttes et en triomphes.
Dans un style simple, mais attachant, l’auteur s est efforcé de vulgariser des notions, qui ne doivent pas être réservées seulement pour des savants de profession, mais qui sont également indispensables aux médecins praticiens.
« Bien des points obscurs, dans la Pathologie contemporaine, peuvent être éclaircis par la lecture de Galien ou d’Avicenne, de Fernel ou de Boerhaâve. N’est-ce pas dans Hippocrate qu un des chercheurs les plus infatigables de ce temps, Emile Littré a Irouvè la confirmation et l’explication des faits patiemment observes par nos contemporains, mais qu'on n’avait pas su rattacher à leurs sources véritables? N’est-ce pas des instruments de précision que met chaque jour en œuvre l’ingéniosité de nos physiologistes et dont profitent
aos plias habiles cliniciens ? Et si on poursuit, dans cette voie, les recherches qui ont toujours été fructueuses, on mettra sûrement en lumière de nouveaux perfectionnements.
» L'Histoire de la Médecine, après une interruption regrettable, a définitivement repris dans renseignement officiel, sa place légitime ; le cours de la Faculté de Médecine de Paris, savamment inauguré par Daremberg, dignement continué par P. Lorrain et Parrot (I.j, m’est échu en partage, dit Laboulbène, et j’estime fort l’honneur, qui m’a été fait, lorsque j’ai été appelé à recueillir l’héritage de ces illustres devanciers.
» C’est une raison de plus pour moi d’apprécier l’utilité que présente une revue méthodique et synthétique des conquêtes de la médecine.
» Je nourris l’espoir, ajoute encore le regretté professeur Laboulbène, de réunir un jour, l’ensemble des leçons que j’ai professées ; mais en attendant qu’il me soit donné de réaliser cette pensée, je suis heureux de savoir que mes auditeurs pourront trouver, sous une forme agréable et instructive, un résumé de ce que je considère, comme indispensable à toute éducation complète de la médecine.
» J’aurais peut-être à signaler divers points de détails, sur lesquels je ne serais pas absolument d’accord avec mon cher confrère de Béziers ; mais je ne veux voir dans son œuvre que la sûreté des , recherches, la précision dans la méthode, le charme du style et la clarté des conclusions ».
» Ce livre a été traduit en langue grecque par M. le docteur Nicolas Parisis, agrège de pathologie générale à l’Université d’Athènes. (Athènes 1884. In-8°, typographie Corinne).
» Nous ne nous proposons pas de résumer chapitre par chapitre, l’œuvre dé M. Bouillet ; nous ne pourrions ainsi offrir qu’une aride et sèche nomenclature, en tombant dans le travers qu’a si bien su éviter l’auteur, grâce aux ressources de son style et à la parfaite pondération des développements variables qu’il a donnés aux diverses parties de son travail.
» Nous devons cependant suivre la classification qu’il a adoptée et qui divise l’ouvrage en sept livres, consacrés chacun à une période différente de l’Histoire de la Médecine.
» La première période va de l’origine de la médecine à Hippocrate; la seconde comprend l’Œuvre d’Hippocrate et de ses successeurs, jusqu’à la fondation de l’Ecole d’Alexandrie ; la troisième s’étend de la fondation de l’Ecole d’Alexandrie à la Médecine Arabe ; la quatrième, de la Médecine Arabe à la Renaissance ; la cinquième, de la Renaissance au xvn e siècle ; la sixième, du xvn e au xix u siècle; la septième enfin, est consacrée à l’étude de l’ époque contemporaine
» La médecine, dit M. Bouillet, est aussi ancienne que le genre humain lui-même ; elle a, pour base, l’instinct de conservation ».
On -pourrait aujourd’hui citer, à l'appui de cette ancienneté, la découverte des crânes préhistoriques, portant des traces de trépanations, qui partissent avoir été pratiquées sur le, vivant dans un but thérapeutique.
L’auteur passe en revue la Médecine des Babyloniens, des Perses, des Egyptiens, si versés dans l'art des embaumements, et nous donne sur leurs connaissances médicales de curieux détails qui témoignent de sa profonde érudition. Pour la Médecine des Hébreux, c’està la Bibleet au TaimUd, que sont puisés la plupart des renseignements; on y trouve de singulières notions sur le diagnostic des lèpres et de la prophylaxie d’un certain nombre de maladies. Chez les Indiens , après la période védique , où tout se résume à des hymnes conjuratoires et à des invocations, nous voyons les Brahmanes devenir les médecins du pays, et continuer, en l’exagérânt encore, cette tendance des premiers peuples à rapprocher la cure dés maladies, des pratiques dè la Religion. Les Chinois font remonter leùrs premiers ouvragés médicaux aux premiers rois de leur dynastie et se flattent déposséder un Traité d'anatomie, d’ailleurs plein d’erreurs, remontant à 2.706 ans, avant notre ère ! Ils attachent à l’étude du pouls un intérêt exclusif et arrivent, paraît-il, à de surprenants résultats ; ils auraient eu la première idée de la vaccination, comme moyen prophylactique, mais ils inoculaient la variole elle-même comme on le faisait d’ailleurs chez nous avant la découverte de Jenner.
Chez les Gaulois, nous trouvons encore la médecine aux mains des druides, qui sont aussi prêtres et sacrificateurs.
L'Etude de la Médecine chez les Grecs avant Hippocrate permet à l’auteur, de diviser leurs médecins en trois catégories distinctes : les uns, appartenant au clergé sacerdotal, soignent les malades dans les temples d’Esculape; ce sont les Asclépiades, qu’Houdart considère comme « autant » d’anneaux qui lient sans interruption la médecine des » temps héroïques à la médecine des temps historiques »; les autres sont les philosophes qui s’occupent de médecine spéculative; enfin viennent les directeurs des gymnases, qui sont les véritables praticiens et étudient l’hygiène et la chirurgie.
Dans ce chapitre se place une très intéressante revue anatomique et pathologique de l’Iliade et de l’Odyssée. Peu à peu, cependant, la médecine dès prêtres tend à disparaître ; la médecine des philosophes et des gymnastes prend tous les jours plus d'extansion, etc est alors que se fondent les premières Ecoles, dont l’une, celle de Cos, sera immortalisée par Hippocrate, celui qu’on a nommé, à juste titre, le Père de la Médecine . Hippocrate naquît à Cos, 400 âhs avant Jésus-Christ; son histoire, encore obscure, est mêlée à de nombreuses légendes, mais on ne peut nier l’importance
de son œuvre. Bien que des altérations au texte primitif et aussi le zèle de certains de ses innombrables commentateurs aient rendue difficile la tâche de séparer ce qui lui appartient en propre de ce qui lui avait été faussement attribué, il n’en reste pas moins avéré que c’est dans la Collection Hippocratique que l’on trouve les préceptes les plus judicieux sur les devoirs du médecin; celui dont les célèbres aphorismes commençaient par ces mots :
« La vie est courte, l’art est long, l’expérience trompeuse , le jugement difficile... » a tracé un portrait du médecin qui est un véritable cours de dignité professionnelle, et faisait prononcer à ses. disciples, un serment, qui est un magnifique résumé de déontologie. Le docteur Louis Bourguet rapproche ce serment de celui qui s’est perpétué jusqu’à nos jours dans l’Ecole de Montpellier et dont il reproduit textuellement la formule. » .
Comme successeurs d’Hippocrate, continue-t-il. nous trouvons Platon et Aristote, dont le livre sur l’Histoire Naturelle restera toujours un chef-d’œuvre zoologique.
L’Ecole d’Alexandrie fut fondée (par les successeurs d’Alexandre, qui appelèrent en Egypte tout ce que la Grèce renfermait d’hommes éminents. C’est alors que brillèrent de tout leur édatHérophile et Erasistrate, qui poursuivirent si loin l’Etude de l’Anatomie- « Contredire Hérophile en tait d’anatomie, disait Fallope au xvn e siècle, c’est contredire l’Evangile ». Non contents de disséquer des cadavres humains, on les accusa d’avoir commis, sur des prisonniers, de véritables vivisections.
Peu à peu cependant, on s’éloignait des idées d Hippocrate et de nouvelles doctrines commençaient à apparaître : l’Empirisme, ne s’appuyant que sur l’observation seule, néglige la cause et l’essence même des maladies ; le Méthodisme veut faire rentrer tous les Etats Pathologiques dans trois classes bien tranchées, suivant qu’ils sont dûs a un excès de tonus (irritation), à une diminution de tonus (atonie), ou que ces deux états sont inégalement distribues dans les divers organes; l’Eclectisme emprunte, à chaque doctrine, ce qu’elle pouvait renfermer de meilleur ; Celse. fut un des plus célèbres éclectiques. Toutes ces diverses théories conduisaient à l’anarchie ; il était temps qu’un puissant génie vint rassembler les fragments dispersés de l’édifice scientifique ; c’est à Galien qu’échut la noble tache de ramener la médecine aux saines théories hippocratiques (131 ans après J.-C.). L’influence de Galien domina toute la
médecine Arabe, qui forme un véritable trait d’union entre la médecine ancienne et la médecine moderne.
Cependant, après la chute de l’Empire Romain, l’enseignement de la médecine ne disparut pas complètement dans les ténèbres du Moyen-Age et les Arabistes ne gardèrent pas le monopole de l’art de guérir ; ils eurent à lutter contre l’influence naissante de la célèbre Ecole-de-Salerne et les deux doctrines existèrent simultanément pendant le xxi° siècle.
A la même époque brillait déjà l'Ecole de Montpellier, qui existait depuis longtemps, lorsque le pape Nicolas IV fonda son Université, en 1289, que la gloire de Guy-de- Chauliac devait bientôt placer au-dessus de toutes ses rivales et même de l’Ecole de Paris...
Cependant, le temps marche ! Dans toutes les branches de nos connaissances, la curiosité humaine tend à élargir son domaine, tandis que se produit un fécond mouvement d’études vers l’antiquité, des découvertes nouvelles viennent enrichir les diverses sciences. L'imprimerie voit le jour, comme si on venait de lui infuser un sang nouveau : l’humanité entière se lève dans ce splendide mouvement, qui constitue la Renaissance! Comme les autres arts, la médecine profitera de cette rénovation qui sera d’autant plus complète, que les sciences, sur lesquelles elle s’appuie, vont subir une plus profonde métamorphose. L'anatomie , la physiologie, entreront dans leur véritable voie avec les Fallope, les Vésale, les Seroet et sur des connaissances plus précises s’établiront, moins empiriques, les nouvelles règles de l’art de guérir , telles que les formulèrent Fernel, Baillou , Laurent-Jouhert (de Montpellier).
Ici, se place une intéressante étude de la rivalité des médecins, des chirurgiens et des barbiers et M. Bouillet (J.) nous peint, avec une remarquable énergie, la puissante figure d’Ambroise Paré, qui parvint à relever la chirurgie de l’injuste discrédit où elle était tombée.
Si, au milieu des obscurités du Moyen-Age, le retour aux œuvres des anciens avait exercé une salutaire influence sur le développement de la médecine, celle-ci ne pouvait s’éterniser trop longtemps dans une contemplation rétrospective. «C’est au xvii 0 siècle, qu’appartient l’honneur de lui avoir fait franchir une nouvelle étape; la méthode expérimentale, fondée par Bacon et fécondée par la Logique telle que la comprend Descartes , est le nouveau guide, grâce auquel le xvn e et le xvm° siècles vont accomplir une révolution radicale ou du moins lui fournir ses principaux éléments. » (Boyer).
Cette même époque vît encore naître de grandes théories opposées : Hippocrate considérait, dans le corps humain, les solides, les liquides, les forces. Cette division permet a M. Bouillet de passer en revue les trois grands systèmes, qui furent défendus par des hommes d’un égal mérite: le solidisme, l'humorisme, le vitalisme et Vanimisme.
Cette partie de VHistoire de la Médecine est sans contredit une des plus intéressantes du livre de M. Bouillet ; il nous est impossible de la résumer, sans en amoindrir l’intérêt ; aussi nous nous contentons de la signaler tout particulièrement au lecteur, ainsi que les chapitres suivants, où se trouve retracé un tableau précis des diverses connaissances, au moment où s’ouvre la Période de la Médecine Contemporaine. , , .
Après avoir tour-à-tour envisage tant de glorieuses étapes, dans l'Histoire de la Médecine, on pouvait se demander si la Période Contemporaine saurait se montrer à la hauteur de ses aînées ; le dernier livre de l’ouvrage de M Bouillet prouve, d’une manière péremptoire, combien les médecins du xix e siècle tmt été dignes de l’heritage qu’ils avaient reçu et quel génie ils ont déployé pour élargir encore la somme des connaissances humaines en marchant sous la bannière de la méthode expérimentale inductive.
L'anatomie ne se contente pas de compléter les travaux des anciens ; elle s’efforce de pénétrer la structure intime des tissus, et une science nouvelle, l’histologie, s appuyant sur la physiologie et lui prêtant à son tour ses propres lumières, vient surprendre les secrets de la vie dans les éléments cellulaires qui constituent l’organisme, et étudier les modifications intimes que la maladie leur fait subir. La physiologie prend un développement inespéré avec les Magendie, les Flourens, les Claude Bernard ; l’embryologie, qui ne date que de 1827 poursuit, étape par étape, le développement de l’œuf et assure une base certaine à l’etude de la tératologie. M Bouillet ne se contente pas de passer en revue les savants que la mort nous a déjà ravis ; il énumère, avec un rare bonheur de jugement, l’œuvre de tous les médecins actuels, que leur mérite a rendus dignes d’appartenir vivants au domaine de l’Histoire. 11 nous montre l’état florissant où se trouve VEtude de la Pathologie, de la Thérapeutique, de l’Hygiène et de l’Obstétrique ; il nous trace un tableau fidèle de la Chirurgie Contemporaine, renouvelée par la découverte de l’Anesthésie Chirurgicale, par le perfectionnement des moyens de Diagnostic et de Thérapeutique Opératoire et enfin par l'Introduction des nouveaux modes de pansement, qui faisait'déjà prévoir, au
moment où le livre a été écrit, tout ce que l’Antisepsie Médicale ou Chirurgicale réservait de ressources à l’art de guérir.
Tel est, en résumé, l’ouvrage du docteur Bouillet. Nous sommes persuadés que sa lecture captivera tous ceux qui l’entreprendront, car la médecine a toujours tenu et tient encore une large place dans le cercle des connaissances humaines.
De tout temps on a dit beaucoup de mal des médecins et l’on s’est montré sévère pour leurs travers. Nous avons tous applaudi aux vigoureux coups d’étrivière de Molière et hier encore, dans son dernier volume, Gyp nous traçait de certains médecins des portraits, en quelques coups de plume, dont quelques-uns ressemblent fort à des coups de cravache. Et cependant, aussitôt que la maladie l’étreint, que la douleur le tenaille, que la mort le menace, l’homme se rapproche du médecin, car, malgré tout, on peut encore dire de lui : « Il guérit quelquefois, soulage souvent, console toujours »
Signé : Louis BOURGUET.
(Voir Bulletin et Mémoires de la Société Archéologique, Scientifique et Littéraire de Béziers, 2 e série, t. XV, pages 386 et suiv.).
A la suite de cette savante analyse de mon Précis d’Histoire de la Médecine, due à la plume d’un très regretté confrère et ami, le docteur Bourguet (de Béziers), je dois renouveler la mention, qui a été faite par ce dernier, au sujet de la traduction Grecque dé ce volume.
Cette traduction Grecque date de 1884 et est due au docteur Parissis ( d'Athènes ). Elle a été éditée dans cette même ville (typographie de Corinne). Ci-dessous l’avantpropos :
« C’est avec une légitime satisfaction que nous avons vu notre Précis d’Histoire de la Médecine, traduit en langue Grecque, et nous tenons à féliciter ici publiquement M . le dbct'eurN P. Parissis, qui a bien voulu devenir ainsi notre auxiliaire, dans l’œüvre de vulgarisation scientifique, que nous avons entreprise.
» Peu’versé nous-même clans la connaissance des idiomes étrangers, il ne nous avait été permis de rendre ce « Précis Historique » accessible qu'à un nombre limité de médecins ; aussi encourageonsnous de toutes nos forces, ceux qui s’étudient à en répandre l’usage, en le traduisant dans leur propre langue.
» Le bon. accueil qu’a déjà reçu notre livre, de la part du public médical Français, nops autorise à croire que notre cher confrère
n’aura point travaillé en vain et que ses compatriotes apprécieront, a bon droit, les difficultés inhérentes à l’interprétation nette et précise d’une histoire écrite en langue étrangère. , , .
» Nous serons, en ce qui nous concerne, bien récompensé de tous nos labeurs, si notre ouvrage peut obtenir quelques succès dans le pays môme que l’on s’accorde à envisager de nos jours, comme le berceau de la médecine et dont les Annales décèlent de bonne heure des traces non équivoques d’une civilisation avancée ! »
Béeiers le 19 Mai 1884.
D r J. BOUILLET.
Si en 1884, le travail du docteur Bouillet, intitulé Traumatisme et Grossesse, lui avait valu dans la section de Chirurgie et d’Obstétrique, une haute récompense de 500 francs, sur le Prix Capuron ;en 1886, l'Académie de Médecine de Paris, réservait à ce même lauréat un triomphe plus élevé encore que le précédent.
D’après une décision récente émise dans 1 intervalle de ces deux distinctions ('1884-1886), cette célèbre Compagnie, qui occupe de nos jours une place si importante parmi les corps universitaires de la France, avait décidé que : « N’ont droit au titre de lauréats dans son sem, que ceux-la seuls qui ont remporté un prix. » , • • • ,
Or, dans son étude sur la valeur relative des differents moyens propres à déterminer l’âge de la vie intra-utôi ine, au moment de la naissance, suivie de ses applications médico-légales ; c’était bien le prix Capuron, dans son intégrité (1.500 francs), qui été décerné cette fois au concurrent du prix Capuron, transformé en toréât de l’Académie de Médecine de Paris. (Montpellier, Camille Coulet, libr. édit. — Paris, Lecrosnier et Babé, libr. edit., 1888).
Puisqu’il ne nous est pas possible, vu sa longueur et pour la faire mieux connaître, de retracer ici en entier l’œuvre couronnée par l’Académie de Médecine, bornons-nous au moins à en reproduire les importantes conclusions.
Des considérations auxquelles nous nous sommes livré, dans le cours de ce travail, y est-il dit, à l’effet d’établir la . valeur relative des différents moyens, propres à déterminer l’âge de là vie intrautérine, au moment de la naissance et d’exposer ensuite les applications médico-légales, inhérentes à cette étude, nous nous croyons en droit de tirer équitablement les déductions qui vont suivre :
«I. — Il s’en faut bien d’abord que les preuves sur lesquelles se basent les hommes de l’art, pour déterminer l’âge de la vie intra-utérine, au moment de la naissance,
puissent être envisagées comme absolues et décisives ; le degré de développement du fœtus se montre, en effet, tout aussi variable dans le sein maternel à tel ou tel âge, que ce que le sont plus tard l’époque de la dentition chez l’enfant et l’apparition des premiers signes de la puberte. Puisqu’on ne sait, dans l’état actuel de la science, eriger a la hauteur d’un signe certain, aucun des caractères anatomiques invoqués dans ce but, il est indispensable de grouper en un vaste faisceau tous ces. éléments, afin d’obtenir au moins, à défaut de critérium exact,' des probabilités tresgrandes, qui puissent servir de base à une appréciation judicieuse. , ,
» II. — La question, telle qu’elle a été posee par l’Academie de Médecine, se prête, suivant nous, à deux grandes divisions ; une première partie comprend l’étude des différents caractères qui permettent de déterminer Page du fœtus ; la seconde a été consacrée aux applications médico-
éf m, — C’est dans la conformation du fœtus et dans les développements successifs de ses organes externes et internes; c’est aussi dans l’exécution plus ou moins parfaite de ses actes fonctionnels, s’il est expulse vivant et à une époque avancée de la grossesse, que l’on puisera es
renseignements nécessaires à la fixation de Page. Or, les différents appareils de l'organisme participant a la tois^ a
l'évolution progressive du nouvel être, il est utile d examiner successivement la plupart d’entr’eux, pour se mettre à même de déterminer la part qui revient à chacun dans le
travail lormaieur.
»IV. — La première partie renferme en conséquence onze chapitres, où sont tour-à-tour passés en revue, pour y être étudiés avec tous les détails qu’ils comportent :
» (A) Les premiers développements de l’embryon et les annexes du fœtus. — (B) Le poids et les dimensions du nouvel être aux différentes époques de la vie intra uterine. — (C) La hauteur d’insertion du cordon ombilical aux divers mois de la grossesse. — (D) Le mode de formation du système nerveux et des organes des sens. — (E) Le mode de formation des systèmes osseux, musculaire et tégumentaire. — (F) Le degré de développement de la colonne vertébrale, de la tête, du tronc et des membres, suivant les âges. - (G) L’évolution progressive du tube, digestif et de ses annexes. — (H) Les caractères offerts par le développement des organes destinés à constituer l appareil génito-urinaire . — (I) La formation du système vasculaire et les modifications dont il est l’objet. — (J) L executian
des divers actes fonctionnels par un fœtus expulsé vivant, à une époque avancée de la grossesse. — Enfin un dernier chapitre K a été consacré à l’examen de la valeur relative inherente à chacun des caractères énonces précédemment. Cet examen a eu naturellement pour objet de mettre en relief la connaissance des meilleurs moyens propres a déterminer l’âge de la vie intra-utérine. , ,
» v — En jetant un coup d'œil synthétique, sur 1 ensemble de ces chapitres, il nous est facile de voir que la recherche du poids et des dimensions fœtales revendique d abord une place d'honneur parmi les moyens qui sont a notre déposition. Cette recherche se recommande, tant au point de vue rationnel que sous le rapport de la simplicité des manœuvres exigées par elle et des notions instructives qu’on est fondé à en attendre.
„ vi. — Il convient d’en rapprocher la hauteur dinseition du cordon ombilical. Celle-ci, en effet, est d’autant plus voisine du pubis que le fœtus est plus jeune et s en éloigné d autant plus aussi qu il est plus âgé, sans atteindre toutefois jamais la moitié de la longueur totale du corps.
„ vil Une égale importance est dévolue encore a 1 état
du système tégumentaire et de ses annexes (poils, ongles, etc.); la coloration de la peau aux differents âges, sa consistance plus ou moins considérable; la formation d un enduit caséeux à sa surface ; le développement des poils, la genèse des ongles, constituent tout autant de signes a
° b )fVIII. — Nous plaçons sur la même ligne, eu égard aux renseignements qu’ils peuvent fournir, le volume relatif de la tête, la conformation extérieure de la face et de ses ouvertures, les caractères offerts par le développement progressif de l'appareil visuel et l’aspect des organes
êe » n On U ne saurait enfin passer sous silence l’accroissement que subissent les trois segments constitutifs des membres.
1 » IX — Deux ordres de signes forment parmi tous ceux dont on dispose, une catégorie à part : je veux Parler de l’évolution du système dentaire et de la recherche des points d’ossification, en particulier du point que présente lepi phase inférieure du fémur. Leur existence, alors que la plupart des autres caractères font defaut, les rend a vrai dire inappréciables. ,,
»X. — Quant aux organes internes, trois d enti eux méritent encore une mention spéciale et doivent servir de fondements, aux minutieuses investigationsdu medecmlégiste : ce sont le cerveau, le foie et Yintestin. On examinera,
relatif de rurgane nepauque, sa cvuswau.® , ^ **h*^v*v contenu dans la Vésicule du fiel, ses caractères ; la longueur de l'Intestin, ses glandes et la partie de cet intestin qui renferme le méconium (Cæcum).
„ xi. — On ne saurait attacher enfin d autre valeur au mode d'exécution des dioers actes fonctionnels par un fœtus expulsé vivant que celle qui est inhérente aune impression première, susceptible peut-être de mettre sur la voie du diagnostic, mais qu’il faut savoir modifier, si les circonstances ultérieures l’exigent.
»XII. — Si l’on nous interroge dune façon générale touchant les signes, pour-ainsi-dire, caractéristiques, qui permettent l’appréciation de lage aux diverses périodes de Fa vie intra-utérine, nous répondrons, d’accord en cela avec Toldt (C.), que pour les embryons du deuxieme mois, ms données essentielles sont fournies par la courbure du corps, la configuration du visage et des extrémités. Au O’otsteme, les particularités principales s’observent encoie du coté des extrémités et des parties génitales e^/erfies ; on no e également la formation des paupières et du pavillon ae
1 °» 6 Au 'débat du quatrième mois,, la conformation extérieure est asses avancée, pour ne plus guère fournir d’indication importante Aux cinquième et si.xième’■ mois appartient le développement de la couche comee de l’épiderme • au commencement du septième, apparaissent les poils de duvet aux extrémités et les cheveux prennent îfn accroissement notable. .4 la fin du sixième ou au commencement du septième, se produit un point, osseux dans le calcanéum. Le point osseux classique,de { in {t Heure du fémur, se montre dans la très giande majorité des cas au commencement ou au milieu du neuvième à la fin de ce mois, il a de 2 a 5 millimétrés. A la aei niêj e période de la vie intra-utérine des indications importantes sont données]par l’état de l’écorce cérébrale ... .
» XIII • - La seconde partie du présent travail est consa crée aux ^applications médico-légales.
rapportentiplus spécialement a notre sujet, sont en d od W: la viabilité, la légitimité des ^ances En drpd criminel : l’avortement, la suppression et l questions d’identité supposent presque mination de l’âge à une epoque plus avanceedelave.
» XIV — En ce qui concerne d abord la viabilité, les variations individuelles et organiques, observées a tel ou
tel âge de la vie intra-utérine, font voir qu’on ne saurait prendre pour guide ce seul indice dans sa détermination. L’âge fournit évidemment aussi une donnée essentielle ; il ne suffit jamais à constituer une preuve et le médecinlégiste doit s’adresser encore à d’autres caractères pour résoudre le problème.
»XV. — La question de la légitimité des naissances réclame encore la fixation de l'âge , pendant la vie intrautérine. L’action en désaveu ne saurait être admise, en effet, si le produit n’est pas viable. Or, nous venons de voir que l'âge du fœtus constitue, sinon une preuve complète, du moins un.des éléments es.-entiels à sa détermination. Il y a plus encore, et lorsqu’une personne alléguera dans un but d’intérêt personnel, et pour faire légitimer un enfant: Un accouchement retardé, le médecin-légiste pourra être conduit à éclairer la Justice sur l’âge probable du produit de la conception.
» Enfin l'article 310 du Code civil déclarant que lorsque l'époque d'un enlèvement se rapportera à celle de la conception , le ravisseur pourra, sur la demande des parties intéressées, être proclamé père de l’enfant, on sera consulté parfois, à l’effet de dire si l'époque de la conception a dû réellement coïncider avec celle de l'enlèvement, et tout se réduira encore, si l’enfant est nouveau-né, à déterminer l’âge de la oie intra-utérine.
»XVI. — L’utilité de cette détermination se fait sentir dans les préventions d’avortement ; elle aura pour effet alors de contrôler divers points de l’enquête ou certaines allégations de la femme.
» XVII. — Quand il s’agit de suppression ou d'exposition d’enfant, le médecin-légiste est. souvent interrogé sur la question de savoir si le petit être, supprimé ou exposé, était bien viable et, dans le cas d’exposition en particulier, il est appelé à faire connaître, si la mort a été la conséquence du délaissement ou si elle n’est pas seulement imputable à un défaut d’organisation et de mâturitê du produit.
» XVIII. — La nécessité des perquisitions s’impose tout aussi évidente dans les préventions d'infanticide. Bien que la viabilité ne soit point ici une condition du crime, on doit pourtant rechercher l’enquête. Si l’enfant ne présente qu’un degré de maturité insuffisant pour continuer à vivre, la plus légère violence aura eu raison de lui. N’est.-il pas possible de se demander encore si la mort n’est pas plutôt le simple résultat, la conséquence naturelle de son imperfection organique et doit-on considérer les traces de
violence, dont l’accusation semble exagérer la valeur, comme autres choses que des coïncidences malheureuses dans l’espèce.
Bouisson, SA VIE, SON œuvre. — La mort du professeur Bouisson vint enlever, le 26 mai 1884, à la Faculté de médecine de Montpellier, une de ses gloires les plus pures et à
la Chirurgie Française, une de ses plus éminentes illustrations Dans son testament, daté du 9 juin 1882, Bouisson laissa à l’Ecole de médecine une somme de cent mille francs, destinée à créer cinq prix annuels décernés aux élèves les plus méritants La jouissance de cette somme était leguée à Madame oeuve Bouisson, née Bertrand , et les prix ne devaient être distribués qu'après sa mort. Mais, dès qu’il fut question d'organiser à Montpellier les magnifiques fêtes qui devaient célébrer le sixième centenaire de l’Université Méridionale, Madame Bouisson adressa à M. Viqié, président du Comité de ces Fêtes, une lettre, par laquelle elle offrait de renoncer à cette jouissance, « heureuse de voir inaugurer pour cette solennité les premiers prix Bouisson ». Désireuse d’associer la mémoire de celui dont elle portait si dignement le nom à l’inoubliable manifestation qui eût lieu en 1890, elle déclarait que dix mille francs seraient prélevés sur les arrérages de la rente laissée par son mari et seraient destinés à récompenser les auteurs des deux meilleurs Mémoires : « Sur la Vie et les Œuvres du célèbre professeur de Montpellier. » , . .
Le concours, ouvert le 15 Juin 1889 et clos le 1 er Avril 1890, suscita onze Mémoires : Un premier prix de Six mille francs fût décerné à M. le Docteur Bouillet ; un second prix de Quatre mille francs fût accordé à MM. Biaise et Boinet, professeurs agrégés à la Faculté de Médecine de Montpellier, auteurs d’un travail, fait en collaboration. «Cest dans ces circonstances que fût écrite l'Œuvre analysée par le docteur Louis Bourguet, compatriote et confrère de l auteur de ce livre (T. XV des Bulletins. Société Archéologique, Scientifique et Littéraire de Béziers. Pag. 395-404).
Le livre de M. le docteur Bouillet comprend deux parties distinctes La première est consacrée à la Vie de Bouisson. La seconde nous décrit son Œuvre.
Arrivé à la fin de cette description analytique, tracée de main de maître par le dernier descendant de la famille Médicale des Bourguet. dans notre vieille Cité Biterroise, « certains lecteurs, dit-il, surpris du nombre considérable de pages qu’ils auront parcourues, sans s’en apercevoir, se
demanderont peut-être si l’auteur n’a pas abusé des ressources de son style pour les tenir sous le charme un peu plus longtemps qu’il n’était nécessaire... Nous né le croyons pas. Lorsqu’il s’agit d’un portrait, le littérateur et 1 artiste se trouvent dans une situation analogue ; certaines physionomies présentent un caractère unique, un trait tellement saillant que sa reproduction ne fût-elle indiquée que par quelques coups de crayon, suffit à exprimer la ressemblance du modèle ; d’autres, au contraire, et non les moins intéressantes, ont besoin d être plus intimement étudiées, d etre plus finement fouillées, pour évoquer en nous] idee complété de l’original. Si M. BouÜM^è tait contenté de nous représenter le chirurgien de premier ordre qui existait en Bouisson, il nous aurait certainement interesses, mais ne nous aurait donné qu’une idée incomplète de son modèle en abrégeant son étude, il ne nous aurait, pas seulement privés de pages intéressantes, il se serait éloigné du but qu’il devait viser, la ressemblance, et ce n’est qu en 1 observant sous les points de vue divers de scm geme multiple, qu’il a pu arriver à nous donner la physionomie exacte du Grand Homme, que la Faculté de Montpellier et la Chirurgie Française pleureront encore pendant longtemps »
Dans le livre intitulé : t es Fêtes du VF Centenaire de Vüniversité de Montpellier, par Henri Rouzaud (Paris, Masson (G.), édit., 1891), on trouve la description complété des fêtes et, à la pag. 113, le résultat du concours et le Compte-rendu du rapport de M, Tèdenat.