La nécessité de panser les plaies, et de les bien
(/) Voy. Bouillet (docteur Jean), de Béziers. De la gangrène des membres, considérée au point de vue de l’étiologie, de la pathogénie et du traitement chirur -■ gical (Mém. couronné par la Soc. de chirurgie de Paris (prix Gerdy 1886). — Montpellier, Camille Coulet, libr. édit., et Paris, Delahaye (A.) et Lecrosnier (E.), libr. édit., 1887. - Loc. citai., brochure in-za de 17o pag. Voir pour les conclusions: pci 0 ', r$j etsuiv. ( Extr. du Montpellier-Médical, -2« série , T . VII et VIII, 1886-1887).
panser pour prévenir les complications du sphacèle, est d’abord une condition qui s’impose.
4. — Dans les cas de contusions profondes, le repos absolu du membre malade, l'emploi d’antiphlogistiques puissants et les débridementsaussi étendus, que l’exigeront les circonstances, sont encore des ressources précieuses.
5. A l’effet d’éviter le sphacèle. qui se montre à la suite d’une pression continue, la surveillance des appareils spéciaux pour les fractures, l’usage des lits mécaniques, des matelas à eau, des coussins à air, le changement de position du malade et l’examen fréquent des parties menacées, constituent le vrai traitement prophylactique.
6. — S’agit-il de lésions traumatiques atteignant les vaisseaux artériels, c’est à favoriser la circulation collatérale par l’entretien de la chaleur, les frictions douces et légèrement excitantes, que l’on devra surtout s’appliquer. Des indications particulières dérivent encore des obstacles au cours du sang veineux, malgré leur extrême rareté, lorsqu’ils ont pour siège un tronc de quelque importance : on s’y conformera en pratiquant quelques scarifications sur la partie malade, dans le but de combattre la congestion mécanique et l’énorme engorgement développé sous son influence.
7. — De larges débridements seront effectués de plein droit, lorsqu’on est en présence d’une inflammation violente, dans le cours de laquelle certains tissus débridés par des aponévroses inextensibles, se trouvent en proie à un étranglement manifeste. Les phénomènes inflammatoires revêtent-ils une intensité suffisante, pour faire appréhender la funeste complication du sphacèle, on pourra jusqu’à un certain point se mettre à l’abri de cet accident redoutable, en ouvrant au pus infiltré une large voie. L’inflammation semble-t-elle enfin entretenue par la pré-
sence de corps étrangers de nature diverse, on s’empressera, comme de juste, de procéder à leur extraction,
8. — Est-il question de prévenir le développement de la septicémie gangréneuse, les moyens à mettre en usage ne diffèrent en rien des soins prophylactiques journellement employés contre les autres maladies infecto-contagieuses : désinfecter le membre amputé et l’éloigner de la salle d’opération, purifier les instruments, les effets de literie, brûler les objets de pansement, isoler les malades et abandonner pendant quelque temps les salles où la gangrène gazeuse aurait pris une extension considérable, telles sont les principales mesures, dont l’exécution rigoureuse nous paraît indispensable.
9. — Les meilleurs moyens, pour combattre les effets du froid et de la chaleur sont aussi les plus propres à prévenir dans ce cas les complications du sphacèle.
lü. - On est pleinement autorisé aujourd'hui à admettre une prophylaxie chirurgicale dans les gangrènes de causes internes ou indirectes ; il peut exister en effet, chez les malades, dont le système circulatoire est profondément troublé, chez ceux, dont la crase sanguine a subi d’intimes modifications ou dont le système nerveux est plus ou moins gravement atteint, au point de vue chirurgical, et par le fait de ces particularités elles-mêmes, de véritables, contre indications opératoires, que l’homme de l’art a mission d’apprécier, s’il veut que son intervention soit, à juste titre, réputée efficace et salutaire.
11. — Les indications, auxquelles doit se conformer le chirurgien, dans le cas de gangrène confirmée des membres, sont au nombre de trois principales :
12. — La première consiste à combattre l’extension du mal. Outre les moyens passés en revue, au chapitre de la prophylaxie, on dispose encore, dans ce but, d’une catégorie spéciale de ressources, destinées à faire naître, en se
basant sur l’exemple même de la nature, une inflammation en quelque sorte salutaire, pour établir une ligne de démarcation réelle entre les tissus sains et ceux qui sont privés de vie ; l’application des vésicatoires, des cautères rougis à blanc, a été préconisée à cet effet. Follin conseille l’emploi du fer rouge, qui ne semble point avoir tenu toutes les espérances que cet auteur fondait sur lui. Des incisions habilement pratiquées, l’influence modificatrice de différents topiques, la méthode du bain chaud, mise en honneur par un chirurgien allemand, peuvent encore, suivant les cas, être mises à profit, avec quelques chances de succès. Nous ne mentionnerons que pour mémoire, vu le danger inhérent à une semblable pratique, ces scarifications jadis effectuées sur les parties vivantes, dans le but d’y introduire des substances irritantes, de nature variable. Enfin le traitement par l’oxygène, sans offrir incontestablement tous les avantages que se sont plû à lui reconnaître ceux qui l’ont, pour la première fois, introduit dans la thérapeutique de la gangrène des membres, est appelé neanmoins à rendre quelques services.
13. — Il ne suffit pas de s’opposer à l’extension du mal ; il faut en outre favoriser, autant que possible, l’élimination des parties mortes. A l’effet de remplir cette indication importante, on n’aura qu’à surveiller attentivement le travail inflammatoire qui préside à l’élimination spontanée des eschares, pour le ramener, s’il est trop intense ou au contraire trop faible, aux proportions qu’il doit avoir normalement, en ayant soin toutefois de combattre à l’aide des désinfectants spéciaux, les exhalations fétides qui émanent des foyers gangréneux.
14. — Enfin la troisième indication fondamentale, dans le traitement de la gangrène des membres, consiste à favoriser la cicatrisation de la plaie, qui succède à l’eschare. Cette solution de continuité sera traitée, comme les plaies
ordinaires, dont elle ne diffère aucunement et il serait superflu d’y insister.
15. — Mais il arrive que l’élimination naturelle se fait tellement attendre, que le grave problème de l’amputation se présente à l’esprit du chirurgien ; or, il faut, pour le résoudre, alors l’envisager séparément, suivant qu’il s’agit de gangrènes par causes externes ou de gangrènes par causes internes.
16. — Dans les gangrènes, par causes externes, l’amputation est généralement conseillée, lorsqu’un membre est gangréné sur une large surface ou désorganisé dans toute sa profondeur, lorsqu’une articulation est ouverte et menacée par le sphacèle.
17. — Dans les gangrènes, qui viennent compliquer des fractures comminutives, ou prennent naissance à la suite de blessures par projectiles de guerre, soit par stupeur des tissus, soit par propagation inflammatoire, tandis que certains chirurgiens, parmi lesquels nous retrouvons les représentants les plus autorisés de la chirurgie militaire, se déclarent hardiment pour l’amputation immédiate, d’autres au contraire la rejettent d’une façon absolue, comme prédisposant au sphacèle des lambeaux. Nous nous rangeons nous-même à l’avis des auteurs du Compendium, qui voudraient voir l’amputation réservée aux seuls malades, chez lesquels le sphacèle affecte une marche rapidement envahissante et une tendance marquée à gagner le tronc
18. — En ce qui concerne la gangrène gazeuse ' foudroyante, l’amputation sera pratiquée, comme étant la meilleure chance de salut pour le patient, toutes les fois qu’il n’existera pas de contre-indication formelle et qu'on sera appelé d’assez bonne heure, pour pouvoir enlever la portion du membre contaminée par la présence du microbe ,
avant que ce dernier ait eu le temps d’infecter tout l’organisme.
19. — Dans les gangrènes par causes internes, le problème de l’amputation a été diversement résolu par les auteurs qui l’ont soulevé, et il semble au premier abord que le seul moyen de nous rendre juges impartiaux, en semblable occurence, soit d’interroger la statistique ; mais les données numériques ne sont malheureusement ni assez nombreuses, ni assez précises, pour renseigner d’une façon certaine.
20. — Cependant, dans l’état actuel de la science, on peut dire d’une manière générale que l’amputation doit être rejetée, chez les malades, dont la gangrène est imputable à une affection de l’appareil circulatoire ; l’hésitation est au contraire permise chez ceux qui sont atteints d’affections aigues.
21. — Quoiqu’il en soit, l’opération une fois décidée, on devra toujours la pratiquer au-dessus des limites du mal, pour se mettre, autant que possible, à l’abri de la gangrène des lambeaux, et une règle, non moins impérieuse, consiste aussi à attendre que le mal soit limité. Le choix du procédé s’effectuera, enfin, d’après la disposition des parties gangrénées.
22. — Les contre-indications opératoires ont leur source dans les affections de cause interne, qui tiennent la gangrène sous leur dépendance.
C’est ainsi que chez les achectiques, les cardiaques, les malades atteints d'athérome généralisé, l’abstention sera de plein droit. Nous pourrions en dire presque autant des sujets chez lesquels le sphacèle a déjà envahi plusieurs membres. Enfin, chez les diabétiques, deux cas peuvent se présenter fou bien la gangrène est d’origine traumatique, et on se guidera alors sur les règles ordinaires précédemment énoncées, à propos de l’amputation dans les gangrènes par causes externes, ou bien elle est spontanée et l'abstention doit être presque toujours érigée, dans ce cas, en règle
générale. Quoiqu’il en soit, si l’on se décide à agir, c’est au thermocautère, qu’il faudra donner la préférence sur le bistouri.
Après la revue analytique précédente, qui semblera peutêtre longue, à quelques-uns des lecteurs du Mémoire susmentionné, mais dont le titre a valu néanmoins à l’auteur de ces lignes, une des plus hautes récompenses de la Société de Chirurgie de Paris, titre qui consiste en ces mots : « Etude sur la gangrène des membres, considérée au » triple point de vue de l’Etiologie, de la Pathogénie et du » Traitement Chirurgical (1) », et travail qui mérita au docteur Bouiliet (J), l’obtention du Prix Gerdy , apres qu’il avait brillamment conquis déjà le Prix Demarquay a deux ans d’intervalle (1884), pour son Mémoire sur l’Etiologie de l’Erysipèle (2), il ne nous restera plus encore qu’un mot à ajouter, à propos du rapprochement naturel, que nous ont paru légitimer ces deux études, d’ordre pourtant si différent et de date assez peu éloignée, puisque deux années à peine les séparent l’une de l’autre ; c’est que ce rapproment est uniquement motivé par l’intime union et l’unité parfaite de tendances scientifiques et d'applications pratiques, à l'histoire desquelles s’est toujours consacrée avec un éclatant succès : ± 4
La « Société de Chirurgie », ce foyer centralisateur par excellence des études scientifiques et des connaissances expérimentales en France.
Le même motif de rapprochement obligatoire, uniquement nécessité encore par le seul désir de placer ici cote à côte deux nouveaux Mémoires, qui n’offrent d’autre caractère commun, que leur identité absolue d’origine, si on les envisage, sous le rapport de la similitude complète du lieu, où furent présentées les observations, qui en émanent ; ce même motif de rapprochement obligatoire, disions-nous, s’impose à nos yeux, si laissant momentanément de coté la Société de Chirurgie, aoec ses honorables récompenses Ci),
nous nous élevons sur un théâtre plus élevé encore, tant au point de vue de la distinction inhérente aux faveurs que se plaît à répandre cette savante Compagnie que de l’honneur légitime, qui se rattache aux prix nombreux et variés qu’elle concède. Personne n’aura de peine à comprendre que la Société Scientifique, à laquelle nous faisons allusion maintenant, n’est autre que l’Académie de Médecine de Paris, véritable boulevard actuel, où se déroulent les discussions les plus élevées et les procès les plus imposants de la Science Médicale Française Contemporaine. Elle juge, en dernier ressort, tout ce qui est du domaine de la médecine théorique et appliquée, tant au point de vue historique et doctrinal, que sous le rapport pratique et expérimental ; et les discussions de la chirurgie ou de l’obstétrique ne lui sont pas plus étrangères que les controverses, qui ont, pour point de départ ou pour conclusions ultimes, des sujets de toxicologie ou de médecine légale! Pour tout dire en un mot, VAcadémie de Médecine, cette cour souveraine de la Science Française, dont les décisions sont inattaquables et irrévoquées, lorsqu’elles se rapportent à quelque sujet de doctrine ou de pratique médicales, ne reconnaît, en notre pays, d’autorité supérieure que celle qui émane de l’Institut de France , où quelques rares places sont encore réservées à la Science Médicale Moderne, en comprenant, bien entendu, dans cette vaste acception, comme personne au reste ne l’ignore chez nous, tout ce que la médecine embrasse de plus large et de plus varié, aussi bien dans ses théories doctrinales que dans ses applications pratiques.
Nous ne saurions résister au plaisir de reproduire ici les quelques lignes suivantes, placées en tête d’une récente publication qui a pour objet Y Académie des Sciences et qui est dûe à la plume élégante et facile de trois de ses secrétaires perpétuels : Gaston Darboux, Herirg Roujan et Georges Picot. (Voy. Les Grandes Institutions de France : l’Académie des Sciences, l’Académie des Beaux-Arts , l’Académie des Sciences Morales et Politiques. Paris. Librairie Renouard-Laurens (H.), éditeur, 1907, pag. 1.
« C’est un fait digne d’attention que, partout où les lettres et les sciences sont honorées et cultivées, leur influence bienfaisante assure aux Académies où elles trouvent asile, une situation privilègiée, et met ces Compagnies à l’abri des vicissitudes qui désolent et troublent dans leur marche tant d’autres institutions. Notre pays a vu passer bien des transformations violentes ; les révolutions y ont bouleversé et transformé le pouvoir politique, l’armée, la magistrature, Je .clergé ;
seules les Académies ont traversé les tempêtes, sans subir dé profonds et durables changements. L’Académie des Sciences surtout, protégée, sans doute, par la nature des études qui lui sont dévolues, et aussi par la multiplicité des services que l’Etat n’a jamais cessé de lui demander, a pu poursuivre presqu’en tout temps, la mission qui lui avait été réservée. Son développement a été progressif, méthodique, régulier. Les transformations qui lui ont été imposées à diverses époques, n’ont été ni radicales, ni contradictoires. Chaque réforme s’est vue, en quelque sorte, confirmée et amplifiée par la suivante ; et toutes n’ont eu d’autre résultat que de l’acheminer progressivement vers la constitution qui, depuis plus d’un siècle, la régit sans modification. Je ne saurais, dans le petit nombre de pages qui m’est réservé, songer à écrire son histoire, qui serait celle du développement des sciences mathématiques, physiques et naturelles dans notre pays. Je m’attacherai surtout à donner une idée nette de son organisation aux diverses époques de la situation élevée qu’elle a su se faire dans l’estime publique, des services qu’elle a rendus, qu’elle rend encore, à la fois à la science et au pays ».
Et plus loin, ne lisons-nous pas ces quelques mots, également empreints du même enthousiasme vibrant? (1).
« S’il se trouve un jour parmi nous, quelqu’un qui veuille consacrer sa vie à écrire l’histoire complète de l’Institut, c’est avec une joie patriotique que nous le verrons s’arrêter sur la période qui comprend la première moitié du XIX e siècle. L’Académie recueillit alors, en môme temps que les savants formés par le lent travail de la monarchie, tous ceux qu’avaient fait surgir les agitations fécondes de la Révolution et de l’Empire. Biot, Ampère, Fôurier Poisson, Malus, Fresnel, Becquerel, Régnault, en physique ; Berthollet, Gay-Lussac, Vauquelin, Dulong, Dumas, Boussingault, Proust. Chevreul, Thénard, Balard, en chimie; Haûy, Brongniart, Ramon, en minéralogie ; Cuvier, de Jussieu, Lamarck, Mirbel, Lacêpède, Geoffroy Saint-Hilaire, Milne-Edwards, en histoire naturelle; Larrey, Portai, Dupuytren, Pinel, Corvisart, Flourens, Magendie, Pelletan, en médecine et chirurgie et tant d’autres, qui seront l’éternel honneur du nom Français. Tous ces hommes, devant, lesquels l’Europe entière s’inclinait avec respect, étaient destinés à se préparer à eux-mèmes, de dignes successeurs. Mais, arrêtonsnous là, nous touchons au temps actuel !
» J’ai vu l’époque, ajouté hauteur du présent article (2), où des discussions intéressantes et prolongées s’engageaient à l’Académie ; j’ai assisiè aux luttes épiques de Leverrier et de Delaunay, aux dis-eussions de Pasteur avec $es adversaires de tout ordre, à celles du docteur Bouillaud et du Comte du Moncel, à propos du Phonographe , d’Edison, bien injustement accusé de supercherie Ces temps hèroï-
(r) Darboux I.G.), Reujan {H,), Picot ( 1 ). L’Institut de France. Paris, 1907. Page sp 38, 39.
(s) Loc. cit. Pag. 4î, 46 et 4J.
ques se sont écoulés ; Jamais le mouvement îles recherches n’a été plus intense qu’aujourd’hui, et cependant les savants paraissent avoir perdu le goût des discussions, des exposés généraux. Mais cette contradiction est cependant facile à expliquer. Le temps n’est plus où un Laplace, un Cuvier, un Arago, pouvaient porter un iugement sur toute recherche scientifique. Il est devenu maintenant aussi difficile de suivre un chimiste exposant une réaction de chimie organique, un zoologiste expliquant les lois complexes de l’hérédité, qu’il l’était autrefois de comprendre une page de calcul intégral II y a une autre raison, celle-là heureusement passagère, pour laquelle les discussions et les polémiques se font de plus en plus rares à l’Académie. A cette ardeur pour l’étude, qui est restée plus vive que jamais, les chercheurs allient aujourd’hui un scepticisme outré visà-vis de toute théorie, de toute explication gènèraledes phénomènes. La découverte de l’unité des forces physiques, qui sera le véritable titre de gloire scientiflque du xix° siècle, est venue mettre en question les théories qui paraissaient les plus plausibles et les plus fécondes. On ne prend plus parti aujourd’hui, ni pour la théorie de l’émission, ni pour celle des ondulations, ni pour la continuité, ni pour la discontinuité de la matière. Ce sont là des hypothèses, que l’on admet tour-à-tour et quelquefois simultanément. On ne les envisage nullement, comme nous donnant une idée des choses ou une approximation de la réalité. Ce sont des outils que l’on emploie à tour de rôle en môme temps ou suivant les circonstances. La vérité est qu’après la brillante synthèse que les philosophes anciens avaient étayée sur des faits insuffisants et recueillis, sans méthode, après celle qui a été inaugurée au xvn e siècle, par les travaux de Newton, nous abordons à l’heure actuelle une tentative nouvelle aussi d’explication des phénomènes du monde physique et physiologique, en ce qui concerne le domaine médico-naturel. Nous traversons une période transitoire ; or, les périodes de transition ne se caractérisent pas généralement par de violentes controverses, mais par de solides raisonnements et par des discussions doctrinales courtoisement établies. N’est-ce pas le cas de la période contemporaine? »
S’il est utile et nécessaire, s’il est presque indispensable, au temps actuel, pour chacun de nous, d’avoir une doctrine, qui lui serve de critérium et de règle, dans la coordination de ses idées les plus abstraites, comme dans l’émanation de ses sentiments les plus intimes, il nous paraît aussi que cette doctrine, qui n’est assurément pas sans analogie réelle avec le Fil de Thésée conduisant l’ètre créé dans le vaste labyrinthe de sa vie mortelle, ou avec le Bâton de l’Aveugle, que prend pour guide, dans ses pérégrinations mondiales, le malheureux déshérité de la vue, que sa désolante cécité a séparé pour toujours du reste des humains; il nous semble, disons-nous, que cette doctrine, dont l’utilité se dresse chaque jour plus intense, au fur et à
mesure que nous avançons davantage, à travers l’espace immense, où l’être humain a reçu mission de se mouvoir, ne peut guère raisonnablement être ramenée qu’à deux vastes catégories distinctes, je parle ici de l’organicisme et du vitalisme.
« Prétendre avancer dans une science, disait jadis l’un des maîtres les plus savants et les plus regrettés de l’illustre école de Montpellier, le professeur Fonssagrives (1), sans mettre à sa base de forts principes, c'est se condamner par avance, à la stérilité. » Et ailleurs : « On est forcément obligé de se ranger sous la bannière de l’organicisme ou du vitalisme. Il n’y a place entre ces deux camps que pour les dévoyés de l’esprit, intéressés à abriter leur faiblesse derrière un éclectisme impossible. »
C’est ainsi que, dans ces quelques lignes, la question différeniielle entre les deux doctrines se trouve nettement posée ; peut-être sembleront-elles un peu absolues à quelques-uns; mais s’il y a là une sorte d’absolutisme outré, il nous semble, en y réfléchissant que cette tendance séparatrice clairement exposée par celui dont je m’honore d’avoir été l'élève, au sein de la célèbre université méridionale, n’en renferme pas moins une division nettement tranchée et appelée à rester classique, parmi tous les fondateurs des systèmes modernes. D’ailleurs, comment expliquer aussi, s’il fallait s’en tenir toujours au sens strict des mots, et si l’on n’était autorisé à admettre des dédoublements et des sous-classes, à côté des grandes divisions établies par le savant professeur de Montpellier, comment expliquer, dis-je, l’existence du spiritualisme et de l’animisme, dont je n’ai pu trouver les noms indiqués ici, à côté -, de celui du vitalisme, si on ne fait, comme de juste, de ces deux systèmes en particulier, des sources ou des dérivés du dernier d'entr’eux? Or, bien que Fonssagrives traitât un peu sévèrement peut-être ceux qui n’embrassaient pas entièrement le vitalisme, il n’entendit certainement point par là passer condamnation complète sur les adeptes du spiritualisme et de l'animisme, ces deux doctrines fondamentales, du catholicisme, à l’égard duquel il professa une déférence si manifeste et une si respectueuse sympathie.
(i) Fonssagrives, sa vie et son œuvre (première leçon du cours de thérapeutique, 2 7 mars 1885), par le professeur Grasset. Pag. 16 et 17.
Voir également : Fonssagrives, sa Doctrine Médicale in Principes de Thérapeutique Générale, où le ni-licament étudié aux points de vue physiologique, posologique et clinique. (1 vol. grand in-8°). i r e édit., 1875 ; a"»* édit., 1884, avec Introduct etc.
Peut-être vaudrait-ilmieux alors et toujours dans l’intérêt d’une compréhension plus aisée de tous les faits d’ordre hygide ou morbide, qui s'offrent sans cesse aux regards scrutateurs d’un savant désintéressé, peut être vaudrait-il mieux, dis-je, tout en maintenant d’une part la grande division doctrinale d’organicisme, que nous ne mentionnons à cet endroit que pour y ranger une certaine catégorie de faits divers, qui ne sauraient trouver leur place ailleurs, au point de vue historique et doctrinal (solidisme, humorisme, dynamisme). Peut-être vaudrait-il mieux, disonsnous, au simple terme de vitalisme opposé à celui d’organicisme, substituer celui de spiritualisme, auquel nous admettrions deux divisions distinctes, je veux parler de l’animisme d’une part et du vitalisme de l’autre. C’est là une simple question que je me borne à poser, sans la résoudre toutefois entièrement, ne voulant en rien nous écarter dans nos écrits de l’enseignement doctrinal du Vénéré Pontife de Rome’t
Quoiqu’il en soit et quelle que puisse être la théorie à laquelle on se range, poursuivons plus avant, avec notre vénéré maître, Fonssagrives, l’étude de la doctrine vitaliste, qui est, à n'en pas douter, celle à laquelle se rallie hardiment le distingué professeur, sans hésitation aucune :
Ce qui constitue l’essence même du vitalisme, ajoute-t-il, c'est de considérer la oie comme une force spéciale, évoquée à l’origine des choses, au même titre que la force physique et la force psychique ; force autonome qui n'est pas et ne sera jamais réductible aux forces physico-chimiques. La vie est une force qui ne sortirait pas de la virtualité, sans la matière qui lui donne les occasions de se manifester; c’est un principe et non un résultat; elle préexiste aux organes et leur donne des propriétés qui ne sont pas les propriétés générales de la matière, mais bien des propriétés spéciales aux êtres vivants, et qui sont prêtées à la matière organisée pour un temps déterminé, que des conditions de milieu prolongent ou raccourcissent. Cette force est partout, mais elle a un centre qui consomme l’unité organique et fait, des mille activités organiques et cellulaires, quelque chose de soumis, d’une manière inconsciente, mais réelle, à un plan préétabli, et travaillant à un but commun. Pour nous autres vitalistes, conclut-il plus loin, la vie est la spontanéité, l’autonomie et l’unité : la spontanéité, en tant que force, l’ autonomie, entant qu’ indépendance, l’unité, en tant que subordination des plus imperceptibles parties de l'organisme à un plan et à des lois qu’elles exécutent sans les comprendre. Après avoir reproduit en entier cet entrai-
nant passage, le savant professeur Grasset ajoute à son tour : J’ai tenu à vous le citer intégralement pour vous montrer que Fonssagrioes était bien nôtre par tous les côtés de son esprit; il n’appartenait pas seulement à notre chère et ancienne Faculté de Montpellier ; il était de notre Ecole ; il était vitaliste , comme nous le sommes nousmêmes. Ce point valait la peine d’être rappelé.
Pourrions-nous embrasser une doctrine differente de celle qu’ont si savamment exposée de pareils maîtres; pensera-t-on un seul instant, que nous puissions nous ranger sous un autre étendard, que celui qui porte élégamment inscrites en lettres d’or, les noms des Fonssagrioes et des Grasset ? „ A „
Il est parfaitement licite d’ajouter apres eux. et apres leurs glorieux devanciers, opposants déclarés et fidèles de l’organicisme (Barthez, Lordat, Kunholtz, etc.), les noms inoubliables des Bouillet, spiritualistes convaincus, qui ont laissé à leur tour des traces de leurs croyances, à travers les siècles, par leurs écrits et par leurs paroles. Ainsi que de tant d’autres, qui ont également concouru, par les ressources v ariées de leur esprit, non moins que par la noble envergure de leur imagination, à projeter des clartés lumineuses sur l’antique monument, où se lisent, gravés, en caractères ineffaçables, les mots suivants : « Université de Montpellier ; Sixième Centenaire ! »