DES TRAVAUX
M. L. TRASBOT
Travaux originaux
A la Société vétérinaire, j’ai communiqué, en 1867, une note sur l’examen microscopique du sang d’un cheval mort au dépôt des omnibus de Charenton, d’une affection dite typhoïde, et reconnue être telle par le vétérinaire qui avait donné des soins à cet animal.
Dans la séance du 9 novembre 1871, j’ai présenté une chienne de neuf ans, affectée de teigne faveuse généralisée. Dans l’histoire complète que j’ai pu en faire, car j'avais suivi la maladie depuis
son début, J’ai établi que la chienne qui en était atteinte fut contaminée par deux petits qu’elle allaitait, et qui avaient eux-mêmes sans doute reçu le germe de leur mal de rongeurs qu’elle leur apportait fréquemment dans la niche. Cette observation tire surtout soii intérêt de sa singularité. C’est, en effet, le premier cas de eette affection parasitaire développée sur un sujet adulte, homme ou brute.
Dans le Recueil de Médecine et de Chirurgie vétérinaires, dont j’ai été rédacteur-adjoint de 1866 à 1870, j’ai publié un eertain nombre de mémoires et observations cliniques.
En 1864, j’ai rapporté une observation de caleul ayant causé la mort d’une jument de4 ans,parobstruetion du côlon replié à sa terminaison. C’est un fait d’un assez grand intérêt clinique, en raison du jeune âge du sujet et de la masse considérable de la concrétion dont le diamètre était de 15 centimètres, et le poids de 1260 grammes.
Ce calcul était formé d’un noyau central et d’une couche extérieure de phosphate ammoniaoo-magnésien, comprenant entre eux une zone intermédiaire composée d’aliments feutrés et très-condensés. La description de cette singulière production pathologique est suivie de quelques considérations générales sur le traitement à tenter dans les circonstances analogues.
Dans la même année, j’ai fait l’étude anatomo-pathologique d’une paralysie causée par la présence d’une tumeur mélanique dans le canal rachidien d’un cheval qui nous fut conduit pour être sacrifié.
Cet animal était malade depuis deux mois, quand mon savant maître, M. H. Bouley, appelé en consultation, le déclara incurable et décida le propriétaire à l’envoyer à *rEcole pour qu’il y fût abattu.
En 1865, sous l’inscription : Berne climjue de l’Ecole iAlfort, j’ai publié deux observations de maladies de cœur chez le cbeval.
La première a pour titre : Eydropéricarde-rndématie du poumon-, clou de rue. mort et autopsie-, c est l’histoire d’unobeval, amené à la consultation pour y être traité d’un clou de rue pénétrant, et chez lequel la maladie qui détermina la mort, avait passé inaperçue aux yeux du propriétaire. A son arrivée, on coucha l’animal pour pratiquer sur lui sans retard l’opération réclamée par sa maladie de pied, mais quand il fut relevé après l’application d’un pansement et reconduit à sa demeure habituelle, il refusa absolument de manger. Trois jours après, il rentrait dans nos hôpitaux, où il succombait presque immédiatement pendant un accès de suffocation terminé rapidement par asphyxie.
Son autopsie fit découvrir un hydropéricarde considérable sans trace d’inflammation, avec œdème de la partie inférieure du poumon.
C’est un des rares exemples d’hydropisie du péricarde constatés chez lessolipèdes.
La seconde observation se rapporte à un cbeval affecté d’une hypertrophie du cœur accompagnée d’une hydropisie du péricarde, qui mourut très-rapidement encore après une opération de pied. A l’autopsie de cet animal, dont la taille était au-dessous de la moyenne, on constata que le cœur, débarrassé de ses enveloppes et du sang qu’il contenait, pesait 6 kilogr, 56S gr., poids énorme comparé à celui du sujet.
Son tissu avait en outre éprouvé une dégénérescence graisseuse assez avancée. La plupart des faisceaux musculaires ne formaient plus que des cylindres de matière granuleuse dans lesquels on retrouvait seulement par places les traces de l’organisation primitive.
Ces deux observations sont suivies de quelques réflexions sur l’influenoe nuisible d’une excitation violente comme celle résultant d’une opération chirurgicale grave, dans les cas de maladie du cœur ou de ses enveloppes. Je les ai rapprochées l’une de l’autre pour établir d’une façon aussi évidente que possible la relation de cause à effet entre la surexcitation et la mort dans de semblables circonstances;
En 1867, j’ai publié un mémoire Intitulé : Recherches expérimentales et cliniques sur T action de la belladone, la stramoine et la jusquiame.
Ce travail, de 38 pages in-octavo, comprend le résumé historique des opinions émises sur l’action des solanées vireuses; l’analyse de leurs effets physiologiques étudiés expérimentalement; la comparaison de ces effets sur les nerfs cérébro-spinaux et ganglionnaires; la détermination du mécanisme de leur production ; et enfin les applications thérapeutiques qu’il est permis d’en tirer.
Dans la discussion des phénomènes observés, j’ai montré que l’opinion anciennement admise, que la belladone dilate les sphincters, est complètement erronée ; que c’est par une excitation des fibres rayonnées de l’iris décrites par M. Cb. Robin, et non par une action stupéfîante’partioulière comme on l’a si souvent répété, que l’atropine dilate la pupille. J’ai montré, en outre, que cette excitation se fait sentir sur toutes les divisions du sympathique et de la périphérie au centre; ou, en d’autres termes, que l’effet
est produit plus vite, lorsqu’on fait agir l’agent thérapeutique directement sur l’œil, que si on l’administre par toute autre voie.
Dans le chapitre des indications pratiques, j’ai proposé, à la suite d’observations répétées, quelques applications thérapeutiques nouvelles pour le traitement de certaines maladies inflammatoires de l’appareil respiratoire.
Ce travail, dont je n’indique ici que quelques-uns des points importants, est le résultat d’expériences nombreuses, et lonsuement étudiées, exécutées sur des chevaux et des chiens.
Tumeur purulente développée sur la vessie chei un cheval hongr ouverture dans le canal de Vurèthre ; guérison.
Cette observation clinique esl relative à un cheval chez lequel un abcès, développé sur le col de la vessie, fut diagnostiqué et ouvert dans le canal de l’urèthre par le sondage àl’aide d’une algalie ordi-
en lui un enseignement pratique suffisant pour mériter d’être
recueilli.
Je l’ai accompagné de quelques réflexions sur la difficulté de diagnostic que présentent toujours de semblables affections chez nos animaux domestiques qui ne peuvent pas, comme l’homme, en exprimant les sensations qu’ils éprouvent, nous mettre sur la voie qui conduit à la découverte de leurs maux.
Deux observations pour servir à l’histoire de l’infection putride.
La première est relative à un cheval qui mourut d’infection putride à la suite de l’ouverture d’un vaste abcès dans la cuisse gauche, et qui avait été causé par une chute dans les brancards.
L’autopsie faite avec attention et l’examen microscopique du sang et du liquide contenu dans la poche purulente ont montré toutes les lésions les plus accusées de l’infection putride.
Pour confirmer l’exactitude du diagnostic, nous avons, avec M. Reynal, inoculé, peu d’heures après la mort, le sang riche en bactéries à un autre cheval par une dizaine de piqûres. Cette inoculation a donné un résultat absolument négatif. Nous n’avions pas affaire à la fièvre charbonneuse. Telle était la première conclusion à tirer. La présence des bactéries dans le sang, immédiatement après la mort d’un sujet, ne donne pas la certitude de ta virulence de ce liquide. Telle était la deuxième déduction logique qui découlait évidemment de cette expérience.
Une pneumonie gangréneuse chez un cheval, avec complication de pleurésie et de septicémie.
Cette observation montre que, contrairement à l’opinion émise, il y a quelques années, par des auteurs de la plus grande notoriété, la gangrène du poumon peut, comme la gangrène traumatique, être la cause directe de l’empoisonnement septique. En effet, dans les deux cas, il y a un tissu mortifié et gorgé de liquide qui, au contact de l’air, se putréfie et fournit j,aux vaisseaux
le poison que ceux-ci puisent incessamment pour le répandre dans toute l’économie.
L’examen anatomique des tissus et des liquides, à l’œil nu et au microscope, ne permettait pas de conserver le moindre doute sur
Des iummrs mélaniques du cheval.
Extrait d’un mémoire couronné par l’Académie de Médecine, dans la séance du 10 décembre 1867, sur les diverses espèces de mélanoses, par M; V. Cornil et L. Trasbot.
J’ai fait d’autre part une courte analyse du mémoire, laquelle en résume la partie essentiellement vétérinaire.
11 s’agit ici d’une truie ayant présenté pendant la vie des symptômes d’épilepsie. Elle fut déclarée incurable par mon maître M. Reynal, et, en raison de son embonpoint, sacrifiée pour la consommation.
A son autopsie, nous avons trouvé dans le poumon des lésions d’une forme toute spéciale. J’en ai fait l’étude histologique avec autant de soin qu’il m’a été possible, et j’ai cru devoir les rapprooher de celles de la tuberculose. Mais, n’oubliant pas cependant que, dans les sciences d’observation, il faut toujours se tenir en garde contre les inductions trop hâtives, je n’ai voulu présenter cette assimilation que sous une forme dubitative. Car l’exemple dont j’ai donné la relation étant unique, et quelques détails dans l’organisation du tissu pathologique étant différents de ce
qui existe dans la tuberculose humaine, il m’a paru prudent de ne pas formuler une conclusion définitive sur une question aussi considérable.
Dans le but de concourir à la solution du problème posé depuis si longtemps aux observateurs vétérinaires, savoir : la détermination essentielle de l’affection désignée sous le nom de fièvre typhoïde du cheval, j’ai relaté un exemple de pneumonie avec altéralion du sang, ayant occasionné la mort. Inoculation du sang à m lapin et à un cheval immédiatement après la mort du sujet. Bésultat négatif.
Laissant de côté un instant les opinions émises, et me défendant de toute idée préconçue, je me suis attaché surtout, en recueillant cette observation, à constater la forme exacte des symptômes et les caractères précis des lésions anatomiques.
En étudiant ces dernières avec la plus rigoureuse attention à l’aide du microscope, et en relatant uniquement ce que j’ai vu, j’ai cru présenter un fait au moins bien circonstancié ei eiiuerement débarrassé de déductions théoriques capables de l'entacher
Les inoculations que nous avons faites, avec M. Reynal,du sang puisé sur le cadavre dont il est question, comparées à d’autres, que nous faisions en même temps avec du sang certainement charbonneux, qui nous était expédié de la Beauce, nous ont autorisés à affirmer de la façon la plus absolue que la pneumonie avec altération du sang, malgré ses apparences extérieures, n’est pas de nature charbonneuse.
Nous nous sommes bornés à cette conclusion pour ne pas aller an delà de ce qui ressortait évidemment de l’expérience que nous venions de faire.
Note sur la prétendue asphyxie dans l'anesthésie produite par l’éther et U chloroforme, et sur l’effet stimulant qui, dans l’action de ces agents, précède l'anesthésie.
Le but ce court mémoire, résumé d’expériences nombreuses, est d’établir que l’asphyxie ne contribue nullement à produire de l’anesthésie dans l’éthérisation et la chloroformisation.
La présence de ces agents, dans le sang; n’en chasse nullement l’oxygène qui s’y trouve en dissolution. Ils l’y conservent même indirectement en plus grande quantité qu’à l’état normal en diminuant la combustion périphérique.
D’autre part, j’ai constaté par les expériences indiquées dans le travail dont il s’agit, que, contrairement à l’opinion exprimée par M. Bert dans son cours de physiologie expérimentale au Collège de France, l’agitation du sujet, avant le collapsus, est due à une excitation générale de tout le système nerveux, et non à l’action locale de la vapeur d’éther ou de chloroforme sur la conjonctive et la pituitaire.
Note sur l’emploi du café dans la maladie des chiens.
Cet article est la relation sommaire d’observations et d’expériences que j’ai pu faire à la Clinique, sur l’efflcaoité du café dans la maladie des chiens. Depuis longtemps il était ordonné dans ces cas par MM. Bouley et Reynal.
Afin de .déterminer les circonstances dans lesquelles il convient plus particulièrement de l’administrer, je me suis livré à quelques recherches ayant pour but de préciser ses effets physiologiques.
Dans une série d’expériences faites à cette intention, je me suis assuré qu’il excite la digestion et la nutrition et active l’élimination des produits de déchet, en raison de son action diurétique puissante, double action qui le rend éminemment propre à combattre l’épuisement accompagnant certaines formes de la maladie des chiens.
En 1869. — Observation de paralysie déterminée par un abcès développé à la base du cervelet à la suite d'une angine laryngée chez m cheval. C’est là un fait unique et que j’ai cru utile d’enregistrer.
Mémoire ayant pour titre : Quelques observations de tumeurs.
Le premier chapitre de ce travail est le résumé historique de la question depuis l’origine de la médecine vétérinaire. Dans un rapide exposé des travaux publiés jusqu’à nos jours, j’ai cherché à montrer les phases diverses pardesquelles a successivement passé cette branche de la médecine des animaux.
Les chapitres suivants sont consacrés à l’étude anatomo-pathologique et clinique de plusieurs groupes de tumeurs. Suivant la classification admise aujourd’hui, je les ai distinguées en genres et en espèces. Entête do chaque série d’observations, j’ai placé une description anatomique résumée du genre et des espèces qu’il renferme.
Une étude générale du genre carcinome précède trois observations de squirrhe généralisé chez le chien.
Dans la première, la tumeur primitive exista'tà l’anus, et des tumeurs secondaires multiples furent rencontrées dans le poumon et les ganglions bronchiques.
La deuxième a pour sujet un chien chez lequel des tumeurs multiples existaient à la région sous-lombaire et dans le tissu même des reins. Ces dernières occasionnèrent une albuminurie abondante et rapidement mortelle.
Dans la troisième observation, des tumeurs secondaires occupaient tous les'viscères et parüoulièrement le foie. Il se produisit un ictère grave qui causa la mort au bout de quelques jours.
Pour remplir le cadre des carcinomes, dont la présence n’a été constatée jusqu’à présent que chez nos petits animaux, j’ai ajouté aux trois exemples indiqués plus haut une description anatomique générale des autres espèces et variétés qu’il peut être donné à l’observateur de rencontrer.
Un chapitre suivant traite des tumeurs à base d’épithélium. Il comprend les canoroïdes nommés aujourd’hui épithéliomes, les' papillomes ou verrues, les adénomes et les kystes ou cystomes pourvus à l’intérieur d’un revêtement épithélial.
Commençant par une énumération des caractères du cancroïde, ce chapitre est en grande partie rempli par une observation ayant pour titre : « Epithéliome pavimenteux lobulé, avec globes épidermiques, développé dans la voûte palatine et le maxillaire gauche supérieur, et largement ulcéré dans le fond de la bouche, chez un cheval, mort accidentellement d’une fracture de la colonne vertébrale. »
Cette observation m’a fourni l’occasion de suivre dans toute leur évolution les processus d’accroissement et d’ulcération du oanoro'ide.
En 1870, j’ai complété ce travail par un second mémoire sur les autres tumeurs essentiellement formées de cellules épithéliales. 11 contient : une observation de tumeur cornée volumineuse, déve-
loppée sur le genou d’une vache, et une description générale des papillomes muqueux.
Cette dernière partie est le résumé d’un très-grand nombre de faits cliniques qui, en raison de leur peu de gravité, ne m’ont pas semblé devoir être relatés en particulier.
xvni
Un troisième mémoire, inséré dans le numéro de mai, commencepar la détermination et la définition du genre sarcome et l’exposé des caractères cliniques et histologiques qui lui sont propres.
11 renferme ensuite deux observations particulières de sarcome médullaire généralisé sur des chevaux.
L’ensemble de ces travaux, d’environ 180 pages,, et interrompu alors par des circonstances particulières que je n’ai pas besoin d’indiquer ici, ne renferme qu’une faible partie des documents que j’ai rassemblés sur l’organisation des différentes néoplasies de nos animaux domestiques.
Ohsermtion de paraplégie aigitë, due à une congestion de la moelle épinière à son renflement lombaire chez le cheval.
Dans l’étude de ce fait clinique, je me suis plus particulièrement attaché à l’analyse minutieuse des lésions anatomiques. Par un examen microscopique complet, j’ai pu en saisir la forme essentielle et au moins fournir une donnée exacte sur la nature intime de la paraplégie du cheval.
Ne voulant pas formuler un jugement hâtif; opposé à l’opinion d’hommes d’une grande notoriété, je me suis contenté de faire un récit fidèle et débarrassé de tout commentaire de ce que j avais constaté.
Eq 1865, en .collaboration avec M. le D> Oornü, nous avons communiqué à la Société de biologie le résultat d’études anatomiques que nous avions faites sur les pneumonies du cheval et du chien, développées dans les conditions ordinaires, ou déterminées expérimentalement.
Nous avons montré que, dans la pneumonie lobaire du cheval arrivée à la période d’hépatisation, les alvéoles pulmonaires, qui dans cette espèce ont de 0““,200 à 0"'“,300 de diamètre, sont comme les dernières divisions bronchiques, remplis de leucocytes emprisonnés dans un coagulum de plasmine concrète ; que ces leucocytes, beaucoup plus petits en général chez le cheval que chez toutes les autres espèces domestiques et chez l’homme, ne mesurent que:0"'“,005 à0““,007 environ de diamètre.
De plus, nous avons constaté qu’il existe une dilatation considérable des vaisseaux capillaires du poumon, dont quelques-uns sont complètement obstrués par le sang coagulé dans leur intérieur, mais que les cloisons intervésiculaires n’ont subi aucune altération appréciable, et ne sont pas le siège de l’infiltration séreuse signalée à priori par plusieurs auteurs.
Ces détails d’anatomie microscopique n’avaient pas encore été indiqués en médecine vétérinaire. Ils ont établi l’identité de la pneumonie franche du cheval et de la pneumonie lobaire fibrineuse ou croupale de l’homme.
Les seules différences qui puissent être remarquées dépendent exclusivement des dimensions moindres de lobules pulmonaires et des éléments anatomiques dans l’espèce équine dont les tissus plus denses et d’une texture plus fine, sont disposés pour fonctionner plus activement.
Chez le chien, les lésions sont identiquement les mêmes. Les
seules diflérences qui puissent être observées dépendent de la largeur des alvéoles et du volume des éléments anatomiques. Dans l’espèce canine, en effet, les leucocytes et les globules rouges du sang mesurent, les premiers de 0“”,009 à 0"'”,012, et les hématies de 0”“,007 à 0“",008. Ils tiennent le milieu par conséquent entre ceux de l’homme et ceux du cheval.
Ces faits établis, il nous a paru très-intéressant de suivre le développement de l’inflammation du poumon dans ces différentes formes, en la provoquant artificiellement.
En injectant de l’essence de térébenthine dans les bronches d’un chien, nous avons vu se former des pneumonies lobulaires, présentant tous les caractères histologiques de celles rencontrées chez l’homme et chez le cheval dans divers états pathologiques.
Par l’introduction dans la jugulaire de .corps solides inertes, comme des graines de choux, que le sang entraînait immédiatement dans le poumon, où elles s’arrêtaient en obstruant les dernières divisions artérielles, nous avons déterminé la production de petits foyers purulents, identiques à ceux qui sont dus à la présence des embolies.
Toutes ces expériences nous ont permis, en sacrifiant les sujets après dix ou douze heures, un ou plusieurs jours, de suivre la marche de l’inflammation depuis l’irritation pathologique jusqu’aux terminaisons par la suppuration et par la gangrène.
' Dans la même année, nous avons encore, M. le D'Cornil et moi, présenté à la même Société des pièces anatomiques de la morve du cheval, dont l’étude histologique nous a révélé l’organisation
En 1817, Dupuy, dans son mémoire intitulé : a De l’affection
tuberculeuse vulgairement appelée morve, » avait identifié cette maladie générale à la tuberculose de l’homme.
Son opinion, assez généralement acceptée d’abord, bien que fondée seulement sur la ressemblance extérieure et imparfaite des productions morbides examinées à l’oeil nu, fut bientôt abandonnée.
Les observations faites de la communication directe de la morve à l’hommo montrèrent combien l’assimilation dont il s’agit était peu justifiée.
Ici en effet, la morve se présentait sous un apect entièrement différent de celui que revêt la tuberculose.
Aussi ne songeait-on plus à chercher l’identité de ces diathèses, et l’opinion exprimée par MM. Rodet et Delafond, que la morve était une inflammation spéciale de l’appareil lymphatique, étaitelle incontestée, quand M. Virchow, en 1855, et M. Leisering, dix ans plus tard, rapprochèrent de nouveau la morve de la tuberculose. Ils renouvelèrent, en s’appuyant sur des caractères microscopiques des lésions, l’idée de là similitude émise un peu a priori par Dupuy, et abandonnée depuis longtemps.
Pour M. Virchow et son école, les granulations morveuses et tuberculeuses ont cela de commun, qu’elles naissent aux dépens d’une prolifération des noyaux du tissu conjonctif; qu’elles sont formées de noyaux et de petites cellules identiques par leurs formes et leurs dimensions, situées au milieu des fibres élastiques et lamineuses du tissu où elles ont pris naissance; les nodules ou petites tumeurs, en se réunissant, en constituent de plus grosses ; les éléments de leur centre s’infiltrent de fines granulations, s’atrophient, et passent à la dégénérescence caséeuse jaunâtre, qui est la fin commune aux granulations morveuses et tuberculeuses.
La question en était là, et la théorie germaniqne paraissait devoir être unanimement acceptée en France, lorsque les expériences de M. Villemln sur f inoeulation de la tuberculose vinrent donner
un intérêt nouveau à la question. L’examen d’un grand nombre de pièces nous a donné la preuve matérielle que l’identité des deux maladies est complètement illusoire.
A l’aide de préparations, nous avons montré :
d” Que si les éléments anatomiques sont semblables dans les deux cas, leur arrangement est très-différent;
2° Que les tubercules morveux ont toujours à peu près le même volume et restent séparés, sans jamais se réunir en masses plus ou moins grosses, continues et de formes extrêmement variées, qui caractérisent les productions tuberculeuses ;
3“ Que les nodules morveux se développent dans la muqueuse nasale comme dans le poumon, et qu’ils y présentent la même structure avant leur ulcération;
4“ Que les caractères tirés des formes et du diamètre des éléments ne sont pas les seuls à prendre en considération puisqu’on les retrouve dans les gommes syphilitiques et certains sarcomes du
3° Que l’analyse microscopique des tissus à laquelle les Allemands rapportent tout, ne peut résoudre qu’une partie plus ou moins considérable du problème, mais non le problème entier, et que l’observation clinique doit toujours entrer en ligne de compte pour déterminer les caractères physiologiques d’une maladie.
Depuis cette époque, j’ai continué seul l’étude histologique des lésions de la morve, et je me suis assuré que le fait fondamental, la dimension des cellules, sur lequel MM. Virchow et Leisering croyaient pouvoir établir l’identité anatomique de la tuberculose et de la morve, n’est pas entièrement exact. En effet, dans les granulations morveuses récentes, en voie de développement ou complètement développées, mais n’ayant pas éprouvé la dégénéresoenoe granulo-graisseuse, les cellules ne différent pas d’une
façon appréciable, par leur volume, des leucocytes ordinaires du
M. Reynal a bien voulu reproduire un résumé de ces travaux divers, dans l’article morve du son TrmU de police sanitaire.
Ainsi, quoi qu’en .ait dit M. Leisering, la morve difière essentiellement de la tuberculose, non-seulement par sa forme clinique, mais aussi par sa forme anatomique.
Telle est la proposition que nous avons essayé de prouver dans plusieurs communications verbales que nous avons faites devant la Société de Biologie, et qui m’a paru de plus en plus exacte, à mesure que j’ai acquis une connaissance plus profonde et plus complète des lésions de la morve.
En 1866, en collaboration avec M, le D' Cornil, nous avons communiqué à la Société de Biologie, les résultats d’études anatomo-pathologiques, faites à l’œil nu et au misorocope, des lésions de la phthisie bovine.
A l’aide de pièces anatomiques, et de préparations microscopiques, nous avons montré que cette affection, assimilée par plusieurs auteurs à la tuberculose de l’homme, en diffère notablement au point de vue anatomique. Toutes les tumeurs qui la caractérisent sont formées de cellules fibro-plastiques disposées en faisceaux teurbillonnés et entrecroisés irrégulièrement, et d’une substance fondamentale peu abondante et flbrillaire. Quand les masses sont jeunes, cette disposition est facile à saisir; plus tard, le dépôt de sels calcaires, qui s’est opéré dans les éléments, peut dissimuler plus ou moins la disposition anatomique et la rendre difficile à saisir. Quant aux cavernes purulentes ou caséeuses, nous avons constaté qu’elles se forment par deux mécanismes différents. Les foyers purulents, plus ou moins spacieux d’ailleurs, qui communiquent avec
les bronches; ne sont qu’un divertioulum de la muqueuse bronchique, repoussée graduellement dans le tissu conjonctif voisin par le produit qu’elle sécrète. La présence d’un épithélium cylindrique à cils vibratils, à la surface de la membrane revêtant ces cavités ne permet de conserver aucun doute è cet égard.
Les vomiques creusées dans la masse des tumeurs sont au contraire le résultat de la transformation granulo-graisseuse et du ramollissement caséeux du centre de la néoplasie, qui ne conseil vent plus alors aucune trace de l’organisation primitive.
Ainsi la phthisie des bêtes bovines est histologiquement une néoplasie essentiellement distincte de la tuberculose humaine. Elle présente dans les bronches les caractères de l’inflammation chronique, et dans les tumeurs des plèvres ou du poumon, ceux des sarcomes fasciculés simples, calcifiés, ou ayant éprouvé le ramollissement caséeux.
Tous les détails que je viens de résumer aussi brièvement que possible, doivent donc éloigner toute idée d’une identification tentée récemment encore par des hommes d’une grande notoriété entre ces deux maladies de même nom, mais cependant distinctes, malgré leur analogie apparente.
En 1867, nous avons présenté à l’Aacadémie de médecine, en réponse à la question suivante ; Des différentes espèces demélanoses, posée comme sujet de concours pour le prix Portai, un mémoire que la savante Société a couronné (1).
Ce travail qui comprend 104 pages grand in-quarto, contient: 1° un ensemble de la question dans lequel les travaux des méde-
(1) M. OoMer. Rapport sur le prix Portai pour 1867. — Bull, de l’Académie demédeciue de Paris, 1868, t, XXXHI, p. 17. •
oins et des vétérinaires sont sommairement analysés; un chapitre intitulé ; Z)é/?n!i(îon, division d% sujet, qui traite des considérations générales sur les différents mécanismes de la production du pigment d’après les travaux récents de Virchow, Ch. Robin et Verdeil, Kôlliker, Frerichs, Meckel, Heschl, Plauer, Greisinger, Billroth, Richardson, Andral, Tardieu, Koschlaknff, Traube, Villaret, Fournier, Crooq, Kuborn, etc., dans les tissus normaux et pathologiques, la gangrène, les hémorrhagies insterstitielles, l’anthracosis, etc., etc. ; 3“ Un dernier chapitre, ayant pour titre : De la mélamse vraie, traite en premier lieu du produit désigné par MM. Ch. Robin et Verdeil sous le nom de mélanine, et des tissus mélaniques à l’état normal, particulièrement du corps muqueux de Malpighi et de la choroïde chez l’homme et les différents animaux domestiques ; enfin il contient l’étude clinique et anatomique de toutes les tumeurs mélaniques. Nous conformant à la nomenclature généralement acceptée, nous nommons ces tumeurs mélanomes et les divisons en trois espèces : mélanomes simples, ou fibromes mélaniques, sarcomes mélaniques et carcinomes mélaniques. C’est là, à proprement parler, la partie essentielle de notre travail. Elle est divisée en deux sections principales, consacrées l’une aux tumeurs mélaniques de l’homme, l’autre à celle du cheval.
Dans la première nous avons fait, à propos de chaque espèce, une description des caractères anatomiques et histologiques, suivie de quelques observations particulières des différentes formes de tumeurs.
Dans la seconde, nous avons décrit les deux espèces qu’il nous a été donné, jusqu’à présent, d'étudier chez les solipèdes, savoir : les fibromes et les sarcomes mélaniques.
Peut-être trouvera-t-on chez eux la troisième espèce observée sur l’homme; mais, jusqu’à présent, aucun exemple n’en a été relaté. Il est même fort improbable qu’on en rencontre fréquemment,
car, d’après nos recherches personnelles, toutes les tumeurs généralisées et connues, au point de vue cliniçjue, sous le nom de cancer du cheval, seraient des variétés de sarcomes.
Après l’étude des fibromes et sarcomes mélaniques du cheval, nous avons rapporté plusieurs exemples recueillis par nous, et un tableau synoptique résumant 37 observations publiées dans différents ouvrages ou encore inédites, et nous appartenant en propre.
Dans ce mémoire, nous avons rassemblé les différents faits, épars dans la science, établissant que les tumeurs mélaniques de l’homme peuvent appartenir à plusieurs espèces, dont elles ne constituent que des variétés caractérisées par la présence du ■ pigment.
Aux travaux déjà connus, nous avons ajouté les nôtres et déduit de l’ensemble une classification anatomique des mélanoses.
D’autre part, nous avons les premiers reconnu deux espèces de mélanoses chez le cheval, et indiqué la différence fondamentale qui existe entre elles au point de vue: du. pronostic.
Le fibrome restant, en effet, toujours une affection, locale ; le sarcome, au. contraire,, se généralisant infailliblement tôt ou tard.
En, 1869, j’ai présenté à la Société de Biologie, un chat chez lequel, à la suite d’une contusion sur la cuisse gauche, il se produisit d’abord une claudication très-intense, puis une atrophie de plus en plus accusée de tous, les muscles du membre, et enfin, au bout de quinze à vingt jours, des accès épileptiques, que l’on pouvait déterminer à volonté.
Lîanimal présentait une zone épileptogène, comprenant la moitié gauche de la tète et de l’encolure jusqu’au bord antérieur de l’épaule.. II. suffisait de. lui gratter ou de lui pincer la, peau, de ces
régions pour provoqiierimmédiatement les 'coirvulsions épileptiques les plus complètes.
Je l’ai gardé longtemps et, quand j’en fis l’autopsie, je trouvai une atrophie très-avancée de tous les muscles du membre paralysé et une altération très-remarquable duplexas sciatique. En dehors du canal rachidien, les cordons nerveux n’avaient éproiivé qu’une atrophie incomplète. Quelques fibres étaient conservées intactes, d’autres étaient entièrement dégénérées. Dans le canal rachidien les racines antérieures présentaient leurs caractères normaux, tandis que les postérieures ou supérieures étaient réduites à de minces filets grisâtres, dans lesquels on ne trouvait plus que les gaines de substance conjonctive. L’atrophie existait même, mais à un moindre degré, dans le cordon supérieur gauche de la moelle, jusqu’à la partie antérieure de la région lombaire; là, il reprenait le même volume que celui du côté opposé. Cette observation a établi la possibilité du développement accidentel des affections produites expérimentalement par Brown-Séquard, sur un grand nombre d’animaux.
Et, comme les rexpériences de ce savant physiologiste, elle semble indiquer que l’épilepsie doit se rattacher à une altération anatomique des organes de la sensibilité.