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QUATRIÈME PARTIE PATHOGÉNIE

Les principales théories du rachitisme peuvent être classées de la façon suivante : la théorie nutritive, qui attribue le rachitisme à une nutrition imparfaite du tissu osseux, les théories chimiques, qui voient dans le rachitisme les résultats de troubles de la calcification, la théorie toxique et la théorie microbienne, qui attribuent la lésion osseuse à l’action élective d’un microbe ou d’un poison. A propos de chacune de ces théories, nous avons, pour les contrôler, réalisé un certain nombre d’expériences.

I. Théorie nutritive. — La lésion osseuse rachitique est une lésion inflammatoire : les troubles nutritifs et la dénutrition sont donc incapables, à eux seuls, de la provoquer. Nous avons du reste pu observer, chez Tenfant et chez l’animal, des cachexies d’origine gastro-intestinale avec ralentissement considérable des échanges nutritifs, sans voir pour cela apparaître le rachitisme.

IL Théorie chimique. — Le déficit de sels calcaires, prouvé par les analyses chimiques des os et par l’étude de l’élimination de la chaux dans le rachitisme, ne permet pas d’expliquer la lésion rachitique; l’altération primordiale ne doit pas être attribuée à l’insuffisance de la calcification; le tissu osseux du rachitisme est pauvre en sels de chaux, parce qu’il présente des lésions qui entravent sa nutrition; la décalcification est un phénomène secondaire à toute ostéite.

III. Théorie toxique. — Il existe des corps ayant une action élective sur certains éléments constitutifs des os et capables, dans certaines conditions, de provoquer des lésions : le phosphore, le phosphate de potasse, etc.

En partant de ce principe d’une action élective possible sur le tissu osseux, et en nous basant sur les données de la clinique, nous avons cherché si certains poisons développés dans l’organisme ne pouvaient pas se localiser sur l’os en voie de développement pour y produire les lésions du rachitisme. Les troubles gastro-intestinaux jouent un tel rôle dans l’étiologie du rachitisme que nous avons été conduit à rechercher l’action toxique générale des matières fécales, surtout des matières fécales diarrhéiques, et en particulier leur action élective possible sur le tissu osseux. Ces expériences ont porté sur 21 jeunes animaux (lapins et chat) âgés de 10 jours à 3 et 4 semaines.

Nous avons fait les expériences suivantes :

a) Inoculations d’extraits alcooliques de matiàres fécales d’enfants atteints de gastro-entérite avec ou sans rachitisme apparent.

b) Inoculations d’extraifs aqueux.

c) Inoculations du produit obtenu par filtration sur bougie des ma- , tières fécales diluées.

d) Inoculations de raclage de muqueuse intestinale filtré à la bougie- ,

Les os de ces animaux ayant été examinés histologiquement dans tous les cas, nous avons pu observer une seule

fois des altérations osseuses; ces lésions présentant tous les caractères des lésions du rachitisme, le fait est assez important pour que nous donnions le résumé de cette expérience.

Inoculations sous-cutanées d’extraits alcooliques et aqueux de matières fécales (rachitisme et gastro-entérite). — Mort. — Lésions du cartilage de conjugaison. — Un lapin receyait à partir de l’âge de i 3 jours plusieurs injections sous-cutanées d’extrait alcoolique et d’extrait aqueux de matières fécales provenant d’un enfant atteint de rachitisme à la période du début : il présentait bientôt un arrêt de développement des plus sensibles et mourait 20 jours après la première injection. Les os ne présentaient aucune modification de structure extérieure, mais sur des sections longitudinales, on constatait un épaississement et une vascularisation très marquée des cartilages de conjugaison. L’examen histologique permettait de constater au niveau du cartilage de conjugaison la présence des lésions caractéristiques du rachitisme à sa phase du début ; cartilage épais, envahi par des anses vasculaires arborisées; blocs de cartilage isolés, entourés de vaisseaux; absence de travées directrices d’ossification.

TV. Théorie microbienne. — Nous avons fait un grand nombre de recherches destinées à savoir si l’infection pouvait être réellement invoquée.

A. — Étude bactériologique.

a) Chez l’enfant.

1 . Cultures faites pendant la vie avec le sang de jeunes enfants, à la période de début du rachitisme. — Nous n’avons obtenu que des résultats négatifs.

IL Cultures faites par ensemencement de moelle osseuse ou de parcelles de tissu spongieux. — (Ensemencements sur les milieux de culture ordinaires, sur milieux anaéro-

bies et sur bouillon renfermant tous les éléments constitutifs de l’os.. — Des ensemencements étaient faits en même temps avec la pulpe splénique et le sang du cœur). Ensemencement de moelle osseuse chez 48 enfants, b) Chez les animaux.

Ensemencement de moelle osseuse chez 45 animaux. Malgré les résultats des travaux de Smaniotto-Ettore et de Mircoli, nous avons cru pouvoir conclure que, dans les os rachitiques, on trouve les mêmes microbes que dans les os d’enfants morts d’une affection quelconque, sans lésions du squelette.

B. — Rôle possible des Microbes intestinaux et de leurs toxines.

a) Expérierices sur le rôle du coli-bacille et de ses toxi-

Nous avons fait les expériences suivantes :

a) Ingestion de oultures de coli-bacille.

6) Injections intra-veineuses do cultures de ooli-bacillc.

c) Injections de toxine coli-bacillaire (Injections sous-cutanées et intra-veineuses). — Associations toxiques ; coli-staphylo, coli-subti-

Ges nombreuses inoculations ayant porté sur 29 animaux d’espèces différentes (lapin, agneau, chat, cobaye) ne nous ont jamais permis de constater la moindre réaction osseuse.

b) Expériences sur le rôle d’agents microbiens divers et de leurs toxines (Staphylocoque, pyocyanique, etc.). — Nous n’avons pas obtenu de résultats.

Si nous avons pu reproduire expérimentalement le tableau de la cachexie infantile d’origine gastro-intestinale, nous n’avons jamais pu observer les lésions osseuses consécutives, ce qui prouve, une fois de plus, que l’infection ou l’intoxication digestives seules ne suffisent pas à pro-

voguer le rachiiisme. Les nombreux résultats négatifs, obtenus expérimentalement avec des microbes et des poisons variés, peuvent faire supposer que le rachitisme n’est pas le résultat obligatoire d’une infection ou d’une intoxication banale.

V Le rachitisme est-il dû à une infection ou à une intoxication spécifique? - (Recherches de Chaumier, Hagenbach-Burckhardt, Pollosson, etc.).

(\u cours, de nombreuses recherches pratiquées dans ce sens, nous n’avons rencontré dans les os d’enfants ou d’animaux rachitiques que des microbes non spécifiques.

Inoculation d’os rachitique à l’animal. — En admettant que le rachitisme soit dû à l’action d’un agent microbien spécial, et en supposant que ce microbe ne puisse être isolé sur les milieux de culture, on pourrait tenter de reproduire la lésion osseuse en inoculant à l’animal des fragments d’os prélevés dans des cas de rachitisme à la période de début. «,

Nous avons fait une série d’inoculations de parcelles osseuses prélevées à l’autopsie d’enfants morts au début du rachitisme, mais elles sont restées sans résultat.

Inoculations intra-osseuses. — Nous avons cherché à metlre le tissu osseux en rapport direct avec un agent infectieux ou toxique ; ces inoculations intra-osseuses sont restées négatives.

En résumé, le rachitisme ne semble pas devoir être attribué à une infection ou à une intoxication banale réalisée par des agents microbiens divers ; et, d’autre part, nos recherches ne nous ont jamais démontré l’existence d’une infection spécifique; cependant l’apparition brusque et sans cause apparente du rachitisme chez certains enfants, son apparition chez des animaux isolés ou sous forme . épidémique, la constance et l’uniformité des lésions, nous font attribuer une origine toute spéciale à la cause qui le

provoque, microbe ou poison, ce dernier devant être vraisemblablement mis en cause.

Sur le grand nombre d’expériences (127) que nous avons effectuées, nous avons obtenu une seule fois des altérations osseuses identiques à celles du rachitisme infantile, chez un lapin inoculé avec des extraits de matières fécales d’enfant atteint de rachitisme au début, avec gastro-entérite. Nous attachons une grande importance à ce résultat positif, parce qu’il est le seul que nous ayons pu obtenir au cours d’expériences variées, et parce qu’il sert de corollaire aux données cliniques et étiologiques du rachitisme.

En nous basant sur les données de la clinique et de l’étiologie, qui montrent l’importance des troubles digestifs à l’origine du rachitisme, et sur le résultat positif obtenu par inoculation d’extraits de matières fécales, en considérant d’autre part que le rachitisme est loin d’être la conséquence fatale de tous les troubles de la première enfance, il nous est permis d’admettre l’existence d’une intoxication spécifique, partie du tube digestif, et provoquant, au niveau du squelette, des lésions d’ostéite.

Recherches sur l’étiologie du rachitisiuc. Annales de médecine et de chirurgie infantiles, 1900.

Etude des conditions dans lesquelles s’est développé le rachitisme chez 100 enfants observés à la clinique des enfants. — Influence de l’alimentation défectueuse et des troubles gastro-intestinaux.

Recherches sur l’anatomie pathologique du rachitisme

Revue mensuelle des maladies de l’enfance, 1901.

Nous avons décrit surtout les lésions osseuses de la phase prérachitique et insisté sur la nature inflammatoire des altérations observées au niveau du cartilage de conjugaison et de la couche ostéogène du périoste.

Recherches sur la pathogénie du rachitisme. Archives de médecine des enfants, igoi.

Nous avons rappelé dans cette revue générale les principales données pathogéniques du rachitisme ainsi que les diverses expériences qui nous ont permis d’admettre l’hypothèse d’une intoxication spécifique, partie du tube digestif, et provoquant au niveau du squelette des lésions d’ostéite.

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