Les psychoses chirurgicales d’origine infectieuse
La stupeur primitive des opérés.
(Lecture à l'Académie de médecine, 1910.)
L’étude attentive des travaux anciens est nécessaire pour rappeler des notions oubliées et rectifier bien des erreurs.
Dupuytren dans son étude sur le délire nerveux avait déjà affirmé l’analogie clinique entre celui-ci cl le délire alcoolique, notion qui ne fut retrouvée qu’à notre époque.
D’autre partie chirurgien de l’Hôtel-Dieu, qui passe pour ses successeurs comme ayant décrit une forme de délire en dehors de l’alcoolisme, ne put se dégager des doctrines courantes, et admit que l’alcool agissait comme cause prédisposante.
Il faisait également intervenir l’infection des plaies, notion que devait plus lard utiliser Verneuil.
L’étude des discussions que soulevèrent au cours du xix' siècle les idées de Dupuytren est d’autre part intéressante à faire.
Le Denlu et Delorme furent les seuls pendant cette période à soutenir la non-identité du délire des opérés ou du délire alcoolique.
Verneuil attribuait à l’alcool une place importante dans la production du délire, mais il est juste de reconnaître, qu’il avait également pressenti le rôle de l’infection.
Dans un précédent mémoire, j’ai montré comment les données de la psychiatrie m’avait amené à renverser la conception de Verneuil, en
attribuant à l’infection le rôle prépondérant qu’il attribuait à l’alcool.
A notre époque, la psychiatrie a donné à l’infection un rôle insoupçonné jusqu’alors en créant le groupe des délires d’infection et d’autointoxicalion.
D’autre part, le professeur Régis a proclamé à notre époque l’identité du délire alcoolique ou du délire infectieux.
J’ai été moi-même amené en m’appuyant sur les données de la clinique à démontrer que le prétendu délire alcoolique des opérés n’était dans beaucoup de cas qu'un délire d’infection.
Ce sont mes études sur le délire des nouvelles accouchées qui m’ont permis de fixer le rapport sur des ’ bases sérieuses parce que celui-ci constitue le type le plus fort du délire infectieux et que l’alcool n’y joue aucun rôle.
Je m’applique à démontrer dans cette étude que la psychiatrie, la pathologie generale et l’anatomie pathologique s’unissent pour expliquer les faits en apparence contradictoires de la clinique.
Au point de vue clinique, j’étudie une forme rare que j’ai désignée sous le nom de stupeur primitive des opérés et qui se rattache à la confusion mentale dont elle représente le degré le plus élevé. Elle n’a jamais été jusqu’ici l’objet d aucune description de la part des chirurgiens.
Dans cette forme l’activité psychique est brusquement supprimée. Au lieu de se produire au cours d’une infection suraiguë ou d’en constituer la phase terminale elle peut survenir au cours de la convalescence et tout au moins en dehors de tout syndrome toxémique grave. La température et le pouls peuvent être normaux ou à peu près.
Dans le cas que je rapporte la stupeur n’a été précédée cliniquement d’aucune période de confusion mentale.