Hystérie et chirurgie
(Académie de médecine, 1913.)
Au début de la [chirurgie abdominale les chirurgiens recherchaient, par l'extirpation des annexes, la guérison de l’hjstérie mais ces interventions ont trompé les espérances de ceux qui les avaient préconisées. Elles sont abandonnées aujourd’hui.
Les médecins d’autre part estiment, d’une façon générale, que l’intervention chez les hystériques pour des affections siégeant en dehors des organes génitaux a les plus grandes chances d'améliorer l’hystérie. Je pense pour ma part que les indications opératoires sont fort délicates i établir et le but principal de ce travail est de préciser les conditions mômes de l’intervention chirurgicale, conditions qui n’ont guère été envisagées jusqu’ici.
Sous quelle forme doit se présenter chez l’hystérique la question des indications ?
Tout d’abord le chirurgien doit tenir compte des contre-indications opératoires d’ordre mental comme chez tous les psychopathes.
Une double question se pose ainsi : 1' En dehors des cas où la vie est menacée à brève échéance peut-on opérer une hystérique sans crainte d’aggraver l’état préexistant?
2° Que peut faire en outre la chirurgie sur l’hystérie elle-même ou ses manifestations périphériques?
Mais pour résoudre ces questions, il faut définir l’hystérie et fixer ses limites.
Le chirurgien doit tout d’abord connaître le terrain hystérique et les conditions générales qui y favorisent l'éclosion d’une série de réactions psycho-physiologiques.
Ce qu’il importe surtout do retenir des retentissantes discussions, sur
ce sujet, c’est que le terrain hystérique est un terrain pathologique, (contrairement à quelques auteurs) et que les diverses réactions qui s’y produisent sont également pathologiques.
Parmi ces dernières, deux intéressent spécialement le chirurgien. D’abord c’est la douleur qui reconnaît le plus souvent pour point de départ la suggestion médicale inconsciente qui est également à la base des grands symptômes de l’hystérie.
Je publie l’observation d’une malade de mon service de Lariboisière, extrêmement intéressante à ce point de vue.
11 s’agissait d’une hystérique à stigmates, qui présentait un point douloureux dans la fosse iliaque ; un médecin et un chirurgien des hôpitaux refusaient de 1 opérer, croyant à une douleur hystérique.
Je pratiquai l’intervention qui me montra un appendice malade. J’indique les raisons qui m’ont conduit au diagnostic vrai. La malade
Le deuxième mode de réaction qui intéresse le chirurgien est tout dilférent. 'l'elle affection évolue silencieusement dans les conditions ordinaires. L’hystérie amplifie ceux-ci, les dénalureot peut déterminer ainsi une symptomatologie bruyante.
Cette notion est très importante à connaître dans la question des appendicites hystériques.
L’hystérie peut-elle, en effet, créer de toutes pièces celte symptomatologie sans qu’il y ait un substratum organique comme le pensent quelques auteurs : une lésion anatomique est-elle nécessaire?
Question grave puisque sa solution conduit à l’abstention ou à l’intervention .
En m’appuyant sur mes observations personnelles et l’analyse des observations publiées par les auteurs, je crois que l’hystérie ne peut créer un syndrome fonctionnel sans substratum anatomique, et je conclus donc
Je cite deux cas personnels qui me paraissent probants.
Grâce aux notions précédentes, il sera toujours possible de faire le départ entre les cas oh il faut s’abstenir et ceux ou l’on peut intervenir sans crainte de s’exposer à une erreur de diagnostic.
Débarrassée de toutes les questions qui la compliquent l’élude des indications opéraloires chez les hystériques présente une réelle sim-
1“ En dehors des cas où la vie est menacée à brève échéance peut-on opérer une hystérique sans crainte d’aggraver l’état mental? (première question posée).
11 faut tout d’abord tenir compte des réactions psychiques plus ou moins marquées selon les malades et éviter, chez celles qui [ncscnlciil de grandes réactions, les opérations susceptibles de provoquer l’apparition des réactions mentales pathologiques.
2° Que peut faire en outre la chirurgie sur l’hystérie elle-même ou sur ses manifestations périphériques? (deuxième question).
A ce dernier point de vue, l’intervention peut supprimer, en même temps qu’une lésion bien nettement définie, les manifestations fonctionnelles du côté local et cérébral.
Mais quant à l’action de la chirurgie sur le terrain hystérique luimême, aucun fait n’autorise à l’admettre encore.
Nota. — J’ai, dans ce travail, indiqué l’évolution que j’ai faite depuis le début de mes études sur les hystériques.