Ectopie rénale et troubles mentaux
(Soc. de psychiatrie, juin 1915.)
La corrélation du rein mobile et des troubles mentaux a été établie sur la prétendue fréquence du rein mobile chez les aliénés et l’hypothèse d’une
toxémie d’origine mécanique a paru la confirmer. Or les recherches que nous avons faites chez les aliénés semblent démontrer tout d’abord que la fréquence du rein mobile a été très exagérée (585 malades 3,48 pour 100).
D’autre part l’hypothèse pathogénique invoquée par les auteurs est contraire aux acquisitions scientifiques actuelles.
L’altération des 2 reins, que celle-ci soit primitive ou consécutive au déplacement, doit être considérée comme la condition essentielle du délire d’origine rénale. Dès lors, la fixation du rein ne peut avoir qu’un rôle prophylactique.
Si l’opération, ce qui d’ailleui's est loin d’être démontré, peut prévenir les altérations durables du parenchyme elle reste sans action sur le délire dont l’apparition est subordonnée à l’existence de lésions bilatérales.
Elle peut en outre devenir dangereuse en raison de l’anesthésie chirurgicale que ces lésions contre-indiquent habituellement. Seule la thérapeutique médicale en modifiant le fonctionnement rénal peut dans certains cas amener la cessation du délire.
Avant tout essai de doctrine, nous devons demander à la clinique la connaissance des formes mentales qu’on rencontre chez les malades atteints du rein mobile. Or celles-ci sont bien différentes de celles du mal de Bright auxquelles on a voulu les assimiler.
Iæs formes toxiques s’y observent rarement et quand elles existent, elles se rattachent ordinairement à l’alcoolisme.
La suppression de l’alcool suffit alors h les faire disparaître. Les formes mélancoliques sont au contraire fréquentes. Il n’est pas démontré qu’elles soient toujours subordonnées au déplacement du rein comme le croient certains auteurs.
A les étudier de près on reconnaît facilement qu’il en est parmi elles qui sontindépendanles du prolapsus rénal. De celles-ci, les formes intermittentes peuvent disparaître spontanément après l’intervention.
Les autres cèdent à l’alitement prolongé auquel les opérateurs étrangers condamnent leurs malades.
On ne saurait donc rattacher dans tous les cas à la fixation du rein les résultats favorables qui ont été signalés. Quant h l’intervention systématique
préconisée à l’étranger, on ne saurait trop la repousser. Dans les formes indépendantes, elle ne peut qu’être néfaste au point de vue mental.
Quoi qu’il en soit des réserves que nous venons de formuler, le rein mobile peut, dans certaines formes mentales dérivant de l’hystérie ou de l’hypocondrie, donner lieu à des indications utiles.
24. — Des indications opératoires chez les aliénés au point de vue thérapeutique et médico-légal.
(Congrès du Puy, 1913. Rapport.)
Dans ce rapport qui m’a été confié par le Bureau du Congrès des aliénistes, je me suis surtout appliqué à soumettre au Congrès les principes qui m’ont guidé et aussi la méthode de travail que j ai adoptée des le début de ces recherches.
J’ai tout d’abord montré qu’il convenait au point de vue des indications opératoires de comprendre tous les psychopathes internés ou non c’est-àdire les malades d’asile et d’hôpital.
En deuxième lieu, j’ai indiqué les règles à suivre dans l’observation des malades et rappelé l’utilité de la méthode chirurgicale en médecine mentale (précédemment exposée).
Enfin j’ai insisté sur l’utilité de l’étude des contre-indications opératoires chez les aliénés ; celle-ci doit en effet précéder chez les psychopathes celle des indications opératoires.
Abordant l’étude des indications, j’ai cru nécessaire d’entrer dans quelques développements historiques, de soumettre à la critique les opinions des auteurs, et d’examiner de près les résultats qu’ils nous présentent.
C’est ainsi que j'ai successivement et longuement étudié les tentatives faites en Amérique et en Italie pour combattre les troubles mentaux par le traitement des maladies utérines, celles faites dans le même but à Birmingham contre le rein mobile et celles enfin préconisées par l'École lyonnaise contre le goitre.
Cette élude démontre combien les questions doctrinales, les défauts de méthode et souvent aussi l’ignorance des opérateurs en psychiatrie ont obscurci et retardé la question des indications opératoires chez lesaliénés.
Celles-ci ne peuvent être établies que si l’on a tout d’abord démontré les deux propositions suivantes :
1“ L’origine du délire peut, dans certains cas, être extra-cérébrale ; c’est le postulat fondamental à la chirurgie des aliénés.
2“ Une lésion périphérique donnant lieu par elle-même à une indication chirurgicale est-elle bien dans un cas particulier la cause du délire qui l’accompagne ou au contraire indépendant de celui-ci.
Quand ce rapport aura été démontré, le chirurgien pourra alors poursuivre le délire dans son foyer extra-cérébral c’est-à-dire qu’il lui sera permis, à côté de l’indication chirurgicale (condition essentielle), d envisager une indication nouvelle qui constituera l’indication opératoire chez
Celle-ci constitue donc une indication causale qui vise la suppression d’une lésion véritable considérée comme génératrice du délire.
Élude des lésions périphériques infectieuses et non infectieuses susceptibles de provoquer le délire.
La deuxième proposition est encore à vérifier; une lésion périphérique donnant lieu par elle-même à une indication chirurgicale est-elle bien, dans ce cas particulier, la cause du délire qui l’accompagne ou au contraire indépendante de celui-ci?
J’indique, en m’appuyant sur ma pratique, les cas encore peu nombreux où l’on peut établir cette corrélation.
Dans le chapitre suivant, j’étudie les prédispositions héréditaires ou les terrains pathologiques (spécialement l’hystérie et l’hypocondrie) et les indications opératoires spéciales qui en découlent.
Quand l’indication opératoire est posée il faut, ainsi que je l’ai dit au début de l’exposé de mes travaux, tenir compte de la méthode thérapeutique et de la technique opératoire qui sont susceptibles de varier pour une même affection selon la forme mentale en présence.
A la fin de ce rapport j’ai envisagé les indications opératoires au point de vue [médico-légal et reproduit mes premiers travaux sur la question (voir groupe 2).