V. Intoxications
a. Intoxication mercurielle.
Intoxication mortelle par l’huile grise
A la suite de trois injections hebdomadaires d’une dose considérable d’huile grise, une intoxication mercurielle apparut chez une jeune femme; les signes de cette intoxication furent au complet : albuminurie, stomatite, dysenterie hémorragique, torpeur, algidité. La mort survint après une longue évolution symptomatologique (79 jours après la dernière injection). Les lésions découvertes à l’autopsie consistaient en une colite hémorragique, une néphrite dégénérative des tubes contournés, et une atteinte du parenchyme hépatique. Le mercure contenu dans le foie atteignait 0,01 par kilogr. de foie, la proportion dans le rein étant de 0,02 par kilogr.
Lésions rénales, hépatiques et intestinales au cours de l’intoxication mercurielle massive
(N os 15 et 18)
Il est facile de reproduire expérimentalement les lésions caractéristiques de l’intoxication mercurielle. Sur le cobaye, nous avons étudié l’extrême précocité des altérations rénales. Celles-ci évoluent en trois étapes :
Première étape : Tuméfaction granuleuse, expulsion de boules sarcodiques.
Deuxième <tape : Pycnose du noyau, segmentation de la brosse.
Troisième étape : Chute des noyaux pycnotiques et des amas granuleux dans le tube.
Les lésions hépatiques consistent surtout en dégénérescence atrophique à condensation granuleuse. Après trois heures d’intoxication, les cellules entrent déjà en dégénérescence.
Plus tard apparaît une nécrose du centre du lobule. L’intensité de ces lésions hépatiques explique l’apparition d’une glycosurie au cours de l’intoxication.
Les lésions intestinales sont plus tardives, mais peuvent néanmoins £tre reproduites expérimentalement.
La précocité de ces altérations mérite d’être signalée plus spécialement ; elle explique la marche progressive des accidents toxiques dans les intoxications massives : le rein n’est pas seul lésé, le foie l’est également. L’altération de ces deux parenchymes, dont le rôle dans la lutte antitoxique est primordial, explique la difficulté de la lutte et aussi l’échec fréquent de la thérapeutique.
b. Intoxications parasitaires
Genèse de l’éosinophilie dans la maladie hydatique. Examen histologique de la paroi kystique
Sur une paroi de kyste hydatique, nous avons découvert une épaisse couronne de polynucléaires éosinophiles. Certains de ces éléments n’avaient qu’un noyau arrondi entièrement analogue au noyau des lymphocytes. Il semble que ces éléments dérivent directement et in situ des cellules lymphatiques ; cette transformation se produit sous l’influence d’une excitation vraisemblablement d’ordre toxique par les poisons qui filtrent à travers la membrane. Lorsque la surproduction toxique est plus accentuée, apparaît l'éosinophilie sanguine. Cette éosinophilie locale traduit l’intensité de la réaction antitoxique locale. Les éosinophiles jouent, en effet, un rôle important dans la lutte antitoxique, et d’autres faits démontrent l’exactitude de cette notion. La connaissance de la toxicité anaphylactisante du liquide hydatique récemment apportée par MM. Chauffard, Boidin et Laroche, permet donc de considérer la couronne périkystique d’éosinophiles comme une barrüre anticoxique locale (Chauffard).
Etude biologique d’un cas de ladrerie chez l’homme
Chez un homme de 25 ans, ancien porteur d’un tænia dont la nature reste inconnue, nous avons découvert en de nombreuses régions des petites tumeurs de la grosseur et de la forme d’un gros haricot, dans le tissu sous-aponévrotique et dans le tissu cellulaire sous-cutané. Il s’agissait de cysticercus celluloses de tænia solium. Plusieurs kystes ayant été enlevés à ce malade, nous ayons observé les caractères suivants ; •
Le liquide de ces kystes se montre doué d’une toxicité intense anaphylactisant le cobaye, entraînant chez l’homme une violente réaction locale après intradermo-réaction. Autour des kystes, s’est établie une couronne d’éosinophiles, comme autour d’un kyste hydatique. Mais les éosinophiles n’ont pas augmenté dans le sang, et les anticorps recherchés dans le sérum par M. Weinberg font défaut.
Ces faits permettent l’affirmation à'une réaction antitoxique locale, sans réaction générale. A ce sujet, ce cas de ladrerie se rapproche de certains faits rares de kyste hydatique, comme MM. Chauffard et C. Vincent en ont récemment rapporté un exemple.