III. Affection du foie
a. Recherches cliniques
Ictère avec décoloration des matières au cours des cirrhoses biveineuses du foie
Les cirrhoses biveineuses du type Laënnec peuvent s’accompagner d’ictère, c’est le cas pour ces exemples rapportés et décrits sous le nom de cirrhoses simples. Les faits signalés par nous proviennent de quatre observations suivies dans leur évolution clinique et examinées au point de vue anatomique et histologique après la mort. Il s’agissait de cirrhoses avec ascite, grosse rate et circulation collatérale, chez lesquelles un ictère jaune franc apparut en même temps que les matières se décoloraient. Ces ictères au cours des cirrhoses présentèrent une évolution longue de plusieurs mois et une marche chronique. Sans nous prononcer d’une façon définitive sur la cause de cet ictère, nous avons cependant observé une lésion qui nous paraît fréquente au point de vue anatomique : une sclérose péricellulaire intense. Ce fait qui nous avait frappé a été signalé de même dans trois travaux plus récents sur ce même sujet : le premier de MM. Gilbert et Lereboullet (1908), le second de Norero (1909), et le troisième de Pierre Sonnié-Moret (1910).
De la maladie de Banti.
A propos de deux cas de splénomégalie primitive avec endophlébite spléno-portale
La maladie de Banti est loin d’être actuellement une entité morbide bien définie."Les deux observations que nous avons comparées
cliniquement et anatomiquement, démontrent la complexité des faits. Les deux malades en question ont pendant longtemps présenté comme seul symptôme une splénomégalie; à peine observait-on en plus quelques troubles de la santé générale : anémie, troubles digestifs. Après quelque temps s’établirent des troubles d’origine hépatique, sous la forme d’ascite et d’ictère. Une accalmie fit suite, puis brusquement survint une rechute, l’ascite reparut, se reproduisit incessamment, nécessita des ponctions répétées, et les malades moururent en pleine adynamie.
Anatomiquement, on découvrit une splénomégalie avec sclérose pulpaire hypertrophique et réaction macrophagique, une endophlébite splénique et postale avec thrombose oblitérante, enfin, le foie était presque indemne si l’on exceptait la sclérose qui entourait les ramifications de la veine porte. Nous avons pensé dans de telles circonstances, avec le D r OEttinger, que la rate avait été lésée par un processus inconnu, mais qu’en tout cas elle s’était comportée à la suite comme une source de produits toxiques qui charriés ensuite vers le foie, lésaient les vaisseaux spléniques et portes qu'ils devaient parcourir. Nos deux observations apportent une confirmation à l’origine splénique de certaines altérations portales et hépatiques, comme les expériences de MM. Chauffard et Castaigne et comme les résultats favorables obtenus par la splénectomie des malades de Banti tendaient déjà à le démontrer.
b . Recherches anatomiques et expérimentales
Les altérations précoces
de la cellule hépatique au cours de certaines intoxications et infections expérimentales
Histogenèse du processus de cirrhose toxique du foie
Les cirrhoses toxiques
après injections d’hémolysines et de cytotoxines hépatiques
(Nob 17-26-36)
Histogénèse des processus de cirrhose hépatique Lésion parenchymateuse et cirrhose
(N os 33-39)
Des anticorps hépatiques : 1° chez les animaux préparés à l’aide de nucléoproté'ides du foie;
2° chez les sujets atteints de lésions hépatiques en évolution
La base de tout l’édifice histologique repose sur des connaissances techniques. Depuis le début de nos études, toute notre attention
Fig. 2. — Cellules hépatiques de Prnlée. — a) Cellule à pigment ; 6) cellule claire avec vésicule graisseuse.
s’est portée vers les précisions techniques. Etudier les dégénérescences cellulaires du foie n’était pas faire œuvre nouvelle. Nombreuses furent les recherches dirigées vers ce but. Elles ne devaient pas nous décourager, car notre intention n’était pas de nous borner à une pure étude histologique : l’histologie n’était pour nous qu’un moyen de suivre la marche d’un processus biologique; à chaque pas elle nous faisait assister aux altérations de là vie cellulaire, elle nous ouvrait donc la voie de la biologie' expérimentale. Grâce
à l’histologie, nous espérions pénétrer le cycle des altérations morbides du foie.
Nous n’insisterons pas sur nos nombreux essais de technique, ce fut la période d'hésitation de notre travail, ce ne fut pas la plus courte. Ayant en main une technique sûre, aussi fidèle que possible, nous pouvions aborder l’étude histologique nouvelle puis pathologique de la cellule hépatique.
Dans son aspect normal, cette cellule nous apparaissait avec un cytoplasma très finement réticulé,, son aspect général affectait une disposition claire. MM. Gilbert et Jomier, en même temps que nous, faisaient la même constatation. Ici, nous tenons à ajouter une explication nécessitée par des discussions récentes de la Société de Biologie,'M. Rathery (1908), puis MM. Mayer, Rathery et Schœffer (1909), utilisant une technique différente de la nôtre, décrivaient la cellule hépatique comme un élément bourré de granulations; ces granulations (granula d’Altmann ou mitochondries) donnaient un
Fig. 3. — Cellules hépatiques humaines normales après fixation au Lindsay.
aspect différent à la cellule. 11 s’agit d’éléments dont notre fixateur ne permettait pas la conservation. Mais comme nous l'avons fait remarquer à la Société de Biologie, malgré cette divergence dans la structure normale, les altérations atrophiques, que nous avons étudiées avec notre technique, sont analogues à celles que Mayer, Rathery et Schœffer ont décrites sous le nom de dégénérescence par a homogénéisation ». Des études de contrôle que nous avons entreprises récemment autorisent une affirmation définitive sur l’analogie
des deux processus. Si donc les altérations que nous avons étudiées, restent intangibles dans leur évolution et leur déterminisme, les résultats de nos expériences conservent toute leur valeur, et la preuve nous en est fournie par de nombreuses expériences confirmatives reproduites en France ou à l’étranger.
Ces altérations de la cellule hépatique peuvent ainsi se classer :
1° Condensation granuleuse acidophile;
2° Dégénérescence granuleuse atrophique avec lésion du noyau;
3° Dégénérescence atrophique, acidophile, amorphe avec vacuolisation.
1° Condensation granuleuse acidophile. — Dès le début de ces altérations, la cellule hépatique prend une teinte plus foncée; celleci tranche nettement sur l’aspect clair des cellules voisines. La charpente cytoplasmique s’épaissit, les granulations paraissent se multiplier, Ainsi, la cellule devient granuleuse et son acidophilie explique sa coloration foncée.
2° Dégénérescence atrophique avec lésion du noyau. —Le deuxième stade ne demande pas pour apparaître une longue action toxique, quelques minutes suffisent pour imprimer sur la cellule hépatique la marque d’une profonde atteinte.
Le cytoplasma continuant son évolution atrophique, pressé entre les cellules avoisinantes, prend bientôt un aspect caractéristique que l’on peut dénommer « l’aspect étoilé », C’est généralement une étoile à quatre pointes, quelquefois à trois. Plus l'atrophie s’accuse, plus cette étoile est étouffée entre les cellules saines. L’aCidophilie augmente à mesure que se rétrécit la cellule.
Le point important, qlii signale cette période de dégénérescence, réside dans l’atrophie du noyau.
3 0 Dégénérescence atrophique, amorphe avec vacuolisation. —Nous avons vu apparaître dans la cellule des vacuoles claires en même temps que dans le corps même du cytoplasma se montraient des petits grains de graisse.
Le cytoplasma est devenu amorphe. Il a perdu son aspect granuleux. Son affinité colorante n’est plus seulement portée vers les teintures acides, mais vers toutes les teintures en général, sans distinction de propriétés chimiques. A son dernier stade, cette cellule dégénérée s’effile entre les cellules voisines, elle n’est bientôt qu’une ligne chromophile.
Nous regrettons d’avoir à entrer dans ces détails cytologiques, c’est uniquement dans le but de comparer ces dégénérescences à F “ homogénéisation ” de MM. Mayer, Rathery et Schœffer (1909) Dans le l ec degré, ces auteurs signalent l’augmenlation de volume des granulations ; dans le 2 e les granulations se condensent et se colorent fortement ; dans le 3° la cellule devient « irrégulière, ratatinée, étoilée ». Elle se colore de façon uniforme, et très fortement. « On constate de grosses lacunes incolores ». L’analogie des deux dégénérescences est sinon complète du moins frappante, et nos conclusions ne sont aucunement modifiées dans leurs grandes lignes
Fig. 4. — Foie de cobaye 30 minutes après une injection intrap or laie de toluilène diamine. — A côté des cellules normales d’aspect clair, on remarque l’abondance des cellules homogènes et foncées. Ces cellules homogènes ou fortement granuleuses présentent par endroit la forme étoilée. On assiste aux différents stades de l’évolution histologique : condensation granuleuse, puis dégénérescence homogène avec pycnose du noyau.
par les recherches de ces auteurs. La preuve d’ailleurs, ils nous la fournissent en confirmant nos observations au sujet de l’altération cadavérique et de la fragilité cellulaire en face des intoxications.
Immédiatement après la mort, la cellule entre en dégénérescence
granuleuse sous l’effet des phénomènes autolytiques. Cette altération est si précoce, que nous pouvions conclure que l’étude histologique du foie à l’autopsie vingt-quatre heures après la mort exposait à des erreurs nombreuses. Quand nous avons voulu étudier les altérations du foie humain, nous avons donc toujours eu recours à des prises d’organes dans les deux heures qui suivaient la mort.
Ces altérations cellulaires ne peuvent s’immobiliser, elles continuent leur évolution vers la destruction complète ou vers la regéhérescence.
Fig..5. — Gigantisme cellulaire et nucléaire après une inl /xicati • n chloroformique (période de réparation des lésions). — Dessin à la ch. claire : Obj. 1/18 de 6. Sleassnie.
La destruction cellulaire entraîne deux processus de réparation compensatrice : l’hypertrophie compensatrice et les karyokinèses.
Dans un foie qui vient d’être l’objet d’une poussée de dégénérescence parenchymateuse se produit toujours une compensation par
Y hypertrophie cellulaire. Cos cellules hyperplasiées de grandes dimensions possèdent toujours un cytoplasma d’aspect normal, finement structuré, et un ou deux noyaux particulièrement tuméfiés. Il semble logique d’en faire l’expression d’une hypertrophie compensatrice (Chauffard).
Les karyokinèses se retrouvent dans les mêmes circonstances. Une intoxication souvent courte, d’une durée de 4 ou 5 jours, suffit, lorsqu’elle n'est pas trop massive, pour faire apparaître des figures de karyokinèse. Celles-ci se voient dans la région des cellules saines et au voisinage de foyers altérés. Hypertrophie compensatrice et
Fig. 6 . — Figures de karyokinèses en plaques équatoriules au voisinage d’un foyer de nécrose cellulaire. (Intoxication chloroformique.) Dessin à la ch. claire.
karyokinèse traduisent donc le processus de réparation cellulaire de voisinage,.
Supposons, au contraire, que la dégénérescence cellulaire ne s’accuse point jusqu’à la mort définitive de la cellule hépatique : alors si l’action toxique s’arrête, il se produit une régénération des cellules malades.
Certaines conditions nous paraissent nécessaires pour que cette régénérescence se produise. II faut que le noyau ne soit pas altéré et que la cellule ne soit pas parvenue à un haut degré d’atrophie. Cette régénérescence se comprend quand on sait combien la dégénérescence granuleuse est subordonnée au début à des troubles de l'équilibre osmotique. La notion de cette fragilité cellulaire entraîne l’idée d’une facilité de réparation sur place, par simple rétablissementd’unéquilibreentre les milieux cellulaires et extra-cellulaires.
La cellule hépatique, malgré son activité propre et sa résistance, obéit en effet aux lois de l’osmose. Une solution saline, pour lui être indifférente, doit être en équilibre osmotique.
Ainsi les solutions de chlorure de sodium peuvent ne pas être inoffensives pour les cellules hépatiques. Leur action se traduit au contraire par des altérations évidentes de la charpente cytoplasmique sous la forme de condensation granuleuse. Ces altérations dépendent du titrage de la solution, et surtout de l’élévation ou de l’abaissement de son point cryoscopique.
Nous démontrons ultérieurement que dans l’influence nocive des toxiques, il faut réserver une part à l’osmonocivité. La toxicité hépatique de Vhuilephosplwrée, du chloroforme, de l’alcool, du sublime, delà toluiléne diamine nous fait constater la précocité surprenante des altérations. C’est souvent après une ou deux heures que se manifestent les dégénérescences hépatiques. Même précocité des altérations quand, au lieu de ces toxiques, nous avons recours aux injections de sérum d'anguille, aux injections d’hémolysine artificielle ou d ’hèpato-toxines. Même précocité d’altérations après les injections de bacilles d’Eberth.
Qu’il s’agisse donc d’infection ou d’intoxication, la cellule hépatique se montre d’une remarquable fragilité. Rapidement elle subit l’empreinte du toxique, son cytoplasma se condense, son noyau s’altère, elle entre en dégénérescence. A la base de certaines de ces évolutions morphologiques, il est possible de placer le rôle des actions osmotiques sans qu’il soit possible actuellement d’en fixer la part exacte.
Cette fragilité cellulaire n’est pas également répartie. Les cellules hépatiques n’opposent pas toutes la même résistance. Il existe non seulement des zones fragiles, mais encore des cellules fragiles.
Les zones les plus fortement intéressées se localisent autour de l’espace porte. C’est au voisinage des vaisseaux qui apportent l’agent toxique, que se montrent les premières altérations. Mais cette prédominance régionale ne peut être admise que dans les cas
d’intoxication rapide ; bientôt d’autres zones interviennent, les centres du lobule dégénèrent.
Il existe plus qu’une fragilité précoce périportale, il y a fragilité de certaines cellules. Il est fréquent, pour ne pas dire constant, d’observer sur les coupes des cellules profondément altérées à côté d’autres cellules saines. Cette prédominance des lésions sur certaines cellules est la conséquence d’une sensibilité, d’une fragilité spéciale. A la base de ces altérations il ne peut donc y avoir un simple trouble physique, toutes les cellules réagiraient alors de la
Fig. 7. — Intoxication chronique au 8* mois par le chloroforme. — Cirrhose cicatricielle à extension péricellulaire. Les cellules avoisinantes sont foncées, en dégénérescence acidophile, avec noyaux pycnotiques. Des cellules sont emprisonnées dans la cirrhose et présentent des dégénérescences plus ou moins prononcées.
même façon. Il y a plus qu'un trouble de l’osmose, il y a un trouble de la vie cellulaire et, suivant la résistance vitale qu’oppose la cellule au processus d’intoxication, elle s’altère ou conserve les attributs d’une v\e normale.
Lorsque l'intoxication expérimentale est suffisamment atténuée, comme nous l’avons réalisée chez le lapin à l’aide des injections de chloroforme dans la paraffine, la lésion cellulaire se localise à des régions très limitées et les prises successives de parenchyme hépatique, à des intervalles plus ou moins éloignés, permettent de suivre 1’évolution des altérations. Après deux mois, on voit se manifester utour de l’espace porte, au voisinage des cellules les plus atteintes, une pullulation de cellules embryonnaires. Peu à peu, le tissu conjonctif, tout d’abord jeune, prend les caractères du tissu conjonctif adulte, encerclant fréquemment de nombreuses cellules dégénérées. Lentement se réalise, par extension du tissu fibreux dans les zones détruites du parenchyme, une cirrhose hypertrophique biveineuse avec foie clouté et splénomégalie comme celle que nous avons obtenue chez le lapin après une intoxication de quatorze mois. Dans tous les processus toxiques, nous avons vu la sclérose parenchymateuse être précédée d’une dégénérescence plus ou moins étendue des éléments nobles..
Les infections, les intoxications parles hémolysines et par les hétéroiso- et auto-hépato-toxinès rentrent dans le même ordre de faits et les lésions produites adoptent toujours la même évolution.
Aussi en classant les processus de sclérose hépatique, avons nous longuement insisté sur l’importance de la précession des lésions parenchymateuses sur les lésions scléreuses. Nous avons étendu le cadre des cirrhoses cicatricielles qui nous paraissent absorber un grand nombre des scléroses centrolobulaires et même périportalcs. La sclérose péricellulaire ou capillaire est toujours précédée de l’atteinte des cellules hépatiques correspondantes. C’est à l’occasion de cette sclérose péricellulaire que nous avons incriminé le rôle do « processus de défense », mais il s’agit plus de défense de l’organisme à l’égard de la cellule dégénérée en voie de résorption, que de défense de la cellule elle-même contre l’intoxication.
Toute cellule altérée, en voie de résorption, comme l’est la cellule dégénérée et granuleuse, devient une source d’intoxication. Progressivement, elle fait passer dans la circulation, non seulement les poisons qu’elle a fixés, mais aussi les albumines qui constituent sa substance.
D’où défense par l’enkystement et par cirrhose péricellulaire; d’où aussi l’apparition dans le sang de poisons dits anticorps, analogues à ceux que l’on fait apparaître dans la circulation d’un animal auquel on injecte de la substance hépatique d’un autre animal. Cette substance de réaction est due à la résorption hépatique, c’est
un anticorps hèpato-toxique; le sujet ne défend pas son foie, mais se défend contre son foie.
Grâce à la méthode de Bordet et Gengou, nous avons pu dépister cette substance, non seulement dans le sang d’animaux préparés par des injections de nucléo-protéides hépatiques, mais aussi dans le sérum de cirrhotiques à certaines périodes, où le parenchyme hépatique subit une poussée dégénérative. Cet anticorps complique encore plus la marche grave et progressive des cirrhoses à leur période terminale. Son apparition coïncide toujours avec des poussées dégénératrices du parenchyme. Ainsi, chaque poussée de dégénérescence hépatique entraîne une résorption partielle des tissus dégénérés. Cette résorption est naturellement toxique. D’où, défense de l’organisme à l’égard de cette auto-intoxication. Cette défense se traduit par la mise en liberté d’un anticorps qui n’est, en somme, qu’une lysine dirigée contre les albumines du foie; la lésion cellulaire se trouve de ce fait accentuée, puisqu’elle doit supporter l’atteinte d’un nouveau poison. Le cycle progressif est créé ; plus l’on avance, plus le foie doit souffrir d’influences toxiques diverses, après la cessation de l’intoxication externe, cest l intoxication interne qui intervient. Il est fait, en somme, une dissociation du processus organique.
Ces recherches attirèrent notre attention vers l’étude des hémolysines et des hèpato-toxines. Les hémolysines, préparées suivant la technique classique, par injections répétées de sang d’un animal à un animal d’espèce différente, nous parurent ne pas déterminer seulement en injection des phénomènes d'hémolyse sanguine. Les altérations hépatiques dégénératives sont constantes au début, et rapidement les foyers atteints deviennent le siège d’une réaction scléreuse cicatricielle que nous avons étudiée dans des prises successives de foie au même animal. C’est donc que les hémolysines constituent aussi des substances hépato-toxiques. A titre de comparaison, nous avons reproduit des hémolyses a laide du sérum d’anguille; de la même façon, nous observions des altérations hépatiques. Sérum d’anguille et hémolysine sont entièrement comparables à ce sujet. D’où nous pouvons déduire cette conclusion importante : les hémolysines agissent sur l’organisme, non seulement en portant leur atteinte sur les globules rouges, mais aussi en lésant le parenchyme. Leur action est comparable à celle d’une toxine non spécifique. La spécificité de l’hémolysine n’est que relative.
L’étude des hépato-toxines devait encore préciser avec plus de
netteté cette notion sur la spécificité relative des anticorps. Nous avons préparé des hépato-toxines à l’aide de nucléo-protéides de foie d’animaux de même espèce ou d’espèce différente, ainsi étaient obtenues des iso- et des hétéro-hépato-toxines. Toutes ces hépatotoxinës, et plus spécialement les hétéro-hépato-toxines, possèdent la propriété de déterminer des lésions parenchymateuses du foie et, ultérieurement, des réactions scléreuses limitées, Mais, constamment aussi, les reins sont altérés par ces intoxications, au même titre que le foie est altéré à l’aide d’injection de néphro-toxines, comme des expériences comparatives le démontraient. Cependant, si les lésions sont pluri-parenchymateuses, elles n’en prédominent pas moins sur le foie quand il s’agit d’hépato-toxine, sur le rein quand il s’agit de néphro-toxine.
Une autre expérience appuyait cette opinion. Nous avons recherché, dans le sérum d'animaux préparés par les injections de foie, à dépister la présence de l’anticorps, suivant la technique de Bordet et Gengou : cette réaction est positive sur l’antigène-foie, mais aussi faiblement positive pour le rein dans quelques cas. Une réaction d’épuisement nous a démontré que cette néphro-nocivité des hépatotoxines n’était pas illimitée; elle s’épuise imcomplètemeut sur le rein et reste encore capable de fixer le complément sur du foie à la suite. Il est possible, donc, de distinguer dans les hépato-toxines, comme dans les anticorps en général, deux parties constituantes : une toxine spécifique et une toxine non spécifique qui lèsent tous les parenchymes fragiles, sans distinction de nature.
L’étude de ces hépato-toxines éclaire l’action nocive du sérum des cirrhotiques à la période de dégénérescence hépatique et rend compte de la marche progressive des lésions parenchymateuses.
En somme, l’altération cellulaire non seulement précède la sclérose, mais semble même aider, dans une certaine mesure, à l’apparition d’une réaction conjonctive. L’étude histologique et expérimentale fait assister à une continuelle répercussion des altérations cellulaires ou interstitielles les unes sur les autres. La cirrhose devient ainsi d’une extrême complexité. D’autant que l’atteinte organique locale n’est pas seule en cause. L’étude des anticorps nous a montré que l’état général, que la réaction humorale jouaient un rôle important dans cette question encore si obscure de la transformation scléreuse du parenchyme hépatique.
Les lésions cellulaires dans les cirrhoses biveineuses du foie
Etudiant à nouveau les altérations des cellules au cours des cirrhoses, nous avons plus spécialement insisté sur les dégénérescences pseudo-hyperplasiques du noyau : dégénérescence vacuolaire et dégénérescence nucléolaire. Quant aux dégénérescences cellulaires, nous les avons observées surtout au voisinage des travées scléreuses, comme l’avait déjà constaté notre maître, le P r Chauffard. Adoptant la conclusion de M. Chauflard, nous terminons en démontrant que, plus l’hyperplasie est active, plus la marche vers l’insuffisance hépatique se trouve retardée. Aussi, ce qui fait le pronostic, c’est surtout la possibilité plus ou moins parfaite d’une réparation parenchymateuse lente et progressive.
Utilisation du tannage bichromaté pour la recherche du glycogène hépatique
La technique de la gomme iodée n’est pas d’une exactitude rigoureuse pour la recherche du glycogènehépatique; nous avons utilisé une réaction de tannage des pièces suivie de chromisation, le glycogène reste insoluble et peut être dès lors coloré en rose vif, sous la forme de petites boules arrondies.
Des canalicules biliaires intercellulaires en histologie pathologique
Essai d’interprétation de certains ictères d’origine hépatique
Au cours des altérations de la cellule hépatique, et pas nécessairement à la suite d’une gêne de la circulation biliaire, le canalicule biliaire trabéculaire présente une dilatation notable de sa lumière. Cette dilatation ne tarde pas à devenir irrégulière et porte des ampoules latérales. Nous aidant des études pathologiques et expérimentales sur les batraciens et sur les mammifères inférieurs, nous arrivons à saisir l’extension des ampoules latérales jusqu’aux espaces sous-endothéliaux, d’où communication canaliculo-interstitielle. Cette dilatation du canalicule et ces communications canaliculo-interstitielles ne sont nullement spéciales aux sténoses biliaires,
elles se produisent toutes les fois où se réalise une altération cellulaire, aussi les retrouve-t-on dans les cirrhoses, dans les hépatites dégénératives, toxiques ou infectieuses, et aussi dans les rétentions
FiG. 8. — Foie de grenouille (novembre). Formol salé. Hématoxyline au fer (demi-schématique). — La cellule se subdivise en deux couches : la superficielle, claire, parcourue par di s filaments granuleux; la partie interne par contre plus foncée est formée par un enchevêtrement de filaments et de graisses. Le canalicule biliaire très mince apparaît en clair entre les lignes de bordure interne; on remarquera la régularité de son calibre.
Fig. 9. — Foie humain recueilli quelques heures après la mort. Ictère hémolytique (dû à l’obligeance du D' OEtlinger, demi-schématique). Fixât. : Flemming fort. Color. : Magenta. Cajal. — On remarque la régularité du trajet des canalicules biliaires ; les rameaux latéraux se terminent sur les faces latérales des cellules. On peut considérer cet aspect comme normal. L’ensemble représente une parcelle de travée.
biliaires, au niveau des cellules altérées par la rétention toxique.
L’existence histologique de ces altérations, et plus spécialement des communications canaliculo-interstitielles, permet peut-être de comprendre la raison de certains ictères toxiques ou infectieux apparus en dehors de toute lésion des gros canaux biliaires et en
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dehors de toute hémolyse brutale. Ces constatations histologiques éclairent la pathogénie des ictères des hépatites aiguës sans lésio'ns des gros canaux biliaires, en montrant que c’est plus haut sur l’arbre biliaire que siège l’altération causale; c’est au niveau même de la cellule hépatique qu’il faut la rechercher, sous la forme de communications directes, entre les canalicules et les zones sous-endothéliales. On ne peut incriminer, en présence de ces faits, l’erreur provenant d’artifice de préparation ou d’altération cadavérique. Nous nous sommes placé à l’abri des causes d’erreur en rejetant les injec-
Fig. 10. — Foin humain. — Ictère grave au cours d’une infection générale, n" 500. Fixât. : Regaud. Colorât. : Hématoxyline ferrique. Dégénérescence granuleuse et atrophique des cellules. Dilatation considérable des canalicules biliaires avec aspect bosselé. En a, communication entre un canalicule biliaire et un espace interstitiel.
tions biliaires et les fixations grossières, d’une part, et, de l’autre, en fixant les pièces à l’agonie, chez l’animal, et le plus tôt possible, chez l’homme après la mort. La méthode histologique, qui nous a paru de beaucoup la plus exacte pour l’étude des lésions, est la coloration des coupes fines à laque ferriqug d’bématoxyline.
Contribution
à l’étude des dégénérescences de la cellule hépatique au cours de certaines intoxications brutales
Pour mieux saisir les différentes étapes des lésions cellulaires, dans l’iptoxication, nous avons eu recours aux batraciens (axolotl, salamandre terrestre, triton, grenouille) dont les cellules hépatiques, par les dimensions de leur cytoplasma et de leur, noyau, par la simplicité de leur structure, et aussi par la schématisation de leurs groupements offrent un matériel d’étude particulièrement • précieux. Utilisant différentes techniques de fixation pour étudier l’état du glycogène de la graisse et des substances albuminoïdes, nous avons distingué deux étapes successives :
Dans la première, la cellule traduit ses altérations sous la forme d’une hyperplasie notable du noyau qui peut doubler de volume, sous la forme d’un épuisement progressif des réserves glycogéniques avec rétraction de la cellule, enfin sous la forme d’une transformation granuleuse des filaments protoplasmiques appelés mitochondries.
Dans la deuxième étape, le noyau subit une dégénérescence caryorrexique (rupture de la chromatine) et les granulations protoplasmiques inégales subissent une dégénérescence graisseuse concentrique avec centre lipoïde.
En résumé, la dégénérescence cellulaire débute par l’épuisement des réserves et par une phase d’hyperplasie nucléaire pour aboutir, en fin de compte, à la transformation granuleuse à la suite de laquelle chaque granulation dégénère pour son propre compte, tantôt subissant l’évolution graisseuse complète, tantôt s’arrêtant au stade lipoïde.
Les modifications et altérations du chondriome chez les mammifères
Sous le nom de chondriome, il faut entendre une formation granulo-filamenteuse cellulaires Nous l’avons étudié sur les cellules hépatiques de façon à saisir les parentés qui unissent les granulations ou granulas d’Altmann avec les formations filamenteuses ou bacilliformes appelées encore mitochondries.
Normalement, Dévolution physiologique paraît s’accompagner
dune transformation du chondriome. A la suite d’injection d’hémoglobine, la cellule hépatique entre en hyperfonctionnement, puisque la sécrétion biliaire augmente. Durant cette phase d’hyperfonctionnement, les formations bacilliformes s’arrondissent et se transforment en granula. Au début des altérations toxiques, on assi-ste de même aux mêmes modifications avant la fonte des granulations. A ce point de vue les altérations cellulaires des mammifères se rapprochent des altérations cellulaires des batraciens : au début de l'intoxication, l’altération pathologique présente une analogie complète avec la modification physiologique. Il semble que l’intoxication provoque, de la part de la cellule, une réaction passagère qui reproduit certains stades physiologiques. Mais l’aspect normal du chondriome au repos, et en dehors de toute altération, nous semble résider dans l’aspect du chondriosome bacilliforme.