X. - OUVRAGES DE VULGARISATION
ianuel de pathologie externe. 1" édition, 18:
« Le temps n’est plus où l’on pouvait condenser la pathologie externe en un volume écrit en quelques mois; il faut aujourd’hui de longues années pour préparer un manuel de chirurgie, fût-il élémentaire, et avant que l’auteur ait achevé son œuvre, d’autres travaux ont déjà ébranlé les premières assises ou même abattu quelques pans du modeste édifice.
« .iussi quatre agrégés, chargés du cours auxiliaire de chirurgie, ont-ils eu l’idée de se partager la lâche et de réunir leurs efforts pour la composition rapide et simultanée d’un précis en quatre volumes. Ils espèrent ainsi ne pas être trop vite distancés par les jeunes théories et les découvertes nouvelles. — Et voilà ce qui les décide à ajouter leur Manuel à tant d’autres, dont un, au moins, est excellent.
« Élèves des mêmes maîtres, imbus des mêmes doctrines, ils espèrent avoir écrit urt livre homogène. Mais si, seulement, leur Manuel était ce qu’il veut être, non pas un aide-mémoire que l’étudiant feuillette la veille d’un examen pour essayer de voiler son ignorance à ses juges, mais un précis sobre et clair, mettant en relief les traits essentiels de chaque maladie, les contours exacts du tableau clinique, leur œuvre ne serait pas inutile : ils auraient rendu service à l’enseignement. »
I;0 Traité de Chirurgie comprend huit grands voumes de mille pages, ha publication, commencée en 1890, était terminée en octobre 1892. Pour mener à bien une telle œuvre, il fallait l’avoir bien conçue. L’idée directrice en était simple : prendre des collaborateurs assez nombreui pour aller vite, pas trop nombreux, car l’œuvre morcelée y eftt perdu son homogénéité; assez jeunes pour avoir le temps d’écrire, pas trop jeunes, car ils auraient manqué d’expérience; enfin, on devait donnera chaque collaborateur un sujet qui lui fût rendu familier par des recherches personnelles, afin d’avoir à la fois une œuvre rapide et eompétente. Ce plan a réussi; les huit volumes du traité ont paru dans les limites qu’on avait annoncées au public; et ce fait est assez exceptionnel, même hors ■ de France, pour qu’un journal d’outre-Rhin ait pu dire ; « De tels ouvrages se commencent aussi en Allemagne, mais ils ne s’y finissent pas souvent». Depuis, plusieurs traités ont été faits sur le même modèle, ce qui prouve que l’idée était bonne; en tout cas, le succès de ce livre a été très grand, et il en existe à celte heure une traduction italienne.
3. — Traité de thérapeutique chirurgicale, p»r Émile Forgue et Paul Reclus.
Nous avons publié avec la collaboration de M. Forgue, professeur de médecine opératoire è la Faculté de médecine de Montpellier, un Traité de thérapeutique chirurgicale en deux volumes. Depuis Chassaignac, nul n’avait songé è combler ce vide de notre littérature médicale. 11 est certain cependant que cette sorte do comrnenlaire, où trouvent place les indications du traitement, la technique opératoire et les résultats immédiats ou éloignés de notre intervention, devait compléter les œuvres
magistrales de Malgaigne et Le Fort et de Farabeuf. Le succès qui a accueilli ce livre nous en prouve l’utilité. Une édition italienne vient aussi de paraître.
4. — Cliniques et critiques chirurgicales. Graod in-8, Paris, 1884.
« Les études que contient ce volume ont déjà paru dans des recueils périodiques, quelques-unes dans le Progrès médical el h Reçue mensuelle, la plupart dans la Gazette hebdomadaire, qui nous demande, depuis trois ans, d’exposer à ses lecteurs les questions nouvelles de chirurgie.
« Ce n’est point cependant une simple reproduction : des lectures plus étendues, une observation mieux éclairée, de justes critiques, ont souvent modifié notre opinion ; et nous n’avons pas craint, dans quelqufcs-nns de nos mémoires, d’ajouter des exemples nouveaux, de changer l’ordonnance des faits, et même d’atténuer ou d’accentuer nos affirma-
« S’il ne se fttt agi que d’kudes critiques, nous n’aurions point osé rassembler ces articles : en ce temps de progrès rapides, les points de vue se dépi acent, les théories vieillissent vite et ne présentent bientôt plus qu’un médiocre intérêt. Mais si les interprétations se modifient, les faits demeurent, et nous nous sommes toujoui-s efforcé de prendre de solides observations, comme base de nos recherches, aussi bien poulies analyses des travaux d’autrui que pour nos mémoires originaux.
« La recherche de la clarté a été notre constante préoccupation. Ce que nous essayons de faire facilement comprendre, nous l’avions souvent péniblement compris, et le travail qu’ont nécessité ces articles est encore notre meilleure excuse pour les présenter de nouveau au public ; comme ils nous ont coûté de la peine, nous nous révoltons un pen « contre l’oubli qui les gagne. Ils ont vécu une heure, nous voudrions les faire
« L’honneur m’est échu de suppléer le ] lurs de cette année, se reposer des fatigi
succède, mais sans le remplacer ; je sais trop ce qui me manque pour étre digne de cette chaire chirurgicale ; avant tout l’expérience, qui, dit-on, dépasse la science elle-même.
« Je ne vous tracerai pas de programme; je ne dirai pas comment je comprends la clinique. Les grandes leçons d’ouverture sont le fait de nos maîtres ; ils ont pour eux l’autorité, et je ne veux pas me risquer à hoire plus haut que mes lèvres. Comme l’instituteur Bonnefois de Tôpfer, je ferai pour le mieux et comme je peux.
« Je peux être exact, attentif, patient, soigneux des malades et soucieux des élèves, je le serai. Mon ambition ne va pas plus loin, et j’espère que vous trouverez ici des paroles simples, une exposition claire, et des enseignements pratiques. »
6. — Cliniques chirurgicales de la Pitié. Un gros volume grand in-8. Paris, 1894.
« Voici le troisième volume de Cliniques que je publie pour mes élèves. Le premier date de 1884 : j'étais encore chirurgien du Bureau Central, et mes leçons essayaient de refléter lidèlement l’enseignement de mes maîtres. Le deuxième parut en 1888 : le professeur Richet avait obtenu un congé ; les hasards de l’agrégation me valurent de le remplacer à l’Hôtel-Dieu, et je voulus marquer par un livre l’heureux souvenir de cette suppléance.
« Le troisième est né d’un même sentiment : il y a un an, jour pour jour, je quittais Broussais pour devenir titulaire de l’un des services chirurgicaux de la Pitié, hôpital central dont les élèves ont su de tout temps le chemin; ils sont venus, et, pour les retenir, il n’a fallu que l’exactitude, et le désir de leur être utile. A l’hôpital, ils aiment qui les aime; je les ai guidés dans leurs éludes ; pour eux, j’ai préparé mes leçons; j’ai même pris le soin de les écrire, ce qui me permet, aujourd’hui, de les soumettre à un public moins restreint.
« Et puis j’ai voulu tenter une expérience : on connaît les projets de réorgamsauon do l’enseignement clinique dans notre Faculté, les efforts du professeur Polain, la persévérance, la souple fermeté de
M. Brouardel pour faire accepter cette reforme urgente : elle est enfin ■votée, et l’année prochaine en verra la réalisation. Cette loi, un an à l’avance, je l’ai considérée comme promniguée, et, pour la mettre à l’épreuve, je me suis imposé les devoirs des futurs professeurs auxiliaires. L’essai m’a paru réussir, et je veux aussitôt en porter témoignage.
<! J’ai reçu de l’Assistance publique vingt stagiaires, que j’ai enrégimentés chacun avec sa fonction, ses lits à surveiller, ses pansements à faire; ils sont soumis tous les matins à l’appel; je raie impitoyablement les absents et les retardataires de la feuille de présence; les malades nouveaux sont examinés par les élèves du rang; le diagnostic est discuté par eux avant d’être complété ou rect ifié par mes internes et par moi-même, — tout cela simplement, amicalement, avec émulation, avec entrain; sans trouble, sans fatigue pour les malades.
« Aux stagiaires se sont joints de nombreux bénévoles, élèves de première et de deuxième année, des étudiants pourvus déjà de toutes leurs inscriptions, des médecins de passage, quelques confrères de la marine et de l’armée, et, chaque jour, des étrangers nouveaux. Cette diversité même est un écueil, car il faut à chacun de ces groupes un enseignement différent : apprendre à se laver les mains, à masser une entorse et à gâcher le plâtre, eonvient beaucoup mieux aux uns que les subtilités de diagnostic, les indications thérapeutiques ou les procédés opératoires réclamés surtout par les autres. Mais tous y mettent du leur, et un véritable enseignement mutuel s’organise.
« On me prédisait que ces rigueurs lasseraient les élèves, et qu’ils fuiraient bientôt un service ou l’on réclame d’eux la présence réelle. On se trompait, si j’en crois l’expérience de douze mois; et, sur mes vingt stagiaires du commencement de la nouvelle année, il en est à peine un par matin qui manque à l’appel; tous les bénévoles sont à leur poste; les « passants » sont toujours plus nombreux et, pour tout dire, mon amphitéâtre, bien petit il est vrai, devient décidément trop petit.
« Mais que de lacunes encore pour un enseignement régulier 1 Se douterait-on qu’il n’existe pas de laboratoire officiel à la Pitié, et que les recherches bactériologiques y sont abandonnées au bon vouloir d’un
chacun? L’année dernière, nous avions le bonheur de posséder M. Pilliet, dont la grande compétence se double d’une complaisance inépuisable, et M. Martin, un des plus distingués élèves de l’Institut Pasteur. Mais voici que notre maître, M. Tillaux, dont, tous, nous regrettons le départ, emmène avec lui M. Pilliet à la Charité ; le roulement des internes place M. Martin dans un autre hôpital, et nous sommes livrés sans défense à tous les hasards du renouvellement annuel.
« Croirait-on que nous n’avons même pas une salle d’opérations annexée à notre service des femmes? Quelle que soit ta malade, son état de faiblesse, la nature et la gravité de l’intervention, il lui faut traverser un couloir où le vent s’engouffre, une large cour froide, monter un long escalier, subir l’opération dans une chambre où le soleil aveugle, et qui, cependant, manque de lumière; — puis elle reprend le meme chemin, redescend l’escalier qu’on lui avait fait gravir, et repasse par la même cour et le même couloir pour regagner son lit. Et tout cela, dans un des grands hôpitaux de Paris, au seuil de l’an 1894! »
« Pour en revenir aux cliniques publiées dans ce volume, elles ont été professées pour mes élèves les plus avancés, et pour les confrères nationaux ou étrangers qui suivent le service. Elles traitent principalement de thérapeutique chirurgicale, et surtout de sujets d’utilité courante ; fractures, entorses.et grands écrasements des membres, cancers de la langue et du rectum, fistules et abcès de l’anus, hémorroïdes, hydrocèle et varicocèle; appendicite, occlusion intestinale, perforation trauinaiKiue de l’intestin, — ou bien de ceux dont on s’occupe plus spécialement à cette heure, des interventions sur l’estomac et la vésicule biliaire.
« Aux affections des organes génitaux de la femme, passées complètement sous silence dans mes cliniques de l’Hôtel-Dieu, j’ai consacré le plus long chapitre de ce volume. La science marche, la eynécologie est maintenant le terrain le plus remué de la thérapeutique chirurgicale et c’est sur elle qu’a porté le principal effort de notre génération. Les affections utéro-ovariennes, autrefois à peine étudiées par quelques-uns, la plupart médecins, sont maintenant scrutées par presque tous nos collègues, et ce n’est pas trop de dire qu’aujourd’hui, tout chirurgien
d’un service général se double d’un spécialiste des maladies des femmes.
« J’ai repris, dans ces cliniques, quelques sujets traités dans mes deux premiers volumes, mais il ne s’agit pas de simples redites. Pour les uns, les mastites chroniques, la maladie kystique de la mamelle, l’eau chaude en chirurgie, j’ai voulu consolider par de nouveaux faits, et après plus longue expérience, certaines thèses qui me sont à peu près personnelles; pour d’autres, le traitement des perforations intestinales, par exemple, j’explique pourquoi je reste encore indécis, et ne puis me résoudre, en l’état actuel, à la laparotomie systématique ; pour d’autres enfin, tels que l’aïnhum, je montre pour quelles raisons ma première opinion me paraît fausse et je fois amende honorable.
« Malgré la vivacité que l’on met d’ordinaire à défendre ses idées, j'espère avoir dominé le puéril amour-propre qui veut toujours avoir raison. Chaque jour un fait nouveau surgit qui infirme, confirme ou atténue notre conception première des choses; il faut en tenir scrupuleusement compte. On le verra au cours de ce volume ; je n’ai jamais éludé les objections; sur bien des points mes adversaires m’ont convaincu, et je me suis hèté de le reconnaître. C’est que, en chirurgie, nos opinions se traduisent par des actes graves. Donc il nous faut douter de notre infaillibilité, accueillir la critique, la peser strictement, lentement, longuement, pour que les malades ne paient pas d’un désastre les entêtements de notre vanité. »
Dans ces trois volumes de Cliniques je reprends pour les exposer à mes élèves la plupart de mes travaux et de mes recherches. Aussi ne s’élonnera-t-on point de retrouver à chaque instant, au cours de cet exposé de titres, des indications qui nous renvoient à chacun de ces trois volumes. Cependant il est de nombreux chapitres publiés ici et dont je n’ai point encore parlé. Je citerai dans le premier volume ; Rachitisme et Syphilis héréditaire; Rapports de l'inflammation avec la tuberculose; De l’extirpation des tumeurs d’origine tnbercnlense; Anatomie pathologique et traitement des abcès froids; De l'ostéomyélite prolongée; Du traitement des fractures de cuisse par l'extension continue; Du redressement des membres inférieurs par l’ostéotomie et l'ostéoclasie; Des résections sous-capsnlopériostées; Résultats éloignés des grandes résections articulaires; Synovites
Statistique des opérations pratiquées eu 1893 daus la salle de Gyuécologie.