CHAPITRE III
Actualisation spontanée de cette activité rythmique néo-automatisme
Nous avons dit que l’arrêt consécutif à la séparation sino-auriculaire n’est pas durable. Le plus' habituellement, en effet, après la ligature inter-sinoauricul'aire, le segment sous-jacent reprend ses battements.
Quels sont les caractères de ces contractions rythmiques, et où prennent-elles leur origine ? Leur facilité de production et leur durée correspondent-elles à des'varia- . tiens parallèles d’autres propriétés du cœur, notamment de son excitabilité ? Quelles conditions favorisent cette reprise ?
Après avoir répondu à ces différentes questions, nous serons amené à en tirer cette conclusion générale que les reprises après ligatures apparaissent à ces différents points de vue comme un cas particulier d’actualisation de la propriété rythmique potentielle.
Nous nous demanderons alors s’il n’est pas possible néanmoins de trouver dans le moment de ces reprises et dans la vitesse absolue et relative de leur rythme des caractères différentiels qui permettent de préciser leur signification.
Engelmann classe ces pulsations « spontanées » du cœur, après première ligature, en deux catégories. Dans l’une, la contraction auriculaire précède la contraction ventriculaire, et l’intervalle habituel sépare le début des deux phénomènes.
Dans l’autre, l’intervalle auriculo-ventriculaire est considérablement diminué ; il peut devenir nul, les contractions des deux segments étant simultanées; il peut enfin prendre une valeur négative, le ventricule se contractant avant l’oreillette. Engelmann assigne à ces deux espèces de contractions une origine différente.
Les premières auraient toujours une origine sinusale : OtA bien, en effet, elles présentent un rapport exact de temps avec la pulsation de la région du sinus située audessus de la ligature; la fréquence auriculo-ventriculaire est semblable à celle de la région du sinus, ou bien elle en est un sous-multiple exact; en d’autres termes, une contraction du segment auriculo-ventriculaire succède toujours à une des contractions du sinus, mais pas nécessairement à chacune de celles-ci ; l’intervalle Sis As est toutefois plus considérable qu’avant la ligature;
Ou bien il s’agit de contractions sans aucune relation dans leur fréquence avec le rythme du sinus au-dessus de la ligature; cette indépendance complète n’est, en général, pas durable, mais le rythme A V reste toujours plus lent que celui du sinus.
Une nouvelle ligature ou une compression plus forte au même endroit peut alors produire un nouvel arrêt, mais ce résultat n’est pas toujours atteint.
Ces reprises, où l’origine sinusale est non douteuse, ne présentent aucun intérêt puisqu’elles correspondent, com-
me nous l’avons vu, à une séparation fonctionnelle incomplète ou non permanente du sinus et des oreillettes. Est-il justifié, par contre, de considérer toutes les reprises où l’intervalle \s est normal, comme devant rentrer dans cette catégorie ?
Il nous a bien semblé que presque tous les cas de cette espèce étaient bien à ranger dans cette catégorie, car leur fréquence décroît avec le soin que l’on apporte à réaliser la séparation sino-auriculaire. Nous avons pu nous convaincre notamment qu’ils étaient fréquents dans les exercices pratiques d’étudiants- faisant des ligatures pour la première fois ou peu familiarisés avec cette technique ; dans nos recherches personnelles, nous ne les avons guère observés qu’au début de nos séries d’expériences, lorsque plusieurs mois s’étaient écoulés depuis les séries précédentes, que par suite nous étions dans des conditions de technique moins favorables.
Cependant, nous devons faire une réserve. Nous avons en effet exceptionnellement vu des reprises de cette nature survenir tardivement, après des sections ou des ligatures haut situées intéressant une portion de l’oreillette. Non seulement le niveau ou l’interruption fonctionnelle avau été réalisé, mais le moment de la reprise nous porte à étudier ces cas en même temps que ceux de la deuxième catégorie; car, d’après Engelmann, « les pulsations de la première catégorie ne surviennent jamais après un long arrêt, mais toujours très tôt, quelques secondes ou minutes après son début ».
Dans les reprises de la deuxième catégorie, nous rangerons donc non seulement des reprises en rythmes y s ks et As
—, mais aussi ces reprises exceptionnelles en As Vs.
Où est situé, dans ces différents cas, le point de départ exact des contractions ?
11 se déduit, comme nous l’avons indiqué plus haut, de la valeur positive ou négative de l’intervalle As Vs considérée non en elle-même, mais relativement à l’intervalle pour les contractions normales avant la ligature ou à l’intervalle qui sépare, au moment même de l’expérience, la contraction des deux segments quand on excite l’oreillette ou le ventricule par un choc d’induction.
Des nombreuses déterminations faites par Engelmann, comme de nos expériences personnelles, il résulte que le point de départ des séries de contractions « spontanées » observées après la séparation sino-auriculaire se trouve dans la région atrio-ventriculaire et dans la région bulbaire. Ce point de départ» assez constant dans une même expérience, varie d’un animal à l’autre; le plus souvent, en dépit de ces variations, il est situé dans une même portion atrio-ventriculaire, médiane par . rapport aux bords du cœur, mais pouvant s’étendre plus ou moins loin dans la paroi auriculaire ou dans la paroi ventriculaire par rapport au sillon atrio-ventriculaire; rarement il est situé dans la région bulbaire.
Donc, qu’il s’agisse d’une excitation électrique unique ou qu’il s’agisse de l’action secondaire de la séparation sino-auriculaire, les séries de contractions observées se présentent avec le même caractère quant à leur point de départ.
Engelmann a signalé, dans les premiers instants qui suivent la ligature, une augmentation de l’excitabilité; bien que cette augmentation ne soit pas durable, et qu’elle ne soit pas nécessairement accompagnée d’une reprise
\y. p. 44), ceihyperexcitabilité est particulièrement marquée dans les rejjrises précoces.
Toutes réserves faites sur la relation qui existe entre ces variations de l’excitabilité et l’actualisation de la propriété rytlunique, si l’on considère la précocité de la reprise et sa durée, on est amené à constater que cette reprise débuie toujours d’autant plus tôt et dure habituellement d’autant plus longtemps qu’il s’agit d’un cœur plus excitable visà-vis des excitations électriques (chocs limmaires d’induction), et vis-à-vis des excitations mécaniques (piqûre, contact léger d’un pinceau, etc...).
Donc, non seulement les séries de contractions <( spontanées » consécutives à la ligature ont le même point de départ que celles qui succèdent à l’excitation électrique, mais, la facilité de 'production des séries dans les deux cas et leur durée paraissent superposables.
Enfin, si l’on examine ce qui se passé lorsqu’on fait varier certaines conditions, on retrouve le même parallélisme. Une excellente preuve en est donnée par la comparaison des lésultats de la séparation sino-auriculaire sur des cœurs normaux et sur des cœurs soumis à l’action du BaCU.
Le BaCU favorise le développement de la propriété rythmique, même dans des régions où cette propriété s’actualise difficilement dans les conditions normales, comme la région de la pointe. (Wertheimer et Boulet) (1).
Au cours d’expériences inédites faites avec M. le professeur Meyer, nous avons établi que cette substance fait tou-
(1) Pour la référence relative à cettei question, Cf. notre Index bibliograjphique (1911-1912).
jours apparaître d’une façon plus précoce la reprise, et qu’elle peut même s’opposer à l’arrêt que provoque habituellement la séparation sino-auriculaire. L’interruption de la continuité fonctionnelle avec le sinus est alors immédiatement suivie d’une modification du rythme, un point atrio-ventriculaire prenant d’emblée la direction du rythme à la place du sinus.
Ces différents résultats dépendent, dans une certaine mesure, de la dose de BaCP et du moment de l’injection.