TABES SPÉCIFIQUE
(1882, 1 -vol. 396
Plaidoyer en faveur de l’opinion qui rattache le tabes à la syphilis comme un effet à sa cause.
Certes, je n’ai pas été le premier à rencontrer la syphilis dans les antécédents des sujets affectés d’ataxie locomotrice. Mais je revendique pour moi d’avoir été le premier à constater et à tenter d’établir une connexion étroite, intime, de causalité entre la syphilis et l’ataxie. Jusqu’à l’époque où je publiai mon premier essai sur cette importante question *, personne n’avait jamais émis l’idée que la syphilis pût être une cause réelle et puissante d’ataxie. La preuve en est que sept ans plus tard, alors que je publiai ce volume, la doctrine du tabes d’origine spécifique ne comptait encore qu’un bien petit nombre de partisans, contre un nombre formidable d’opposants ou d’incrédules. Les traités classiques ou bien ne signalaient pas,
I. De l'ataxie locomotrice'Mgine syphilitique, Leçons recueillies par F. Dreyfous (Annales de dermatologie et de syphiligraphie, 1878-1876, t. VII, p. 187).
ou bien ne signalaient que d'une façon dubitative la syphilis dans l’étiologie du tabes. A n’en citer qu’un exemple, Leyden, dans son traité clinique des maladies de la moelle, n’accordait qu’une seule ligne à la syphilis dans son chapitre d’étiologie, et encore pour se borner à dire : « On a accusé la syphilis de produire le tabes sans motifs suffisants. »
Je remercie mon distingué confrère le D' Dreyfus-Brisac d’avoir nettement établi la question historique en écrivant ce qui suit dans un remarquable article publié par la Gazette hebdomadaire de médecine (30 septembre 1881) : « Quoique Duchenne ait déjà signalé la fréquence de la syphilis chez les ataxiques, cette question n’a été réellement mise à l’ordre du jour que du moment où Fournier, invoquant,en dehors de son expérience personnelle, l’autorité de MM. Féréol et Siredey, revendiqua pour la vérole une part considérable dans l’étiologie du tabes. »
La doctrine du tabes d’origine syphilitique rencontra d’abord une très vive opposition. Mais, depuis lors, les choses ont bien changé. Elles ont même changé du tout au tout, au point que, de nos jours, la connexion étiologique du tabes avec la syphilis est généralement, je puis dire même universellement acceptée, comme j’en aurais cent exemples à produire.
On peut bien encore discuter sur le point de savoir s’il n’existe pas de tabes indépendant de la syphilis (ce que d’ailleurs je n’ai jamais contesté). Mais on est tombé d’accord sur cet autre point principal, à savoir que, pour l’immense majorité des cas (90 p. 100 environ), le tabes reconnaît la syphilis comme origine. — « La syphilis, a dit le P r Raymond, joue un rôle .considérable dans l’étiologie du tabes. » — « La vraie, je dirais presque la seule cause du tabes, a écrit un neurologiste des plus distingués, le D r Marie, c’est la syphilis. » Etc., etc.
L’hérédo-syphilis est-elle capable, elle aussi, de déterminer le tabes? Cela n’est plus douteux aujourd’hui, de par un certain nombre de cas bien authentiques qu’il m’a été donné de recueillir. — Trois observations du genre se trouvent citées dans l’opuscule suivant :
Tabes d’origine hérédo-syphilitique probable. Fracture spontanée.