‹ Exposé des titresChapitre 53 sur 55 · DANGER SOCIAL DE LA SYPHILIS · texte numérisé non relu

DANGER SOCIAL DE LA SYPHILIS

La syphilis constitue un danger social à quatre points de vue principaux.

Elle constitue un danger social :

1° De par les dommages individuels qu’elle inflige au malade;

2° De par les dommages collectifs qu’elle inflige à la famille ;

3“ De parles conséquences héréditaires qu’elle comporte, notamment de par l’effroyable mortalité dont elle afflige les enfants ;

4° De par les dégénérescences, l’abâtardissement qu’elle imprime à l'espèce.

1° Dommages individuels. — Ce sont tous les dangers de la syphilis, dangers incroyablement multiples et divers dérivant du tertiarisme et notamment du tertiarisme viscéral. - Soit comme exemple la syphilis du cerveau, la plus fréquente des manifestations tertiaires après la syphilis cutanée. Or, sur 100 cas de syphilis cérébrale, on aboutit comme résultats à ces chiffres lamentables : 22 cas de guérison; — 19 cas de mort; — et 59 cas de survie avec infirmités physiques ou déchéances intellectuelles; — c’està-dire 78 cas défavorables sur 100, et cela en dépit du traitement!

Pronostic de la syphilis considérablement assombri par l’annexion forcée de la parasyphilis à la syphilis vraie. — Positivement, l’incorporation dans les cadres de la syphilis de tout le groupe des accidents parasyphilitiques, accidents presque tous graves et la plupart incurables, a transformé la

maladie quant à la somme et à la qualité des périls qu’elle comporte. Si bien que la syphilis, telle qu’il nous faut la comprendre aujourd’hui, est très différente, au point de vue pronostique du moins, de la syphilis telle que pouvaient l’envisager nos pères et telle qu’il nous était permis à nousmêmes de l’envisager il y a une quinzaine d’années. Aujourd'hui, par exemple, force nous est de reconnaître à la syphilis deux aboutissants possibles et terribles que ne lui connaissaient pas nos pères, à savoir : la paralysie générale et, bien plus fréquemment encore, le tabes.

2° Dangers intéressant la famille. — Non moins graves, et consistant en

Contamination de la femme. — Fréquence considérable des contaminations conjugales. Sur 100 femmes syphilitiques, 19 contaminées dans le

Désunion, dislocation, dissolution du mariage. — Séparations,

Ruine matérielle de la famille par maladie, incapacité ou mort de son chef naturel, du fait de la syphilis. —En fait de syphilis, c’est très souvent le mari, la femme et les enfants qui payent les dettes du garçon.

3° Conséquences héréditaires. — La syphilis constitue un fléau social, un véritable facteur de dépopulation, en raison de ses conséquences héréditaires, notamment en raison de l’effroyable mortalité dont elle afflige les enfants.

Fréquence presque incroyable de l’avorlement d’origine syphilitique. — Fréquence non moindre des morts d’enfants à la naissance ou peu après la naissance. — Si bien que la polymortalité des jeunes dans une famille est devenue de nos jours un signe usuel pour le diagnostic de l’hérédo-syphilis. — En outre, danger de syphilis héréditaire tardive.

4° Dystrophies et dégénérescences hérédo-syphilitiques. — « Consistant, sous des formes variées à l’infini, en des défaillances natives du développement, qui aboutissent à des imperfections, à des incorrections organiques, à des formations enrayées ou défectueuses, à des déviations de type, voire, dans leur degré le plus élevé, à des monstruosités véritables. De là pour l’individu, un amoindrissement de vitalité et de résistance vitale; de là

pour lui une infériorisation, à des degrés naturellement très variés, par rapport à des individus mieux doués que lui, mieux armés pour le struggle for life; de là, en un mot, un acheminement vers la dégénérescence. » (D r Edmond Fournier.)

Or, 1° tantôt ces dystrophies natives n’affectent l’individu que d’une façon partielle, c’est-à-dire dans un segment de son êlre, dans un système organique, dans un seul organe, isolément. Exemples : dystrophies si communes du système dentaire ou maxillo-dentaire ; — malformations crâniennes (têtes bosselées, asymétriques, natiformes; microcéphalie;hydrocéphalie,etc.); — dystrophies nasales, oculaires, rachidiennes; — dystrophies des membres, asymétries, hypotrophies, élongations partielles, gigantisme, nanisme partiel, nanisme général (dont un spécimen, par exemple, a été offert par le célèbre nain Bébé qui, très certainement, était un hérédo-syphilitique), polydactylie, syndactylie, ectrodactylie, ectromélie, hémimélie, dystrophies pelviennes, luxation congénitale de la hanche, pieds bots, etc. ;

Dystrophies cérébrales et médullaires ; — surdi-mutité ; — déchéances psychiques, allant jusqu’à l’idiotie ;

Dystrophies cardiaques et vasculaires ; — maladie bleue ; — aplasie congéniale du système vasculaire ;

Dystrophies génito-urinaires : ectopie testiculaire, cryptorchidie, infantilisme testiculaire ; — malformations utérines et ovariennes, etc. .

2“ Tantôt cette influence dystrophique se traduit par des modalités d’ordre général qui portent sur tout l’être, qui l’affectent d’ensemble et dans toutes ses parties. — Types divers : avorton syphilitique , ne venant au monde que pour mourir ; — enfant valétudinaire, toujours malade, chétif, étiolé ; — fragilité de la me, résidant sans doute dans un quotient de vitalité, de résistance vitale, inférieur à la moyenne ; — infantilisme; — rachitisme, etc.

En sorte que, très positivement, l’influence hérédo-syphilitique aboutit en maintes occasions à constituer les sujets auxquels elle permet de vivre à l’état d’êtres infériorisés, décadents, déchus, abâtardis à des degrés divers et sous des formes diverses. Très certainement, donc, elle constitue,

par rapport à l’espèce, ce qu’il n’est que trop légitime d’appeler des dégénérescences.

En résumé, la syphilis constitue un fléau social en raison des dangers multiples qu’elle comporte, dangers menaçant à la fois et l’individu et la famille, et les enfants, et même parfois les enfants de ces enfants.

Il n’est pas d’exagération à ajouter qu'elle constitue un facteur actif de dépopulation et qu’elle lèse ainsi les intérêts de la patrie.

Conclusions :

I . — La société trouve dans la multiplicité et la haute gravité des dangers dont la menace la syphilis le droit légitime, — incontestable à mes yeux, — de se défendre contre elle par des mesures de prophylaxie publique.

II. —■ Or, — proposition majeure, incontestée, mais incessamment méconnue. — la syphilis ne.menace pas seulement ceux qui s’y exposent ; elle menace aussi, et cela pour un nombre considérable, infini, ceux qui ne s’y exposent pas.

Exemple : à tout instant, on voit la syphilis d’un mari servir d’origine à la syphilis d’une femme et d’un ou de plusieurs enfants.

III. — Eh bien, relativement à ceux qui s’exposent de plein gré à la syphilis, l’intérêt général est de chercher à les protéger, alors même qu’ils pourraient plus sûrement se protéger eux-mêmes ; et cela parce que c’est d’eux que procède la syphilis de ceux qui ne s’exposent pas.

La société a donc le droit d’intervenir par des mesures de prophylaxie publique pour assainir les centres de débauche et de contagion.

IV. — Et enfin, relativement à ceux que la syphilis menace sans qu’ils s’y exposent, la société a charge de les protéger par le fait même qu’ils sont incapables de se protéger eux-mêmes. Elle a charge notamment de défendre contre la syphilis les.intérêts sacrés de l’honnête femme, de la famille, de l’enfant, voire, dirai-je, de l'enfant à naître. A ce titre donc, elle n’a pas seulement le droit de se défendre contre la syphilis comme elle l’entend ; elle en a aussi, très certainement, l’obligation, le devoir.

Page 1