Dégénération secondaire du pédoncule cérébral
{Leçons sur les localisations dans les maladies du cerveau et de la moelle,
p. 216 et suivantes.)
A la suite des lésions destructives des régions motrices de l'écorce cérébrale ou du trajet intra-hémisphérique du faisceau pyramidal, survient une dégénération de l'étage inférieur du pédoncule cérébral (Charcot, Bouchard, Tûrck).
M. Charcot ajoute aux faits déjà connus de ce genre de lésions un certain nombre d'observations qui démontrent que la dégénération descendante dans le pédoncule correspond toujours très exactement à une localisation anatomo-pathologique dans les centres dits psycho-moteurs.
Si la totalité de ces centres est détruite, par exemple, du fait d'un ramollissement dû à l'oblitération de l'artère sylvienne, il s'ensuit nécessairement une dégénération, se présentant sous la forme d'un espace triangulaire, occupant la partie médiane de l'étage inférieur; cette dégénération se poursuit également dans toute l'étendue du cordon latéral de la moelle épinière.
Mais si (comme il résulte de trois observations relatées dans la
thèse de M. Brissaud), la lésion originaire est circonscrite à la région des centres moteurs de la face et de la tête, la dégénération occupe, à la partie inférieure du pédoncule, un espace beaucoup plus restreint ; en outre elle est située sur un plan antérieur à celui de la dégénération hémiplégique vulgaire ; enfin la dégénération du cordon latéral fait complètement défaut.
Le faisceau moteur de la face reste donc isolé et localisé dans le pédoncule, comme les centres corticaux dont il émane; et l'absence de dégénération latérale permet d'admettre que la dégénération pédonculaire s'arrête dans la région bulbo-protubérantielle, c'està-dire au niveau n.ême des centres spinaux des nerfs de la tête et de la face.
95. — De Vétat de la tonicité musculaire dans la contracture 'permanente des hémiplégiques.
(Leçons sur les localisations dans les maladies du cerveau et de la moelle épinière, p. 320 et suivantes.)
Tous les muscles à l'état de repos sont dans un état de raccourcissement actif incessant et qui ne disparaît que lorsque le nerf moteur correspondant a été sectionné. Ce raccourcissement répond à ce qu'on désigne depuis fort longtemps sous le nom de contraction tonique ou de contraction insensible des muscles. Quand le nerf moteur est coupé, la tonicité du muscle est abolie, et Claude Bernard même reconnut ce fait à la modification chimique du sang qui traverse le muscle séparé de son centre spinal.
Le tonus musculaire est donc un phénomène dans lequel le pouvoir réflexe de la moelle épinière est constamment en jeu. Or, dans le cas de contracture, le raccourcissement permanent des muscles reconnaît une origine analogue.
Aussi voit-on que la strychnine, qui fait apparaître les réflexes tendineux provoque l'apparition des contractures ou les exagère, si celles-ci existent déjà ; et. Inversement, les agents qui dépriment l'activité réflexe spinale diminuent également l'intensité de ces con-
tractures. C'est de la sorte qu'agit le bromure de potassium administré à haute dose.
Pour expliquer le fait, paradoxal en apparence, d'une contraction permanente, indéfinie du muscle à l'état normal, M. Onimus avait proposé d'admettre que le tonus consiste en une série de contractions atteignant successivement et non simultanément les divers faisceaux des muscles, de telle sorte que les uns se reposaient, tandis que les autres entreraient en contraction.
Dans le but de vérifier l'exactitude de cette hypothèse, et aussi pour établir les relations de la tonicité normale avec la contraction permanente, M. Charcot suggéra à MM. Boudet de Paris et Brissaud l'idée d'analyser comparativement le bruit musculaire, à l'aide du microphone, chez les hémiplégiques atteints de contracture et chez l'homme sain. Les résultats de ces études peuvent se résumer ainsi qu'il suit : tandis que le muscle qui se contracte normalement produit un bruit de roulement régulier, sonore (bruit rotatoire), constant dans le chiffre de ses vibrations, le muscle contracturé ne produit qu'un bruit sourd, irrégulier, saccadé, avec des interruptions et des reprises ; en d'autres termes ce qui la caractérise, c'est son intermittence. Il y a donc lieu d'admettre que les fibres musculaires, dans l'état de contracture, entrent en activité les unes après les autres, se suppléant sans cesse ; c'est-à-dire qu'elles se comportent comme dans l'état de tonicité, mais avec un surcroît d'activité.
Ces expériences microphoniques ont été le point de départ de recherches importantes entreprises ultérieurement par MM. Boudet de Pâris et Debove.