Des zones hystérogènes
{Progrès médical, 18 décembre 1880.)
On avait remarqué depuis longtem.ps qu'une pression légère ou une friction brusque exercée au niveau des points hyperesthésiques qui existent assez fréquemment chez les hystériques, pouvaient déterminer le développement des phénomènes de l'attaque. M. Charcot a fait voir, par plusieurs observations, qu'une pression un peu énergique agissant sur ces mêmes points suffisait fréquemment pour enrayer aussitôt la crise spasmodique à toutes les phases de son évolution, même dans les cas où il s'agit de la grande hystérie (hystéro-épilepsie des auteurs), — Ces zones hystérogènes, qui sont aussi des zones d'arrêt, siègent le plus communément le long du rachis, sous les aisselles, aux points d'émergence des rameaux perforants moyens des nerfs intercostaux, sur la région sternale, enfin, audessus et au-dessous des seins.
152. — Du pouls lent permanent avec accès épileptoïdes . (Leçons, sur les maladies du système nerveux. T. II, p. 137, 3« édition.)
La lenteur permanente du pouls est un phénomène exceptionnel dans l'état physiologique, et qu'on ne rencontre même qu'assez rarement dans les cas pathologiques.
Il y a à distinguer, dans l'histoire du « pouls lent permanent s, un type clinique particulier, caractérisé, en outre de la lenteur permanente du pouls, par des attaques syncopales et convulsions épileptiformes, survenant soit en conséquence de traumatismes intéressant la région cervicale du rachis ou le crâne, soit spontanément, le plus souvent chez les sujets avancés en âge. Cet état peut parfois s'accompagner de troubles de la respiration, de vomissements, de troubles de la calorification ; presque toujours on note des palpitations ou des souffles cardiaques, dont l'autopsie ne révèle pas toujours la cause.
Les accidents syncopaux et convulsifs dont il est question sont parfois précédés d'une aura; il y a chute, inconscience, mouvements toniques et cloniques, suivis de prostration et d'un état comateux plus ou moins prolongé. D'un côté, la lenteur du pouls, qui peut aller jusqu'à 25 pulsations par minute et même au-dessous, et, de l'autre côté, les accidents épileptoïdes indiqués ci-dessus, constituent les deux facteurs nécessaires d'un composé symptomatique qui mérite une place à part parmi les états épileptoïdes. L'affection offre une durée assez longue, et elle présente parfois des améliorations passagères; mais la mort subite peut survenir pendant l'accès, circonstance qui commande nécessairement la plus grande réserve quand il s'agit du pronostic.
La présence, dans plusieurs cas, de manifestations bulbaires évidentes, telles que la dyspnée, les vomissements, les troubles de calorification, autorise à supposer que la lenteur permanente du pouls avec accès épileptoïdes est sous la dépendance d'une altération bulbaire ; cette vue s'appuie encore sur l'existence des cas où l'affection
sVst manifestée à la suite de lésions traunnatiques ayant porté leur action soit sur la région spinale cervicale, soit sur le crâne. (Cas de Rosentha! et de Halberton.)
Blondeau. — Etude clinique sur le pouls lent permanent avec attaques syncopales et épileptiformes Thèse de Paris, 1879. Voir section V, n" 81.
1 53. — Études physiologiques de Vhystérie. — Action des applications métalliques, des aimants, des courants galvaniques faibles, sur V anesthésie des hystériques et sur V anesthésie cérébrale par lésion organique. — Métalloscopie; métallothérapie.
Depuis plus de 25 ans, M. Burq avait tenté, à de nombreuses reprises, dans divers hôpitaux de Paris, la démonstration des faits qu'il a découverts et qu'il a groupés sous les noms de métalloscopie, métallothérapie; mais il n'était parvenu à recueillir que des adhésions isolées, lorsque, dans l'été de 1 876, il vint demander à M. Gharcot l'autorisation de tenter une dernière épreuve dans son service de la Salpêtrière. L'autorisation fut accordée. M.Charcot, bientôt édifié sur la réalité d'un bon nombre des faits annoncés par M. Burq, jugea utile de leur donner la consécration d'un témoignage collectif. Sur son initiative, laSociété de biologie nomma une commission composée de MM. Dumontpallier, rapporteur, Luys et Charcot, président. Toutefois M. Charcot avait, dès le début, reconnu dans l'œuvre de M. Burq deux parties bien distinctes et de valeur inégale. La première, toute d'observation directe, comprend les phénomènes immédiats déterminés pour la majeure partie sur des hystériques frappées d'anesthésie, par l'action des métaux sur la surface cutanée; c'est la métalloscopie proprement dite. L'autre partie ou métallothérapie serait l'application au traitement de l'hystérie des données fournies par la première. Ici, outre que la validité de la déduction est contestable, la question se trouve naturellement entourée de difficultés inhérentes à toute expérimentation thérapeutique.
La commission de la Société de biologie a divisé son travail conformément à ces vues. Dans un premier rapport déposé en octo-
bre 1877, elle s'est occupée spécialement delà métalloscopie qu'elle a en quelque sorte légitimée et à propos de laquelle fut découvert un fait physiologique important : le transfert. Un deuxième rapport, lu au mois d'août de celte année (1 878) complète le premier et donne, avec les réserves nécessaires, les résultats de quelques observations de la métallothérapie.
Èn dehors de sa participation aux travaux de la commission, M. Charcot s'est préoccupé de donner une base scientifique au genre de recherches inauguré par M. Burq. Le point de vue auquel il s'est placé est celui-ci : les phénomènes dits métalloscopiques peuvent être obtenus à l'aide d'agents divers. Il faut d'abord rechercher quelle est pour tous ces agents la condition physique commune et essentielle ; il y a ensuite à étudier les modifications physiologiques qui résultent de la présence de cette condition. Le problème est double, physique et physiologique ; en le supposant résolu, il y aurait lieu de déterminer les conséquences pratiques qui en découlent.
Voici l'indication sommaire des principaux résultats obtenus jusqu'à ce jour, d'une part, par la commission de la Société de biolologie et, d'autre part, par M. Charcot dans ses recherches particulières faites soit isolément, soit en collaboration avec MM. Regnard, Vigoureux et Richer dans le laboratoire de laSalpêtrière.
Faits dépure observation. A. Vérification rigoureuse des assertions de 31. Burq en ce qui concerne l'action des métaux dans l'anesthésie hystérique et les aptitudes métalliques individuelles. Premier rapport, 1877, Charcot. Leçon faite à la SalpêLrière, le 31 décembre 1877. )
B. Etude faite pour la première fois de cette action des métaux sur r anesthésie des organes des sens spéciaux, ouïe, vision, odorat, goût. (Travail collectif de la commission, 1" rapport.)
E. Etude particulière des modifications que subit V achromatopsie hystérique sous l'influence des applications métalliques. Les couleurs sous l'influonce d'une application métalHque sur la tempe du
côté correspondant à l'œil affecté d'acliromatopsie, recommencent à être perçues et bientôt après cessent de l'être, suivant un ordre de succession invariable pour chaque malade. Cet ordre, dans tous les cas, est conforme à l'un des deux types établis par l'observation.
Voici dans quel ordre, chez la majorité des malades atteints d'achromatopsie complète, la notion de chaque couleur se rétablit sous l'influence de l'application métallique : la notion du bleu se rétablit d'abord, puis reparaît la notion du jaune, celle de l'orangé, du rouge, du vert et enfin du violet. En pareil cas, les couleurs cessent d'être perçues dans l'ordre suivant : violet, vert, rouge, orange, jaune et bleu. Dans un second groupe de malades c'est la notion du rouge qui reparaît en premier lieu : puis celle de l'orange, du bleu, du vert et enfin du violet. La disparition des couleurs dans ce type se fait dans l'ordre suivant : violet, vert, bleu, orangé, jaune et, en dernier lieu, rouge. On voit que l'ordre d'apparition et de disparition successives des couleurs est le même sans exception , pour les malades des deux catégories en ce qui concerne le violet et le vert. Constamment le violet est la couleur qui disparaît la première et reparaît en dernier lieu. (Charcot, Galczowski, Landolt, Gharcot et Regnard. Société de biologie, 19 et 2lO janvier 1878.)
D. Découverte du transfert (1). La disparition de l'anesthésie sensorielle ou sensitive dans une partie, sous l'influence de l'application métallique, est liée à la disparition simultanée de l'une ou de l'autre espèce de sensibilité, dans une étendue égale de la région symétrique de l'autre côté de la ligne médiane. (Travail collectif de la commission, l^"" rapport. — - En ce qui concerne le phénomène du transfert dans l'achromatopsie. Voir Gharcot, Gazette des hôpitaux, n"^ 7, 1414, mars 1878.)
E. Découverte de V anesthésie métallique. L'application du métal ou des métaux auxquels elles étaient sensibles fait reparaître i'anes-
(1) Dans les lignes qui précèdent, il n'a été parlé que de la sensibilité en vue d'abréger cet exposé; mais ce qui est dit doit s'entendre également de la force musculaire, de la température, de la tunicité des petits vaisseaux dont les modifications suivent une marche généralement parallèle.
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thésie chez les malades qui ont cessé depuis un certain temps de présenter ce phénomène, ou chez celles qui, ne l'ayant pas encore présenté, sont simplement sous l'inflaence de la diathèse hystérique. Même résultat lorsque l'application est faite sur le côté sain, dans le cas d'héniianesthésie. (Travail colleclif de la commission, 2" rapport, et Charcot, Gazelle des hôpitaux, 1878.)
F. Le transfert a lieu également pour l'anesthésie métallique. {%' rapport, 10 août 1878.)
G. Étude comparative de certains faits de métalloscopie, d'hypnotisme et d"hyslérie. (Voir Gamgee, professeur de physiologie à Owen's collège. Manchester. Récit d'expériences faites à la Salpêtrière en présence de plusieurs médecins français et étrangers. în Bristishmed. Journal, 12 octobre 1878.)
II. Observations et expériences relatives à la théorie des phénomènes. A. Courants électriques déterminés par les applications métalliques, leur mesure. (Regnard. Soc. de Biol. Janv. 18 77 et rapport.)
B. Les courants de même intensité que les précédents ont la même action physiologique que les métaux. Détails relatifs à l'influence du degré d'intensité pour les courants très faibles. (Regnard. Loc. cit. et 1" rapport.)
G. Au delà d'un certain degré (un Daniel) les courants de toute intensité produisent généralement les effets des applications métalliques. (Regnard, Vigoureux, laboratoire de la Salpêtrière et Société de Biol., 1878.)
D. Un pôle de la pile isolée, même d'un seul élément, et la platine très faiblement polarisés ont des effets analogues. Modification de l'action des courants par l'emploi d'électrodes impolarisables. (Vigoureux, laboratoire de la Salpêtrière etSoc. de Bioi. , octobre 1 877.)
E. Modification des suspensions de l'action des métaux par un simple changement dans leurs conditions électriques. Plaques revê-
tues d'un corps isolant sur une de leurs faces ; superposition de deux métaux différents, etc. L'intervention d'un second métal peut prolonger indéfiniement l'action obtenue à l'aide d'un premier ou par tout autre agent de même ordre. (Vigoureux, laboratoire de la Salpêtrière, Soc. de Biol,, avril et octobre 1877, août 1878.)
F. Les barreaux aimantés produisent sûrement et énergiquement les effets des applications métalliques. Ils agissent à distance (un, deux, trois centimètres et plus). L'approche d'un seul pôle suffit, La ligne neutre est sans action. (Charcot, Vigoureux, laboratoire de la Salpêtrière et Soc. de Biol,, 23 février et T' mars 1 878.)
G. Les électro-aimants et les solénoïdes agissent exactement comme les barreaux aimantés, (Charcot et Regnard, laboratoire de la Salpêtrière. Soc. de Biol. 6 juillet 1878.)
E^L électricité statique agit de même, mais son action est plus énergique et moins passible des variations individuelles. (Charcot et Vigoureux, laboratoire de la Salpêtrière, Soc. de Biol., fév. et mars 1878.)
K, Les phénomènes dits métalloscopiques sont obtenus par différents autres moyens, par exemple les vibrations d'un corps sonore. (Vigoureux, Progrès méd., n^SO, 1878.)
III. Applications thérapeutiques et cliniques des notions précédentes. Les effets des applications métalliques, des courants faibles, des aimants et des solénoïdes, ne sont par propres à l'hémianeslhésie hystérique, ils se font sentir également dans les cas d'hémiasthésie cérébrale par lésion organique.
A. Deux cas d'hémianesthésie de cause organique, et de date ancienne, guéris par l'application de plaques de métal. (Charcot, \" rapport; Landolt et Oulmont, Progrès méd., 1877, n" 20.)
B. Nouveau cas d'hémianesthésie liée à une lésion organique du cerveau (hémorrhagie cérébrale). Rétablissement immédiat de la sensibilité sous l'influence d'un électro-aimant. (Charcot et Vigoureux,
laboratoire de la Salpêtrière et Soc. de Bio!., et Gaz. des. Hop., mars 1878.)
C. Autre cas du même ordre. Même résultat avec le barreau aimanté. (Voy. Progrès mécL, 1878, n° 29. Charcot, laboratoire de la Salpêtrière. »
1 54. — Etudes phjsiologiques et cliniques sur rJiypnotisme chez les
hystériques.
J.-M. Charcot. Leçons faites à la Salpêtrière. Progrès médical, n» 51, 1878 ; — Gazette des hôpitaux, numéros des 21, 28 novembre, 5 décembre 1878; Gazette médicale de Paris, numéros 46. 47, 48, 1873. — Voir section V : Bourneville et Regnard, Richer, Féré, Ballet.
Les recherches entreprises à l'hospice de la salpêtrière, par M. Charcot et sous sa direction, par plusieurs de ses élèves sur l'hypnotisme, datent de l'année 1878. Elles sont donc antérieures à celles qui, dans le courant des dernières années, ont été poursuivies sur le même sujet, par un certain nombre de physiologistes (1) et de médecins, en Allemagne et en Italie (2).
Dès l'origine, on s'est attaché à imprimer à ces recherches une allure prudente et réservée : peu préoccupé du scepticisme d'ailleurs purementarbitraire familier à ceux qui, sous leprétexte «d'esprit scientifique», cachent un parti pris de ne rien voir et de ne rien entendre en ces matières. On s'est tenu autant que possible éloigné de l'atlrait du singulier, de l'extraordinaire, écueil qui, dans ce domaine encore
(1) En particulier par le professeur Heidenhain, de Breslau. {Der sogenannte thierische Magnetismus — Phijsiologische Beobachtungen. Leipzig 4880.) Et en Italie par le professeur Tamburini. (Rivista sperimentale di Freniatria, Reggio, 1881.)
(2) A l'époque où parurent les premiers travaux de la Salpêtrière, le seul travail récent sur la matière était un mémoire de M. Charles Richet sur le somnanbulisme provoqué, publié dans le Journal de l'anatomie et de la physiologie, 1875. Antérieurement il faut citer les travaux de P^n de Saint- Martin (1869), de Bailly (1868), de Lasègue (1865), de Mesnet (1860), de Demarquay et Giraud-ïeulon (1868), d'Azam (1860), de Broca (1859). Les recherches de Braid, de Manchester, le véritable initiateur scientifique dans ce genre d'études, datent de 1843.
peu exploré scientifiquement, se rencontre, pour ainsi dire, à chaque pas. En somme, la méthode qu'il convient de suivre dans ces éludes ardues de physiologie et de pathologie nerveuses peut être, suivant M. Charcot, résumée très simplement; au lieu de se laisser aller à la poursuite de l'inattendu, de l'étrange, il convient, quant à présent, de s'attacher à saisir les signes cliniques, les caractères physiologiques facilement appréciables des divers états et phénom-ènes nerveux produits ; de se renfermer d'abord dans l'examen des faits les plus simples, les plus constants, de ceux dont la réalité objective est le plus facile à mettre en évidence, n'abordant qu'ensuite et toujours avec circonspection les faits plus complexes ou plus fugitifs; de négliger même, systématiquement, du moins à titre provisoire, ceux d'une appréciation beaucoup plus délicate, qui pour le moment ne paraissent se rattacher par aucun lien saisissable aux faits physiologiques connus. C'est en grande partie, suivant M. Charcot, parce que ces précautions si simples ont été trop souvent négligées, que les recherches sur l'hypnotisme considéré comme une névrose expérimentale, recherches destinées certainement à porter quelque jour la lumière dans une foule de questions, non seulement de l'ordre pathologique, mais encore de Tordre physiologique ou psychologique, autrement presque inaccessibles, n'ont pas jusqu'ici donné tous les fruits qu'on peut en attendre, et n'ont pas rencontré partout l'accueil favorable qu'elles méritent.
Les études faites à la Salpètrière concernant l'hypnotisme ont toujours porté sur des sujets atteints de grande hystérie (hysléro-épilepsie, hysteria major). C'est d'ailleurs sur les sujets de cette catégorie surtout que les divers états nerveux produits artificiellement semblent atteindre leur développement le plus parfait et se montrer doués de leurs attributs les plus caractéristiques. Il a paru plus philosophique de s'arrêter tout d'abord aux types réguliers, classiques en quelque sorte, avant d'envisager les formes frustes, rudimentaires, mal dessinées.
I. ESSAI d'une distinction NOSOGRAPHIQUE DES DIVERS ÉTATS NER- VEUX COMPRIS SOUS LE NOM d'IIYPNOTISME.
Les phénomènes si nombreux et si variés qui s'observent chez les sujets hypnotisés ne répondent pas à un seul et même état nerveux. En réahté, l'hypnotisme représente cliniquement un groupe naturel, comprenant une série d'états nerveux, différents les uns des autres, chacun d'eux s'accusant par une symptomatologie qui lui appartient en propre. On doit, par conséquent, suivant en cela l'exemple des nosographes, s'attacher à bien définir d'après leurs caractères génériques, ces divers états nerveux, avant d'entrer dans l'étude plus approfondie des phénomènes qui relèvent de chacun deux. C'est faute d'avoir spécifié, au préalable, l'état particulier chez lequel ils ont relevé une observation, que divers observateurs arrivent trop souvent h ne point s'entendre et à se contredire les uns les autres sans motifs suffisants.
Ces différents états, dont l'ensemble représente toute la symptomatologie de l'hypnotisme, semblent pouvoir être ramenés, suivant M. Charcot, à trois types fondamentaux, à savoir : 1" l'état cataleptique; 2l° l'état léthargique et 3° l'état de somnambulisme provoqué; chacun de ces états, comprenant d'ailleurs un certain nombre de formes secondaires et laissant place pour les états mixtes, peut se présenter d'enriblée, primitivement, isolément ; ils peuvent encore, dans le cours d'une même observation, chez un même sujet, se produire successivement, dans tel ou tel ordre, au gré de l'observateur, par la mise en œuvre de certaines pratiques. Dans ce dernier cas, les divers états signalés plus haut représentent en quelque sorte les phases ou périodes d'un même processus.
Laissant de côté les variétés, les formes frustes, les états mixtes, on devra se borner, dans cet exposé, à indiquer, d'une façon sommaire, les traits les plus généraux de ces trois états fondamentaux qui dominent en quelque sorte la symptomatologie si complexe de l'hypnotisme.
]" Etat cataleptique. — Il peut se produire: a) primitivement,
sous rinfluence d'un bruit intense et inattendu, d'une lumière vive placée sous le regard, ou encore, chez quelques sujets parla fixation plus ou moins prolongée des yeux sur un objet quelconque, etc.; — b) consécutivement à l'état léthargique lorsque les yeux, closjusque-là, sont, dans un lieu éclairé, découverts par l'élévation des paupières. — Le sujet cataleptisé est immobile; il paraît comme fasciné. Les yeux sont ouverts, le regard fixe; pas de clignement des paupières; les larmes s'accumulent bientôt et s'écoulent sur les joues. Assez fréquemment anesthésie de la conjonctive et même de la cornée. Les membres et toutes les parties du corps gardent souvent pendant un temps fort long les positions, les attitudes même les plus difficiles à maintenir, qu'on leur a communiquées. Ils paraissent d'une grande légèreté lorsqu'on les soulève ou les déplace, et l'on n'éprouve aucune résistance à les fléchir ou à les étendre. La « flexibilitas cerea^, et ce que l'on a appelé «la raideur du mannequin des peintres», n'existent pas. Les réflexes tendineux sont abolis. L'hyperexcitabililé neuro-musculaire fait défaut, — Il y a analgésie complète, mais certains sens conservent du moins en partie leur activité (sens musculaire, vision, audition)- — Cette persistance de l'activité sensorielle permet souvent d'impressionner de diverses façons le sujet cataleptique et de développer chez lui, par voie de suggestion, des impulsions automatiques et de provoquer des hallucinations, Lorsqu 'il en est ainsi, les attitudes fixes artificiellement imprimées aux membres, ou d'une façon plus générale aux diverses parties du corps fontplace à des mouvements plus ou moins complexes, parfaitement coordonnés, en rapport avec la nature des hallucinations et des impulsions provoquées. Abandonné à lui-même le sujet retombe bientôt dans l'état ou il était placé au moment où on l'a impressionné par suggestion.
2" Etat léthargique. — Il se manifeste : a) primitivement, sous l'influence de la fixation du regard sur un objet placé ci une certaine distance; b) consécutivement à l'état cataleptique, par la simple occlusion des paupières, ou par le passage dans un lieu parfaitement obscur.
Fréquemment, au moment où il tombe dans l'état léthargique le sujet fait entendre un bruit laryngé tout particulier, en même temps
qu'un peu d'écume se montre aux lèvres. Aussitôt il s'affaisse dans la résolution, comme plongé dans un sommeil profond, — Il y a analgésie complète de la peau et des membranes muqueuses accessibles. Les appareils sensoriels conservent cependant parfois un certain degré d'activité 5 mais les diverses tentatives qu'on peut faire pour impressionner le sujet, par voie d'intimidation ou de suggestion, restent le plus souvent sans effet. — Les membres sont mous, flasques, pendants, et, soulevés, ils retombent lourdement lorsqu'on les abandonne à eux-mêmes. Les globes oculaires sont, au contraire, convulsés, les yeux clos ou demi-clos, et l'on observe habituellement un frémissement presque incessant des paupières. — Les réflexes tendineux sont exagérés; l'hyperexcitabilité neuro-musculaire est toujours présente, bien qu'à des degrés divers. Elle peut être générale, c'esl-à-dire s'étendre à tous les muscles de la vie animale, face, tronc, membres, ou, au contraire, partielle, c'est-à-dire occuper seulement les membres supérieurs, par exemple, à l'exclusion de la face. Le phénomène en question est mis en évidence en excitant mécaniquement par pression, à l'aide d'un bâton, d'un manche de plume, par exemple, le tronc d'un nerf : alors les muscles qui sont tributaires de ce nerf entrent en contraction.
Les muscles eux-mêmes peuvent être directement excités de la même façon sur les membres, le tronc, au cou, les excitations un peu intenses et prolongées déterminent la contracture des muscles mis en jeu ; à la face, au contraire, les contractions sont passagères, elles ne s'établissent pas à l'état de contracture durable. Les contractures se produisent encore sur les membres, par le fait de la percussion répétée des tendons. Ces contractures, produites soit par l'excitation des nerfs ou des muscles, soit par la percussion exercée sur les tendons, se résolvent rapidement sous l'influence de l'excitation des muscles antagonistes.
Chez le sujet plongé dans l'état léthargique, on peut, ainsi qu'on l'a dit plus haut, développer instantanément l'état cataleptique, lorsque, dans un lieu éclairé, on met l'œil à découvert en soulevant les paupières supérieures.
3° Etat de somnambulisme provoqué. — Cet état peut être déter-
miné directement, chez certains sujets, par la fixation du regard et aussi par diverses pratiques qu'il est inutile d'énumérer ici. On le produit à volonté chez les sujets plongés au préalable soit dans l'état léthargique, soit dans l'état cataleptique, en exerçant sur le vertex une simple pression ou une friction légère. Cet état paraît correspondre plus particulièremeiil à ce qu'on a appelé le sommeil magnétique.
Les phénomènes très complexes qu'on peut observer dans cette forme se soumettent difficilement à l'analyse. Ils ont été, pour beaucoup d'entre eux, provisoirement relégués sur le deuxième plan dans les recherches faites à la Salpétrière. On s'est attaché surtout à déterminer, autant que possible, les caractères qui séparent l'état du somnambulisme des états léthargique et cataleptique, et à mettre en évidence la relation qui existe entre ce troisième état et les deux autres.
Les yeux sont clos ou demi-clos; les paupières se montrent en général agitées de frémissements; abandonné à lui-même, le sujet paraît endormi, mais même alors la résolution des membres n'est pas aussi prononcée que lorsqu'il s'agit de l'état léthargique. L'hyperexcitabilité neuro-musculaire, telle qu'elle a été définie plus haut, n'existe pas, ou autrement dit, l'excitation des nerfs, des muscles eux-mêmes, ou encore la percussion des tendons ne détermine pas la contracture. Par contre, on peut, par diverses manœuvres, entre autres à l'aide de légers attouchements promenés à plusieurs reprises sur la surface d'un membre (passes), ou encore, à l'aide d'un souffle léger dirigé sur la peau, développer dans ce membre une rigidité qui diffère de la contracture lice à l'hyperexcitabilité musculaire en ce qu'elle ne se résout pas comme celle-ci par l'excitation mécanique des antagonistes, et de l'immobilité cataleptique, par la résistance même qu'on rencontre au niveau des jointures lorsque l'on essaye d'imprimer au membre raidi un changement d'attitude (flexibilitas cerea). Pour la distinguer de l'immobilité cataleptique proprement dite, l'on propose de désigner cette rigidité particulière à l'état somnambulique sous le nom de rigidité cataleptoïde, on pourrait encore l'appeler pseudo-cataleptique.
— 1 oo
11 y a analgésie cutance, mais en même temps hypéracuité fort remarquable de certains modes de la sensibilité de la peau, du sens musculaire et de quelques-uns des sens spéciaux (vue, ouïe, odorat). Il est, en général, facile, par voie d'injonction ou de suggestion, de déterminer chez le sujet la mise en jeu d'actes automatiques très compliqués; on assiste alors aux scènes du somnambulisme artificiel proprement dit.
Lorsque chez un sujet amené à l'état somnambulique, on exerce à l'aide des doigts appliqués sur les paupières, une légère compression des globes oculaires, l'état léthargique avec hyperexcitabilité neuro-musculaire peut remplacer l'état somnambulique ; si, au contraire, relevant les paupières on maintient, dans un lieu éclairé, les yeux ouverts, l'état cataleptique ne se produit pas.