II. Etude particulière d'un certain nombre des phénomènes
OBSERVÉS dans l'ÉTAT HYPNOTIQUE
A. — Influence d'un certain nombre cV agents sur la production de lliypnotisme. — a) Influence d'une lumière vive. — Un vif foyer lumineux (lampe Boarbouze, lumière de Drummond, lumière électrique, lampe au magnésium) est placé sous le regard du sujet et au bout d'un temps très court, en général, les phénomènes de Vétat cataleptique décrits plus haut. Il suffit d'éteindre brusquement le foyer lumineux, ou simplement de fermer les yeux du sujet cataleptisé en abaissant avec le doigt les paupières supérieures, pour amener l'état léthargique avec hyperexcitabilité neuro-musculaire. b) Influence des vibrations d'un diapason. — Le sujet est assis sur la caisse sonore d'un grand diapason mis en vibration. Au bout de peu d'instants il devient immobile, le regard fixe; l'état cataleptique s'est produit, si alors les vibrations cessent brusquement les yeux se ferment, un bruit laryngé se fait entendre, les membres tombent en résolution, en un mot l'état léthargique a remplacé l'état cataleptique. Si, au lieu de s'arrêter brusquement, les vibrations s'éteignent progressivement, l'état cataleptique primitivement produit pert;iste.
au contraire; mais il suffit dans ce cas de clore les paupières du sujet pour que la léthargie se produise. — c) Influence d'un bruit intense, soudain et inattendu. — Le bruit soudain d'un coup frappé à l'improviste, sur un gong ou tout autre instrument du même genre, a pour effet de produire, chez la plupart des sujets hystériques, un saisissement qui, fréquemment, est immédiatement suivi de l'état cataleptique.
B. — T)u 'phénomène de Vhijper excitabilité neuro-musculaire en particulier. — • C'est là un phénomène sur lequel M. Charcot a le premier appelé l'attention dans ses leçons de 1 878, et dont, en collaboration avec M. le D"" Richer, il a fait plus tard l'objet d'une étude en règle [Archives de Neurologie, t. II et III). Il est, on l'a vu, un des caractères fondamentaux de l'état léthargique. Il consiste sommairement en une aptitude spéciale que présente le muscle (1)à entrer en contracture sous l'influence d'une simple excitation mécanique. L'excitation mécanique peut être portée sur le corps du muscle lui-même, sur son tendon ou sur le nerf dont il est tributaire. On comprend par là, qu'à l'aide d'un petit bâton, il soit possible, lorsque le phénomène est bien développé, de reproduire la plupart des expériences de Duchenne (de Boulogne), sur l'action partielle ou combinée des muscles, déterminée au moyen de l'électrisation localisée : c'est ainsi que se produisent, en particulier, les griffes radiale, cubitale, médiane caractéristiques, suivant que l'excitation mécanique porte sur le nerf radial, le cubital ou enfin le médian.
La contracture ainsi provoquée est très énergique telle résiste aux efforts les plus vigoureux; mais, tant que l'état léthargique persiste, il est un moyen fort simple de la faire céder presque instantanément et ce moyen consiste dans la friction exercée sur les muscles antagonistes.
L'hyperexcitabilité neuro-musculaire est un fait objectif des plus saisissants, des plus faciles à mettre en évidence. Sa constatation
(i) Il s'agit seulement ici des muscles de la vie animale.
régulière peut constituer une sorte d'épreuve anatomo-physiologique, qui met l'observateur à l'abri de toute intervention voulue de la part du sujet et exclut, en un mot, toute idée de simulation.
C. — Phénomènes de suggestion par V intermédiaire du sens musculaire. — Durant l'état cataleptique, la physionomie, d'abord impassible, est susceptible de prendre des expressions variées en rapport avec les attitudes que l'on communique aux membres. Ainsi une attitude tragique donnée aux membres supérieurs a pour effet d'imprimer à la physionomie un air dur surtout dû au rapprochement des sourcils. Si, au contraire, on approche de la bouche les deux mains ouvertes, comme dans l'acte d'envoyer un baiser, le sourire apparaît aux lèvres. Il est même possible en donnant aux deux bras une attitude d'expression contraire d'amener, par exemple, le sourire sur une moitié de la face, pendant que l'impression de la colère est marquée sur l'autre moitié par le froncement du sourcil. Le mécanisme intime qui relie le geste à la physionomie peut également être mis en relief par une expérience en quelque sorte inverse. L'on fait contracter successivement au moyen de la faradisation, les différents muscles de la face, suivant le procédé de Duchenne (de Boulogne) et l'on voit alors, chez certains sujets, les membres par des altitudes variées se mettre en harmonie avec les expressions qu'on a artificiellement imprimées à la physionomie.
D. — Localisation de divers phénomènes précédemment décrits à un seul coté du corps; hémiléthargie, hémicatalepsie. — Au cours de l'état cataleptique, il suffit de clore un des yeux du sujet pour amener la résolution et, en même temps, i'hyperexcitabilité neuromusculaire dans tout le côté du corps correspondant pendant que l'autre côté, dont l'œil est demeuré ouvert, conserve tous les attributs de l'état cataleptique. Inversement, durant l'état léthargique, il suffira de soulever une des paupières pour faire disparaître instantanément toute trace d'hyperexcitabilitô dans les muscles du côté du corps correspondant, en même temps que le développement de ce même côté, les caractères de l'état cataleptique. Cependant, le côté du corps où l'œil est demeuré fermé conserve au même degré qu'au-
paravant les caractères de l'hyperexcitabilité neuro-musculaire. C'est ainsi qu'on ne peut provoquer à volonté, soit d'un côté du corps, soit de l'autre, l'hémiléthargie avechyperexcitabilité ou l'hémicatalepsie.
Les phénomènes déterminés par voie de suggestion soit en conséquence l'altitude imprimée aux n)embres, soit par l'excitation faradique des muscles de la face, peuvent se montrer également limités à son seul côté du corps, pendant que l'autre côté présente les caractères soit de l'état léthargique, soit de l'état cataleptique.
E. — Persistance pendant la veille de quelques 2)hénomènes produits pendant Vétat hijpnotique. — Les contractures produites par excitation mécanique des muscles pendant l'état léthargique, persistent souvent api ès le réveil, lorsqu'on n'a pas eu soin de les faire disparaître, pendant l'état léthargique, par l'excitation des antagonistes. Pour amener la résolution rapide de ces contractures artificiellement produites, il suffit, le sujet étant de nouveau plongé dans l'état léthargique, de mettre à profit la réapparition de l'hyperexcitabilité musculaire pour agir sur les antagonistes. Malheureusement les contractures spontanées des hystériques ne se comportent pas comme les contractures artificielles; alors même que le sujet a été plongé dans l'état léthargique, elles résistent néanmoins, le plus souvent, à toutes les manœuvres.
Hallucinations visuelles provoquées. — Si une hallucination visuelle a été provoquée chez un sujet cataleptisé, celui-ci déclare que l'image est vue par lui double, lorsqu'un prisme est maintenu appliqué au-devant de l'un de ses yeux. La seconde image est alors placée à droite, à gauche, en haut ou en bas de la première, conformément aux lois physiques, suivant que le sommet du prisme est, à l'insu du sujet, dirigé vers la droite, la gauche, etc., etc.
Faits à Vappui de la localisation de Broca. — Lorsque le sujet étant plongé dans l'état cataleptique, on lui suggère l'idée de compter à haute voix, il compte indéfiniment jusqu'au moment où l'on vient à fermer l'oeil droit correspondant à l'hémisphère gauche, en abaissant la paupière supérieure» Si cette paupière est relevée à
l'œil droit de nouveau mis à découvert, le sujet reprend immédiatement son énumération là où il l'avait laissée. L'occlusion de l'œil gauche, correspondant h l'hémisphère droit n'amène pas ce résultat. Les choses se passent d'une façon analogue si, au lieu de faire compter le sujet cataleplisé, on lui enjoint d'écrire. — Expérience imaginée par le professeur Lépine (de Lyon) et répétée un grand nombre de fois sur des sujets différents.
R. — Affections des nerfs périphériques.
155. — Altérations des nerfs dans la paralysie diphlhéritique du,
voile du palais.
En commun avec M. Valpian.
{Gazette hebdomadaire, t. IX,' 1862, p. 386.)]
Dans un cas de paralysie diphthéritique du voile du palais,les nerfs musculaires de cet organe ont présenté des altérations remarquables. Ils n'étaient plus constitués, pour la plupart , que par des tubes entièrement vides de matière médullaire, et sous le névrilème on apercevait de nombreux corps granuleux. Les filaments qui s'épanouissent dans la membrane muqueuse palatine étaient, au contraire, parfaitement sains.
La plupart des fibres musculaires avaient conservé les caractères de l'état physiologique.
Une autre altération des nerfs a été, pour la première fois, signalée par M. Charcot ; c'est la névrite hypertrophique qui se développe secondairement dans les affections anciennes de l'encéphale , du côté de l'hémiplégie. (Voy. Section IV, n° 9.)
M. Charcot a également appelé l'attention sur les névrites au voisinage des masses cancéreuses et sur la généralisation du cancer et du cancroïde dans les troncs des nerfs périphériques. (Voy. section V, n°M5, 18.)