PREFACE
^ La carte géologique du département de la Gironde indique que les sous-sols imperméables se. rencontrent sur tous les points ; Thnmidité remonte à la surface, elle altère les racines des plantes, et notamment celles de la vigne.
Les travaux de drainage, appliqués avec discernement, font disparaître toutes les infirmités ; ils régénèrent la qualité de la terre en faisant disparaître les sols marécageux et fangeux; et dès la première année, on obtient une plus-value de produits, qui, sous un bref délai , dépasse les avances faites par les propriétaires -
Le Gouvernemept a besoin d*êlre éclairé sur la nécessité d'encourager le drainage dans le Midi ; c'est un devoir pour nous d'affirmer qu'aucune autre contrée de la France ne mérite mieux sa sollicitude, et qu'en nous facili-
tant les moyens de drainer beaucoup et à bas prix y il nous aidera à supporter toutes les vicissitudes qui menacent si souvent Fagrîculture.
11 serait utile de rapprocher les matériaux des draineurs. Une machine à confectionner des tuyaux , qui serait placée dans tous les diefe-lieux de canton de la France, produirait an saiiiUaire résultat. Sar ma ;>roposîtion, le Conseil général de la Girootle a formulé an v<eiu tendant à ce qu'il soit porté un million au budget du Ministère des Travaux publics pour assurer Texécution de la mesure proposée. Espérons que ^autorité supérieure réaliasra Tapplicatioii d'unf» mesure éminemment utile.
La machine de Robert, à Ëyzines, réaliserait, par sof2 mode économique, Texécution delà mesure; la médaille décernée à TExpo*siUon de la Société Philomathique prouve la perfection de la machine perfectionnée et la bonne qualité des tuyaux de drainage que M. Robert livre à d^ prix réduits.
La terre du Taillan appartenant à M. Ch.
de Bryas est située à 8 kilomètres de Bordeaux ; elle est limitée au levant par la route
départementale de Bordeaux à Pauiilac, et au couchant par celle de Bordeaux à Lesparre.
Sa contenance totale est de 284 hectares , qui se divisent en jardins maraîchers , prairies , terres, vignes et bois.
Trois usines existent sur la propriété , qui est traversée par deux cours d'eau : l'un appelé la Jalle d'Eyzines^ et l'autre la Jalle de Blanquefort, Il y a quatre ans, la partie basse, dite marais, n'était louée qu'à raison de 60 à 60 francs l'hectare. Depuis que les ttrres ont été nivelées , endiguées et mises à l'abri des inondations, les prix se sont élevés jusqu'à 145 et 180 francs l'hectare.
Le règlement des usines et les travaux exé- ^'utés pour faciliter l'écoulement des eaux dans jfa Garonne, ont beaucoup contribué à assurer l'entier succès des dessèchements de la propriété de M. de Bryas.
Un système général d'irrigation a été combiné de manière à ce que les eaux traversent, par divisions , les jardins maraîchers exploités par quatre-vingts familles, depuis la prise d'eau jusqu'à la limite de la propriété , ce qui économise considérablement les eaux qui sont si précieuses dans les grandes chaleurs , et sans
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lesquelles il n'y a pas de cultures possibles dans la Gironde.
Depuis environ quinze mois , M . de Bryas a fait exécuter de grands travaux de drainage dans ses vignes, ses prairies et ses terres.
Le succès le plus complet a été réalisé, et les résultats sont si avantageux , que les cultivateurs qui viennent visiter ces travaux se hâtent de mettre la main à l'œuvre. On peut affirmer que, dès 1 855, il y aura des centaines d^ateliers en cours d'exécution dans la Gironde. ^
Le drainage présente des chances de succès incontestables sur la propriété du Taillaq ; les sous-sols sont calcaires, marii^ux , argileux et sablonneux , et varient à l'infini.
Sur certains points , le travail est peu dispendieux; sur d'autres, au contraire, on rencontre des difficultés qui coûtent beaucoup pour amener les tranchées à une profondeur convenable.
Dès les premières années , les récoltes ont été magnifiques sur les terres drainées, et ont produit un résultat considérable.
En rendant un juste tribut d'éloges à la science, M. Ch. de Bryas a consulté tous les
traites publiés; mais il n*a appliqué que les méthodes qui conviennent à sa situation : le succès a justifié ses espérances.
Les travaux ont été portés sur tous les points les plus humides et les plus fangeux.
La distance entre les tranchées a été calculée selon le degré d'humidité, avec l'intention d'ajouter de nouveaux drains si le dessèchement n'était pas complet. Par ce mode d'opérer, la dépense a été réduite de la manière la plus satisfaisante. La profondeur des tranchées a été de i mètre lo centimètres, I mètre 20 centimètres selon les circonstances: enfin, sur tous les points drainés, les tuyaux fonctionnent sans interruption et le dessèchement est complet.
Il y a plus de 5o hectares entièrement des* séchés, et les travaux continuent, afin que toute la propriété de M. Ch. de Bryassoit tout à fait drainée avant la fin de i855.
La dépense générale, soit pour les terras sements, soit pour les matériaux, s'élève jusqu'au 1^*^ décembre i854 à la somme de cinq mille deux cents francs (5, 200 fr.). On fait remarquer que sur un point, le niveau de la Jalle de Blànquefort étarft plus élevé qu'une
pièce de terre drainée dont les tuyaux ne fonctionnaient pas, M. de Brya$ a fait construire deux aqueduc$ en dessous du lit de ]a rivière, et les eaux ont été portées à la distance de plus de loo mètres dans les jardins maraîchers. Alors, le dessèchement projeté a été réalisé complètement.
TaiUan, le lo déceinbr0 i8$4-
Rapport sur le drainage ^ présenté au Conseil général du département de la Gironde par M, GuERKi^ dans la séance du a septem" bre i854'
Dans sa dernière session, le Conseil d'arrondissement de Le^parre a émis 1^ vœu que des ingénieurs ou agents voyers, connaissant les opérations du drainage, fussent mis à la disposition des agriculteurs qui veulent assainir leurs terres.
D^autre part, M. de Bryas, un de nos anciens collègues, s'est adressé au Conseil général pour le prier d'émettre le vqeu qu'il soit accordé un million au budget du Ministère de l'Agriculture pour établir des machines à fa^^ briquer des tuyaux de drainage <lans chaque canton.
Saisis pour la première fois de cette grande question de draiaage qui s^agite par tout le monde agricole, tous ne pouvez rester inattentifs ou imllfférents.
Le drainage, qui est présenté par quelques célèbres agronomes comme une des plus grandes révolutions agricoles des temps modernes, est iiccueilli, il faut bien le dire, avec une certaine méfiance, et s'implante difficilement parmi nous.
Vovs êtes les représentants les plus élevés des intérêts du département : un vœu, une opinion, un simple avis émis par vous, peuvent avoir une influence décisive en pareille matière, retarder la propagation d'une opé»
ration peut-être excellente, ou provoquer des applications inintelligentes.
Votre Commission des travaux publics et de Tagricuiture, à laquelle vous avez renvoyé le V08U du Conseil d*arrondissement de Lesparre et la lettre de M. le marquis de Bryas, avant de vous faire aucune proposition sur ce «njet, a cru qu'il fallait exposer devant vous les points les plus saillants de cette question intéressante, vous aider à vous former une opinion et éclairer votre vole. Tel est l'objet
du Rapport que j*ai Thonneur de vous présenter au nom de votre Commission.
Un agronome distingué d'un département voisin, M. Martinelli, a dit quelque part :
*i Prenez ce pot de fleurs; pourquoi ce petit » trou au fond ? Je vous demande cela parce » qu'il y a toute une révolution agricole dans » ce petit trou. Il permet le renouvellement » de l'eau, l'évacuant à mesure. Et pourquoi » renouveler Teaii? Parce qu'elle donne la » vie ou la mort : la vie lorsqu'elle ne fait » que traverser la couche de terre, car d'a- » bord elle lui abandonne les principes fé- » coudants qu'elle porte avec elle; ensuite » elle rend solubles les aliments destinés à » nourrir la plante; la mort, au contraire, » lorsqu'elle séjourne dans le pot, car elle ne » tarde pas à se corrompre et à pourrir les » racines, et puis elle empêche l'eau nouvelle » d'y pénétrer. Le drainage n'est que ce petit 9 trou du pot de fleurs ménagé dans tous les
» champs. »
Le drainage n'est pas, certes, une invention nouvelle ; mais elle nous arrive aujourd'hui avec un nom anglais et un tel cortège de machines à fabriquer les poteries et d'in-
strumentsde toutes sortes, que, dès l'abord, nous avons cru à quelque excentricité de lord ne sachant que faire de ses guinées et les enfouissant à plaisir dans des opérations agricoles plus ou moins ruineuses.
On a déjà beaucoup écrit sur le drainage, et les matériaux ne nous manquent pas pour vous faire son histoire et vous expliqvier ses merveilleux effets. Nous vous dirons seulement, afin de vous rassurer sur son emploi, qu'il. a pour lui la sanction des siècles. On soupçonne que les Grecs en ont fait usage; mais le fait n'est pas bien éclairci. Quant aux ïlomains, c'est. autre chose; les documents abondent pour prouver qu'ils le pratiquaient avec intelligence et succès. Sans vous citer Jtous les auteurs latins qui ont écrit sur la manière, voici un passage de Columelle, écrivain jdu siècle d'Auguste, qui explique le drainage d'une manière très-nette (i) : « Si le sol est » humide, il faudra faire des fossés pour le » dessécher et donner de l'écoulement aux » eaux. On connaît deux sortes de fossés :
» ceux qui sont cachés et ceux qui sont larges
(i) Lib. II, cap. II. Si humiduserit, etc.
» et ouverts.... On fera, pour les fossés ca- » chés, des tranchées de trois pieds de profon- » deur, que Ton remplira jusqu'à moitié de pe- > tites pierres ou gravier, et l'on recouvrira le » tout avec la terre du fossé. Si Ton n'a ni » pierres ni gravier, on formera, au moyen de » branches liées ensemble, des fascines aux- » quelles on donnera la grosseur et la capa- » cité du fond de la tranchée, et qu'on dis* » posera de manière à remplir ce vide.
» Lorsque les fascines seront bien enfoncées » dans le fond du canal, on les recouvrira » de feuilles de cyprès^ de pin ou de tout » autre arbre, et Ton couvrira le tout avec » la terre tirée des fossés; aux deux extrémi- » lés, on posera, comme cela se pratiqué » pour les petits ponts, deux grosses pierres V qui en porteront une troisième , le tout » pour consolider les bords du fossé et favo-i- )» riser rentrée et l'écoulement des eaux. »
Voilà le drainage. Messieurs, le drainage bien compris, bien exécuté, avec la profondeuraujourd^hui demandée, avec les précautions de solidité et de durée convenables.
Vous ne pouvez plus vous en méfier comme d'une nouveauté.
MessieiM's , je ne voudrais |)a8 mu]U|ilifir les Gitadoos 9 vous Jie comprenez bien , pour le seul plaisir de faire de rér«Kiition y ou pour me donner la «atisf^iction jalouse d'eoiever le BOi^ite de finyenlion à l'Angleterre , qui se TaUribue; mais vous voulez comaaître cette question , et je v<mis demande la permission de vous Ure ce que le père de Fagriculture française 9 le bon Olivier de Serres, écrivait en son fityje frais et naïf dans son Théâtre d'JgncuUare.
« Pour décharger les terres des eaux nui- » cibles y le plus commun remède est qu'on » les vuide par fossés ouverts, priocipalement » es plaines et lieux bas; servans aussi ces » fe^ssés à clorre les possessions* On fossoyera » donc les terres à Tentour, donnant t^le > laideur et profondeur aux fossés, qu'ils » soient propres à ces deux usages. On les » nettoyera une fois, de detix ans en deux » ans, peu de temps devant l'eosemenœment » des terres, dans lesquelles sera jettée la » graisse qu'on prendra au fond. des fos^ » pour servir d'autant d'amendeoient. Mais *> s*îl advient que le champ soit , par le de- » dans, occupé de fontaines et sources sou-
» terraines croupissantes, les seuls fossés aux
» bords des terres ne suffisant , ains sera be-
» soin d'autre remède plus particulier, comme
» sera montré, pour desgager le milieu de la
» terre de ces incommodités. Et d'autant que
» le vice du trop d*eau excède en malice , et
» celui des ombrages , et celui des pierres ,
» ainsi qu'a esté dict ; plus qu'à ceux-ci faut-
M il aussi employer de labeur pour y remé-
» dier : dont finalement le profit, pour récom-
» pense, en sort plus grand que de nulle autre
» réparation qu'on puisse faire à la terre ,
» tant fructueuse est celle qui la despestre des
» eaux malignes ; car non seulement par là
V les terres trop humides sont amendées,
)) ains les marécages et palus sont convertis
» en exquis labourages. Les exemples nous
» servent dei)ons maîtres à faire nos besou-
» gnes. .Qui est le mesnager considérant les
.» beaux blés que produisent les estangs des-
» séchés, ne désire, par émulation, d'imiter
» tel profitable mesnage? La cause de cela
9 provient.de l'eau qui a engardé la terre
» estant sous elle, de travailler, aucunement
» de plusieurs années, au bout desquelles se
» trouvant reposée, et par telle oisiveté avoir
» faiti^mas de fertilité, la rapporte avec ad ». miratipnet profit. , . .
» Est nécessaire le fonds que voulez des- » sécher, avoir pente, petite ou grande, sans » laquelle les eaux n'en pourraient vuider.
» Cela présupposé, un grand fossé sera faict » depuis un. bout du lieu jusques à Tautre, » de long en long, commençant toujours par » le plus bas endroit, et par où remarquerés » . des sources et humidités : dans lequel fossé, p plusieurs autres mais petits, pendans en » plume, des. deux costés se joindront y des- » charger leurs eaux . . • • Le grand fossé, à » telle cause est appelé mère, et tous ensemble » pied-.de-géline, pour la conformité qu'ils % ont,^ ainsi disposés, à la figure du pied de » cest animai, dont les griffes tendent au tronc » ' de la jambe. La profondeur des fossés , en » quelque part qu*on les creuse , faut y aller » jusques à quatre pieds ou environ^ pour bien » CQupper les racines des sources, but de ce » négoce,-,,.
» Ayant le plan, raisonnable pente et es- » tendue, à èe qu'on ne se déçoive, faut faire » tant de fossés, en tant d'endroits, si longs » et si amples, sans crainte d'excéder en cest
» endroit, que source et fonteiieiie aucune ne » soit oubliée, afin de parfaitement bien des- » sécher le terroir, |9ar le général ramas des » eaiXKd^ice^m, Ces fissésy et grands et petits f » sercwt à demi remplis de menues pierre, et » le demeurant achevé de combler de la terre 9 qui en aura esté tirée auparavant, dont on » le réunira par ie dessus avec leplan^ si bien^ » que la trace mesme n'y paraisse^ pour la tt commodité du labourage. Lequel s'y fera » très-bien, y trouvant le soc de la terre à » suffîsanoe, avant que toucher aux pierres, » à travers desquelles , Feau ayant son libre » passage, s'escoulera au lieu que lui aurés » destiné, laissant la superficie de la terre » vuide de toute nuisible humidité, pou# » n'estre rendue propre à porter gaiement » toutes sortes de blés. Mesnage eommuni-^ )» cable à toutes possessions, vignobles, prai- ». ries, vergers et autrçs, etc.... »
Comme vous le voyez. Messieurs, s'il ne s'agissait que de faire du drainage avec de la pierre, ou, lorsque celle-ci manque, avec des branches d'arbre, etc., nous aurions peu inventé depuis Olivier de Serres. Mais, à la pierre, qui manque quelquefois, et fort coû-
teuse presque taujoups, on a substitué d abord la tuile creuse, ayant pour semelle nue tuile plate. C'est là une invention ao^aise qui date de 1810. En 18429 on employa de& machines pour faire ces tuites plates et creuses, qui jusque-là étaient faites à la main. En 184S9 les tuiles, furent reBiplaeée& p^r des^ loyaux, et^ chaque année, un pecfectioonement nou* veau est apporté dan& les machines cfui servent à ûibrîquer ces tuyaux.
L'emploi des poteries dans le drainage, remploi de puissantes machines pour la febri^ dlition de ces poteries, voUà Tinvention anglaise, et j'ajoute que Téternel honneur des hommes d*État de l'Angleterre, c'est d'avoir compris quels admirables résultats pouvaient résulter de l'application du draixiage dans les terres humides et à sous-sol peu perméable ; c'est, contrairement aux habitudes du gouvi rnement anglais, qui laisae tomijours à L'indus* frie privée le soin de tirer parti de ces découvertes, c'est, dis-je, de s'être mis à la fiete du mouvement vers ces améliorations agricoles^ et, pendant que l'opinion publique hésitait encoi'e , d'avoir consacré 200 millions en avances aux fermiers pour travaux de drainage.
« Il m'est resté la conviction intime, dit » M. Dumas, l'ancien Ministre de l'Agricul- B tare, en examinant l'ensemble de la légis- » lation anglaise, que sir Robert Peel n'au- » rait pas modifié la législation des céréales, » s'il n'avait pas eu une conviction et des » idées complètement arrêtées sur les bien fai ts » que l'Angleterre pouvait attendre du drai- » nage une fois qu'il aurait été généralisé.
» La première mesure qu'on a prise a été » l'application au drainage du crédit yb/zc/e/*, » qui n'existait pas lors de l'introduction du » drainage. L'État a donné de l'argent aux » propriétaires, à la condition qu'ils en fe- » raient l'application au drainage, et que, » dans l'espace de vingt à vingt -cinq ans, au » moyen d'annuités, cet argent serait intégra- » lement rentré à l'État. C'est le crédit foncier » dans son expression la plus simple, mais » fondé complètement par l'État.
j* Quiconque n'a pas vu l'Angleterre en 1 84 7 » est hors d'étal de se faire une idée de Tira- » portance de cette opération, car c'est surtout » alors qu'elle fut faite sur une grande échelle. » Si, dans l'arrière-saison de \ 847 , vous étiez » monté sur une colline, et si vous aviez re-
» gardé aussi loin que la vue pouvait s'élen- » dre, vous auriez aperçu , à perte de vue, » dans tous les sens, la terre sillonnée par les » drains qui allaient être remplis, et rayée de » lignes rouges produites par les tuyaux qu'ils » allaient recevoir. Toutes les traces en ont » disparu aujourd'hui. Mais croyez qu'on ne » pourrait presque nulle part fouiller le sol » anglais sans rencontrer des tuyaux de drai- » nage. »
L'introduction, en France, du drainage à la manière anglaise, ne date que de l'année 1846* Le Gouvernement, vers lequel nous tournons habituellement les yeux, de qui nous vient d'ordinaire l'impulsion en toute chose, a peu'fait pour favoriser la propagation d'une si importante innovation agricole. A l'heure qu'il est, les encouragements qu'il a distribués pour cet objet ne s'élèvent pas en totalité à looooD fr. Et cependant, il n'a nul doute sur l'efficacité du drainage ; je n'en veux pour preuve que la loi qu'il a présentée, qui a été votée par le Corps législatif et le Sénat dans le courant de celte année, et qui est relative au libre écoulement des eaux du drainage,
M Garreau, rapporteur de la Commission
du Corps l^sla^if, disait à cette occasion :
« Les récoltes des années 1846 et i853 sont » loîn d'avoir siiffî anx besoins de l'a Frairce, » et près de 600 milHons àe francs ont été » employés à se procurer des céréales de Té- » traiter. Notre Gouvernement, après avoir » pourvu avec autant d^întelligenee que d'ac- » tivité aux nécessités de la situation, s'est » appliqué à rechercher les causes de ees di- » settes périodiques, ainsi que les moyens d'y » apporter remède.
» Il a été constaté tque l'insuffisance de pro- « duction avaitf presque toujours coïncidé » avec de» saisons pluvieuses , et que le mal u s'était fjit principakment sentir dans les tt terres argileuses. Ces terres, si fertiles » pendant les aimées suffisamment sèches, » ont été, en 1846 et i853, frappées d'une
• telle stérilité, que les fermiers n'ont pu » guère apporter sur tes marchés que la moi- » tié de l'approvisionnement ordinaire, d'où » l'on doit tirer cette conséquence , que les » moyens employés dans notre pays pour » Tasséchemen t des terres humides sont eom •
• plétement insuffisants. Et n'allez pas croire, » Messieurs , que ces terrains soient en mi-
n nime proportion parmi les terres <Hiltiva- » blés de notre France. Les études géologî- » ques démontrent que les terrains reteatifs » de Teau , soit dans leur couche arable, soit » dans leur sous-sol , s'élèvent à la quantité » de près de lo millions d^hectares, le quart » environ des terres livrées à la culture.
» - Supposez un moment que ces lo raillions » d^hectares aient été, par Vasséchement et la » bonne culture, amenés à leur maximum » de pi^oduction ; que le quart seulement ait » été semé en céréales, et vous aurez une » augmentation que, dans les années hu- » mides» on ne peut évaluer à moins de » 25 millions d*hectolitres de grains en plus » de ce qui a été produit en 1 846 et i853.
. » Les renseignements nombreux et précis 9 fournis à la Commission établissent d'une » manière irrécusable que les terres drainées » ont produit, dans Tannée humide de i853, I» de huit à di& hectolitres de plus, dans les » mêmes conditions, que les terres non » drainées. »
Quelle condiision. tirer j}^.^p«^ ceci. Messieurs? Il semblé qti'il n^.:SUf4%âit. pîis du projet de loi qui devait faciliter ctes opérations
du drainage. Il fallait présenter en même temps une demande de crédit, pour suivre le gouvernement anglais dans la voie qu'il avait si bien tracée.
Néanmoins, le drainage gagne du terrain parmi nous. Quoique cette opération soit moins indispensable dans nos contrées méridionales, où les terres ne sont pas humides comme en Angleterre, il est certain qu'il y a peu de fermes qui ne possèdent quelques terres humides , quelques terres argileuses ou à sous-sol imperméable Vous venez de voir quel est le rendement extraordinaire des terres drainées; ce n'est pas là le seul avantage de cette opération : les terres sont aussi plus facilement cultivables, et l'assainissement qui en résulte profite non-seulement à la plante ^ mais encore aux hommes et aux animaux , en débarrassant les terres de l'eau croupissante, cause de tant de maladies.
Vous apprendrez avec une vive satisfactions que le drainage .est pratiqué sur une grande échelle dans notre département. Plusieurs membres de votre Commission se sont rendus au Taillan, sur la belle propriété de M. le marquis de Bryas, pour examiner les
remarquables travaux d'assainissement qui y ont été exécutés. Nous avons pu voir, en effet, 5o hectares environ de terres labourables ou vignes, qui ont été drainées avec le succès le plus complet. J\ous ne sommes pas dans la saison oi!i Ton pratique de pareils travaux, qu'on réserve d'habitude pour les journées d'hiver; mais M. de Bryas, avec une obligeance et un empressement dont nous lui avons tenu compte au nom du Conseil général, a mis tout son monde à pratiquer le drainage sous nos yeux. Ce n'est pas avec un médiocre intérêt que nous avons suivi cette opération. On a donc fait devant nous des fossés profonds de i mètre à i™,5o, larges dans le haut, étroits d'en bas; et on a ajusté au fond de ces fossés des tuyaux placés bout à bout, les interstices couverts par des manchons y afin que la terre ne pénètre pas aux points de jonction. Cette opération se faisait très -rapidement, et au fur et à mesuré on comblait les fossés avec la terre déposée sur les bords. Nous avons vu l'eau sortir en abondance des drains collecteurs, et s'écouler par les fossés ouverts. M. de Bryas nous a montré une pièce de terre labourable , de la conte-
nance de 6 héclares, qui a produit cette année 208 hectolitres de blé. Avant le drainage, la charrne ne pouvait y entrer que dans le mois de' juillet , et les bestiaux s*y enfonçaient jusqu'au ventre. Dans les vignes drainées , nous avons remarqué également une végétation extraordinaire.
Ces effets du drainage, confirmés par Texpé- , rience de plusieurs des membres de votre Commission, qui l'ont aussi pratiqué, ne laissent certainement aucun doute dans votre esprit. Vous êtes convaincus qu'on peut en faire de très- utiles applications dans notre département. La dépense même ne vous paraîtra 'pas un obstacle'à sa propaffation, car il est certain qu'en moyenne le' drainage ne coûte que 200 à 25o francs par hectare, et que cette dépense est presque toujours couverte, et bien souvent au delà, par l'augmentation des produits d'une seule année. Mais, ainsi que le fait remarquer le Conseil d'arrondissement de Lesparre dans le vœu qu'il a émis, ces travaux doivent être faits avec beaucoup de soin. Il y a des principes qu'il faut connaître, des règles qu'il ne faut pas violer, sous peine de faire, eu pure perte, une assez
grande dépense. Dans la plupart des travaux de drainage sur petite échelle » lorsqu'on aura à travailler sur des terrains à figures ré^ gulières et à pentes uniformeSy pour peu qu'on s'y applique» on pourra se passer d'ingénieurs» et même d'instruments de précision ; ou si l'emploi de quelques-uns de ces instruments est utile, il suffira de voyants, d'un niveau d'eau ou à bulle d'air. Mais, si l'on agit sur de grandes étendues de terrains , avec des pentes diverses et sur un sol varié et accidenté, alors il est important de connaître exactement les hauteurs respectives par rapport à l'horizon ; il faut lever un plan, il faut un projet, et nous croyons, avec le Conseil d'arrondissement de Lesparre, que« dans ces circonstances, l'ingénieur est indispensable.
On a pensé qu'on pourrait employer h ces travaux MM. les agents voyers, que déjà on vouloit aussi détourner de leur spécialité pour les appliquer à la rédaction des projets d'ir« rigation. Votre Commission ne doute pas que MM. les agents voyers ne soient très-propres à ces nouveaux services ; mais on vous demande chaque année d'augmenter leur nombre, et
— Soyons savez qii^ils ne sont pas suffisants pour les immenses travaux qu'il font exécuter sur nos chemins. Votre Coramision pense donc qu'il ne faut pas détourner les agents voyers de leur spécialité. On ne peut pas songer davantage à demander le concours de MM. les ingénieurs du service hydraulique, qui peuvent à peine, ainsi que vous le disait hier M. le Préfet, suffire à toutes les nécessités du département de la Gironde.
Quant aux machines à tuyaux , il est à remarquer que, quelque nombreuses qu'elles soient déjà en France, elles ne peuvent pas suffire aux demandes qui leur arriv&nt de toutes parts. Des Sociétés agricoles , des Conseils généraux même, le Gouvernement et des propriétaires, en ont établi dans quelques localités; mais la première condition pour faire avec avantage des travaux de drainage , c'est d'avoir des tuyaux pour ainsi dire à pied d'oeuvre. Il faut que la fabrique de drains soit à portée du draineur, qu'elle le sollicite, qu'elle le provoque, qu'il puisse à temps faire la commande. Or, il faut bien que vous le sachiez, la fabrication des tuyaux est une opération fort longue : la préparation des
terres , les diverses manipulations, dont elles sont Tobjet avant d'être livrées aux machines, leur transport au séchoir et au four, cela exige quelquefois sept là i huit mois de l'année.
Heureusement, Ceslnachines sont peu coûteuses, leur prix varie entre 200 et 5oo fr. , et elles peuventfournir de quatre à cinq cents tuyaux par heure.
Le Gouvernement, ainsi que j'ai déjà eu rhonneur de vous le faire remarquer, a peu fait pour favoriser le drainage. Il serait certainement à désirer que l'industrie privée pût suffire à tous les besoins en pareille occurrence; mais sous ce rapport il y aurait insuffisance complète. Les grands propriétaires seuls, plus éclairés, pouvant mieux courir les chances d'une opération que le plus grand nombre ne connaît pas encore , pourraient se procurer les machines , établir des fours et se livrer à la fabrication des poteries qui leur sont nécessaires. En attendant, on ne pratiquerait pas comme on le devrait une opération aussi profitable.
Votre Commission pense, avec le Conseil d'arrondissement de Lesparre et avec M. le marquis de Bryas, que l'intervention du Gou-
vernemeot est indispensable en pareille matière , et, en conséquence, j'ai Thonneur de vous prier en son nom d'émettre le vœu :
Que, par les soins du Gouvernement, des machines à fabriquer des tuyaux de drainage soient étoiles dans chaque canton ;
Qu'un service d'ingénieurs spéciaux, pour rétude des projets et la direction des travaux de drainage, soit également organisé de £açon à suffire à toutes les nécessités d'opérations aussi importantes et qui touchent immédiatement à la fortune et à la salubrité publiques.
RAPPORTS sur les travaux agricoles exécutés sur les propriétés de M, le marquis de Bryas , au Taillan , présentés au Concours de kl Société d'Agriculture de la Gironde en 1854, et ^ui ont obtenu le prix d'ensemble et le prix de drainage.
Messieurs,
Quatre concurrents se sont présentés cette année pour le prix d'ensemble; ce sont :
M. le marquis de Bryas, propriétaire au Taillan; M» Lille, à Bruges; M. L. Delbos aîné, à Lannessan (Médoc); et M. P. Char-
pantier, cotnmunc de Lansac^ canton de Bourg.
L'article 4 du programme, et surtout son préambule , promettait le prix d*ensemble au cultivateur qui aurait consacré la plus forte proportion de ses terres arables aux fonr« rages-racines pour la nourriture des bestiaux.
Cette condition , sans doute , est celle qui a le plus influé sur le jugement de la Ck>mmi»sion ; mais ce n'est pas la seule. Elle a pensé que, tout en conservant aux concurrents le droit que leur assurait le programme, de concourir pour les prix spéciaux, celui d'entre eux qui l'emporterait devrait non-seulement avoir consacré beaucoup de terres à la npurriture des bestiaux , mais que les instruments de culture perfectionnés, les constructions rurales, les dessèchements de marais, le drainage, la culture de la vigne, les soins donnés aux bestiaux, en un mot tout ce qui constitue un ensemble d'exploitation agricole dans nos contrées, devrait avoir été l'objet de ses préoccuplations et de ses soins.
EmpressoAs-nous de reconnaître que, si toutes ces conditions ne sont pas remplies au
même degré de perfection par tous les concurrents , tous sont sur la voie d'une culture évidemment progressive, et que, si Tensemble de quelques exploitations ne peut être cilé comnMî modèle, il y a, dans toutes, des parties qui méritent des éloges sans restrictions.
Notre première visite a été pour la propriété de M. de Bryas, où nous nous rendîmes le i5 juin.
Elle se divise ainsi :
Maison, jardin d'agrément, 4 hectares environ.
Vignes, 4© hectares.
Terres labourables , 25 hectares environ.
Prairies, 87 hectares.
Pâture, 1 5 hectares.
Jardins maraîchers, 90 hectares.
Bois, pins, acacias, peupliers et marais , 47 hectares.
Les vignes, une partie des terres labourables, des prairies et tous les bois sont situés sur des côtes qui aboutissent par une pente insensible à un bras de la petite rivière nommée Jalle de Blanquefort,
Quelques terres labourables et prairies et
tous ks jardins maraîchers sont situés dans une plaine sablonneuse comprise entre deux bras de la Jalle.
Les vignes sont toutes en terres argileuses ou marneuses. Elles sont parfaitement cultivées quand il les renouvelle, M. de Bryas défonce profondément le terrain. Les produits ^en sont considérables. Avant Tinvasion de la maladie, ils étaient en moyenne de i5o tonneaux.
Nous avons dit que les terres labourables comprenaient 'jo hectares.
M. de Bryas est né en Flandi'e; il y a habité et y possède encore des propriétés, c'està-dire qu'il est imbu des principes qui font de cette riche contrée une des écoles de la bonne culture. Pouvait-on introduire dans le Midi un assolement suivi dans le Nord? M. de Bryas a, par son exemple, victorieusement résolu ce qui semblait autrefois un problème, mais qui n'en est plus un , car bien d'autres ont rompu avec l'assolement biennal et la jachère. Ce qui rend ses travaux très-dignes d'intérêt , c'o^t que,* depuis quarante ans, il suit son assolement avec persévérance.
Voici , du reste , quel il est :
Les terres arables sont divisées en quatre soles principales.
i" année ^ plantes sarclées, pommes de terre , betteraves , avec une fumure de 36 à 4o charretées de fumier à l'hectare.
2* année , froment sans engrais.
3® année y avoine sans engrais, semée après le froment avec du trèfle de Hollande.
4® année , trèfle de Hollande pâturé après la première coupe.
On voit qu'une seule fumure dure quatre ans et suffit à quatre recolles.
Une dizaine d^hectares sont en dehors de Passolement , pour être cultivés en farouch ou vesces alternés avec des choux et du maïs fourrage.
Pîoûs ne signalerons pas comme modèle à suivre un assolement qui fait revenir le trèfle tous les quatre ans sur la même terre ; il est en contradiction avec la théorie, et l'expérience prouve que, dans beaucoup de cas, les produits du trèfle sont presque nuls après la seconde rotation.
M. de Bryas dit que voilà guarante ans qu'il suit le même assolement avec succès , et que le trèfle vient toujours, soit que la masse
«les engrais ou toute autre cause amène cétle constante réussite ; que, d'ailleurs , il recherche avant tout un pâturage abondant.
Quoi qu'il en soit, nous engagerons les agriculteurs à ne pas fonder Tespoir de leurs cultures sur une périodicité si rapprochée du retour du trèfle sur les mêmes terres, les circonstances qui le font réussir chez M. de Bryas pouvant bien ne pas se présenter ail^ leurs,
i" Soie, Plantes sarclées : 6 hectares à peu près sont cultivés annuellement en betteraves, pommes de terre, haricots, maïs pour graine.
Les betteraves sont semées sur place avec un semoir spécial.
Il en a été récolté, en i853, 120 charretées à deux bœufs, qui n'ont été complètement consommées qu'au mois de mai. .
Les pommes de terre se cultivent, en grande partie, à moitié fruit par les habitants du pays; seulement, comme il n'y épargne pas le fumier, M. de Bryas a exigé et obtenu qu'en arrachant les tubercules on donnât un piochage complet à toute la surface de la terre ; il en résulte qu'elle se trouve admirablement préparée pour la semaiile des cé-
réaies, qui se fait immédiatement après. L'an dernier, î1 y a eu i 200 hectolitres de pommes de terre, dont le tiers seulement a été consommé sur la propriété.
a® Sole, Les froments occupaient , cette année, 5 hectares 85 ares. Nous ne croyons pas qu41 soit possible d'en voir de plus beaux que ceux qui se trouvaient sur une pièce de terre drainée à la fin de l'été dernier, et oii , par cette raison, les semailles avaient dû être précoces. M. de Bryas a, du reste, pour système que les semailles les plus précoces sont les meilleures.
3® Sole, 6 hectares d'avoine semés après les froments de i853, tant à l'automne qu'au printemps, annonçaient une belle rccoltej et le trèfle, semé en même temps, se présentait assez bien pour qu'on dût prévoir qu'après l'enlèvement de l'avoine il couvrirait le terrain.
4.*^ Sole, Le trèfle de l'année deniière quoique pâturé fort tard ce printemps, avait encore d'assez belles apparences.
Enfin , en dehors de l'assolement , 3 hectares de vesces et de farouch avaient , sans être encore complètement épuisés, nourri.
depuis la fin d'avril jusqu'au 1 5 juin , leâ 62 têtes de gros bétail de la propriété; des* maïs semés sur leurs chaumes préparaient, pour les chaleurs de l'été , une abondante nourriture "verte. Contrairement à te que pratiquent beaucoup de cultivateurs, les maïsfourrages étaient sarclés avec un soin minutieux et toute la surface de la terre binée.
Également, dans les terres en dehors de Tassolemenl , M. de Bryas cultive des choux du Poitou et une espèce venant du Nord qui ne craint pas la gelée : 4 hectares sont cultivés ainsi.
La Commis:ion avait remarqué que les bois n'étaient pas l'objet d'autant de soins que les autres cultures ; en voici la cause : M. de Bryas, comparant leur produit avec celui des autres terres, et le trouvant très-inférieur, s'est résolu à les arracher; mais comme il ne veut faire l'opération que graduellement, il élève en futaie, tant les bois de pin que les
bois de chêne, et les consacre au pâturage des
vaches, en attendant l'époque où ils devront ctre arrachés.
2 hectares 5o ont été défrichés en i852.
Au printemps t853, ils ont été plantés en
pommes de terre et étaient couverts, ce printemps, d'une superbe récolte de seigle. 2 hectares 5o, défrichés en i853, étaient plantés, quand nous nous y sommes transportés , en pommes de terre de la plus belle végétation.
Un assolement approprié à la naturesablonneuse de ces terres, qui touchent la lande, leur sera appliqué quand elles seront drainées et nivelées.
II y a, sur la propriété du Taillan, 3^ hectares de prairies. Elles sont faites par le propriétaire avec le soin qui caractérise toutes ses cultures. La faculté que l'on a de les irriguer avec d'excellente eau de source, augmente leurs produits dans les printemps secs, comme celui que nous venons de traverser.
Il nous reste à parler d'une partie de cette propriété qui , pour n'être pas exploitée directement par M. de Bryas, n'en doit pasmoins son état florissant aux habiles dispositions grâce auxquelles les eaux y ont vUr maîtrisées et aménagées.
J.a plaine s'étendant entre la route de Blanquefort et celle du Taillan lui appartient |n'esque en entier.
C'était naguère, sauf quelques portions plus élevées, un marais couvert de joncs.
Une cause unique amenait cet état fâcheux :
l'insuffisance des débouchés et des ponts trop étroits: car il y avait pente suffisante.
De longues et laborieuses démarches , auxquelles M. de Bryas prit une large part , décidèrent r Administration à faire exécuter l'élargissement des ponts des deux routes et le redressement du lit de la Jalle dans sa partie inférieure.
Depuis lors, les eaux s'écoulent librement , rapidement, et n'inondent plus les terrains supérieurs, qui ont pu être livrés à la culture.
L'industrie du jardinage, si avancée dans ce canton, ne tarda pas à s'emparer de ce vaste champ qui venait de lui être ouvert ; et , dans ce moment, quatre-vingts familles de jardiniers, payant une rente moyenne de 240 fr.
par hectare, cultivent environ go hectares de la propriété de M. de Bryas^
Trois moulins à eau se trouvent sur les deux jalles qui traversent ces jardins. Une partie des eaux d'irrigation est prise aux bar ■ rage et habilement distribuée entre les cul-
(ivateurs, de façon à ce que chacun ait la quantité qui lui est nécessaire.
?ïous avons fini Texamen des cultures ; il nous reste à parler des bâtiments d'exploita*tion , des instruments de culture et des bestiaux.
La Commission a remarqué que tout est disposé dans les bâtiments pour la commodité du service. Rien n'a été donné au luxe, ni même au superflu. C'est une ferme vaste et commode, mais rien de plus.
Les constructions, du reste, ne sont pas nouvelles. Le propriétaire se borne à en améliorer chaque jour l'aménagement, par tout ce qui peut diminuer les frais de main* d'œuvre.
Ainsi, par une heureuse disposition du terrain, le vin et la vendange tombent des pressoirs dans les cuves. L'écoulage est fort simplifié par une pompe qui monte le vin dans une dalle en bois , par laquelle il coule jusque dans le chai , où il est reçu dans une gargouille. Cette dalle a une longueur de 5o mètres. Elle épargne, par conséquent, aux porteurs, loo mètres : 5o pour aller, 5o pour revenir.
Des pompes refoulantes sont ddaptées Ix tous les services importants.
Il y en a une de i5 mètres qui conduit l'eau d'un puils aux cuves , ï>our les piquettes.
Une autre, par des tuyaux souterrains , remplit un timbre en pierre dans le parc aux vaches.
Il y a de vastes étabfes : Tune contient , dans c^ moment^ cinquante vaches laitières ou génisses, presque toutes élevées sur le domaine et triées avec le plus grand soin.
Puis des parcs pour six bœufs de travail.
Il y a, en outre, deux magnifiques mules , deux chevaux pour le service de la laiterie et deux chevaux de voif^ire. En tout, soixantetleux tètes de gros bétail.
Tous les fourrages sont abrites dans de vastes hangars.
Enfin , outi^ les logements des valets , il existe une vaste chambre où sont construits des fourneaux économiques pour la cuisson des aliments des ouvriei*s , et dans laquelle ils peuvent s'abriter et se chauffer pendant les mauvais temps.
Le détail des cultures a fait connaître la
grande quantité de végétaux produits pour Talimentation du bétail. Outre les pailles fournies par les grains, on achète, en moyenne^ pour 2 ooo f, de bruyères ou joncs pour litière. Soixante-deux têtes de bétail sont chargées de convertir en engrais toutes ces substances végétales. On y ajoute encore toutes les curures de fossés, les râpes et toutes les matières absorbantes que Ton peut se procurer sur la propriété. Après les avoir soumises à une trituration préparatoire en les étendant sur les passages fréquentés par les bestiaux et les charrettes autour des tas de fumier^ on finit par les mélanger avec ceux-ci.
La quantité d'engrais produite s'élève annuellement à sept ou l)pit cents charretées.
La fabrication s'en fait dans une vaste cour qui s''étend au-dessous des étables et écuries.
La Commission a trouvé que Taspect général de cette cour et des engrais en fabrication n'était pas complètement satisfaisant. La grande préoccupation des agriculteurs, aujourd'hui, est d'accroître non-seulement la quantité^ mais surtout la qualité des engrais. M. de Bi*yas, en les disséminant sur une trop vaste étendue, ne peut bien utiliser ses purins,
dont une partie est , il est vrai , recueillie dans de petites fosses^ mais dont le reste est entraîné par les pluies sur des prairies.
Nous n'avons pas besoin de dire que Ton a adopté dans une Age mesure, sur cette exploitation, les instruments susceptibles de réduire les frais de culture.
Les labours ne s^y donnent qu'avec la charrue Dorabasle, grand et petit modèle. Il y a un semoir pour les graines de betteraves, des houes à cheval ; enfin , une machine à dépiquer, mue par un manège et montée depuis Tan dernier, a permis, cette année, d'envoyer des grains au marché, même avant que les sciages fussent généralement commencés.
Finissons cette intéressante revue en disant que tous les chemins d'exploitation sont macadamisés et gravés, et que les bordures de quelques-uns et les rives des jalles sont complantcs de beaux peupliers d'Italie.
Après avoir parlé, peut-être un peu longuement, des détails dont l'ensemble constitutî l'exploitation de M. de Bryas, la Commission a du reconnaître que si les circonstances au milieu desquelles il a oj)érc étaient favorables,
il a su en retirer un remarquable parti. Appréciant sainement sa position, il a, dès le principe, choisi trois industries principales : la vigne, la laiterie et le jardinage. Il a marché fermement , mais sans se Ifâter, à ramélioration progressive de ces trois branches de produits, sans s'égarer dans des expériences coûteuses, mais faisant tourner celles des autres à
son profit.
Jules IVOY, rapporteur.
Bordeaux, ce a aoûti85/|.
Une seule demande de concours pour les travaux de drainage a été adressée à la Société d'Agriculture : c'est celle de M. de Bryas.
Nous sommes étonnés que d'autres concurrents ne se soient pas mis sur les rangs, car peu d'améliorations agricoles ont été adoptées dans notre département avec autant d'empressemefit que celle-là.
Avant d'examiner les litres di,i concurrenr, qu'il nous soit permis de faire quelques observations sur la pratique du drainage.
On sait que l'opération n'était pas nouvelle;
que, de temps imniémoria) , on a assaini les terrains humides par des saignées couvertes , faites non-seulement avec des pierres ou des branchages, mais même avec des tuyaux. D'où venait donc qu'elle lût si peu pratiquée ?Évidemment la difficulté que Ton éprouvait, sau^ dans les localités exceptionnelles, à se procurer en grande quantité les matériaux nécessaires à la confection des tranchées, comme aussi la facilité avec laquelle elles s'engorgeaient, en restreignait Tusage à un petit nombre de cas. •
Mais du moment que , par le fait du hasard peut-être, on reconnut que, malgré l'impossibilité apparente, Peau pouvait facilement s'introduire dans des tuyaux placés bout à bout; du moment que la mécanique vint procurer ces tuyaux à très-bas prix , l'opération de Tasscchement des terres entra dans une phase nouvelle, et on l'entreprit dans une infinité de cas où Ton n'avait pas songé à l'appliquer.
Destiné en principe à procurer un écoulement souterrain aux eaux qui surgissent quelquefois au milieu des terres, on n'a pas tardé il s'apercevoir qu'en multipliant les
tranchées, on donnait à des sols, autrefois tenaces, les qualités des terres facilement perméables.
*Les résultats furent si évidents, que, de proche en proche , la contagion de l'exemple gagna, et le drainage se généralisa au point de constituer une révolution agriaole. Il ne fut pas seulement appliqué dans le Nord et sous le ciel brumeux où il avait pour ainsi dire pris naissance^ il annonça devoir envahir le Midi, où des Sociétés d'Agriculture, celle de 1;^ Gironde entre autres, le mirent au concours (Programme de 1846).
N'était-ce pas, de sa part, l'effet d'un eatraînement peu réfléchi? N'avait- on pas à redouter q^ue les terres ne fussent privées , pendant les chaleurs excessives et les sécheresses prolongées, par un dessèchement forcé, de rhi^midité qui leur est alors si nécessaire; en «n mot, que le remède ne fût pire que lo i0al ?
Ces doutes ont pu préoccuper quelques personnes, mais non les agriculteurs habitués à observer les effe^du dessèchement des terres sur la végétation. Il est constant pour eux que la terre la plus sèche et la plus difficile à tra-
vailler Tété, est celle qui, l'hiver, ne peut laisser écouler les eaux qui la saturent.
Il est constant que, ménie dans les terrains les plus sablonneux, la végétation est aussi belle, peut-être même plus riche, sur les bordures des fossés, qui pourtant devraient les dessécher.
Y a-t-il enfin un sol plus perméable , pins exposé aux vents, aux ardeurs du soleil, et où les eaux pluviales aient plus de facilité pour se précipiter dans les profondeurs de la terre, que celui des dunes de sable? Et pourtant, qui ne sait qu'elles conservent toujours une fraîcheur sufRsaute à la végétation des plantes qui y croissent?
Concluons de là que dans certains sols l'opération du drainage peut être inutile, mais qu'elle ne sera jamais nuisible, parce qu'elle n'enlèvera à la terre que l'eau superflue. Mais pour que cette double condition du dessèchement l'hiver, et de la fraîcheur Télé, soit parfaitement remplie, l'agriculteur devra labourer énergiquement sa terre, car plus elle sera prçfondément remuée, plus elle sera poreuse, et, comme une éponge, plus elle emmagasinera d'humidité. Mais aussi, une fois imprc-
tr
née, toute nouvelle quantité qui viendra s'ajouter à celle qu'elle contient déjà, opérant une pression, forcera celle qui sera la plus rapprochée des tuyaux à s'écouler pour faire place à la nouvelle.
Quand vous voyez des drains couler toujours, ce n'est pas qu'ils épuisent jusqu'à la dernière goutte d'humidité de la couche végétale ; c'est qu'il y a des sources à la profondeur où ils se trouvent.
Pourquoi aussi voyez-vous des drains ar rêtés recommencer à couler après des pluies modérées , si ce n'est parce que le sol conservait encore assez d'humidité pour que cette faible quantité fût superflue? Si le sol eût été desséché, il eût tout absorbé sans rien rendre.
Nous avons dit que nous regrettions qu'un plus grand nombre de travaux de drainage ne nous eussent point été signalés ; mais l'importance supplée à la quantité. L'un des cultivateurs les plus habiles et les plus expérimentés de nos contrées a donné aux essais qui avaient déjà été entrepris, la sanction d'une opération exécutée en très-peu de temps sur une 1resvaste échelle.
En moins de deux ans, M. de Bryas aura drainé plus de 5o hectares, et ce travail doit s'étendre successivement sur toutes les parties de sa vaste propriété où son application peut être utile.
La manière dont il s'est décidé à l'entreprendre est trop caractéristique pour que nous ne la citions pas.
M. de Bryas est propriétaire, dans la Belgique, de domaines affermés. Il y a deux ans, ses fermiers vinrent dans ce pays- ci pour renouveler leur ferme, près d'expirer. Un nouveau bail de douze ans leur fut consenti, et après la conclusion seulement, ils deman<dèrent au propriétaire l'autorisation de faire , à leur frais, pour environ i5ooo fiancs de travaux de drainage sur sa propriété. C'était une aggravation de plus d'un sixième du prix de ferme , dont ils espéraient, bien entendu , être indemnisés par la plus-value que Topération devait donner aux récoltes.
Un tel fait n'a pas besoin de commentaires.
Il va sans dire que ces phénix de fermiers emportèrent toutes les permissions qu'ils pou vaient désirer. Mais ils avaient laissé dans Vcsprit d'un homme aussi actif et cnc/giqiic
que Test M. de Bryas un gerni€ qui fructifia rapidement, et qui a produit, dans un court espace de temps, les travaux dont nous allons vous entretenir succinctement.
Dès le début, M. de Bryas dut se trouver entravé par la rareté de la* matière essentielle, les drains.
Précisément à cause de l'empressement que nous avons signalé parmi les cultivateurs à adopter cette amélioration, les fabriques du déparlement ne pouvaient suffire aux demandes de tuyaux. Il en acheta non-seulement dans la Gironde, mais il en fit venir par. mer, jusqu'à ce qu'il eût passé un marché avec un ouvrier intelligent, le nommé Robert, qui avait monlé dans une commune voisine,, avec une machine qu'il a confectionnée luî^ même, une fabrique de tuyaux dont on loue la bonne qualité en même temps que la modi-.
cité du prix.
Novice dans Tart du draineur, M. de Brya& voyagea pour s*instruire, et il s'entoura de tous les documents écrits qui pouvaient gui-der son inexpérience, notamment de l'ouvrage de M. Leclerc.
Il fil venir aussi des ouvriers belges et les
oiuils spéciaux que l'on emploie pour creuser les tranchées et poser les drains.
De nombreux écrits ont été publiés sur le drainage; et comme ils sont faits par des .hommes qui l'ont pratiqué ou dirigé, qu'ils citent des exemples et raisonnent leurs travaux, il s'ensuit qu'il existe une théorie à peu près complète pour tout ce qui tient à la forme de la terre à drainer, à sa nature, à celle de son sous-sol. Dans tous ces cas, on peut marcher à peu près sans tâtonner. Mais quant à l'influence, pour l'avenir, du drainage sur les cultures inconnues dans les contrées où l'on a contmencé à l'appliquer, notamment sur la culture arborescente de la vigne; quant aussi au rapport à établir entre le climat sous lequel on opère et l'énergie du dessèchement, il pouvait y avoir des doutes, et M. de Bryas, convaincu de la vérité de cet axiome que nous avons posé, que le drainage ne peut, dans aucun cas, être nuisible, mais qu'il peut être inutile, a opéré avec une sagesse dont ort doit le féliciter.
Il s'est dit : « Toutes mes terres en culture souffrent plus ou moins d'un excès d'humidité; elles ont toutes, plus eu .moins, besoin
<rétre drainées. Mais coin me j'ai à opérer sur une e'tendue très- considérable; que, d*iine part, il y aurait impossibilité à me procurer immédiatement assez de drains» assez d'ouvriers expérimentés pour les poser sur tout mon domaine à des distances rapprochées; que, d'autre part, à supposer qu'aux distances où je vais commencer à les placer, le dessèchement ne soit pas suffisant, ce qui est douteux pour moi, il opérera encore d'une manière qui ne peut qu'être favorable ; — je vais donc, au début, surtout dans mes vignes, faire faire les tranchées n une distance à peu près double de celle que l'on indique comme une moyenne convenable. Si je viens à reconnaître que le dessèchement n'est pas suffisant dans quelques parties, alors, dans ces parties-là , je doublerai mes tranchées ; mais au moins, en attendant, j'aurai pu faire jouir une plus grande partie de ma propriété des effets du dessèchement. »
Pi'oclamons la sagesse de cette manière d'opérer, M. de Bryas a obtenu , même avec le drainage réduit à ces proportions, des effets surprenants. Des parties de vigne où, de l'aveu des vignerons, l'eau surgissait de tous côtés.
et où , vu leur nature marneuse , on ne pouvait, sous peine d'enfoncer dans la boue, travailler qu'après des sécheresses prolongées, se sont trouvées, huit jours après la pose des .tuyaux, miraculeusement délivrées de cette humidité surabondante qui rendait la végétation du printemps jaune et chétive, et nous les avons vues couvertes d'une végétation verte et foncée, et, ce qui est plus significatif encore , de mannes d*tine beauté remarquable.
Hâtons- nous, Messieurs, pour prévenir toute interprétation relative aux quantités que nous allons donner, de dire que ce drainage h grandes distances n'est que l'exception; qu'il n'a été appliqué que dans les parties oii le dessèchement paraissait le moins indispensable , el dans celles où l'époque des semailles étant arrivée, on n'aurait pu, à moins de retarder ces dernières outre mesure, appliquer un drainage complet.
Dans ce moment, iSjuin, 5o hectares sont à peu près terminés ; 20 hectares de vignes étaient drainés au printemps i854; au printemps i855, les 4o hectares de vignes de la propriété le seront.
Il y a aussi de drainés i5 hectares de prairies et i5 hectares de terres arables.
Nous avons parlé de tranchées à grandes distances ; les plus espacées sont à 20 mètres Tune de l'autre , ce qui n'est pas une portée que Teau ne puisse facilement atteindre; mais il y en a aussi , et en très-grand nombre, qui sont seulement distantes de 5 mètres.
En général , celles placées à 5 mètres Tout été dans les parties où le terrain n'avait qu'une faible pente, et aussi, il faut le dire, à une époque oCi M. de Bryas, ayant pu se procurer une grande quantité de tuyaux, et étant moins pressé par Tépoque des semailles , s'est décidé à faire une opération définitive.
Nous ne nous appesantirons pas sur les effets du drainage sur la végétation. Ils sont les mêmes partout où Ton draine. Toute espèce de culture , les vignes , les blés , les fourrages , les racines, présentaient l'apparence la plus vigoureuse.
Mais ce qu'il y a de réellement prodigieux , c'est la transformation subite que certaines parties de la propriété ont éprouvée.
Avant que M. de Bryas eut fait sa demande de concours, quelques membres de la Société
d'Agriculture, attirés par la renommée de ses travaux, furent le visiter.
Acette épcK]ue, au-dessous de ses vignes, et recevant leurs eaux d'égout, s'étendait une longue zone de terre inculte , qui, vu son humidité constante, était, quoique fortement en pente , couverte de joncs et de renoncules , et consacrée uniquement au parcours des vaches, qui n'y trouvaient qu'un pâturage malsain.
Une tranchée dans laquelle devaient être placés des collecteurs pour recevoir les eaux qui descendaient des vignes par les drains , empêcha les eaux de continuer à inonder la surface de ce pâturage. Puis enfin , cette zone, dans laquelle , au mois de décembre , les visiteurs ne pouvaient marcher sans s'embourber, fut elle-même sillonnée de tranchées dans le sens de la pente du terrain. Les drains furent placés, et quelque temps après, celle terre, autrefois massive , plastique , où le bétail s'enfonçait, fut labourée avec la plus grande facilité. C'est avec étonnement que les membres de la Commission , qui l'avaient vue avant l'hiver , Font revue au mois de juin couverte d'une magnifique végétation de mais , et qu'ils i)nt retrouvé une terre pulvérulente et presque
légère là où il n'y avait autrefois qu'une boue grasse et plastique.
^ulic part, l'influence du drainage pour Tamélioration de la terre ne pouvait être plus sensible. On y voit la confirmation de cette assertion qui pourrait paraître douteuse , que , quelque humide ou quelque massive que soit une terre, on parvient à l'assainir et à l'ameublir par le drainage, pourvu que l'on puisse fournir aux eaux une issue inférieure.
Là , en effet , est la grande difficulté. Beau' coup de terrains , ceux précisément où l'opération serait le plus nécessaire, ne peuvent, faute de cette issue , être assainis , non-seulement à l'aide du drainage , mais même à l'aide de tranchées ouvertes.
La nécessité de faire traverser aux eaux des terres qui ne vous appartiennent pas , était un obstacle que la législation vient de lever au profit du cultivateur qui veut assainir son héritage.
M. de Bryas n'a pas été arrêté par ces impossibilités , mais il a eu à surmonter des difficultés d'une autre nature.
Tontes les eaux d'égout de ses vignes, d'une partie des prairies et des terres labourables ,
ODl leur écoulement naturel vers la Jalle d'Eyzines. Mais, à mi-chemin, un bras de cette jalle , encaissé et barré pour élever les eaux pour des usines , présentait un obstacle infranchissable d'un niveau supérieur aux terres environnantes , en. sorte que non-seulement l'eau des drains n'aurait pu se déverser dans le ruisseau , mais que Veau du ruisseau les eût envahis, si on les eût mis en communication.
Cet obstacle, qui semblait très* sérieux , a été évité avec beaucoup de bonheur. Comme de l'autre coté de la jalle la pente se continuait, on a pratiqué au-dessous de son Ht un siphon par lequel les eaux coulent et suivent leur pente sans avoir été arrêtées.
Comme toutes les eaux qui passent par cette voie s'écoulent de la partie calcaire de la propriété, elles sont de bonne qualité pour rirrigatiôn et utilisées par les jardiniers maraîchers qui exploitent une partie du domaine.
Cette année, M. de Bryas lui-même employait cette eau , au sortir des drains , à arroser un champ de betteraves où la sécheresse avait retardé la levée de la graine.
Nous avons dit que M. de Bryas avait fait
venir des ouvriei*» belges et une collection d'instruments propres à ouvrir les tranchées et à poser les tuyaux. Bientôt les ouvriers du pays eurent acquis assez d^habileté pour exécuter ces travaux sous la direction unique du propriétaire, et il acquit la preuve qu'entre leurs mains , les outils de la localité fonctionnent avec plus d'avantage que ceux qu'il avait importés.
Il n'en conserva qu'un seul , qui prépare au fond de la tranchée terminée le lit dans lequel doit reposer le drain.
M. de Biyas fait maintenant usage de drains de 36 centimètres de longueur et de demimanchons. Il met en outre, au-dessus des drains, et surtout des manchons, une couche de pierres concassées qu'il trouve en abondance chez lui.
Il a placé environ 60 000 drains dans les parties lermin<îes ; ce chiffre ne serait pas en rapport avec la quantité de terrain qu'il annonce avoir drainée. Mais, dans quelques pa loties , le drainage s'opère par des tranchées ouvertes que l'on ne pourra garnir de tuyaux qu'après les récoltes enlevées.
Enfin , I 200 mètres de collecteurs reroi-
vent et débitent les masses d'eau des terres drainécfs , et déjà on peut admirer l'une des conséquences les plus avanta^^euses qui découlent de l'emploi des collecteurs : c'est la disparitioji à peu près complète des nombreux fossés et rigoles ouvertes, que Ton est obligé de consacrer, par l'ancien modede culture, à Pécoulement des eaux pluviales.
Cet écoulement se fait à présent souterrainement, par des conduits invisibles qui n'entravent pas la marche, des introments de la* bourage.
Ces repaires d'insectes et de plantes nuisibles ont donc disparu, et la place qu'ils envahissaient est rendue aux plantes utiles, qui y sont d'autant plus belles qu'elles se trouvent sur un terrain pi^ofondément défoncé.
Nous voudrions pouvoir , Messieurs , vous donner un aperçu de la dé|3ense moyenne d'un si beau travail ; mais M. de Bryas nous a fait remarquer qu'il était impossible de donner ù présent le chiffre approximatif de la dépense par hectare; d'abord parce que, comme nous l'avons dit, dans quekiues parties , il n'a fait , pour ainsi dire , qu'un travail d'essai , et que peut-être senlira-t-il la nécessité d'y doubler
— Gale nombre de ses tranchées ; ensuite , la nature essentiellement variable de son sous^sol, qui est bien sablonneux dans quelques parties, mais qui, le plus souvent, est glaiseux ou pierreux , ne lui a pas permis de faire faire cet immense travail autrement qu'à" la journée. Il a payé probablement plus cher, mais il est sûr que l'opération a été régulièrement conduite.
Ce ne sera donc qu'après qu'il aura mis la dernière main à son entreprise , qu*il pourra donner une moyenne authentique des frais qu'a entraînés chez lui l'entière confection d'une longueur donnée de simples tranchées de drainage , comme aussi celles munies de collecteurs.
Il est temps. Messieurs, que nous finissions ce compte rendu , que nous serions" tentés de prolonger, d'un travail si digne , sous tous les rapports, de l'attention des agriculteurs. C'est certainement un des plus grands pas que l'on ait fait faire depuis longtemps à notre agriculture vers la voie du progrès où nous désirons tous la voir entrer.
Votre Commission pense donc que le prix désigné dans le programme à l'article 1 1, une
médaille d'or de 200 francs, doit être attribué il M. Gh. de Bryas, propriétaire au Taillan.
Jules IVOY, rapporteur,
Bordeaux, 1 août iSS^.
Conclusions.
Vous avez entendu , Messieurs , l'analyse des travaux auxquels se sont livrés les quatre cultivateurs qui a^iént demandé à concourir pour le prix d'ensemble.
Il ressort évidemment de cet examen, que depuis la création de ce prix il ne s'était pas présenté un concours de demandes aussi bien motivées. Tous les concurrents, sans exception, ont accompli des travaux dignes d'éloges. La Commission a cru toutefois devoir établir entre eux des distinctions que nous allons vous dire.
D'abord , quelque remarquable 'que soit l'organisation que M. Charpantier a donnée à son exploitation, quelque soignées que soient la plupart des branches de ses cultures, quelque désirable enfin qu'il puisse être de voir l'industrie venir au secours de l'agriculture proprement dite, la Commission a pensé que
1«s teripes de Tarticle 4 <^u programme, et surtout de son préambule, lui indiquaient c|u*il s'agissait , avant tout, d'une exploitation purement agricole, mais surtout d'un assolement adopté en vue d'une abondante production végétale, destinée aux bestiaux qui peuplent ordinairement une ferme.
Nous ne prétendons point mettre M. Cbarpantier au-dessous de ses concurrents, nous pensons seulement qu'il ne se trouve pas autant qu'eux dans les conditions du concours.
M. Delbos s'y trouve, au contraire , entièrement. Il a fait de grands travaux ; mais comme, à travaux égaux , nous devons évidemment donner la préférence à ceux qui ont été accomplis avec le plus de suite et qui approchent le plus de la perfection , nous avons ajourné M. Delbos à une autre époque, persuadés que si, depuis quelques années, il a déjà réalisé d'aussi importantes améliorations, il ne peut manquer d'arriver avant peu , avec l'ardeur qu'il y déploie, à créer une exploitation modèle d'une propriété qui présente d'aussi immenses ressources.
Restaient donc deux concurrents : M. Lille et M. deBryas.
Dans d'autres circonstances , Messieurs , si Tun des concurrents, M. de Bryas, n'avait pas opéré sur une échelle beaucoup plus considé» ' rable ; si, malgré letir plus grande importance, ses cultures n'avaient pas présenté l'application des soins les plus minutieux ; si enfin un système agricole , suivi avec persévérance depuis de longues années, ne venait pas récemment do recevoir un brillant complément par l'application d'une des plus grandes améliorations de la culture moderne, le drainage, nous vous aurions proposé de partager entre M. Lille et M. deBryas le prix d'ensemble, comme nous l'avons fait dans cfautres circonstances.
M. Lille esty en effet, parmi les cultivateurs dont notre département s'honore, un de ceux dont l'exploitation peut , à juste titre , être citée comme modèle.
Tout, chez lui, porte le cachet de ThomUie spécial, soigneux, et qqi raisonne ses travaux. Nous n'avons vu rien de supérieur au choix de son troupeau de vaches laitières , et surtout à son troupeau de mérinos, dont la réf mutation est si bien établie.
Pour se résumer, la Commission ne pense
pas devoir diviser le prix que M. Bryas a si bien mérité; mais elle conclut à ce qu^il soit accordé à M. Lille une mention très-honorable.
Jules IVOY, rapporteur.
Travaux de drainage de M. Ch. de Betas^
au Taillan.
(Extrait de la Gironde du •xf\ mai).
Désireux de montrer à ceux de nos auditeurs qui veulent bien nous suivre dans nos excursions, les faits ajjricoles dignes de fixer leur attention, samedi 20 mai , nous les conduisîmes sur la propriété de M. Ch. de Bryas, où s'exécutent en ce moment des travaux de drainage, également remarquables par leur étendue et par leur habile direction.
Généralement, toutes les personnes qui ont vu du drainage ou qui en ont entendu parler, croient que le mérite exclusif de cette pratique est de débarrasser les couches inférieures de la terre de l'excès d'humidité qu'elles peuvent devoir à un sous-sol imperméable et que redoutent presque toutes les plantes que nous cultivons.
Sans doute, telle est effectivement une des premières conséquences du drainage , et Ton comprend, dès lors, pourquoi les Anglais, les Belges et tous les habitants des contrées qui ont à redouter Texcès d'humidité, attachent à cette pratique un si grand prix
Cependant , il paraît également prouvé qu'au nombre des conséquences heureuses il faut encore joindre l'avantage de la libre circulation de l'air dans des mêmes couches infériewres de la terre, circulation qui permet aux matières organiques et autres que renferment ces couches de s'oxygéner, d'éprouver des réactions, des transformations tout à fait favorables à la végétation. Ainsi comprise, la théorie du drainage pourrait être considérée comme un labour souterrain, puisque le labour que nous donnons au moyen de la charrue et des autres instruments , a aussi pour objet la pénétration de la couche arable par l'oxygène et par les autres agents de fécondation que renferme l'atmosphère.
Quoi qu'il en soit de ces idées, émises du reste par les hommes les plus compétents
dans la matière > nous sommes heureux de pouvoir dire ici que tout ce que nous avons vu chez M. Ch. de Bryas a vivement ûxc notre attention , ainsi que ce]le de la société nombreuse et choisie qui nous accompagnait.
Partout où les opérations étaient déjà terminées, et le domaine compte 5o hectares entièrement drainés, nous avons vu les tuyaux d'écoulement débiter sans interruption Teaù surabondante des différentes pièces auxquelles ils étaient affectés. Nous avons vu dans ces pièces, occupées soit par la vigne, soit par le blé , soit par les cultures de printemps, des faits de végétation extrêmement remarquables. Dans cette catégorie, notamment , il est une pièce de blé qui , par sa beauté , son uniformité , ne nous paraît pas avoir de rivale dans la Gironde; et cependant, nous sommes heureux de pouvoir le dire , il nous a été donné cette année de voir de beaux blés et d'en voir en grande quantité.
Partout où ces mêmes opérations s'effectuaient, nous avons remarqué que le sous-sol étdh tout à fait de nature à les légitimer, et
T(\ie, dans leur accomplissement, réconomic la mieux entendue s'aDiait à tous les progrès qui sont en ce moment le partage de l'art de drainer
Nous regrettons vivement que le peu ^^étendue qu'il nous est possible dé donner à cette note, ne nous permette pas d'entrer dans tous les détails que comporteraient les travaux de M. Ch. de Bryas. Plus tard, nous aurons occasion d'y revenir; car, aussi bien pour l'agriculture du département que pour les hommes dévoués qui expérimentent en grand de semblables méthodes, M. le comte Ducliâtel, M. Grimai 1^ M. Gli. de Bryas, etc., i\ est indispensable d^examiner le drainage avec le plus grand soin , de signaler tous les travaux de ce genre effectués dans la Gironde, de constater les résultats av^intageux qu'ils ont amenés.
£n attendant le moment où nous pourrons envisager ainsi ce vaste sujet , nous devons , comme organe de l'empressement agricole dans la Gironde, remercier M. de Bryas pour l'enseignement, pour la bienveillance extrême avec lesquels il a bien voulu nous permettre d*emprunler à sa pratique, à ses remarquables
travaux , la démonstration des principes qui sont l'objet de notre enseignement.
AuG. PETIT-LAFITTE,
Professeur d'Agriculture du dépariemenl de la Gironde.
Correspondance de /'Ingénieur
Drainage.
Monsieur ,
Dans le numéro de votre journal du i "'juillet, vous avez publié une note de M. Auguste Petit- Lafîtte, professeur d'agriculture de la Gironde, sur les travaux de drainage .de V\\x% de vos abonnés, M. le marquis de Bryas^ ancien maire de Bordeaux , ancien député.
M. Petit-Lafitte apprécie le drainage de M. de Bryas sous le point de vue des magni> fiquesjrésultats qu'il a donnés en agriculture; mais aujourd'hui que le Gouvernement intervient directement dans les travaux de cette nature en mettant les lumières de ses agents à la disposition des agriculteurs^ il convient d'indiquer à ceux de nos camarades de la Gironde ou des départements voisins qui seront chargés de diriger ces sortes d'opérations , un champ pratique où ils pourront aller cher-
— 7' — cher des renseignements de la plus haute importance. Ils trouveront chez M. le marquis de Bryas Tempressement et la bienveillance dont il a bien voulu me donner tant de preuves pendant le temps cjue j'ai pu suivre son beau travail, que je vais chercher à décrire.
Le vaste domaine du Taillan, situé à huit kilomètres au nord de Bordeaux, est compris partie dans le bassin de la petite rivière de Blanquefort, partie sur le co^teau de rive gauche qui détermine ce bassin.
M. de Bryas n'avait pas seulement à préserver les fonds inférieurs de sa propriété de l'humidité permanente qui résulte toujours du voisinage d'un ruisseau très-important , dont le lit est généralement plus élevé que ces fonds; il devait aussi les prémunir contre l'envahissement des eaux venant de ses terrains supérieurs; et disons tout de suite qtte cet habile agriculteur a vaincu, en praticien consommé, cette difficulté, d'où dépendait le succès de son entreprise.
Il a commencé par creuser un fossé de déli-:
mitation des fonds supérieurs avec les fonds inférieurs. Ce travail exécuté, il a compris que* pas une goutte d'eau des premiers fonds ne
devait gêner l'opération à laquelle il attachait le plus de prix, celle qui devait dessécher les terrains les plus bas , et par conséquent les plus mouillés de son beau domaine.
Il s'agissait donc de diriger dans ce fosse touties les eftux supérieures; c^est là que commencent ses opérations de drainage , au moyen de tuyaux en terre cuite de o"»,o5 à o™,o6 de diamètre, posés dans des tranchées de i*",io environ de profondeur (c'était la profondeur à laquelle on rencontrait généralement le banc imperméable), enveloppés vers leurs joints de manchons ou colliers dv de o",o8 à o*",io de diamètre, également en terre cuite et recouverts d'une couche de pierres concassées, destinée à empêcher ces joints d'être obstrués par les terres. Ces tranchées sont disposées verticalement ou transversalement au fossé délimilateur, suivant les pentes naturelles ou artificielles du sol; seulement, lorsqu'il n'était pas possible d'assurer récoulement direct en les creusan^t verticalement , M. le marquis de Bryas établissait de I oo mètres en i oo mètres , par exemple, et toujours suivant les dispositions du sol , une tranchée verticale, autant que possible,
dans laquelle il mettait des tuyaux collecteurs d'un diamètre plus grand , posés de la même manière que ses drains particuliers, et auxquels ceux-ci venaient aboutir pour s'écouler ainsi directement dans le grand fossé de séparation. Il est évident que la même opération n'avait pas besoin d'avoir lieu pour les écoulements disposés verticalement à ce grand fossé, qui recevait directement leurs eaux.
M. de Bryas est arrivé ainsi , en déterminant avec une précision mathématique les pentes de ses drains secondaires ou collectifs, à donner aux eaux de ses fonds supérieurs un écoulement isolé, et à assurer cet écoulement en établissant Li sole de son fossé de séparation ou grand collecteur, suivant une direction et une pente telles, que son évacuation soit assurée, même à une hauteur d'eau maximum , dans le lit de la petite rivière qui est l'exutoire naturel de tout le bassin.
Ce brillant résultat obtenu, M. de Bryas s'est occupé du dessèchement de ses fonds inférieurs, et voici comment il s'y est pris :
Il ne fallait pas songer à diriger leurs eaux dans un lit de ruisseau généralement plus élevé que leur surface par la quantité prodi-
gieuse de sable des landes qu'il charrie; il fallait les diriger, par des pentes admirablement combinées, dans un fossé assez profond pour les recevoir ; donner à ce fossé la pente nécessaire pour les écouler; assurer enfin à ce*t unique et grand collecteur un lieu de dégorgement.
Le lit du ruisseau dont il est question n'est qu'une dérivation rendue nécessaire par la création d'usines dépendantes du domaine, et auxquelles il fallait une chute d'eau. L'ancien lit coule latéralement à celui-ci ; il est naturellement plus bas, et c'est là que M. de Bryas a voulu, sans sortir de sa propriété, diriger toutes ses eaux inférieures ; il l'a fait en traversant , par des conduits souterrains , le lit artificiel qui reçoit ses eaux des fonds supérieurs.
Tous les détails d'opérations sur les terrains les plus bas ont été étudiés et appliqués dans les mêmes conditions , seulement avec plus de difficultés encore que sur les terrains, plus élevés. Pour tout ce qui touche à ces détails, M. le marquis de Bryas a, autant que le permettent la nature de son sol et sa situation hydrologique, suivi les principes appli-
qués en Belgique par M. ringénieur Leclerc, chargé par le gouvernement de la direction du drainage dans ce pays, et ceux développés dans l'ouvrage dont Fauteur, M. l'ingénieur Mangon , est allé recueillir les matériaux en Angleterre.
En ce qui concerne l'écartement des drains, M. le marquis de Bryas avait cru tout d'abord devoir adopter la distance uniforme de 12 mètres; mais les résultats obtenus ont été si beaux, qu'il lui a paru, dans un but d'économie, qu'il pouvait doubler cette distance, sauf ensuite à mettre des tuyaux intermédiaires , si les résultats ne ré]>ond aient pas aux espérances de ce savant draineur. Ici encore on doit lui savoir gré d'expériences dont le petit agriculteur surtout doit profiter, si elles réussissent.
La surface du domaine du Taillan est de 270 hectares; l'application du drainage, que M. de Bryas poursuit avec une infatigable activité, a déjà été faite sur le quart de cette surface. Aucun propriétaire de la Gironde, et peut-être des départements voisins, n'a donné autant d'extension à ce magnifique système d'amélioration du sol, qui ne ûut que d'être importé en France.
Il fallait vraiment avoir, comme M. le marquis de Bryas, la patriotique conviction qu'il était le premier soldat d'une belle cause, pour engager des capitaux importants dans une opération théoriquement bien définie, mais qui n'avait presque pas été pratiquée dans notre pays. Les résultats, que tout le monde peut apprécier, ont été au-dessus de toutes les espérances ; aussi la Société centrale d'Agriculture, pour témoigner sa gratitude de ce noble élan donné au drainage dans les départements méridionaux, a décerné à M. le marquis de Bryas une médaille d'or de 200 fr., et une médaille de 5oo fr. pour l'ensemble de ses ouvrages agricoles.
Un grand nombre de savants et d'agriculteurs distingués de tous les départements et même de l'étranger ont voulu s'associer à la Société d'Agriculture, et témoigner leur satisfaction au savant horticulteur bordelais, en publiant , dans diverses revues scientifiques, les impressions de leur visite au Taillan.
Si, après eux, je prends la lourde tâche de vous prier de livrer à la publicité le résultat de mes observations, c'est moins pour les imiter que pour procurer à mes collègues un livre pratique facile à consulter et à com-
prendre, et aussi pour rendre hommage et payer un tribut de reconnaissance à un homme qui , en voulant bien m'initier avec une rare bonté à ses travaux , a pu , le premier, me faire comprendre quelles immenses ressources le pays est appelé à retirer de l'application du drainage à Tagriculture de tous les départements , application que le Gouvernement vient d'encourager en portant au budget des travaux publics un crédit destiné à procurer ù nos cultivateurs des drains à bon marché.
Veuillez agréer, etc.
IMBART DE LATOUR,
Chef de section au chemin de fer de Poitiers à la Rochelle.
La Rochelle, septembre i854.
Extrait d*unRapport présenté par M. Barral à la Société d'Encouragement pour l'Industrie nationale.
Ce document contient un passage relatif à Futilité du drainage dans les terres du Midi, et à deux expériences qui ont déjà été faites dans le département de la Gironde. Ce passage doit naturellement prendre place ici.
« Dans tout pays où il y a des marais, le drainage est indiqué comme devant produire les meilleurs effets. Cependant^ lorsque Ton cherche à propager cet admirable moyen d'assainir les terres, de doubler, de tripler souvent leur fécondité, on vous objecte qu'il n'est bon que pour le Nord , où Thumidité est en excès; qu'il ne pourrait pas, sans doute, réussir dans le Midi ; que, dans des vergers notamment, il serait impossible. Votre Commission a été heureuse de voir le drainage établi sur une grande échelle dans le Bordelais, où M. de Bryas a déjà employé environ ^o ooo tuyaux, et M. le comte Duchâtel environ 3o ooo , ce qui prouve que plus de 4o hectares ont été drainés. M. de Bryas nous a fait voir, dans sa belle propriété du Taillan, combien l'opération avait eu de succès. De nombreux tuyaux exposés par MM. Clamageron, Robert et plusieurs autres fabricants, montraient d'ailleurs que l'exemple serait contagieux , et que Ton pouvait proclamer que le drainage produirait non moins de bienfaits sous le ciel ardent du Midi que dans les prairies pluvieuses du Nord. »
l^EUXIEJfEE PARXIf:.