‹ Exposé des travaux de drainage et desséchementChapitre 4 sur 12 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Je crois devoir ajouter quelques nouveaux développements à ceux déjà publiés, afin de faire mieux connaître l'importance et l'utilité des travaux de drainage et de dessèchement que j'ai fait exécuter sur ma terré du Taillan.

Je n'entends pas établir une lutte ni aucune rivalité; j'accepte seulement le terrain sur lequel M. le comte Duchâlel (ancien ministre) s'est placé. Je lui laisse la priorité, qu'il réclame, et je reconnais que les travaux exé»

cutés sur sa terre de Lagrange ont été commencés trois mois avant les miens.

Il résulte de cette explication , que le débat de priorité de l'application du drainage en France, et notamment dans la Gironde, reste tout entier entre M. Duchâtel et les peuples qui ont drainé bien longtemps avant lui. Pour ce qui me concerne , j'ai puisé mes renseignements dans des documents et des statistiques

officiels publiés à Londres. Ainsi, les travaux, ex-éciués en Irlande m'ont démontré, jusqu'à révidence, qu'au moyen du drainage appliqué avec économie et discernement, les cultivateurs • pouvaient obtenir d'abondantes récoltes.

Les faits que je signale plus haut se sont réalisés en Angleterre , et la Belgique a aussi marché à la tête du progrès et a profité des mêmes bienfaits.

Depuis quelques années on draine en France; et si les matériaux ne manquaient pas, le drainage serait appliqué dans tous les départements.

Ce qui m'importe le plus, c'est de faire reconnaître et vérifier si mes travaux de drainage ont été exécutés avec désintéressement et dans le but d'être utile à mon pays, et de développer en France un progrès agricole destiné à procurer d'abondantes récoltes aux agriculteurs, à réaliser assez de produits pour satisfaire à tous les besoins, et à résoudre la question des subsistances.

Depuis ma première publication, un grand nombre de cultivateurs m'ont demandé des explications sur le procédé prati([ue dont je

faisais usage pour reconnaître si les tuyaux de drainage que j 'employais étaient de bonne qualité et à l'abri de détériorations.

Voila répreuve que je fais subir aux drains :

Je place cinquante tuyaux dans un batsin rempli d*eau. S'ils sont bien cuits, si la terre employée est exempte d'éléments calcaires, les draind restent en bon état et conservent leur dureté et leur sonorité; si, au contraire , les drains sont défectueux, ils se décomposent et s'écrasent en les touchant, et forment une espèce de ciment rouge. Dans ce cas, il faut se hâter de les mettre au rebut, car ils produiraient des effets semblables au fond des tranchées et rendraient le travail infructueux.

J'ai fait une autre remarque qui comble mes vœux: l'humidité, qui rendait les terrains improductifs en remontant à la surface, a disparu, et l'état sanitaire s'est amélioré considérablement ; les émanations et le brouillard, qui avaient tant d'intensité, se sont dissipés, et Ton respire plus librement.

Le système de dessèchement, de nivellement et d'irrigation a été combiné d'une

manière si exacte , soit pour les anciens marais, soit pour le drainage, qu'en visitant les lieux, on reconnaît que, jusqu'à présent, toutes les cultures maraîchères et autres ont reçu le \olume d'eau nécessaire à leur prosp^îté.

Les pentes et les moyens d'écoulement pratiques pour évacuer les eaux du drainage et des anciens marais fonctionnent si régulièrement, qu'il est permis d'espérer que les terrains draines seront, sous un bref délai, assez desséchés pour qu'il n'y ait plus, à la surface du sol, qu'une quantité d'eau stagnante tellement minime, qu'elle ne pourra en rien nuire à l'état sanitaire des environs du Taillan, qui a eu tant à souffrir des incommodités qui ont été signalées et qui existaient avant l'application du drainage. ^

Enfin, les foyers d'infection, si funestes à la santé publique, disparaîtront complètement lorsque le drainage fonctionnera sur tout le territoire de la France.

Les documents que je réunis à ceux déjà publiés, émanent des sociétés savantes et des hommes les plus éminents dans la science agricole, et particulièrement de M. A. de Bar-

rai, directeur du journal VJgriculture pratique; de M. Allonry, rédacteur des Débats , et de beaucoup d^autres publîcistes qui ont bien voulu rendre compte de mes travaux de drainage.

Je laisse à MM. les Membres du Jury de l'Exposition universelle, qui sont mes véritables juges, le soin de décider si mes efforts ontétéutilesà la chose publique, et si, par leur importance, mes travaux de drainage ont coopéré à développer un progrès agricole qui est appelé, par son application, à résoudre la question des subsistances et à débarrasser la France du joug et du tribut qu'elle payait, notamment aux puissances du Nord.

J'ai maintenant à faire connaître les causes qui ont amené les économies réalisées dans l'opération de mes travaux de drainage.

Plusieurs éclaircissements m'ont été demandés au sujet de la faible somme que j'ai dépensée en travaux de drainage : elle paraît à beaucoup de praticiens peu en rapport avec les immenses résultats obtenus.

Je répondrai en deux mots. Tous les travaux superficiels, ainsi que le système de l'écoulement des eaux à ciel ouvert , existaient

déjà. Le drainage a perfectionné dans une énorme proportion les effets les pins complets d^assainissement et de nivellement qu'il fût possible d'obtenir devant cette précieuse découverte, dans des terres traversées par deux cours d'eau, maintenus par des digues à un niveau supérieur au sol naturel.

Depuis plus de trente ans, mes travaux d'amélioration sont commencés; mes ûls m'ont accordé le concours efficace de leurs études spéciales, et rien n'a été négligé pour faire rendre à la terre du Taillan tout ce qu'^elle est susceptible de produire.

Des marais fangeux ont été endigués, nivelés, desséchés; un système général d'irrigation, opéré sur plus de 120 hectares, a permis à quatre-vingt-quatre familles d'exploiter l'industrie maraîchère, et d'alimenter les halles de la ville de Bordeaux d'énormes quantités de légumes de toutes sortes.

Ces premiers résultats ont été très-satisfaisants. L'assainissement produit répondait déjà à bien des exigences, et une plus-value considérable était réalisée. En dehors des marais, les terres, les vignes, les prairies, étaient complètement nivelées, soigneusement pur-

gées des plantes parasites, et débarrassées de» pierres qui s'opposaient à la culture. On pratiquait à ciel ouvert des centaines de fossés et de saignées partielles. Malgré tous ces efforts, les résultats étiiient médiocres et peu satisfaisants sur tous les points où le sous-sol était imperméable et dans les endroits où il contenait des sources qui s'infiltraient entre deux terres.

En présence des difficultés qui restaient à surmonter, le drainage nousestapparu comme un bienfait providentiel : nous nous sommes hâtés d^en faire une judicieuse applications.

Après avoir visité les pays qui ont les premiers pratiqué cette découverte, et parcouru plusieurs des départements de la France qui ont devancé le Midi, j'ai recherché dans toutes les méthodes ce qui pouvait le mieux convenir à notre sol et au climat de la Gironde; j'ai enfin étudié les moyens d'introduire et de populariser le drainage dans notre beau département.

Gomme je Tai expliqué dans la première partie de V Exposé pratique de mes travaux , le ne me suis astreint à aucune règle absolue; j'ai desséché, en débutant, les terrains les plus (îmgeux, les plus rebelles à la culture ; je me

suis surtout attaqué aux sous-s(»ls imperméables ou aquifèresy qui, en faisant remonter Teau à la surface, empêchaient Thumidité naturelle de s'introduire dans les entrailles de la terre, et détruisaient en partie les récoltes cultivées avec le plus grand soin et les meilleures méthodes.

Voulant jouir promptement et remédier au mal sur tous les points où il se faisait le plus vivement sentir, j'ai souvent placé mes tranchées à de larges distances, en proportionnant mes opérations au degré^d'humidité qui se manifestait dans le sol ; bien des fossés d'écoulement construits sont en outre devenus des tranchées de drainage. C'est ainsi que j'ai réalisé de notables économies , en tirant parti des efforts précédemment tentés.

Je le répète, je ne considère pas mes travaux comme définitivement achevés; je me réserve d'y mettre la dernière main après avoir complètement exploré mon domaine, en revenant sur mes pas et en perfectionnant les parties qui, dans l'ensemble de ma grande opération, laisseraient encore quelque chose à désirer.

Il résulte de cette explication, que la somme de 6470 francs dépensée jusqu'à ce jour ne

doit être attribuée qu'aux travaux exécutés dans les conditions où je nie trouvais placé. Lorsque l'expérience et les résultats auront démontré que le drainage est arrivé à son ternie dans ma propriété, je pourrai alors établir et faire connaître la somme totale de mes dépenses, comparée à l'étendue des terrains assainis.

Je termine par une observation importante :

La réduction de mes dépenses, en dehors même des travaux préexistants , tient encore à deux autres motifs :

Le premier est le bas prix de la main-d'œuvre : mes terrassiers, sans être nourris, gagnent i*^',5o en été et l'^^sS pendant les neuf autres mois de l'année.

Le second motif d^ économie provient du

prix réduit des drains employés, et de la

proximité de la fabrique d'où je les tire ; elle

est située en moyenne à 4 kilomètres de mes

terres. Cette circonstance me fait réaliser une

nouvelle et très- notable économie sur le prix

des matériaux, que certains draineurs ont

été forcés d'acheter à un taux beaucoup plus

cleve.

Le M^'Ch. DEBRYAS,

ancien député de la Gironde.

te Tuillan , \U mars i855.

Lettre de M* le Ministre de l'Agriculture et

du Commerce,

Paris, le 9 mars i855.

Monsieur le Marquis,

Vous avez bien voulu m'adresser un Exposé pratique des travaux de drainage que vous avez fait exécuter dans votre propriété du Taillan.

J'ai rhonneur de vous accuser réception et de vous remercier de l'envoi de ce travail ; j'en prendrai connaissance avec intérêt.

Recevez, Monsieur le Marquis, l'assurance de mes sentiments les plus distingués.

Le Ministre derÂgriculture, du Commerce et des Travaux publics,

Signé : ROUHER.

Monsieur le Marquis Ch. de Bryas.

Lettre de M, le Pré/et de la Seine.

Paris, i3 mars iSSa.

Monsieur le Marquis ,

Vous m'avez fait l'honneur de m'écrire pour m'annoncer l'envoi du Résumé des travaux de drainage que vous avez exéculés dans votre terre du Taillan, près Bordeaux.

Je vous remercie, Monsieur le Marquis, de cette prévenance; mais, jusqu'à présent, je n'ai reçu que votre lettre : le Résumé annoncé n'y était pas joint. Je ne manquerai pas, dès qu'il me sera parvenu, de le lire avec rîntérét que lui donnent pour moi votre expérience et votre autorité en matière agricole. Je le soumettrai d'ailleurs, selon votre désir, au Conseil général de la Seine, lors de sa réunion.

Agréez, Monsieur le Marquis, l'assurance

de ma haute considération.

Le Préfet de la Seine,

Signé : HAUSSMANN.

Monsieur le Marquis oe Bryas« ancien député.

P. S. De nouveaux exemplaires ont été expédiés et sont parvenus à M. le Prélet de la Seine.

Extrait du Rapport fait à la Chambre consultative de V arrondissement de Bordeaux,

Session de i854. — Séance du ii décembre.

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