Exposé des travaux scientifiques
Avant d’entrer dans le détail des indications bibliographiques de mes travaux, je crois devoir brièvement mettre en lumière les faits nouveaux les plus importants que j’ai pu établir:
t” En physiologie;
2“ En médecine et en thérapeutique expérimentale.
3“ Au point de vue de la bibliographie et de l’enseignement de la physiologie et de la médecine.
d“ Par des recherches entreprises à l’instigation de M. Ber- THELOT, et dans son laboratoire, j’ai montré avec de nouvelles preuves que l’acidité du suc gastrique est due à l’acide chlorhydrique, alors qu’à ce moment (1877) l’incertitude sur ce point de la science était complète. J’ai prouvé, en outre,que Y acide chlorhydrique se trouve, dans le suc gastrique, sous deux formes différentes : à l’état de liberté, et à l’état de combiuaison avec des bases organiques faibles (1877-1883).
Depuis lors, de nombreux travaux, dus à d’éminents médecins, ont confirmé ces recherches, et montré leur importance
fondamentale dans l’Iiisloire des dyspepsies. La sdintîiologie, le diagnostic et le traitement de la plupart des maladies de l’estomac reposent aujourd'hui sur cette détermination exacte de la nature des acides du suc gaslriipio.
2“ La contraction musculaire des vertébrés (surtout de la grevprW- nouille) avait été étudiée dans tous ses détails, mais la forme de la contraction musculaire des invertébrés était à peu près inconnue. Mes expériences sur l’écrevisse ont mis en lumière certains faits nouveaux (addition latente — contracture — contracture latente — tétanos rythmique.) (1879-1882).
Ces faits ont pris place dans les traités classiques de physio- ' logie ; car ils éclairent la nature intime do la contraction musculaire.
3“ On savait que la sueur amène la réfrigération par l’évaporation cutanée; mais ce procédé de régulation thermique ne peut s’appliquer aux animaux qui ne transpirent pas, par exemple aux chiens, dont la peau est épaisse et garnie de poils, et on ignorait complètement par quels moyens ils peuvent se refroidir sans Hier- transpiration. Or j’ai montré que les chiens, s’ils sont exposés à une température élevée, se refroidissent par l’évaporation de l’eau à la surface du poumon et par une respiration fréquente (phénomène que j’ai appelé polypnée thermique). De même les animaux refroidis se réchauffent par la contraction générale de tous leurs muscles, frisson thermiqtie.
Il m’est donc permis de dire que par la méthodique analyse de ces deux importants phénomènes, j’ai découvert deux des principaux mécanismes de la régulation thermique (1883-1893).
4° l’aide d’un nouveau calorimètre et de nouveaux appareils de dosage des produits gazeux de la respiration, j’ai établi que ** les quantilés <Ioxygène consommé et d'acide carbonique produit sont c proportionnelles a la.surface cutanée, et non au poids même de l’animal. La chaleur et les combustions chimiques sont donc réglées par le système nerveux qui proportionne les oxydations à l’étendue de la surface cutanée. (Expériences sur la piqûre du cerveau. — Mensurations du foie et de la surface. — Expériences sur les chiens chloralisés et chloralosés (1884-1891).)
Cette influence de la surface sur les échanges respiratoires, pressentie par Bergmann et par Régnault et Reiset, n’avait jamais été démontrée en toute rigueur, comme j’ai pu le faire dans une série de longues et nombreuses expériences portant à la fois sur la calorimétrie et les échanges respiratoires.
5“ M. Marey avait établi que le ventricule du cœur de la grenouille présente une période d’inexcilabilité qu’il a appelée la phase réfractaire, et M. Cornu avait prévu que les lois mathématiques de la synchronisation des oscillants trouveraient une application aux phénomènes biologiques. J’ai démontré, avec André Broca, d’une part que la loi de la période réfractaire est générale, et s’applique aussi bien aux centres nerveux qu’au muscle cardiaque; d’autre part que les réactions des centres nerveux aux excitations discontinues se comportent suivant les lois de la synchronisation des oscillants.
11 s’ensuit que toute vibration nerveuse présente une phase réfractaire. La durée de celte vibration peut être determince : elle est voisine d’un dixième de seconde, fait très intéressant au double point de vue de la psychologie et de la physiologie générales.