I. — Nervosisme hyperthyroïdien
L’existence du nervosisme hyperthyroïdien s’appuie sur des faits expérimentaux observés chez l’animal ou dans l’espèce humaine. Il faut rappeler ;
1“ Le chim de MM. Gilbert-Ballet et Enriquez, qui, à la suite d’injections de corps thyroïde, devenait très méchant, poussait des aboiements continuels, mordait avec acharnement les barreaux de sa cage. Le pouls montait jusqu’à 175, la température à 39‘’5. On nota en outre de l’éclat du regard ;
2° Le mouton de MM. Chantemesse et Marie qui, sous l’influence d’injections à fortes doses de corps thyroïde, était devenu irascible, intraitable, cherchait à briser les parois de sa cage. En même temps il maigrissait.
Toute une série de cas de « nervosisme expérimental » se rencontrent dans l’espèce humaine :
Une jeune fille de 17 ans, après avoir absorbé 175 cachets de corps thyroïde, eut son tempérament modifié. Elle fut prise d’excitation avec gaieté, rires explosifs, fou rire, sommeil agité, pouls entre 40 et 100. Les yeux étaient devenus brillants.
Dans un autre cas, 5 cachets de corps thyroïde ào gr. 10 déterminèrent une surexcitation cérébrale désagréable, des colères, des crises de larmes, des points douloureux. Ultérieurement, un seul cachet de o gr. 06 a provoqué des battements violents, de l’insomnie, des crises de pleurs, de l’hypersthénie cérébrale.
On peut relever d’autres exemples (apparition d’un tempérament batailleur, chaleurs, insomnie, thermophobie).
Byrom Branwell a vu survenir le thyroïdisme chez un nourrisson qu allaitait sa mère atteinte de goitre exophtalmique et traitée par le corps
thyroïde. Cramer a observé, sous cette inüuence, du collapsus nerveux avec angoisses très pénibles. Krokiewicz a noté, par suite delà thyroïdothérapie chez une myxœdémateuse, le pouls montant à i8o pulsations, avec surexcitation nerveuse générale, des troubles vaso-moteurs. Bandlcr a utilisé le corps thyroïde, à titre expérimental, à la suite d’ablation des ovaires, et a exagéré les troubles nerveux préexistants.
La thyroïdine peut donc conduire à l’hyperthyroïdie. Les symptômes observés sont alors des phénomènes de nervosisme banal et spécifié (évoquant l’idée de syndrome de Basedow). On ne saurait les distinguer.
« Ce sont tous des phénomènes d’hyperthyroïdie. »
Aussi bien qu’une hyperthyroïdie légère provoque un état de nervosisme ou de Basedow frusté, une hyperthyroïdisation intense a pu donner lieu à une maladie de Basedow complète. Il n’y a donc entre le Basedow fruste (nervosisme) hyperthyroïdien et la maladie de Basedow hyperthyroïdienne qu’une différence de degré.
Ce que produit l’expérimentation permet d’interpréter les cas comparables, réalisés par la clinique;
1“ Hyperthyroidie nervme minima. — Dans une première observation, une hyperthyroïdie minima continue chez un homme de 6o ans, se traduit par la rapidité de tous les actes, la rapidité d’idéation, l’activité, — caractère à opposer au myxœdème —- le bon fonctionnement intestinal, la soif vive. Le sujet est en outre glycosurique, Il a une véritable hypertrichose sourcillière, de l’exophtalmie. Sa sœur a une maladie de Basedow.
Le second cas concerne une jeune femme nerveuse depuis son accouchement. En même temps, elle maigrit, a du tremblement, des palpitations, un pouls à 120. Les sourcils sont accusés, les yeux saillants.
Dans d’autres circonstances, l’hyperthyroïdie minima est paroxystique.
Jeune femme nerveuse se plaignant d’insomnie. A l’analyse : maigrit malgré un gros appétit, grand besoin de déplacement, activité, chaleurs, angoisses. Le tout survenu à la suite d’émotions et de fatigue. Plus tard, spasme œsophago-pharyngé.
L’influence des émotions peut se traduire chez les sujets nerveux pat un syndrome basedowiforme qui est souvent de l’hyperthyroïdie minima paroxystique.
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2° Hyperthyroïdie bénigne chronique. — Le premier cas est fourni par une malade de 29 ans qui a toujours eu des peurs morbides. Elle vient consulter pour de la strangulation, et présente une hypertrophie du lobe droit du corps thyroïde. Elle est sujette à des crises de battements de cœur, parfois avec angoisse, a eu des accès fébriles prolongés plusieurs mois. L’hyperthyroïdie est en rapport ici avec de l’insuffisance ovarienne. Dans ce cas, le nervosisme est assez spécifié pour faire admettre le Basedow fruste.
La fièvre apparaissant le soir pendant plusieurs mois chez une malade peut faire penser à un début de bacillose pulmonaire. Le diagnostic peut en effet rester en suspens entre un Basedow fruste et un début de tuber-
Autre exemple d’hyperthyroïdie bénigne chronique : taille élevée, battements de cœur, sensation de chaleur, fou rire, migraine. Crises ner-
L’hyperthyroïdie bénigne chronique, « disséminée » dans les cas précédents, peut être « localisée » et donner lieu à des syndromes méritant une dénomination particulière, comme dans deux cas d’hyperthyroïdie cardio-bulbaire, présentés à la Société médicale des hôpitaux de Paris; et encore sous forme de migraine hyperthyroïdienne. La nature hyperthyroïdienne des formes précédentes s’appuie sur le thyroïdisme expérimental. La glycosurie a des relations (Lorand) avec l’hyperthyroïdie, mais elle nécessite l’intervention d’autres troubles glandulaires.
7° Basedow fruste. — Le thyroïdisme alimentaire réalise le Basedow fruste, comme dans le cas de M. Marie, ce qui permet d’interpréter les cas observés en clinique, fréquents en particulier dans le nervosisme sexuel.
4 “ Basedow hyperthyroUdien. — L’ingestion de thyroïde en excès reproduit la maladie de Basedow dans l’espèce humaine. Les cas appartiennent à Béclère, Notthaft, Boinet, Cavazzani. L’origine hyperthyroïdienne de la maladie de Basedow se retrouve dans les goitres basedowifiés, à la suite du massage vibratoire d’un goitre (Brieger) et sous l’influence de l’administration d’iode dans un cas de goitre (Rœmheld). De tous ces faits, on peut conclure que certaine maladie de Basedow représente un summum d hyperthyroïdie, et rattacher l’état normal au Basedow hyperthyroïdien par une série d’états nerveux à aspect et intensité différents.