CYTODIAGNOSÏIG DU LIQUIDE CÉPHALO-RACHIDIEN
mentionnés peuvent faire défaut. Or, l'électrisation avec les courants induits les a presque toujours provoquées chez les malades que j'ai examinés, à ce point de vue, dans le service de cholériques de l'Hôtcl- Dieu dont j'étais chargé pendant l'épidémie de 1892.
Dès lors, il est permis de se demander si, dans un cas douteux, les crampes provoquées par la faradisation ne constituent pas un signe qu'il y aurait lieu de prendre en considération au point de \ue du diagnostic.
Il s'en faut, d'ailleurs, qu'il soit pathognomonique du choléra. Il y aurait déjà tout lieu d'admettre, à priori, qu il peut être observé dans les divers états pathologiques qui comprennent les crampes spontanées parmi leurs manifestations symptomatiques : dans les affections cholériformes, le choléra herniaire, par exemple, dans la période algide de certaines maladies, dans quelques intoxications. En fait, je l'ai constaté chez des saturnins, des alcooliques, des malades atteints de névrite périphérique, des tabétiques.
J'ajoute que j'ai eu l'occasion d'observer quelques individus, ne présentant aucun signe d'intoxication, aucune manifestation objective d'affection organique du système nerveux, qui depuis de nombreuses années étaient sujets à des crampes spontanées ; celles-ci survenaient à la suite d'une marche de très courte durée, et constituaient une intirmité fort gênante. On peut désigner un tel état sous la dénomination de maladie des crampes.
CYTODIAGNOSÏIG DU LIQUIDE GÉPHALO-RAGHIDIEN
A. — J'ai mis en pratique, avec Nageotte, le cytodiagnostic du liquide céphalo-rachidien et fourni une statistique portant sur 120 cas pris parmi les affections nerveuses les plus variées (75). Nous avons été les premiers à confirmer les résultats des recherches de Widal.
70 SÉMIOLOGIE
Sicard, Ravaut, Monod, et nous avons fait quelques obserA-ations nouvelles. Voici des extraits de notre article.
« Si bien des problèmes relatifs au cytodiagnostic restent encore sans solution, dès maintenant on peut dire que dans certains cas la ponction lombaire apporte au diagnostic un élément très important et que parfois elle permet de découvrir et d'étudier des formes pathologiques que sans elle on n'aurait pas pu soupçonner. Nous ne voulons pour preuve de cette assertion que le cas suivant : un homme de /|o ans vient à la Pitié consulter pour des céphalalgies très pénibles dont le début remonte au i5 décembre dernier, c'est-à-dire à 5 mois ; cet homme n'a pas de fièvre, mais il est manifestement affaibli ; on sent qu'il est sérieusement malade ; pourtant, il a continué jusqu'à ce jour à remplir ses fonctions d'inspecteur de police ; il présente une paralysie de la sixième paire à droite et un peu de congestion papillaire et d'exophtalmie ; à part ces signes, l'examen objectif est absolument négatif et, en particulier, il n'existe aucune ébauche du signe de Rernig. Quel diagnostic porter.»^ La ponction lombaii'e donne issue à un jet de liquide louche dans lequel, sans aucune centrifugation, on constate la présence de polynucléaires en très grande abondance, — c'est du pus délayé dans du liquide céphalo-rachidien — et du coup s'impose le diagnostic de méningite cérébro-spinale à forme ambulatoire. Sicard et Brécy ont attiré tout récemment l'attention de la Société médicale des Hôpitaux sur ces cas si curieux : notice observation, remarquable par la longue durée des accidents, fera d ailleurs l'objet d'un travail spécial; aujourd'hui nous nous bornons à la signaler comme l'un des cas les plus intéressants que nous ayons rencontré au cours de nos recherches.
« En résumé, sur 120 cas, nous avons trouvé une fois des polynu cléaires, 56 fois des lymphocytes en grande abondance, 3 fois une très légère lymphocytose, et 60 fois un liquide normal. Sur les 56 résultats nettement positifs, au point de vue de la lymphocytose, nous
CYT0D1A(;N0STIC du liquide CKPHALO-RAGHIDIEiV 7i
trouvons, dans 5o cas, des étals naorbides que nous considérons comme le résultat de la syphilis diffuse: tabès, paralysie générale, signe de Robertson, soit isolé (voir p. 58), soit associé à une hémiplégie, une paraplégie, une atrophie musculaire progressive, une atrophie papillaire ayant l'aspect de l'atrophie labétique. Et il faut remarquer que dans aucun des 6 cas de lympliocytose nette qui restent, le diagnostic clinique n'est suffisamment établi pour exclure la possibilité d'un tabès ou d'une paralysie générale; dans 9. cas même, ces diagnostics sont presque probables.
« Il semble donc que la lympliocytose permanente, lorsqu elle n'est pas en rapport avec la tuberculose méningée, décèle habituellement la syphilis diffuse. »
B. — J'ai rapporté avec Gendron (189) quelques faits établissant qu'un ramollissement de l'écorcc cérébrale peut s'accompagner d une leucocytose abondante du hquide céphalo-rachidien. Les observations sur lesquelles notre travail est fondé étaient au nombre de trois ; dans 2 de ces cas, le diagnostic fut vérifié à l'autopsie.
« Les faits que nous avons constatés, écrivions-nous, doivent être rapprochés de ceux qui ont été publiés par VVidal et Lemierre ; Widal, LemierreetBoidin; Chauffard; Caussade et Willette ; Mosny et Pinard ; Claude et Verdun.
(( Mais, tandis que dans les cas étudiés par ces auteurs la polynucléose paraissait liée soit à des raptus congestifs survenant au cours d'une syphilis des centres nerveux, à la suite d'un ictus dans la paralysie générale et le tabès (Widal), soit à un paroxysme d'hypertension artérielle au cours de l'urémie convulsive (Chaulfard), soit à une hémorragie cérébrale (Mosny, Claude), dans nos observations I et III la polynucléose semblait sous la dépendance d'un ramollissement cortical. On peut même l'affirmer pour l'observation I oîi le diagnostic a été vérifié à 1 autopsie.
« De plus, l'étude comparative de nos observations et de celles de Mosny et Pinard, de Claude et Verdun nous montre que, dans les
lésions cérébrales en loyer qui s'accompagnent de leucocytose, à la polynucléose cla début peut succéder une lymphocytose qui disparaît rapidement, le liquide céphalo-rachidien redevenant normal.
« La lymphocytose faisant suite à la polynucléose a été signalée, il est vrai, dans les deux observations de Widal et LemieiTe, mais elle fut différente par son évolution de celle que nous avons observée. Elle avait précédé la polynucléose, avait été masquée pendant quelques jours par celle-ci, et s'était ensuite rétablie définitivement. Dans un cas, elle était liée à la paralysie générale, dans l'autre, au tabès.
« Il est à remarquer enfin que, dans aucun de nos cas, la syphilis ne semble être en cause ; d'ailleurs la lymphocytose constatée dans l'observation III, par sa rapide disparition, se distingue de celle qu'on observe dans la syphilis des centres nerveux. Notons encore que, dans toutes nos observations, la quantité d'albumine contenue dans le liquide céphalo-rachidien était très faible.
(( Quoi qu'il en soit, dans des cas semblables aux nôtres, une ponction unique, pratiquée à la période où la leucocytose consiste en lymphocytose, pourrait conduire à faire dépendre de la syphilis une lésion nerveuse qui n'a aucun lien avec cette infection. C'est là une cause d'erreur qu'il est bon de connaître et de savoir éviter. »