D. — RECHERCHES SUR LES CAUSES QUI FAVORISENT OU ENTRAVENT L’INFECTION
Influence de quelques gaz délétères (XCI).
Nous avons étudié les effets que produit l’inhalation d’un air mélangé à de l’oxyde de carbone ou aux produits de combustion de la paille, sur des cobayes inoculés avec du charbon. Ces gaz délétères ne modifient nullement l’évolution de la maladie, quand on a injecté une culture virulente : les animaux ne succombent pas plus vite que les témoins. Avec du charbon atténué, les résultats sont bien différents ; la maladie se développe et amène la mort
chez les cobayes qui respirent les gaz délétères, tandis que les témoins survivent tous. Ces faits ont été confirmés par Alessi, di Mattéi, Kirehner.
Influence de la fatigue et du surmenage (XLIX-LII).
Une des questions qui préoccupent le plus les expérimentateurs, c’est l’étude de l’immunité et de la prédisposition morbide. C’est sur ce terrain que nous trouvons le trait d’union entre la médecine traditionnelle et les recherches modernes. L’expérimentation vient en effet confirmer et compléter les données de l’observation.
La clinique nous a appris que la fatigue et le surmenage favorisent le développement des maladies infectieuses. Nous avons, M. Charrin et moi, étudié expérimentalement l’influence de cette
Des rats blancs ont été soumis à un exercice extrêmement fatigant : on les faisait marcher dans un cylindre rotatif où ils faisaient par jour plus de i5 kilomètres. Dans ces conditions, sur 21 rats blancs qui ont été inoculés avec du charbon, 19 ont succombé ; sur 6 témoins, inoculés de même, mais laissés au repos, un seul est mort.
Avec le charbon symptomatique, les résultats sont semblables : 8 animaux inoculés sont soumis au surmenage, ils succombent tous ; 8 animaux inoculés sont laissés au repos, 6 survivent.
Enfin, quand un animal succombe à la suite d’exercices forcés, alors même qu’il n’a pas été inoculé, son organisme est envahi par un nombre considérable de microbes.
Influence du système nerveux (L1V-LXII1-XCVM).
J’ai étudié l’influence du système nerveux en inoculant des cultures du streptocoque de l’érysipèle dans l’oreille du lapin et en sectionnant les nerfs vaso-moteurs ou sensitifs. Je suis arrivé aux deux conclusions suivantes.
1" La section du sympathique favorise la guérison, peut-être en favorisant la diapédèse et partant la phagocytose ;
2" La section des nerfs sensitifs a un effet inverse : elle entrave
microbe, et le voilà qui contracte sûrement la maladie ; mais si l’on fait au préalable une injection dans les veines, c’est-à-dire, malgré la bizarrerie apparente de l’expérience, si l’on vaccine cet animal réfractaire, on le met à l’abri des effets de l’association
II. — L’action du prodigiosus est due aux produits solubles qu’il sécrète, car les résultats sont les mêmes, qu’on emploie une culture vivante ou une culture stérilisée par la chaleur.
Ces produits solubles agissent, non en exerçant une action locale, mais en modifiant l’état général de l’organisme ; en effet, leur action est surtout marquée quand on les injecte directement dans le sang.
La prédisposition ainsi créée n’est que passagère ; elle ne dure pas plus de vingt-quatre heures.
J’ai pu isoler, dans les cultures du B. prodigiosus , la substance qui favorise l’infection charbonneuse : c’est une matière soluble dans la glycérine et insoluble dans l’alcool ; elle résiste à une température de 120 0 , tandis que le ferment peptonifiant, qui se trouve dans les cultures et peut être préparé par les mêmes procédés, est détruit à 60“. Cette substance est si active, que la quantité contenue dans une goutte de culture suffit pour abolir l’immunité d’un lapin.
III. —■ On peut vaincre l’immunité du lapin vis-à-vis du charbon symptomatique en employant les produits solubles d’un certain nombre de microbes : Staphylococcus pyogen.es aureus, Proteus vulgaris , extrait de matières pourries, etc.
Enfin, à l’exemple de Monti, j’ai pu rendre virulents des streptocoques et des pneumocoques atténués, en combinant leur action à celles des produits solubles de divers saprophytes.
IV. —L’injection simultanée d’une culture vivante de charbon bactéridien et des produits solubles du B. prodigiosus produit des effets différents suivant qu’on opère sur des lapins ou des cobayes. Chez les lapins, les produits du saprophyte entravent l’infection et empêchent la mort; chez les cobayes, c’est l’inverse ; l’adjonction de B. prodigiosus précipite l’évolution du charbon et hâte la terminaison fatale.
Substances solubles favorisant le développement du microbe qui les a sécrétées (XL11, XLIII, LVIII, LXX).
En inoculant simultanément dans la chambre antérieure de l’œil et dans la cuisse d’un lapin quelques gouttes de sérosité de charbon symptomatique, on voit l’animal succomber en vingtquatre heures. A l’autopsie, on trouve dans la cuisse une tumeur charbonneuse typique.
Ce résultat me fit supposer qu’en se développant dans la chambre antérieure, le bacille avait sécrété des substances capables d’abolir l’immunité naturelle du lapin. Pour vérifier cette hypothèse, j’inoculai le charbon symptomatique dans la cuisse et en même temps j’injectai dans les veines la sérosité charbonneuse débarrassée de tout microbe : les animaux contractèrent la maladie.
Ainsi se trouvait établi ce fait nouveau que, parmi les matières que sécrète un microbe, il en est qui abolissent l’immunité naturelle; elles prédisposent l’organisme à l’action pathogène du microbe qui les a produites.
Cette prédisposition n’est que passagère : elle ne dure pas plus de vingt-quatre heures. Le résultat est donc tout à fait comparable à celui que j’avais obtenu dans mes recherches sur les associations microbiennes.
Action des produits solubles du streptocoque de l’érysipèle. Existence
simultanée, dans un même liquide, de substances prédisposantes et
vaccinantes (LXXIII-XCVIII).
A côté des substances microbiennes qui créent une prédisposition morbide passagère, il en est d’autres qui créent une prédisposition morbide durable; c’est ce qui résulte des recherches que M. Courmont a poursuivies avec le bacille d’une pseudo-tuberculose et avec le staphylocoque doré.
J’ai observé des faits semblables avec le streptocoque de l’érysipèle. J’ai employé des cultures développées à l’abri de l’air et, après les avoir filtrées sur une bougie de porcelaine, je les ai injectées à des lapins. Les animaux ainsi préparés ont été inoculés.
parfois même elles remplissent partiellement les sinus sanguins ; sur la coupe on ne voit plus qu’une nappe de cellules, traversée par les fibrilles du tissu, considérablement épaissies.
En sacrifiant des animaux au moment où les lésions étaient en voie de guérison, on peut suivre la régression du processus; le sinus veineux reprend son aspect,'les cellules diminuent de nombre et la graisse vient de nouveau remplir peu à peu les aréoles.
Les modifications de la moelle sont analogues, que l’inoculation virulente ait été faite par la voie intra-veineuse ou par la voie sous-cutanée. Dans ce dernier cas, le microbe, restant cantonné au point d’introduction, doit évidemment agir par ses toxines.
Cette hypothèse a été confirmée par l’expérimentation. En injectant sous la peau des cultures stérilisées, nous avons obtenu également une abondante prolifération des cellules médullaires. Les modifications étaient seulement moins profondes, ce qui tient évidemment à ce que les toxines agissent moins énergiquement lorsqu’elles sont introduites tout d’un coup que lorsqu’elles se déversent progressivement.
En étudiant de plus près le processus histologique, on peut constater que les différentes espèces de cellules médullaires y prennent une part à peu près égale.
Les toxines du staphylocoque ne sont pas les seules qui agissent sur le tissu médullaire ; il en est de même quand on emploie la toxine diphtérique. Il se produit alors des proliférations considérables, portant surtout sur les cellules détaillé moyenne. L’aspect des coupes est tellement spécial qu’on arrive facilement à distinguer les moelles osseuses modifiées par la toxine diphtérique de celles qui ont subi l’influence des toxines staphylococciques.
Pour qu’on puisse saisir l’importance et l’étendue des modifications que présente la moelle dans les infections, il faut opérer sur des lapins assez âgés pour que ce tissu renferme peu de cellules et beaucoup de graisse, et employer la méthode des coupes qui seule peut donner une idée des profonds changements qui surviennent dans le tissu.
Les résultats obtenus en étudiant l’action de la toxine diphtérique nous ont conduits tout naturellement à étudier l’influence de
l’antitoxine. Or, en injectant sous la peau d’un lapin i centimètre cube de sérum antidiphtérique, on provoque encore une abondante prolifération de cellules; mais l’aspect des coupes n’est pas le même que chez les animaux intoxiqués : on retrouve toujours la disposition aréolaire et, ce qui est plus important, on constate que la prolifération porte surtout sur les petites cellules mononucléées, c’est-à-dire sur les lymphocytes.
Chez les animaux ayant reçu à la fois la toxine et le sérum, les modifications de la moelle forment un intermédiaire entre les deux types que nous venons d’indiquer.
L’action du sérum antidiphtérique sur la moelle est une action attribuable à l’antitoxine, car le sérum du cheval normal, bien qu’il provoque une légère prolifération des cellules, ne produit pas du tout les mêmes phénomènes.
On comprend les nombreuses déductions que comportent ces résultats touchant les moyens de défense contre les infections, le mécanisme de la leucocytose et de la phagocytose consécutive.
Action sur le tissu musculaire (CXI-CXVI).
S’il est intéressant de connaître les lésions que peuvent produire les microbes dans le foie, il est plus important d’être renseigné sur les modifications fonctionnelles des cellules hépatiques. C’est ce qui m’a engagé à étudier les variations de la glycogénie dans les maladies infectieuses.
Action sur la glycogénie (CXXVI, CXXXI, CXLII, CLXX).
On admet généralement que la fonction glycogénique est profondément entravée au cours des infections. Mais, cette hypothèse ne s’appuyant sur aucune recherche précise, j’ai abordé l’étude de la question. Il m’a semblé utile de déterminer comparativement les variations du sucre dans le sang et du glycogène dans le foie.
En opérant sur des lapins inoculés avec une culture charbonneuse, j’ai constaté que, pendant la période fébrile de la maladie provoquée, le glycogène hépatique oscille dans des limites normales : le sang renferme un peu moins de sucre que chez les animaux sains, mais les différences sont légères : on trouve 0,7 à 1 gramme au lieu de 1,25 à iP,4o p. 1000. A la deuxième période, quand apparaissent les symptômes graves, et surtout quand l’hypothermie vient remplacer l’hyperthermie, on voit le glycogène hépatique diminuer et disparaître; au contraire, le sucre augmente
Chez les animaux inoculés avec du streptocoque, tant que l’hy- • perthermie persiste, l’état général se maintient bon; le foie renferme de grandes quantités de glycogène et le sang contient du sucre en proportions normales. A la fin de l’infection, la température s’abaisse; en même temps le glycogène disparaît du foie et, contrairement à ce qui a lieu dans le charbon, le sucre disparaît du sang,
Ces résultats m’ont conduit à rechercher l’action que la bactéridie exerce sur le glycogène en dehors de l’organisme. J’ai reconnu que ce microbe sécrète un ferment qui saccharifie le glycogène; mais, dans les liquides où l’on a semé le microbe vivant, on ne trouve pas de glycose ; ce sucre est consommé au fur et à mesure qu’il se produit.
Ces résultats ont été confirmés par M. Etienne, qui a étudié ensuite l’action de divers microbes sur le glycogène. 11 a constaté notamment que le streptocoque n’attaque pas cet hydrate de
On peut conclure de ces faits que les variations de la glycogénie dans les infections ne relèvent pas simplement d’une action chimique exercée sur le glycogène par lés agents infectieux; le problème est beaucoup plus complexe et les effets dépendent plutôt des troubles survenus dans l’organisme. Retenons seulement que, jusqu’à une période assez avancée des infections, la fonction glycogénique reste intacte ; or, celle-ci variant parallèlement à l’action du foie sur les poisons, on peut conclure que la glande continue à protéger l’organisme contre les substances toxiques formées en excès au cours des maladies.
Pour mettre un peu d’ordre dans mon exposé, j’ai divisé les faits et j’ai étudié successivement les réactions symptomatiques au cours des infections, les localisations secondaires des processus infectieux, les inflammations non spécifiques, les infections primitives du système nerveux, l’apparition ou le réveil des névroses.
Ne pouvant insister sur les différents faits que j’ai rapportés, je citerai seulement les expériences qui m’ont permis de réaliser, pour la première fois, une myélite systématique d’origine infec-
Myélites expérimentales (LXXX, LXXXVI, CLXVI1).
On provoque très facilement des paraplégies chez les animaux en leur inoculant divers microbes. Mais les premiers observateurs qui étudièrent cette question ne purent déceler aucune altération dans les centres nerveux. Or, en inoculant à des lapins un streptocoque cultivé depuis six mois dans du sérum, j’ai réussi à déterminer une maladie, rappelant assez bien l’atrophie musculaire progressive et caractérisée anatomiquement par une poliomyélite antérieure. Des faits confirmatifs de mes recherches ont été publiés
par MM. Gilbert et Lion, Bourges, Vincent, Thoinot et Masselin, Widal et Besançon.
La maladie que j’ai déterminée survenait de deux à trois semaines après une inoculation intra-veineuse de streptocoque ; les muscles des membres postérieurs et des masses sacro-lombaires s’atrophiaient progressivement ; les pattes de devant et la tète restaient intactes. Il n’y avait pas de paralysie à proprement parler ; les animaux marchaient encore, mais leurs mouvements étaient incertains et maladroits.
A l’autopsie, on trouve les muscles considérablement diminués de volume. L’examen microscopique montre que les fibres sont réduites au tiers du diamètre normal ; les stries transversales sont peu nettes et, par places, ont complètement disparu ; le faisceau se présente alors sous l’aspect d’une masse homogène parcourue seulement par une striation longitudinale plus ou moins apparente. En même temps, on observe une abondante prolifération des noyaux du sarcolemme.
A l’œil nu, la moelle parait saine. Sur les coupes, on constate que les cornes antérieures ne sont pas atrophiées ; mais les cellules qu’elles renferment sont profondément atteintes. Au début, les lésions sont disséminées irrégulièrement, et, sur quelques points, au milieu de cellules dégénérées, on en trouve d’absolument normales ; à un stade plus avancé, toutes les cellules sont atteintes, au moins dans la région lombaire. Il se produit d’abord une tuméfaction du protoplasma, qui devient moins opaque et, au lieu de se colorer en rouge par le carmin, prend une teinte rose clair ; seul le noyau continue à se colorer en rouge. A un stade plus avancé, il se forme des vacuoles dans la cellule, qui, plus tard, devient incolore et transparente dans toute son étendue ; le noyau résiste encore, mais il finit par s’atrophier à son tour et par disparaître.
Malgré les altérations profondes des grandes cellules de la moelle, et peut-être à cause de la persistance des noyaux, le système nerveux périphérique reste indemne. Je n’ai pas trouvé de lésions en examinant les racines antérieures, les troncs nerveux ou les rameaux musculaires.
line et de la malléine, j’ai reconnu, avec M. Cadiot, que cette dermere préparation aetermine une abondante sudation ; la sueur apparaît sans qu’il se produise d’élévation thermique. Des recherches poursuivies sur des chats nous ont montré que la malléine, contrairement à la pilocarpine, agit en excitant les centres, car la section du sciatique supprime la sudation dans la patte énervée.
Pathogénie de l’œdème (CLXVI).
La ligature des trois veines de l’oreille, chez le lapin, ne provoque pas d’œdème ; mais, si on arrache en même temps le ganglion cervical supérieur du sympathique, un œdème se produit, qui disparaît en trois ou quatre jours. La section des nerfs sen-
Après avoir lié les veines, si l'on injecte sous la peau quelques gouttes d’une culture stérilisée de proteus vulgaris, il se produit ûn œdème considérable, tellement marqué, que l’animal ne peut plus relever l’oreille. Il va sans dire que nous avons fait la contreexpérience : l’injection d’une même quantité de bouillon, après ligature des veines, reste sans effet. Ces résultats peuvent servir à comprendre le mécanisme des œdèmes consécutifs aux phlébites. La simple oblitération veineuse est insuffisante : il faut l’action adjuvante des toxines sécrétées par le microbe qui a provoqué la coagulation.
parois de l’appendice : nous avons constaté qu’il se produit d’abord une nécrose en masse, des hémorrhagies interstitielles et des ulcérations folliculaires. A une période plus tardive, on ne trouve plus qu’un tissu fibrillaire infiltré de cellules rondes, réunies par places sous forme de nodules. Au début, bien que les lésions occupent toute 1 épaisseur de la paroi, les microbes ne se rencontrent que dans les parties superficielles.
La ligature incomplète de l’appendice, l’introduction d’un corps étranger même volumineux, ne produisent aucune altération.
Pour expliquer la production de l’appendicite par oblitération, on ne peut invoquer une exaltation des microbes intestinaux : l’expérience nous a montré, en effet, qu’ils s’atténuent. Nous pensons donc qu’il faut considérer la lésion comme étant d’origine toxi-infectieuse : la ligature empêche le rejet des produits secrétés
exercent sur les parois de l’intestin leur action pathogène.