LXXXVIII
Ayant établi que, dans certaines conditions, les cultures stérilisées du streptocoque prédisposent à l’infection de l’organisme par ce microbe, j’ai recherché quelles pourraient être, dans ce cas, les modifications du sérum. J’ai reconnu que son pouvoir bactéricide est considérablement diminué, de telle sorte que le streptocoque s’y développe bien plus rapidement que dans le sérum normal.
M. Courmont est arrivé à une conclusion analogue avec le staphylocoque ; Zagari et Innocenti, Canalis et Morpurgo, Gartner, Montuori, ont constaté de même que les diverses conditions, capables d'affaiblir la résistance des animaux, diminuent le pouvoir bactéricide de leur sérum.
Importance et signification des modifications humorales.
Les modifications chimiques qui se produisent sous l’influence de la vaccination portent-elles sur le sérum ou sur le sang, c’està-dire apparaissent-elles après la coagulation ou préexistent-elles dans l’organisme? Cette question a longuement préoccupé les expérimentateurs et soulevé plusieurs polémiques.
On peut faire remarquer qu’il serait vraiment étrange que l’action bactéricide, atténuante ou antitoxique du sérum variât parallèlement à l’état de résistance, sans aucun profit pour l’organisme. Ces propriétés apparaîtraient en dehors des vaisseaux quand elles sont devenues inutiles. Plusieurs faits tendent à prouver qu’il n’en est rien. D’abord, il est établi aujourd’hui que les substances actives passent dans les sécrétions, ce qui fait supposer qu’elles existent dans le sang. Du reste, l’expérience directe démontre que le sang, tel qu’il est dans les vaisseaux, possède au moins une action atténuante : c est ce que nous avons établi avec le sang de lapins vaccinés contre le streptocoque.
Il ne faut pas conclure cependant que les modifications humorales soient capables d’expliquer complètement le mécanisme de
l’immunité ou de la prédisposition. Nous croyons seulement que la phagocytose ne peut s’exercer que sur des microbes déjà affaiblis par les humeurs ; les cellules viennent alors achever la destruction des agents pathogènes. 11 ne faiit donc pas opposer l’une à l’autre les deux grandes théories de l’immunité ; mieux vaut chercher à les concilier. Si nous remarquons, de plus, que les humeurs sont des produits de sécrétion des cellules, nous trouverons encore un point de contact entre les deux conceptions qui, au premier abord, paraissent diamétralement opposées.