‹ Exposé des travaux scientifiquesChapitre 11 sur 38 · XVI · texte numérisé non relu

XVI

Fonction orégogèhe du corps thyroïde.

Communication faite à la Société de biologie, *6,février 1907.

C’est la.1 fonction-d’éveil ou de réveil des divers appétits. Dans .deux nouveaux, cas, .la; faim-a, été provoquée par le traitement thyroïdien : 1“ chez une jeune fille.de douze ans qui, sous

l’influence d’un appétit d’ogresse, a gagné, en quarante jours de traitement, 4 te, ,4oo; 2° chez une fillette de cinq ans et demi, à qui io cachets firent gagner 6oo grammes en une semaine.

En second lieu, le corps thyroïde agit sur l’appareil cérébral, fait naître la curiosité, le goût pour l’étude.

L’appétit sexuel se trouve à son tour influencé, comme nous l’avons observé chez un rhumatisant chronique, amélioré par la thérapie thyroïdienne. Les hyporexies, combattues par le traitement, relèvent de l’hypothyroïdie. Dans l’ofthothyroïdie, la glande •règle ces divers appétits. (Fonction orégogène.)

Constipation et hypothyroïdie.

Communication faite à la Société de biologie, i3 avril 1907.

61 cas de constipation essentielle ont subi avec succès la médication thyroïdienne. Le-plus jeune sujet avait trois ans-; et demi, le plus âgé 73 ans.

, . La constipation, symptôme essentiel- dans .7 cas,.aCcessdif!e dans les autres observations, remontait souvent à l’enfance ; elle a disparu parfois dès l’administration des premiers cachets, ou bien elle a nécessité 53, 70 et 90 cachets; elle a cédé pendant le traitement pour reparaître parfois ultérieurement;- dans certains cas, elle'a disparu définitivement (guérison datant de dix-huit mois).

Les sujets traités présentent une forme d’hypothyroïdie: migraines, rhumatisme chronique, hypothyroïdie bénigne, etc., etc. Le traitement, en même temps qu’il agit sur la constipation, améliore d’autres altérations du tempérament.

Corps thyroïde et intestin.

Communication faite à la Société de biologie, 20 avril 1907

La thyroïdine, qui agit surtout contre la constipation, est capable de provoquer des troubles intestinaux. Ils sont comparables à ceux qui se produisent spontanément dans la diarrhée paroxystique de la maladie de Basedow et dans la diarrhée nerveuse.

Inversement, l’ingestion de corps thyroïde peut faire disparaître une diarrhée chronique (quatre exemples). Il y a là une action régulatrice, que le corps thyroïde exerce sur d’autres fonctions physiologiques, et qui, en ce qui concerne l’intestin, n’est pas particulière au corps thyroïde.

On peut penser qu’il s’agit dans ce cas d’une action excitatrice, qui agit sur le système neuro-musculaire de l’intestin.

Intestin thyroïdien et ion-calcium.

Communication faite à la Société de biologie, 27 avril 1907.

Sabbatani a montré que l’ion-calcium possédait unë fonction biologique modératrice. Les sels de calcium diminuent la contractilité et l’irritabilité musculaires.

Inversement, il résulte des travaux de Loëb, de Mac Callum, que tous les sels de sodium décalcifiants produisent l’hyperexcitàbilité de tout le système neuro-musculairè, y compris celui de

Si l’on applique ces données à la constipation et à la diarrhée thyroïdienne, on peut admettre que la constipation, liée à la dépression neuro-musculaire, est due à une concentration proto-

plasmique de l’ion-calcium, et que la diarrhée a pour origine une diminution de la concentration.

Cette conception se rattache à une série d’autres notions en rapport avec la fonction calcifiante du corps thyroïde (développement du squelette, consolidation des fractures, coagulabilité du sang; emploi thérapeutique du calcium dans certains paroxysmes, tels que l’urticaire, etc.).

Nous étendons, par l’influence du métabolisme du calcium, la même fonction du corps thyroïde aux troubles imputables à la neurasthénie et au nervosisme. Nous supposons une association des troubles hépato-thyroïdiens pour expliquer certains syndromes d’hypo, d’hyper, ou de dyscalcification.

Fonction trichogène du corps thyroïde : signe du sourcil.

Communication faite à la Société de biologie, n mai 1907.

Le corps thyroïde exerce sur l’appareil pileux une influence manifeste dans le myxœdème spontané, congénital ou acquis, dans le myxœdème opératoire et chez les animaux thyroïdectomisés. On la retrouve encore dans l’insuffisance thyroïdienne à des degrés divers (syndrome d’Hertoghe, infantilisme, hypothyroïdie minima).

Inversement, dans l’insuffisance ovarienne, qui s’accompagne d’hyperthyroïdie, on observe souvent un développement pileux exagéré; en manière de thérapeutique, l’opothérapie thyroïdienne a une influence favorable sur l’appareil pileux.

Dans l’alopécie, lorsqu’elle n’est pas liée à des lésions locales (grossesse, affections générales, syphilis), il y a lieu de tenir compte de l’hypothyroïdie.

Parmi les troubles de l’appareil pileux, nous insistons sur la raréfaction des sourcils à leur partie externe, liée à la kératose pilaire (Hertoghe), ou à des troubles de développement. Ce signe —

signe du sourcil — est parfois héréditaire, souvent familial et proportionnel au degré d’hypothyroïdie. Indice d’insuffisance thyroïdienne, il acquiert d’autant plus d’intérêt, qu’il est associé à l’œdème permanent ou transitoire.

Insuffisance thyroïdienne ; huit cas de myxœdème incomplet.

Communication faite à la Société médicale des hôpitaux,

17 mai 1907.

Huit observations d’insuffisance thyroïdienne, qui montrent qu’entre le myxœdème fruste, qui se rattache au grand myxœdème, et l’état de santé, on peut, en étudiant l’évolution de certains cas, et en les replaçant dans la famille, noter tous les intermédiaires : myxœdème fruste, infantilisme, insuffisance de développement physique et mental, hypothyroïdie bénigne chronique (neurasthénie, arthritisme), hypothyroïdie paroxystique, hypothyroïdie minima.

Comme l’œdème peut apparaître tardivement, et disparaître spontanément, comme il peut, sous l’influence du traitement, être transitoire ou paroxystique, il convient de substituer à l’expres-. sion de « myxœdème » celle d’« insuffisance thyroïdienne avec ou sans myxœdème ».

Petits incidents du traitement thyroïdien : nervosisme expérimental.

Communication faite à la Société de biologie, 18 mai 1907.

Si l’on suit certaines règles dans l’application du traitement thyroïdien, on peut se mettre à l’abri d’accidents qui, en fait, reproduisent seulement quelques symptômes du nervosisme (nervosisme expérimental). Ces symptômes se retrouvent dans la maladie

dc Basedow; mais, lorsqu’ils sont produits par un traitement thyroïdien trop violent, ils sont moins accentués, plus dissociés et plus fugaces.

On peut supposer que les émotions déterminent certaines manifestations du nervosisme par l’intermédiaire du corps thyroïde. D’autre part, la thyroïdine à petites doses, peut faire disparaître tous les symptômes qu’elle est en mesure de produire.

Sur un cas de myopathie progressive ou de myatonie, amélioré par l’opothérapie hypophysaire.

Communication faite à la Société de neurologie, 6 juin 1907.

Présentation d’une fillette de sept ans, atteinte, depuis l’année igo 5 , d’une impotence complète des membres inférieurs et d’une lipomatose segmentaire, étendue de la région thoracique inférieure jusqu’aux creux poplités. Les traitements ovarien et thyroïdien, appliqués pendant quatre et cinq mois, ne produisirent aucune amélioration. L’opothérapie hypophysaire, par contre, commencée au mois de février, fut suivie d’une amélioration progressive et considérable de l’impotence et de la disparition de la lipomatose.

Ce cas montre les rapports qui peuvent exister entre l’hypophyse et le système musculaire; il pose la question des troubles glandulaires associés (dysendocrisies complexes).

Contribution au nervosisme hyperthyroïdien : hyperthyroïdie cardio-bulbaire.

Communication faite à la Société médicale des hôpitaux,

5 juillet 1907.

Observation d’une femme de cinquante-cinq ans, devenue nerveuse depuis quatorze ans, affectée de battements de cœur depuis

dix ans, et qui présente depuis deux ans des crises nocturnes, d’ « affolement bulbaire ». Ces symptômes se sont améliorés à la suite de l’ingestion de petites doses de thyroïdine.

Pour rattacher'Ces crises à l’hyperthyroïdie, on peut s’appuyer sur la reproduction de ses éléments constitutifs et de la crise ellemême, par le thyroïdisme alimentaire; les battements de cœur représentent la forme la plus atténuée du cœur thyroïdien.

Les causes de l’hyperthyroïdie Ont été, chez cette malade, le surmenage, les émotions profondes et répétées, survenues au moment de la ménopause.

Une deuxième observation, est celle d’un homme de trentequatre ans, réformé pour un rétrécissement mitral avec crises d’angor pectoris névropathique, survenant presque quotidiennement depuis treize ans, et guéri par l’ingestion de thyroïdine à petites doses. Le nervosisme hyperthyroïdien, comme certains cas de ptaladie de Basedow, semble bénéficier de thyroïdine, administrée à faibles doses.

Ecréma et dermatoses prurigineuses. Chlorure de calcium.

Corps thyroïde.

Communication faite à la. Société de biologie, 3 o novembre 1907.

Pour confirmer -un Cas de MM. Parhon et Papinian, nous donnons l’observation d’une jeune fille hypothyroïdienne, transformée par le traitement thyroïdien. Cette malade, atteinte d’un eczéma chronique, a été guérie progressivement grâce à la médication thyroïdienne. D’autres dermatoses (urticaire, prurit) bénéficient à la fois du traitement par l’extrait thyroïdien et le chlorure de calcium. Le corps thyroïde agit, dans ces cas, par son action sur le métabolisme du calcium. Le chlorure de calcium agit comme

Essai sur le nervosisme thyroïdien. Formes cliniques.

Communication faite au Congrès de Genève, août 1907. Revue d’hygiène et de médecine infantiles, VI, 1907; p. 3 o 5 et 417.

Comme l’a été pendant longtemps l’hystérie, le nervosisme est, actuellement, une sorte de capharnatim, où l’on entasse confusément des faits cliniques disparates. Lorsque des symptômes ne se rapportent pas à une maladie organique, lorsqu’on ne peut pas les faire entrer dans le cadre de l’hystérie, de la neurasthénie, de la folie du doute, etc., on les déclare d’ordre nerveux. Dès lors, le mot nervosisme s’applique indistinctement à tout défaut de régulation dans les processus réflexes élémentaires, psychiques ou organiques (Claude).

En réalité, s’arrêter au diagnostic de nervosisme , c’est faire une constatation qui manque à la fois de précision et d’intérêt.

Le système nerveux, qui exerce une fonction régulatrice générale, est soumis, lui aussi, à une régulation à laquelle concourt l’harmonie des glandes à sécrétion interne, et qui s’effectue par l’intermédiaire des échanges organiques. Parmi les glandes endocrines, qui ont une action puissante sur l’équilibre nerveux, celle qui joue le rôle le plus important, est assurément le corps thyroïde.

Les relations entre les maladies thyroïdiennes et le système nerveux n’ont point échappé aux médecins, tout au moins en ce qui concerne les types extrêmes.

Il faut envisager : i° le fonctionnement quantitatif du corps thyroïde : hyperthyroïdie, hypothyroïdie, avec ses variations dans les deux sens .(instabilité thyroïdienne); 2° les troubles qualitatifs : dysthyroïdie avec hyperthyroïdie, et certains syndromes paroxystiques du neuro-arthritisme.

Les associations possibles des troubles glandulaires aboutissent à des formes complexes du nervosisme, utiles à considérer. Ensuite se pose la question des rapports du nervosisme thyroïdien et de l’hystérie. Enfin, un chapitre consacré au nervosisme sexuel, synthétisera l’ensemble des formes que nous avons étüdiées en détails.

i. — Nervosisme hyperthyroïdien.

L’existence du nervosisme hyperthyroïdien s’appuie sur des faits expérimentaux observés chez l’animal et dans l’espèce humaine. Il faut rappeler :

i° Le chien de MM. Gilbert-Ballet et Enriquez, qui, à la suite d’injections de corps thyroïde, devenait très méchant, poussait des aboiements continuels, mordait avec acharnement les barreaux de sa cage. Le pouls montait jusqu’à 175, la température à 3 ()°, 5 . On nota en outre l’éclat du regard ;

2° Le mouton de MM. Chantemesse et Marie qui, sous l’influencé d’injections de fortes doses de corps thyroïde, était devenu irascible,

1 intraitable, cherchait à briser les parois de sa cage. En même temps il maigrissait.

Toute une série de cas de « nervosisme expérimental » se renccntrent dans l’espèce humaine :

Un jeune fille de dix-sept ans, après avoir absorbé 175 cachets de corps, thyroïde, eut son tempérament modifié. Elle fut prise d’excitation avec gaité, rires explosifs, fou rire, sommeil agité, pouls entre 40 et 100. Ses yeux étaient devenus brillants;

Dans un autre cas, 5 cachets de corps thyroïde à o er ,ro déterminèrent une surexcitation cérébrale désagréable, des colères, des crises de larmes, des points douloureux. Ultérieurement, un seul cachet de o« r ,io a provoqué des battements violents, de l’insomnie, des crises de larmes, de l’hypersthénie cérébrale.

On peut relever d’autres exemples (apparition d’un tempérament batailleur, chaleurs, insomnie, thermophobie).

Byrom Branwel a vu survenir le thyroïdisme chez un nourrisson qu’allaitait sa mère, atteinte de goitre exophtalmique, et traitée

par le corps thyroïde. Cramer a observé, sous cette influence, du collapsus nerveux avec angoisses très pénibles. Krokiewicz a noté, à la suite de la thyroïdothérapie chez une myxœdémateuse, le pouls montant à 180 pulsations, avec surexcitation nerveuse générale, des troubles vaso-moteurs. Bandler a utilisé le corps thyroïde à titre expérimental, à la suite de l’ablation des ovaires; il a exagéré les troubles nerveux préexistants.

-La thyroïdine peut donc conduire à l’hyperthyroïdie. Les symptômes observés sont alors des phénomènes de nervosisme banal qui rappellent le syndrome de Basedow. On ne saurait les distinguer. « Ce sont tous des phénomènes d’hyperthyroïdie. »

De même qu’une hyperthyroïdie légère provoque un état de nervosisme ou de Basedow fruste, une hyperthyroïdisation intense peut donner naissance à une maladie de Basedow complète. 11 n’y a donc entre le Basedow fruste (nervosisme) hyperthyroïdien et la maladie de Basedow hyperthyroïdienne, qu’une différence de degré.

Les phénomènes produits par l’expérimentation permettent d'interpréter des cas semblables d’ordre clinique.

i" Hyperthyroïdie nerveuse minima. — Dans une première observation,' une hyperthyroïdie minima continue chez un homme de soixante ans, se traduit par la rapidité de tous ses actes (intelligence plus active, mouvements plus accélérés), le bon fonctionnement intestinal, la soif vive. Le sujet est en outre glycosurique. Il présente une véritable hypertrichose sourcilière, et de l’exophtalmie. Sa sœur a-une maladie de Basedow.

Le second cas concerne une jeune femme nerveuse depuis son accouchement. En même temps, elle maigrit, elle a du tremblement, des palpitations, un pouls à 120. Les sourcils sont accusés, les yeux saillants.

Dans d’autres cas, l’hyperthyroïdie minima est paroxystique, comme le prouve l’observation d’une jeune femme nerveuse qui se plaint d’insomnie. L’examen clinique montré qu’elle a maigri, malgré un fort appétit, qu’elle éprouve un grand besoin de se déplacer; elle a des chaleurs, de l’angoisse, etc. Tous ces symptômes

ont apparu à la suite d’émotions et de fatigue. Plus tard, on note du spasme œsophago-pharyngé.

L’influence des émotions peut se traduire chez les sujets nerveux par un syndrome basedowiforme qui est souvent l’hyperthyroïdie minima paroxystique.

2° Hyperthyroïdie bénigne chronique. — Le premier cas est celui d’une malade de vingt-neuf ans qui a toujours èu des peurs morbides. Elle vient consulter pour de la strangulation, et présente une hypertrophie du lobe droit du corps thyroïde. Elle est sujette à des crises de battements de coeur, parfois avec angoisse; elle a eu des accès fébriles qui ont duré pendant plusieurs mois. L’hyperthyroïdie est en rapport ici- avec de. l’insuffisance ovarienne. Dans ce cas, le nervosisme permet de conclure à du Basedow fruste.

La fièvre qui apparaît le soir pendant plusieurs mois chez une malade, peut faire penser à un début de bacillose pulmonaire. Le diagnostic peut être, en effet, soit un Basedow fruste, soit un début de tuberculose.

Autre exemple d’hyperthyroïdie bénigne chronique : taille élevée, battements de cœur, sensations de chaleur, fou rire, migraines, crises nerveuses.

L’hyperthyroïdie bénigne chronique, « disséminée » dans les cas précédents, peut être « localisée » et donner lieu à des syndromes qui méritent une dénomination particulière, comme nous l’avons signalé dans deux cas d’hyperthyroïdie cardio-bulbaire, présentés à la Société médicale des Hôpitaux de Paris. (Migraine hyperthyroïdienne.)

La nature hyperthyroïdienne des formes précédentes s’appuie sur le thyroïdisme expérimental. La glycosurie a des relations (Lorand) avec l’hyperthyroïdie, mais elle est due à d’autres troubles glandulaires.

3 ° Basedow fruste. — Le thyroïdisme alimentaire réalise le Basedow fruste, comme dans le cas de M. Marie • cette observa-

tion permet d’interpréter les faits observés en clinique, en particulier quand il s’agit de nervosisme sexuel.

4° Basedow hyperthyroidien . — L’ingestion de thyroïde en excès reproduit la maladie de Basedow dans l’espèce humaine. Des cas nombreux ont été rapportés par Béclère, Notthaft, Boinet, Cavazzani. L’origine hyperthyroïdienne de la maladie de Basedow se retrouve dans les goitres basedowifiés, à la suite du massage vibratoire d’un goitre (Brieger) et sous l’influence de l’administration d’iode dans un cas de goitre (Rcemheld). De tous ces faits, on peut conclure que certaines observations de maladie de Basedow représentent un maximum d’hyperthyroïdie, et l’on peut rattacher l’état normal au Basedow hyperthyroïdien par une série d’états nerveux d’aspect et d’intensité différents.

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