LE RADIUM LA RADIUM THÉRAPIE ET LE CANCER
Le 26 décembre 1923, l’Université de Paris fêtait, dans le grand Amphithéâtre de la Sorbonne, le vingt-cinquième anniversaire de la découverte du radium. A l’occasion de cette solennité scientifique, nous avons eu l’honneur d’offrir un dîner aux personnalités scientifiques les plus marquantes de la France et de l’Étranger. En adressant quelques paroles de bienvenue à M m ” Pierre Curie, nous avons rappelé dans quelles conditions nous avions été amené à nous occuper du radium et de la radiumthérapie.
Nous nous contenterons de reproduire ici quelques passages de cette improvisation, qui fixeront d’une façon plus nette qu'un récit détaillé, le point de départ d’une œuvre scientifique et humanitaire, à laquelle nous avons travaillé pendant près de quinze ans.
« ... Ne voyez devant vous, Mesdames et Messieurs, qu’un ami de la science et des savants, un ami qui se félicite simplement de
pouvoir se compter parmi les premiers qui, n’étant ni physiciens ni chimistes, ont été captivés d’emblée par les multiples applications du radium et de ses émanations.
Ce serait manquer au devoir le plus strict que de ne pas évoquer aujourd’hui le souvenir d’un maître disparu, le professeur Alfred Fournier. Ce grand clinicien, pendant de longues années, nous a témoigné une affection toute paternelle et nous a prodigué les conseils les plus éclairés. Enthousiasmé, lui aussi, par les résultats obtenus dans le laboratoire de M. et de M“ Curie, il nous parla le premier d’un traitement possible du cancer par le radium. Il y a près de vingt ans, le professeur Alfred Fournier nous dit un matin, avec une ardeur mal contenue : « Ën Autriche et en Angleterre, on réalise des miracles avec le radium. Hélas! nous n’en avons pas! 11 coûte trop cher... Mon élève Dominici voudrait s’occuper de. la question chez nous. Quel bonheur si vous pouviez nous trouver un peu de ce précieux produit ! »
Les paroles si vibrantes, si persuasives du professeur Fournier nous impressionnèrent profondément. Nous résolûmes de procurer du radium à Dominici. Mais la chose n’était pas précisément facile. A force de recherches et de sollicitations, en Angleterre, en Autriche, nous en trouvions enfin 5 milligrammes, plus tard 25 milligrammes; enfin, après quelques mois, 25 centigrammes. Dominici reçut une partie de la rarissime substance; le reste fut remis à notre ami, le professeur Pierre Delbet.
Nous suivîmes de près les travaux de Dominici, et bientôt la radiumthérapie acheva de nous conquérir. Avec Dominici, que la mort a prématurément arraché à ses malades et à ses amis, nous Organisions la première consultation gratuite pour les affections cancéreuses, dans un modeste pavillon de la rue Pergolèse.
L’intérêt soulevé par les premiers résultats thérapeutiques eut pour conséquence la nécessité de disposer, sans attendre, de quantités plus importantes. 11 fallut bientôt faire un nouvel et plus grand effort pour obtenir une quantité convenable de ce bromure de radium, que se disputaient avec acharnement les laboratoires d’Autriche, d’Angleterre et d’Amérique. Au dire des
informateurs autorisés, on avait besoin d’un demi-gramme au moins, sinon pour guérir, du moins pour soulager un nombre sérieux de cancéreux. Or, Ü fut impossible d’en importer, même la plus faible quantité. Il fallait, ou bien s’en passer, ou le produire en France. C’est pour répondre à cette nécessité que fut organisé le laboratoire de Saint-Denis, où s’installèrent des techniciens compétents, au dévouement et au zèle desquels nous sommes heureux de rendre ici le témoignage de reconnaissance qu'ils méritent.
Le minerai disponible fut du minerai portugais, d’une teneur bien inférieure à celle de la pechblende et des minerais récemment découverts au Congo. 11 nè fallait pas moins de quatre-vingt wagons de io tonnes pour produire i gramme de bromure de radium... 800 tonnes! 800 millions de grammes! pour produire r gramme! N’est-ce pas une image saisissante de l’obstination humaine qui, à travers l’infinité des phénomènes, arrive à isoler le fait crucial qui vérifiera l’hypothèse du chercheur? Entêtement si vous voulez... L’entêtement peut parfois être un titre; C’est le seul que nous osons revendiquer dans l’histoire du radium et de la radiumthérapie; mais nous y tenons.
Au surplus, nous ne faisions guère que suivre de notre mieux l’exemple de M. Armet de Lisle qui, gratuitement, pendant plusieurs années, a traité dans son usine de produits chimiques de Nogent, les résidus de pechblende, mis à la disposition de M. et de M 1 " 0 Curie par le gouvernement austro-hongrois. M. Armet de Lisle produisit ainsi plus d’un gramme de radium. C’est ce gramme que M“> Curie donna à l’Institut du Radium en novembre
Cependant les chirurgiens s’occupaient activement du traitement du cancer. Parmi eux se trouvait un de nos maîtres, trop tôt disparu, le professeur Paul Poirier. Avec le concours de ses amis et de ses élèves, il fondait cette société savante qui porte le nom d’Association française pour l’étude du Cancer, et que préside aujourd’hui, avec tant d’autorité, le professeur Pierre Delbet.
Telles furent les premières organisations scientifiques suscitées
par les découvertes de M. et de M m “ Curie; ce fut une des plus grandes joies de notre vie que de leur avoir donné notre concours.
La guefre survint, et il fallut, hélas 1 arrêter les travaux entrepris. Pourtant, bien avant l'armistice, le laboratoire de Saint-Denis réussit à reprendre son activité, de sorte qu’il nous fut possible dé mettre à la disposition du Service de Santé militaire environ i gramme de bromure de radium (1917).
En 191O M. le docteur Roux, directéur de l’Institut Pasteur, conçut l’heureuse idée d’adjoindre à l’Institut du Radium, créé en 1914, un service spécial de radiumthérapie à l’hôpital Pasteur, afin d’étendre largement les bienfaits de la radiumthérapie et de la roentgenthérapie, dont les résultats en thérapeutique anticancéreuse devenaient chaque jour plus manifestes. Ce service utilisa le gramme de radium préparé à Saint-Denis (donné par nous à l'Institut du Radium après l’armistice), en même temps que celui de M” Curie (1). »
Nos travaux sur le radium et la radiumthérapie peuvent se diviser en trois parties, que nous nous proposons de résumer
A. Fondation d’une usine de traitements chimiques pour produire en France des quantités importantes de radium;
B. Fondation d’un laboratoire de recherches et de consultations gratuites pour les malades atteints de cancer (Villa Dupont, rue Pergôlèse) placé sous la direction du docteur Dominici;
C. Contribution à la Fondation Pierre-Curie (Dispensaire pour le traitement des affections cancéreuses).
Nous devons ajouter que, pendant les hostilités, nous avons mis à la disposition du Service de Santé militaire 1 gramme de bromure de radium, préparé par la Société de Traitements chimiques. Ce gramme de radium a permis d’organiser, d’abord au Grand-Palais, puis à Bordeaux, le traitement d’un nombre impor-
tant de blessés atteints, soit de troubles trophiques et nerveux, soit de cicatrices vicieuses.
Vers la fin des hostilités, la radiumthérapie a été appliquée dans certains hôpitaux de l’intérieur au traitement de malades atteints de lésions cancéreuses. Les observations recueillies par M”' la doctoresse Laborde, au Grand-Palais, ont été publiées par elle; elles permettent de se rendre compte des résultats obtenus.
Fondation de la Société de Traitements chimiques.
(pour la production du radium.)
En 1910, comme nous désirions étudier méthodiquement l’action thérapeutique du radium, nous avons cherché à nous procurer une quantité suffisamment importante de la précieuse substance.
Il nous fut impossible de trouver dans le commerce seulement quelques milligrammes de radium. Aussi nous décidâmes, sur la proposition de M. Paul Besson, d’utiliser lés procédés de M. A. Muguet pour le traitement des minerais pauvres, qui, à cette époque, étaient les seuls dont on pouvait se procurer un tonnage inté-
Jusqu’en 1910, la seule source de radium était constituée par la Pechblende de Bohême, dont les principaux gisements, ceux de Saint-Joachimsthal, appartenaient au gouvernement autrichien, -qui les exploitait. Ces gisements n'avaient, du reste, qu’un rendement très faible; ils permettaient à peine la préparation d’un gramme de bromure de radium par an.
Des terrains uranifères, granits imprégnés de paillettes d’Autunite (phosphate d’urane et de chaux) venaient d’être découverts au Portugal. Mais les méthodes d’extraction du radium, appliquées au
traitement des pechblendes, riches de 100 à i 5 o milligrammes de radium-élément par tonne, ne donnèrent que des déboires à ceux qui les utilisèrent pour le traitement de ces terres uranifères, qui | contenaient de i à 2 milligrammes de radium par tonne.
La nouvelle méthode permettait de traiter de grosses quantités, dans des conditions industrielles.
Cette décision eut une importance considérable, encore ignorée à l’heure actuelle de beaucoup de personnes, même initiées. Non seulement, elle conservait à la France l’industrie du radium, mais elle entraînait quelques années plus tard une seconde création, la « Fondation P. Curie ». Nous nous sommes rendu compte, en effet, que pour arriver à un résultat certain, il était indispensable de disposer de gros moyens. Nous créâmes aussitôt après la guerre, cette nouvelle oeuvre d’assistance, qui devait fournir à l’Institut du Radium les moyens d’action nécessaires.
La Société anonyme de Traitements chimiques, formée à la fin de 1910, a produit 3 grammes de bromure en trois ans, avec un matériel d’essai et de mise au point.
Cette première installation, agencée dans un local de 3 o mètres sur i 3 mètres, comprenait : un logement de garde, un bureau, les laboratoires de chimie et de physique, le laboratoire de fractionnement et le matériel, de traitement. On y produisit plus d’un gramme par an, quantité qui n’avait, peut-être, jamais été obtenue jusque-là.
A la suite de ces premiers succès, une importante usine, , capable de fabriquer de 10 à 20 grammes de radium par an, fut mise en marche en mai 1914, à L’Ile-Saint-Denis. Trois mois après, pendant le mois de juillet 1914, elle produisait déjà 750 milligrammes.. La guerre vint arrêter son exploitation en plein essor.
La fabrication fut reprise en igi 5 , au milieu de difficultés de toutes sortes, dans le but de confier une certaine quantité de radium au Service de Santé militaire pour le traitement des blessés. A cet effet, trois centres de radiumthérapie furent créés, à Paris, à Lyon et à Bordeaux. Ils se partagèrent une quantité totale de 1 gramme de bromure de radium.
En 1916, 1917 et 1918, des produits lumineux au radium furent fournis à l’armement.
Pour cet emploi, une feuille lumineuse a été inventée à la Société, pour utiliser le maximum de rendement utile.
Ces produits lumineux, soit feuilles lumineuses découpées, soit sulfures de zin'C phosphorescents, appliqués au moyen de vernis, ont été utilisés de maintes façons diverses : appareils de pointage, niveaux lumineux, altimètres, thermomètres, boussoles, compas et autres instruments de bord pour l’aviation et la marine ; indicateurs de direction pour les tranchées et pour les bateaux en cas de torpillage, etc...
Ceci montre la part importante qui fut prise par la Société anonyme de Traitements chimiques en vue de la Défense nationale.
Enfin, depuis 1919, la fabrication s’est améliorée au fur et à mesure des facilités d’approvisionnement, des transports, etc... Cependant, elle n’a pu, malgré nos efforts, reprendre son activité
En 1919, le radium prêté au Service de Santé militaire a été donné par nous, comme première provision, à l’Institut du Radium.
Dans ces dernières années, M. Muguet, en continuant ses recherches, commencées dès 1913, a utilisé ses méthodes modifiées pour traiter les nouveaux minerais, découverts à Madagascar. La Société Anonyme de Traitements Chimiques traite actuellement la totalité des bétafites et autres euxénites tirées de file.
Ces minerais, identifiés par M. le professeur Lacroix, et décrits d’une façon magistrale dans son bel ouvrage intitulé : Minéralogie de Madagascar (Challamel, éditeur), consistent en uné série d’euxénites, dont les variétés les plus caractéristiques ont reçu les noms des localités où elles ont été rencontrées pour la première fois. C’est ainsi que l’on' a les bétafites, les samirésites, les ampangabéites, etc... Ce sont, en général, des niobates d’uranium, et d’autres corps tels que : le titane, le tantale, et la série des
Leur teneur, qui varie entre 10 et 5 o milligrammes de radium-
élément par tonne, montre tout l’intérêt que présentent ces minerais pour l’avenir.
Un décret du 6 août 1922, publié au Journal Officiel du 26 août, a prohibé l’exportation de ces minerais pour les pays autres que la France.
On peut donc dire que notre initiative a su maintenir en ' France l’industrie du Radium et, si Madagascar nous donne les quantités de bétafites que nous espérons, nous pourrons reprendre la première place parmi les producteurs de radium, place qui nouàl! a été enlevée par les Américains, grâce à leur carnotite du Colorado, et par les Belges, grâce à leur minerais très riches du
Centre de recherches anticancéreuses de la Villa Dupont.
(Services du docteur Dominici.)
En 1912, nous avions créé à notre hôpital de la rue Marcadet un service de radiumthérapie, doté de divers appareils radifères,. tubes ou plaques émaillées, contenant plusieurs centaines de milligrammes de radium. Cette quantité, déjà importante de radium, avait été obtenue dans l’usine de la Société Anonyme de Traitements chimiques. La direction de ce service avait été confiée au docteur Dominici. Pour étendre à un plus grand nombre de malades les bienfaits du traitement par le radium, nous avons décidé que nos appareils seraient utilisés dans d’autres hôpitaux de Paris. C’est ainsi qu’au cours des années 1912 et igi 3 , de nombreuses applications thérapeutiques de radium ont été faites par les docteurs Dominici et Chéron, tant à l’hôpital Henri de Rothschild, qu’à La Salpêtrière, à Cochin, à Saint-Antoine, à Beaujon et à La Pitié. En même temps, ces éminents spécialistes poursuivaient, dans les laboratoires de l’hôpital Henri de Rothschild, leurs études et leurs recherches sur la technique radiumthérapique et les diffé-
rents modes d’application du radium, qui ont amené notamment l’utilisation, aujourd’hui classique, des appareils dits « Tubes de Dominici ».
Dans le but de faciliter et de développer ces études et ces recherches, et pour mettre nos collaborateurs en possession de moyens ^'investigation plus puissants, nous avons décidé, en 1912, d’instituer à Paris, rue Pergolèse, villa Dupont, 29, un laboratoire de recherches scientifiques plus important, mieux outillé et mieux adapté aux multiples travaux des radiumthérapeutes. On organisa, avec une salle de consultations, un laboratoire de chimie; un laboratoire d’histologie, un laboratoire de physique et un laboratoire de photographie, tous dotés des installations, appareils et moyens d’étude les plus perfectionnés et les plus complets. De plus, pour ne pas limiter au seul radium, produit rare et fort coûteux, les recherches à entreprendre, nous avons tenu à mettre à la disposition des médecins et savants, admis à travailler dans le nouvel établissement, une certaine quantité d’autres produits radioactifs, notamment du mésothorium.
Nous avons dû consacrer à l’installation et à l'organisation de ces laboratoires des sommes importantes; nous avons continué à en assurer l’entretien et toutes les dépenses annuelles. Nous avons contribué, en outre, à la publication des travaux, clichés, figures, dessins, etc..., que les docteurs Dominici, Chéron, Ostrowsky, Rubens-Duval, Oppert, MM. Faivre et Bader ont pu entreprendre et poursuivre, soit dans notre hôpital, soit dans les différents hôpitaux de l’Assistance publique.
Les principaux travaux, entrepris dans ces Conditions, ont porté notamment sur : les modifications histologiques du tissu des tumeurs et des tissus tuberculeux sous l’influence du rayonnement du radium; la permanence, dans l’organisme des animaux, des sels de radium solubles, ou insolubles, et leur élimination ; le traitement des tumeurs malignes ou bénignes, des lésions tuberculeuses externes, du rhumatisme articulaire, des affections gynécologiques, par le rayonnement du radium, l’émanation ou les injections de sels de radium ; le processus histologique de la régression des tumeurs, des
lésions tuberculeuses, ou d’autre nature, sous l’influence du rayonnement du radium; les modifications de la nutrition de l’homme, à l’état normal ou à l’état pathologique, sous l’influence de l’émanation ou des injections dé sels de radium ; l’étude comparative de l’absorption du rayonnement du radium par les écrans de métaux denses et par les tissus vivants, à l’état normal et à l’état pathologique; l’action dès poisons tuberculeux sur les organismes vivants,
Un grand nombre de ces travaux ont fait l’objet, soit de publications, soit de communications à l'Académie de Médecine, à l’Académie des Sciences, à la Société de Chirurgie, à la Société de Biologie, etc.
Dons de radium à l’Institut du Radium et Fondation de l’Institut P. Curie pour les recherches anticancéreuses et le traitement des affections néoplasiques.
Au début de 1919, nous avons pu donner à l’Institut du Radium environ un gramme de bromure de radium, destiné au traitement des malades, fabriqué à l’usine de la Société des Traitements chimiques de L’Ile-Saint-Denis. En même temps, nous avons contribué à l’aménagement du local où ce radium devait être mis en solution, dans le but d’en préparer régulièrement l’émanation, et assuré un traitement annuel au personnel chargé, d’une part, de cette préparation, d’autre part, de l’étude histologique des cancers traités. Cette première donation déterminait la création, au Laboratoire Pasteur de l’Institut du Radium, d’un service spécial pour la radiumthérapie du cancer.
A la fin de cette même année, en raison des résultats obtenus, et de l’organisation — la première en France — réalisée à l’Hôpital Pasteur (juillet 1919) pour l’hospitalisation et le traitement curiethérapique des cancéreux, nous avons résolu d’attribuer exclusivement à l’Institut du Radium la totalité du capital (envirdn 2.3oo.ooo francs) et ses revenus, complétés à 200.000 francs par ân pendant dix ans, d’une fondation scientifique, instituée aussitôt après la fin de la guerre, au profit des recherches scientifiques. En prenant cette décision, nous nous proposions d’utiliser désormais toutes les ressources de notre fondation dans un but unique, et d’assurer le développement d’une œuvre de grande envergure : la lutte contre lé cancer. Celle-ci apparaissait particulièrement utile et urgente, au double point de vue scientifique et social.
Cette seconde donation détermina la création de la « Fondation P. Curie ». L’Institut du Radium, en effet, appelé à développer un département d’applications médicales beaucoup plus important que ses fondateurs ne l’avaient prévu en 1911, n’était pas légalement autorisé à recevoir les donations et à administrer les biens considérables qui lui étaient nécessaires et qu’il commençait à recueillir. Cet Institut- est la réunion de deux laboratoires, l’un administré par la Faculté des Sciences (Laboratoire Curie, pour la physique et la chimie), l’autre par l’Institut Pasteur (Laboratoire Pasteur, pour la biologie et les applications médicales). Un organisme nourricier, indépendant, ayant une personnalité civile, lui était devenu nécessaire. Celui-ci fut organisé en 1920-1921; il reçut le nom de « Fondation P. Curie ». Notre donation fournit à la « Fondation P. Curie » son fonds légal, et lui permit d’être déclarée d’utilité publique le 27 mai 1921.
Le Conseil de la Fondation P. Curie s’occupa aussitôt d’utiliser les ressources que nous avions mises à sa disposition. Il décida
de créer un centre de recherches scientifiques et thérapeutiques, destiné à étudier et à traiter le cancer. Des crédits furent votés pour la construction d’un dispensaire et de nouveaux laboratoires, indispensables pour compléter le service spécial d’hospitalisation installé à l’Hôpital Pasteur. Le dispensaire fut commencé en juillet 1921, sur un terrain voisin de l’Institut du Radium, prêté par l’Université à la Fondation Curie. Grâce à la contribution financière de la Commission du Pari Mutuel au Ministère de l’Hygiène, la construction fut achevée au cours de l’été 1922 ; l’un de ses bâtiments entra en service le 28 novembre 1922, et l’équipement de l’ensemble des nouveaux services ne tarda pas à être complètement terminé.
Les revenus de la donation serviront désormais, pour une très large part, à assurer le fonctionnement du « Dispensaire de la Fondation P. Curie » installé dans le « Pavillon Henri de Rothschild ».
Un Service de consultation parfaitement organisé et capable de donner un rendement considérable ; un service de traitement curiethérapique pour les malades non hospitalisés, ou amenés d’un des services hospitaliers dont dispose la Fondation Curie; des laboratoires d’histologie, de bactériologie et de photographie ; un service de rôntgenthérapie, comportant huit postes travaillant simultanément, font que ce dispensaire est aujourd’hui l’établissement le plus puissamment outillé qui soit en France pour le traitement des maladies néoplasiques.
Nous sommes heureux d’avoir pu contribuer à la création de ce bel instrument de recherches médicales, qui est également un centre de traitement pour les malades les plus douloureusement atteints et les plus dignes de pitié.
Pour montrer toute l’importance qu’a su prendre en trois années la Fondation P. Curie, nous croyons devoir donner ici des extraits du rapport du docteur Ch. Regaud et de A1" K Curie sur le fonctionnement de la Fondation pendant l'année 1924. C’est un hommage que nous devons à ces deux apôtres de la lutte contre le cancer. Nous leur adressons avec l’expression de notre reconnaissance, celle de notre respectueuse admiration.