PQUR T’ÉTUDE PU CANCER
(Reconnue d’utilité publique).
En 1906, notre regretté maître, le Professeur Paul Poirier, qu’une mort prématurée a enlevé à l’alfection de ses élèves et de ses amis, nous fit part de l’idée qu’il avait conçue de fonder une société scientifique pour étudier la pathogénie, l’anatomie pathologique et le traitement du cancer. Nos laboratoires manquaient déjà
de ressources, et les sociétés savantes existantes ne disposaient d’aucune somme pour aider les travailleurs et pour publier le fruit dé leurs recherches. L’éloquence du Professeur P. Poirier n’eut point de peine à nous convaincre, et nous reconnûmes avec lui qu’il convenait de créer au plus tôt un organisme scientifique qui disposerait de certaines ressources financières. La nouvelle société devait accorder des subventions aux laboratoires pour entreprendre des recherches sur les origines et le traitement du cancer; elle éditerait une revue, ou un bulletin, où seraient publiés les comptes rendus de ses séances, les mémoires et les travaux originaux des chercheurs. Ges documents demeurent trop souvent inédits ; l’impression des textes et des figures impose, en effet, de très lourdes charges, qui effrayent, non sans raison, les éditeurs de périodiques scientifiques.
L’heure de fonder cette nouvelle société semblait avoir sonné. Les travaux sur le radium de M. et de- M™ Curie, ceux de Dominici sur l’histologie pathologique et le traitement du cancer, venaient d’ouvrir une route nouvelle pour ceux qui s’efforçaient de lutter contre le cancer. Il convenait d’amener le grand public â s’intéresser à ces questions d’une portée sociale si grande, de lui faire comprendre l’intérêt qu’il y avait à favoriser ces recherches, de lui montrer enfin l’importance que pourrait avoir une croisade contre te cancer. Conseillé par le Professeur Poirier, nous décidâmes d’ouvrir dans le Figaro une souscription publique en faveur de notre future Société, et nous élaborâmes ses statuts et son programme d’action. Nous nous fîmes inscrire en tête de la liste des donateurs pour une somme de 100.000 francs. Sollicités par le professeur Poirier, plusieurs membres de notre famille apportèrent de larges contributions. Celles-ci doublèrent notre souscription. Les lecteurs du Figaro souscrivirent pour 100.000 francs. Ainsi fut constitué un capital de 3 oo.ooo francs, qui permit au Professeur Poirier.de fonder la Société française pour l'étude du cancer. Avec les revenus de son capital et les cotisations de ses membres, lâ Société fut bientôt en mesure de publier un bulletin, et d’allouer, d’intéressantes subventions à un certain nombre de laboratoires.
Le capital recueilli par le Figaro , fut employé à constituer un fonds de dotation pour l’œuvre nouvelle qui fut désignée sous le nom d’Association française pour l’étude du cancer. Les premiers membres de l’Association furent, avec les deux fondateurs : les professeurs Bouchard, Barrier, Pierre Delbet, Gabriel Petit, le Docteur Ledpux-Lebart qui, tous, firent partie du bureau de l’Association. Nous acceptâmes les fonctions de trésorier ; nous avons continué à lés exercer depuis.
L’Association française pour l’Étude du Cancer, qui va entrer bientôt dans sa vingtième année, a pour but d’étudier le cancer et de chercher les moyens de le combattre.; Elle a été reconnue d’utilité publique par décret présidentiel du 12 juillet 1918. Dans les séances qu’elle tient régulièrement à la Faculté de Médecine, elle entend les communications dé ses membres, institue à leur sujet des discussions sur l’étiologie, la biologie, le diagnostic clinique, la thérapeutique des cancers, et sur toutes les questions qui se rattachent à l’étude des tumeurs cancéreuses.
■ L’Association Française accordé des subventions et des récompenses à des laboratoires, et aux auteurs de travaux dignes d’intérêt; elle publie depuis sa fondation un bulletin mensuel avec de nombreuses figures intercalées dans le texte.
Le bulletin donne, en plus des comptes rendus de ses réunions techniques et de ses assemblées générales, les études, les observations et les recherches sur le cancer qui lui sont adressées par les savants français et étrangers. Enfin, il donne, comme supplément, une revue analytique et un index bibliographique de tous les travaux parus sur le cancer.
L’Association Française pour l’Étude du Cancer est en pleine prospérité. Sa notoriété est universelle; elle compte actuellement, tant comme membres titulaires, que comme membres correspondants français et étrangers, plus de trois cents personnalités médicales ou scientifiques. Ses travaux présentent un tel intérêt technique, qu’ils retiennent l’attention des savants du monde entier.
1 /Association Française pour l'Étude du Cancer a eu pour premier président notre maître et ami, le professeur P. Poirier. A sa mort, le professeur P. Delbet fut désigné pour lui succéder. L’Association Française ne pouvait faire un meilleur choix. Les travaux du professeur P. Delbet sur les tumeurs malignes, son diagnostic précis, sa grande érudition scientifique, ses connaissances en histo-pathologie étaient un gage précieux pour l’avenir de la Société. Depuis de longues années déjà, le Professeur Delbet s’est consacré à l’Association Française. Son dévouement e't son activité sont inlassables.
Nous avons, en plus d’une circonstance, augmenté par des dons, les ressources, par trop modestes, de l’Association Française. Ces libéralités ont permis à de nombreux savants de poursuivre certains travaux de longue haleine. Pendant plusieurs années, à la requête du professeur Poirier, nous avons pris à notre Charge les frais de laboratoire du regretté docteur Dominici, et nous avons confié à sa direction la première consultation gratuite pour : les affections néoplasiques (villa Dupont, rue Pergolèse) (i).