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L’ATLAS DU CANCER

Sollicité par notre ami, le professeur P, Delbet, nous avons en 1919, 1920 et 1921, accordé à l’Association Française quelques subventions pour entreprendre la publication de l'Atlas du Cancer, que le professeur Delbet se proposait de publier, avec le concours des spécialistes les plus autorisés. Les frais d’édition de cet impor-

tant ouvrage allaient bientôt devenir trop lourds pour le budget de î l’Association Française. Aussi, au début de 1932, nous avons pris' à notre charge l’ensemble des frais d’édition de VAtlas du Cancer, dont le premier fascicule parut en juin 1922. Dans une préface, placée en tête du premier fascicule de l’atlas, le professeur P. Delbet a précisé, dans un style concis et lumineux, scientifique et littéraire, le but que poursuit l’Association Française en publiant cet important monument iconographique.

Il nous a paru intéressant de reproduire ici ces pages d’une si haute portée scientifique; elles servent d’introduction à une œuvre de premier plan, à-laquelle nous sommes fier d’avoir pu apporter notre modeste collaboration.

Avertissement (,) .

Le but que poursuit l’Association française pour l’étude çK cancer, en publiant cet atlas, est d’établir un catalogue iconographique des diverses espèces et variétés de cancer de tous les : organes.

La nomenclature des tumeurs n’est pas fixée. On emploie dès i termes différents pour désigner les mêmes tumeurs et parfois les mêmes mots pour désigner des tumeurs différentes, de telle sorte que le lecteur de certains mémoires, qui ne sont pas illustrés de bonnes figures, n’arrive pas toujours à savoir exactement de quoi il est question.

Tous les efforts des travailleurs du cancer, qu’ils visent plus, particulièrement l’étiologie, la pathogénie, la morphologie, la physiologie, tendent au même but : soulager l’humanité du fléau qui la frappe si durement. Comment unifier leurs efforts s’ils ne s’entendent pas sur les mots qu’ils emploient?

Personne ne doute qu’il y ait une certaine relation entre la morphologie d’une tumeur et sa physiologie, c’est-à-dire son évolution, sa toxicité, sa tendance à l’extension locale, à l’envahissement ganglionnaire, à la généralisation, sa sensibilité aux radiations.

Que d'observations perdues pour le progrès par l’insuffisance des renseignements histologiques ! Que de statistiques globales faussées parce qu'on y a fait entrer, sans distinction des variétés, tous les cancers d’une même organe et même, parfois, des lésions d’irritation chronique qui sont des états précancéreux, mais non de véritables Cancers !

Ces graves inconvénients seraient évités par une bonne nomenclature acceptée de tous.

Cependant, l’Association française n’a pas la prétention d’en imposer une.

Si désirable que soit l’unification internationale de la terminologie, il serait prématuré de vouloir là réaliser. Certains principes de classification sont sans doute préférables à d’autres, mais la supériorité des meilleurs ne s’impose pas à tous et chacun reste attaché aux mots qu’il a forgés ou simplement à ceux dont il a l’habitude.

Tenant compte de cet attachement invincible, sinon légitime, nous avons pris le parti de donner pour chaque variété de tumeur, avec le nom que nous avons adopté, la synonymie aussi complète que possible.

Mais l’unification, qui ne peut être actuellement réalisée par les mots, ne peut-elle être obtenue par l’image, autre langage, à la fois objectif et universel, puisqu’il représente les faits indépendamment de toute phonétique? Comme à chaque variété de cancer sont liées un certain nombre d’idées, une bonne planche est en somme un idéogramme.

Aussi l’Association française s’est-ellê proposée d’établir des planches qui puissent servir d’étalons, et elle a chargé de ce travail difficile une commission spéciale.

Aucune de nos planches n’est schématique. Chacune d’elles est la reproduction exacte d’une préparation, mais on a choisi, parmi un très grand nombre de préparations étudiées en commun, celles qui sont les plus significatives et l’on s’est efforcé d’en obtenir la représentation la plus fidèle.

Pour rendre la comparaison plus facile, nous avons pris soin

d’indiquer les méthodes de fixation et de coloration qui ont permis d’obtenir les préparations représentées. 11 est loisible à chacun, en suivant les mêmes techniques, d’obtenir des préparations exactement comparables.

Il suffirait dans l’avenir, quel que fût, d’ailleurs, le nom donné à une tumeur, d’indiquer entre parenthèses la planche de l’Atlas à laquelle elle correspond, pour supprimer toute ambiguïté et aussi pour atteindre, sans perdre de temps à de longues descriptions, la précision.actuellement nécessaire.

Le texte, aussi bref que possible, est ayant tout une explication des figures, mais il n’est pas réduit à cela.

Le verso de chaque feuillet donne la légende des planches en regard desquelles il est placé : le lecteur aura toujours à la fois sous l’œil légende et figure. En outre, il trouvera sur le recto non seulement la description histologique générale des mêmes tumeurs, mais les notions acquises sur leur physiologie (évolution, tendance à l’envahissement des ganglions, à la généralisation, affinité pour certains organes ou tissus, radiosensibilité).

On trouvera plus loin la liste des membres de la Commission de l’Atlas. Chaque commissaire est plus spécialement chargé d’un organe ou d’un tissu. Mais tous collaborent à toutes les parties de l’œuvre commune en apportant leurs plus belles préparations, en participant au choix de celles qui sont reproduites, en discutant le texte et les légendes rédigés par le commissaire spécialisé. Nous avons pensé que ce travail collectif, en éliminant les tendances personnelles, donnerait plus de chance à notre œuvre d’atteindre le but que nous nous proposons.

Cet Atlas, dont les frais sont énormes, n’aurait pu être entrepris sans la libéralité du Docteur Henri de Rothschild.

Pierre Delbet.

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