PARALYSIE FACIALE
On admet généralement que, dans les paralysies liées à des lésions des nerfs moteurs, l’excitabilité électrique de ces nerfs ne peut être exagérée que pendant les premiers jours qui suivent le début de l’affection .
Exprimée d’une manière aussi absolue, cette opinion est inexacte, ainsi que le prouvent des faits que j’ai observés (121).
Ces faits établissent qu’une lésion intéressant le nerf facial dans son trajet ou à son origine peut déterminer, dans sa partie périphérique, une surexcitabilité électrique durable et associée à. la paralysie.
trent qu une paralysie faciale n est pas nécessairement bénigne et ne doit pas infailliblement guérir dans un délai de quelques semaines quand la réaction de dégénérescence fait défaut; ils fournissent a,ns, une donnée nouvelle d’une certaine importance au point de vue pratique.
HÉMISPASME FACIAL PÉRIPHÉRIQUE
HÉMISPASME FACIAL PÉRIPHÉRIQUE
Brissaud et Meige ont cherché à établir qu’il y a lieu de distinguer les spasmes de la face d’avec les tics, que l’hémispasme facial présente des caractères cliniques spéciaux que la volonté ne peut reproduire et qui sont étrangers à la symptomatologie des tics, affection psychique.
J’ai vérifié l’exactitude de ces idées.
De plus, j’ai observé de nouveaux signes (i 17) appartenant en propre à l’hémispasme facial et accentuant encore la distinction faite par Meige et Brissaud ; je vais les indiquer.
Les contractions de l’hémispasme facial sont déformantes. Pour bien faire comprendre ma pensée, il faut que je précise le sens que, dans l’espèce, j’attribue à ce mot; il est évident, en effet, que toute contraction musculaire modifie, dans une certaine mesure, la forme de la région où elle se produit et, si l’on veut, la déforme ; mais les déformations produites par des contractions volontaires sont normales, ce sont des changements de forme plutôt que des déformations ; il me semble naturel de réserver ce mot à des modifications de forme anormales. Or, c’est ce que l’on constate dans l’hémispasme facial ; on observe une déformation du nez dont la pointe se porte du côté malade et dont le bord antérieur forme une courbure à concavité tournée du même côté ; outre cette incurvation du nez, on note encore une autre déformation se produisant pendant le spasme : c’est une fossette irrégulière qui apparaît au menton du côté malade (voir fig. 6 et 8).
Ces contractions s’associent les unes aux autres d’une manière contradictoire. On voit, par exemple, le muscle peaucier se contracter en même temps que la commissure labiale se porte en haut et en arrière, ou encore on observe une association de ce dernier mouvement a un mouvement du pavillon de l’oreille en haut et en arrière ; mais 1 association la plus singulière est la suivante : en même temps que le Babinski. ®
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muscle orbiculaire de l'oeil fonctionne et que l’œil se ferme, la partie interne du muscle frontal se contracte et la peau de cette région se porte de bas en haut ; c’est là une variété de synergie que l’on peut qualifier de paradoxale (voir %. 8), car elle est l’opposé des modes de syncinésie propres aux mouvements normaux quelle ne saurait qu’entraver.
J’ajoute que l’ incurvation du nez, la fossette mentonnière, la synergie paradoxale peuvent être à 1 état normal reproduites avec exactitude par 1 électrisation du nerf facial.
En ce qui concerne le mécanisme de l’hémispasme facial, mon opinion diffère de celle de Brissaud.
Dans ses Leçons sur les maladies nerveuses (1895, p. 206), cet auteur s’était exprimé ainsi :
(( Le spasme facial chez le plus grand nombre des malades a un point de départ oculaire. La contraction débute par l’orbiculaire des> paupières, phénomène purement réflexe : la cornée, la sclérotique, la muqueuse palpébrale reçoivent des fibres sensitives du trijumeau qui transmettent au noyau de ce nerf les impressions reçues ; celui-ci les communique à son tour au noyau de la VII e paire qui envoie la décharge au muscle orbiculaire qu’il commande. Voilà donc l’arc réflexe établi. On peut admettre, en principe, que toute irritation portant sur un point quelconque de la voie centripète de cet arc pourra produire un spasme oculaire. »
Voici ce que j’ai écrit :
(( J’avoue n’être pas convaincu, tant s’en faut, de la réalité de ce mécanisme. Il est bien entendu que j’ai ici en vue exclusivement l’hémispasme facial caractérisé cliniquement par les divers signes que j ai cherché à mettre en relief, et qui est marqué par ce trait essentiel de pouvoir etre exactement reproduit par l’électrisation des branches du nerf facial. Or, à priori, il me paraît déjà difficile d’admettre qu une excitation d un nerf sensitif puisse produire un effet identique
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à celui qui résulte de l’électrisation d’un nerf moteur ; je ne sache pas qu’expérimentalement, chez l’animal, on soit en mesure d obtenir une pareille réaction. De plus, il ne me semble pas prouvé qu en pathologie humaine il y ait des observations établissant ce fait; aussi bien, jusqu’à présent les neurologistes ne se sont-ils guère attachés à analyser avec précision les caractères du spasme facial, et il est possible que
les mouvements convulsifs ne soient pas identiques dans l’hémispasme
et dans le tic douloureux ; il s’agit peut-être, au moins dans bien des cas de cette dernière affection, de mouvements d’un tout autre ordre.
« Je ne crois pas non plus qu’une lésion du système nerveux siégeant au-dessus du noyau du facial, telle qu’une lésion corticale, puisse produire un hémispasme facial identique à celui dont je m occupe.
« Si les idées que j’expose se confirment, cette notion nouvelle sera établie que l hémispasme facial, marque par les caractères intrinsèques que j’ai énumérés et analysés, ne peut être engendré que par une perturbation directe du nerf facial ou de son noyau d’origine. Il serait alors rationnel d’appliquer à cette modalité d’bémispasme facial l’épithète « périphérique » dont on se sert pour désigner la variété d’hémiparalysie de la face liée à une lésion de ces mêmes organes. D’ailleurs, je suis porté à croire qu’il y a une certaine parenté entre la paralysie faciale périphérique et l’hémispasme facial périphérique, et qu’une même cause peut, suivant son degré d’intensité, donner naissance à l’une ou à l’autre de ces affections ; j’ajoute, à l’appui de cette opinion, qu’on peut voir, dans la paralysie faciale périphérique, succéder à la paralysie musculaire un état spasmodique ayant de grandes analogies avec l’hémispasme primitif. »
Mes observations sur l’hémispasme facial ont été confirmées par beaucoup de neurologistes et quelques-uns d’entre eux ont accepté ma manière de voir en ce qui concerne la pathogénie de cette affection.
Ernest Dupre et Jules Lemaire, rapportant un fait d’hémispasme facial ( Revue neurologique, igo 5 , p. 1227), écrivent : « Le spasme offre les caractères cliniques qui le différencient du tic et des contractures et notamment ceux récemment mis
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en lumière par Meige et Babinski : trémulations fibrillaires, incurvation de la pointe du nez, élévation du sourcil, synergie paradoxale du frontal et du sourcillier, fossette mentonnière. »
Abadie et Dupuy-Dutemps (Revue neurologique, 1906, p. 196) relatent une observation d’« hémispasme facial guéri par une injection profonde d’alcool ». Les crises de spasme, disent ces auteurs, présentaient, entre autres symptômes, « les caractères indiqués par M. Babinski : la déformation (incurvation du nez et formation d’une fossette mentionnière irrégulière du côté malade) et la synergie paradoxale (contraction de l’orbiculaire et élévation de la partie interne du sourcil)».
Deleni analyse (Revue neurologique,' 1906, p. 1042) un travail de C. Negro sur « l’Hémispasme facial comme équivalent de la paralysie faciale périphérique » (Gazetla degli Ospedalie delle Cliniche, 1906, an. XXVII, n° 108, p. 1189). A-propos de la parenté que Negro cherche à établir entre la paralysie périphérique et l’hémispasme facial périphérique, Deleni écrit : « Il y a, on le voit, pour MM. Negro et Babinski, identité d’appréciation des faits. »
Raymond, F. Lévy et Baudouin font une communication ayant pour titre : «Origine périphérique du spasme facial» (Revue neurologique, 1906, p. 779) et admettent mon opinion sur l’origine de l’hémispasme. Dans la discussion qui suit cette présentation, Meige, tout en maintenant que les irritations d’origine sensitive peuvent provoquer cette affection,dit : «M. Babinski croit que l’hémispasme facial est toujours d’origine périphérique. C’est l’opinion que vient de défendre M. Lévy. Je suis convaincu également que telle est la pathogénie du plus grand nombre des spasmes de la face... »
Bouchaud, de Lille (Revue neurologique, 1908, p. 908), rapporte un cas d’hémispasme facial dans lequel il a constaté tous les signes que j’ai décrits.
Meige, dans un travail intitulé : « Les convulsions de la face. Une forme clinique de convulsion faciale bilatérale et médiane» (Revue neurologique, 1910, t. XX, p. 438 ), écrit ceci : « D’autres caractères bien mis en valeur par M. Babinski facilitent encore la distinction du spasme facial, notamment l incurvation du nez, l’existence d’une fossette mentonnière et parfois des mouvements du pavillon de l'oreille du côté où siège le spasme ; enfin la contraction simultanée du muscle frontal et de l’orbiculaire des paupières au moment de l’occlusion des yeux (synergie paradoxale). »
Jaroszynski (Société de Neurologie et de Psychiatrie de Varsovie, séance du 20 mai 1911) présente un malade atteint d’hémispasme facial, ayant des contractions déformantes et de la synergie paradoxale.
André Thomas (Revue neurologique, 1911, t. XXI, p. 5o8) écrit: « Il n est pas douteux que, suivant l’opinion exprimée par M. Babinski, l’hémispasme ne reconnaisse pour origine une lésion périphérique du nerf facial, sur un point quelconque de son trajet, depuis son noyau d’origine jusqu à sa terminaison. »