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PARAPLÉGIE SPASMODIQUE EN FLEXION

un affaiblissement peu prononcé de la motilité volontaire et une exagération constante des réflexes tendineux avec trépidation épileptoïde du pied. Ce syndrome constitué par la réunion de trois signes cardinaux est un « Symptomentrias » disait autrefois Erb ; il l’appelle un « Quartett » depuis que j’ai décrit le phénomène des orteils qui s’associe à cette triade symptomatique. Ajoutons encore que ce syndrome peut s’accompagner, d’une manière intermittente, de secousses involontaires des muscles des membres inférieurs, se répétant avec rapidité, mais n ayant pas pour effet de fléchir les segments des membres les uns sur les autres. De plus, je ferai remarquer que les réflexes de défense, souvent plus forts, il est vrai, qu’à l’état normal, ne sont pas nécessairement exagérés.

Considérons maintenant la paraplégie spasmodique en flexion. Dans ce type, contrairement à ce qui a lieu dans le précédent, la motilité volontaire est profondément troublée et chez beaucoup de malades elle est complètement ou presque complètement abolie.

La contracture en flexion est sujette à des variations fréquentes qui résultent de contractions intermittentes involontaires, souvent douloureuses, des membres inférieurs. Ces contractions provoquent des mouvements alternatifs de flexion et d’extension, mais c’est l’action des fléchisseurs qui prédomine ; il y a du reste des raisons de penser que c’est pour ce motif que l’attitude en flexion s’accentue progressivement et tend à devenir permanente. Si j’ajoute que ces contractions sont lentes, on reconnaîtra qu’elles diffèrent totalement des secousses qui peuvent agiter les muscles dans le tabes dorsal spasmodique.

Dans la plupart des cas, on constate, au moins à une certaine période, de la surréflectivité tendineuse, mais celle-ci n’est pas constante ; elle peut faire défaut depuis le début jusqu à la fin. Parfois même les réflexes tendineux sont très affaiblis ou abolis. Les réflexes cutanés de défense sont, au contraire, toujours exagérés etc estpeut-etre là le caractère le plus essentiel de cette forme de paraplégie. Le lien qui unit ces deux phénomènes est comparable à celui qui rattache

gg affections de la moelle

l’exagération des réflexes tendineux à la paraplégie spastique spinale. C’est unpointquej’ai déjà cherché à mettre en évidence dans le chapitre « Contracture » (p. 65 ) et sur lequel je n’ai plus besoin d’insister.

La paraplégie spasmodique en flexion, ordinairement précédée par de la paraplégie en extension, dépend comme celle-ci de lésions du système nerveux central intéressant le système pyramidal, ce que démontre du reste pendant la vie la présence habituelle du phénomène des orteils.

Déterminée le plus souvent soit par une sclérpse spinale diffuse, soit par une compression de la moelle ou du bulbe, elle semble liée, particulièrement quand la contracture en flexion est très prononcée, à une lésion non destructive de la voie pyramidale. Dès mon premier travail sur cette question (5i) j’ai montré que les dégénérations secondaires peuvent manquer ou être très légères.

En résumé, la paraplégie spasmodique en flexion, dont j’ai tracé les principaux caractères, sans représenter une espèce nosologique puisqu’elle peut être liée à des processus anatomiques variés, constitue un type clinique qu’il est permis d’opposer à la paraplégie spastique spinale.

J’ai fait remarquer — c’est là un point de terminologie d’une importance secondaire, mais ayant toutefois un certain intérêt — que l’épithète « spasmodique » ne convient guère à la paraplégie du (( tabes dorsal spasmodique » où la contracture a une stabilité relative, car le mot spasme a été appliqué à des affections telles que le torticolis dit mental où la raideur musculaire est instable. Le qualificatif « spasmodique » s’adapte au contraire bien mieux à la paraplégie en flexion, dans laquelle, comme on l’a vu, la raideur est sujette à des variations fréquentes résultant de contractions intermittentes, involontaires.

Depuis ma deuxième publication sur ce sujet (177), plusieurs travaux confirmatifs ont paru.

Souques, dans la séance du 12 janvier 1912 de la Société de Neurologie •(Revue neurologique, 1911, p. 1 36 ), a fait les remarques suivantes :

TABES

« J’ai eu l’occasion de voir deux malades atteints de paraplégie spasmodique en flexion, qui pourraient bien appartenir au type clinique que vient de signaler M. Babinski.

« Je ne saurais dire s’ils présentaient la dissociation des réflexes caractérisée par 1 exaltation des cutanés et la diminution des tendineux. Je puis dire simplement que les réflexes tendineux n’étaient pas exagérés et qu’ils paraissaient même affaiblis. »

Dans la seance du 6 mars (Revue neurologique, ign,p. 3 ^ 6 ), Souques rapporte un cas nouveau dans une communication ayant pour titre : « Paraplégie spasmodique organique, avec contracture en flexion et exagération des réflexes cutanés de défense. »

Claude (Sur la paraplégie avec contracture en flexion. Revue neurologique, 1911, p. 249) rappelle un fait anatomo-clinique qu’il a observé, rentrant dans le type que j’ai décrit. L’auteur attire l’attention sur ce point que les faisceaux pyramidaux dans la région dorsale ne sont que légèrement atteints.

G. Etienne et E. Gelma (Nouvelle Iconographie de la Salpêtrière, n° 5 , septembreoctobre 1911) rapportent sous le titre « Paraplégie spastique spinale en flexion » une observation qui, disent-ils, « est un type de paraplégie avec contracture en flexion tel qu’il a été décrit par Babinski».

C. Lian et J. Rolland relatent un fait du même ordre dans un travail intitulé : « Paraplégie spasmodique avec contracture en flexion (type cutanéo-réflexe de Babinski) dans un mal de Pott » (Revue neurologique, 1911, t. I, p. 843 ).

Klippel et Monier-Vinard (Revue neurologique, 1912, t. II, p. 1 3 g) publient une observation analogue aux miennes, comme le titre seul l’indique: « Paraplégie avec contracture en flexion et exaltation des réflexes de défense. »

Coyon et Barré présentent un nouveau cas (Sociêlé de Neurologie, 5 déc. 1912) sous le titre « Paraplégie « type Babinski » au cours de la maladie de Recklinghausen». La paraplégie en flexion avec réflexes tendineux très faibles avait fait suite à une paraplégie spasmodique classique. — L’autopsie montra qu’il y avait compression très légère de la moelle par un névrome, et l’examen des coupes permit de constater l’extrême légèreté des lésions médullaires.

TABES

Anatomie pathologique.

Je signale une étude anatomique faite en collaboration avec Nageotte et intitulée : « Note sur un cas de tabes à systématisation exceptionnelle » (120).

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Dans le fait que nous avons rapporté, la topographie des lésions était exactement l’inverse de celle qu'on observe habituellement, les lésions radiculaires frappaient les voies longues de préférence aux voies courtes, contrairement à ce qui se passe dans 1 immense majorité des cas. Quelle est la raison de cette anomalieP Est-elle la conséquence d'une disposition individuelle en vertu de laquelle les fibres de la zone radiculaire moyenne ont été moins sensibles que d’ordinaire à l'action du poison syphilitique ; ou bien résulte-t-elle de ce que le virus a présenté des qualités spéciales qui l’ont rendu plus nocif pour la zone radiculaire postérieure, par suite de propriétés électives anormales ? C’est une question que nous n’avons pu résoudre. Il semble que cette systématisation, exceptionnelle dans le tabes, soit plus fréquente dans les lésions dues à la pellagre, si l’on s’en rapporte aux figures de Tuczek.

Études cliniques.

A. — Réflexe achillêen.

L’abolition du réflexe achillêen avait été notée autrefois déjà dans quelques observations de tabes, mais on n’y avait pas attaché de valeur parce que l’on considérait l’absence de ce réflexe comme assez commune à l’état normal. Dans les traités classiques de pathologie, il n’était question, en ce qui concerne l’irréflectivité tendineuse, que de l’abolition du réflexe rotulien. Or, m’étant assuré que le réflexe achilléen est pour ainsi dire constant chez l’individu sain, j’ai pu tirer parti de son absence et montrer qu’il s’agit là d’un trouble très fréquent dans le tabes ( 5 o,73). J’ai même établi que dans la hiérarchie des irréflectivités tendineuses, le signe de Westphal n’occupe pas le premier rang qui est tenu par l’abolition du réflexe achillêen. Ce symptôme précède généralement l’abolition du réflexe rotulien et il a une valeur prépondérante pour le diagnostic du tabes à son début ; cela se conçoit

TABES

d’ailleurs quand on sait que les lésions tabétiques suivent d’habitude une marche ascendante et débutent par les racines les plus inférieures.

On observe aussi, comme je l’ai indiqué, une abolition croisée des deux reflexes rotulien et achilléen : il n’est pas rare de trouver d un cote le réflexe achilleen aboli et le réflexe rotulien conservé, tandis qu’inversement de l’autre côté le réflexe achilléen existe et le réflexe rotulien est aboli.

Les résultats de mes travaux ne tardèrent pas à être vérifiés et parmi les premières publications sur ce sujet, consécutives aux miennes, je mentionnerai celles de Charles R. Mills (Some points of spécial interest in the study of the deep reflexes of the lower extremities. Journal of nervous and mental diseases, 1899, March), de Yan Gehuchten (Un cas de tabes incipiens avec exagération des réflexes rotuliens et abolition du réflexe du tendon d’Achille des deux côtés. Journal de Neurologie, 1899, p. 85 ), de Max Biro (Ueber Stôrungen des Achillessehnenreflexes bei Tabes und Ischias. Deutsche Zeitschrift f. Nervenheilkunde, 1901, p. 168), de Schônborn (Bemerkungen Zur klinischen Beobachtung der Haut-und Sehnenreflexe der unteren Kôrperhâlfte. Deutsche Zeitschrift f. Nervenheilkunde, 1902, xxi).

Au début cependant, quelques neurologistes n’admirent mon opinion qu’en partie. C’est ainsi que Dejerine, dans son article sur la « Sémiologie du système nerveu x» (Traité de Pathologie générale, publié par Ch. Bouchard, 1901, p. 1002) écrit : «L’abolition du réflexe du tendon d’Achille est également très précoce dans le tabes (Babinski). Il n’est pas prouvé cependant qu’elle précède d’ordinaire celle du réflexe patellaire. »

D’autres, au contraire, acceptèrent sans restriction ma manière de voir. Goldflam, dans un article intitulé « Ueber das Erstsymptom und die Bedeutung der Achilessehnenreflexe bei Tabes (Neurologisches Centralblatt, 1902, p. 792), écrit : «On peut conclure avec Babinski que dans le tabes le réflexe achilléen est trouble plus souvent que le réflexe du genou et généralement avant que celui-ci ne le soit. Les perturbations du réflexe achilléen constituent donc un signe de grande valeur et peuvent contribuer à reconnaître le tabes dans sa phase initiale, encore avant l’apparition du signe de Westphal. »

A. F. Hertz et W. Johnson, dans un mémoire ayant pour titre : « The Tendo- Achillis-Jerks » ( Guys Hospital Reports, vol. LXV, pp. 48 et 49) fournissent une statistique concluante. Ils ont eu l’occasion d’observer dans le Neurological Out- Patient Departement, du 20 avril 1910 au 19 juillet 1911, 36 cas de tabes. Ils ont constaté l’abolition bilatérale du réflexe achilléen chez tous ces malades, sauf dans

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un ca» où la trouble n'était qu'unilatéral. Or, dan» 8 de ce» observation», le réflexe rotulien existait des deux cotes.

Il serait inutile de multiplier les citations. Mes idées sont admises maintenant sans réserves, tant en France qua l’étranger ; elles constituent une notion classique.

B. — Réflexes tendineux des membres supérieurs.

L’état de ces réflexes, dans le tabes, a été 1 objet dun travail de Fraenkel (Revue neurologique, 1901» P 1 245 ). D apres cet auteur, leur abolition précéderait habituellement l’irréflectibilité des membres inférieurs et constituerait un signe précoce de tabes. J’ai montré que cette allégation est inexacte. L’erreur a probablement pour cause des fautes de technique dans l’exploration des réflexes des membres thoraciques. En les recherchant suivant les procédés que j’ai indiqués (p. 29), on constate dans un grand nombre de cas leur présence, alors que les réflexes des membres pelviens sont déjà abolis ; le fait inverse est excessivement rare. Il n’en est pas moins vrai qu’à une certaine phase de la maladie les réflexes des membres supérieurs s’affaiblissent et disparaissent à leur tour chez beaucoup de sujets. Ordinairement, ainsi que je l’ai fait ressortir, les troubles suivent une marche ascendante, le réflexe d’extension de 1 avant-bras étant le plus souvent atteint avant le réflexe de flexion. En pareil cas, la percussion du tendon du triceps brachial provoque généralement ce que j ai appelé « le réflexe paradoxal du coude »

^ • Du cflam P visuel et de la vision centrale dans l’atrophie tabétique des nerfs optiques.

J ai fait avec J. Chaillous une étude sur ce sujet (i 32 ). En voici les conclusions :

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((i Un existe pas, dans 1 atrophie tabetique du nerf optique, une forme de rétrécissement du champ visuel particulière à cette affection.

« 2° Dans la grande majorité des cas, le champ visuel pour le blanc est irrégulièrement rétréci et raflfaiblissement de la vision va de pair avec la limitation du champ visuel.

(( 3 ° On observe aussi des cas ou le rétrécissement concentrique s'accompagne d’une bonne acuité visuelle et parfois d’une conservation parfaite de la vision centrale.

« 4 ° Le scotome central est très rare dans l’atrophie tabétique. Quand il existe, il est dû le plus souvent à une lésion surajoutée. Dans la majorité des cas, il s’agit d’une névrite rétrobulbaire consécutive à l’intoxication alcoolique et nicotinique. Par suite delà disparition progressive d’un secteur du champ visuel, la vision centrale peut être abolie, tandis que persiste une grande partie du champ visuel périphérique. Il s’agit là d’un pseudo-scotome central qu’il ne faut pas confondre avec un scotome central vrai. »

D. — Cytodiagnostic.

La cytologie du liquide céphalo-rachidien dans le tabes et la paralysie générale a été l’objet d’une étude faite en collaboration avec Nàgeotte. Nous avons été les premiers à confirmer les résultats auxquels étaient arrivés Widal, Sicard et Ravaut, et nous y avons ajoute quelques données nouvelles. J’ai déjà eu 1 occasion de traiter ailleurs cette question (p. 69) sur laquelle je ne crois pas devoir insister ici.

E. — Ostéopathies , Arthropathies tabétiques.

Autrefois déjà on avait émis l’idée que les ostéopathies et les arthropathies qu'on observe chez les tabétiques ne sont pas nécessairement des troubles trophiques liés aux altérations nerveuses du tabes, mais

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cette conception, énoncée d’ailleurs avec beaucoup de réserves, avait été presque unanimement écartée. Il m’a semblé, au contraire, qu’elle devait être prise en sérieuse considération. J’ai attire 1 attention sur ce point à l’occasion de la présentation d’un malade atteint de tabes fruste avec arthropathie (Société de Neurologie, séance du 6 mai 1909).

« Les signes objectifs du tabes, disais-je, sont ici réduits au minimum, puisque, outre la lymphocytose, on ne constate qu’une abolition des réflexes achilléens. J avoue que j ai quelque peine à admettre que F arthropathie de ce malade, qui pourtant présente tous les caractères appartenant aux lésions articulaires de l’ataxie, soit un trouble trophique dépendant des alterations nerveuses du tabes. N’est-elle pas le résultat d’une action directe du virus syphilitique sur les extrémités osseuses ? »

Je citais aussi l’observation d’un sujet syphilitique chez qui s’était produite une fracture de l’extrémité inférieure du fémur droit ayant tous les caractères des fractures tabétiques : elle s’était faite pour ainsi dire spontanément sans qu’il y eut de traumatisme, avait été presque indolore et s’était consolidée avec un cal énorme. Or, chez ce malade, sujet il est vrai à quelques douleurs lancinantes, il n’existait aucun signe objectif de tabes et le liquide céphalo-rachidien examiné très soigneusement au point de vue cytologique s’était montré normal.

Sans contester les relations étroites unissant les ostéopathies et les arthropathies dites « tabétiques » avec le tabes, je disais qu’il ne me paraissait pas prouvé qu’elles fussent sous la dépendance de lésions du système nerveux. Il y a peut-être là un rapport analogue à celui qui existe entre 1 aortite et le tabes. Cette idée n’a d’ailleurs été énoncée par moi qu’à titre d’hypothèse méritant d’être contrôlée.

Un de mes éleves, Barré, a fait un travail important sur ce sujet (Les osteo-arthropathies du tabes. Étude critique et conception nouvelle. Thèse, Paris, 1912). Une des conclusions de son étude est (( qu’il existerait des cas assez nombreux d’arthropathies à type tabétique en 1 absence de tout signe de tabes, chez des syphilitiques».

TABES

La question que j’ai posée n’est pas encore définitivement résolue ; elle nécessite de nouvelles investigations.

F. — Crises gastriques tabétiques.

Les crises gastriques du tabes ont-elles des caractères intrinsèques permettant d’en établir le diagnostic, abstraction faite des signes concomitants qui décèlent l’existence de lésions radiculaires? On peut en douter, comme je l’ai fait remarquer. Dans une discussion sur cette question à la Société de Neurologie ( Séance du 3 o décembre 1911), j’ai dit ceci : (( J’ai eu l’occasion d’observer une femme qui depuis longtemps était sujette à des accès de douleurs gastriques très violentes accompagnées de vomissements ; pendant la crise qui durait de 24 à 48 heures, toute ingestion d’aliments était impossible en raison de l’intolérance de l’estomac et, après la crise, les fonctions gastriques redevenaient immédiatement normales. Je croyais bien, d’après la description qui m’était tracée, avoir affaire à une crise gastrique tabétique; mais je ne trouvais chez cette femme aucun autre signe de tabes ; elle m’affirmait n’avoirjamais eu la syphilis ; enfin, la recherche de la réaction de Wassermann dans le sang et dans le liquide céphalorachidien donna un résultat négatif, et il en fut de même du cytodiagnostic ; j’ajoute qu’à la suite d’un traitement par le sous-nitrate de bismuth les troubles disparurent. Il est infiniment probable que, malgré l’identité apparente de ces crises avec les crises tabétiques, le tabes n’était pas en cause. »

Ultérieurement, j’ai relaté avec St. Chauvet et G. Durand un fait analogue (202). Le malade, qui ne présentait d ailleurs aucun signe de tabes, était depuis six ans sujet à des crises gastriques identiques au point de vue symptomatique à celles du tabes. Elles étaient séparées par des intervalles de santé parfaite (pas de douleurs, pas de troubles dyspeptiques) et, à aucun moment, le malade n'avait eu d’hématémèse ou de

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mélæna. Le malade étant mort de granulie, l’examen anatomique décela l’existence d’un petit ulcus juxta-pylonque.

Duhot et Leroy (Société de médecine du département du Nord, a 5 ^ avril igi 3 , in Semaine médicale, p. 56 o) ont relaté, en le rapprochant de la dernière observation que i’ai rapportée, un cas de « crises gastriques tabétiformes au cours d un ulco-cancer de la petite courbure ». J’extrais ce passage : « Les crises commencent subitement et finissent de même ; le malade se sent subitement soulage et reprend sa respiration normale. Les accès se produisent aussi bien à jeun qu’à la fin des repas. Il y a intolérance absolue au moment des crises et le malade fait des efforts de vomissements à vide. Entre les accès, au contraire, le malade absorbe sans aucun malaise les mets les plus indigestes. »

G. — Tabes conjugal et tabes hérédo-syphilitique.

Tabes et syphilis.

On considérait autrefois le tabes conjugal comme une rareté. Gela tenait, d’une part, à l’absence de recherches systématiques sur ce point, d’autre part, à ce que les formes frustes du tabes, dont mes études sémiologiques ont contribué à faciliter le diagnostic, étaient souvent méconnues jadis. Depuis longtemps j’ai pris l’habitude, quand je suis consulté par un tabétique, de demander à examiner son conjoint, celui-ci affirmerait-il n’éprouver aucun malaise. En procédant ainsi, je me suis assuré que le tabes conjugal est chose fréquente ( 58 ). A la même série de faits appartiennent, d’ailleurs, ceux où l’un des conjoints étant tabétique, l’autre est atteint de paralysie générale. Afin de réunir ces deux modes d’association morbide sous un même titre, on peut se servir de l’expression plus compréhensive de « méningite syphilitique conjugale ».

J ai soutenu aussi que le tabes hérédo-syphilitique, qui paraissait exceptionnel sans doute pour des raisons semblables à celles que je viens de donner au sujet du tabes conjugal, est plus commun qu’on ne le pensait généralement ( 83 ).

TABES

Du même ordre d’idées font partie mes recherches, en collaboration avec Barré, sur la syphilis familiale (172). En voici le point de départ : « Si l’on considère que la méningite chronique syphilitique est rare par rapportàla fréquence delà syphilis, il y a tout lieu dépenser que les cas de méningite chronique spécifique conjugale sont exceptionnels relativement au nombre de cas de syphilis conjugale. Or puisque, d’une façon absolue, la méningite chronique conjugale n’est pas une rareté, il est permis de supposer que la syphilis conjugale est chose assez commune. C’est au moins une hypothèse qu’il était légitime d’émettre et qu’on peut contrôler aujourd’hui bien plus aisément qu’autrefois, grâce à la méthode de Wassermann. » Dans la plupart des faits que nous avons rapportés, il s’agit de conjoints dont l’un est atteint de tabes ou de paralysie générale et dont l’autre, ne présentant aucun signe objectif d’affection organique, aucune manifestation de syphilis, a, dans le sang, des anticorps dont une réaction de Wassermann positive décèle l’existence. Nous avons relaté aussi des cas où cette même réaction s’observe chez un enfant en apparence d’une parfaite santé, mais issu d’un père ou d’une mère tabétique.

Démanché et Detré (Tribune médicale, 9 juillet 1910), poursuivant les mêmes recherches dans les services de Queyrat et de Dufour, ont fait des constatations semblables aux nôtres. Dans i 4 familles où les parents étaient certainement syphilitiques, ils ont trouvé, chez des enfants en apparence absolument sains, 8 fois la réaction de Wassermann positive, et 6 fois cette réaction négative.

Mes observations surlaméningite syphilitique conjugale et la méningite syphilitique familiale, jointes à mes études sur 1 abolition du réflexe à la lumière (p. 58 ) et à des considérations diverses, relatives à l’association non exceptionnelle de tabes et de lésions syphilitiques ( 63 ), à l’impossibilité de trouver un fait avéré de chancre syphilitique se développant chez un tabétique, etc., mont conduit depuis longtemps à être de ceux — leur nombre elait autrefois très faible qui soutenaient que la syphilis est vraisemblablement une condition sine Babinski.

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quâ non du tabes. Aujourd’hui, c'est une notion banale. En effet les idées de Fournier sur les liens qui unissent le tabes et la paralysie générale à la syphilis ne sont plus contestées par personne ; les restrictions qu’il avait faites, très légitimes du reste au début, ne semblent même plus justifiées, et l’on n’en doit attacher que plus d’importance à l’œuvre du grand syphiligraphe français.

H. Évolution. Pronostic. Traitement.

Depuis une dizaine d’années, les neurologistes ont été frappés par l’atténuation apparente de la gravite du tabes. A 1 occasion d une communication de Brissaud sur ce sujet, a la Société de Neurologie, je fus amené à exposer les résultats de mes observations :

« Je considère aussi le tabes, ai-je dit, comme une affection moins grave qu’on ne le pensait autrefois. Il est juste pourtant de rappeler que Charcot, il y a longtemps, a attiré l’attention sur la bénignité de certaines formes de cette maladie, et moi-même, il y a déjà quinze ans, j’ai communiqué une note sur ce sujet à la Société de Biologie (18). Mais, ce qui semblait alors une exception me paraît aujourd’hui chose assez commune. Je connais des malades présentant des signes caractéristiques de tabes, dont l’état est à peu près stationnaire depuis des années ou s’est même amélioré, et qui n’ont jamais cessé de mener une existence active ; ce sont, pour une part, des médecins, des officiers, des hommes d’afFaires astreints à une vie fatigante.

(( Il y a lieu de se demander si le tabes est devenu réellement une affection moins grave et, dans ce cas, de rechercher la cause qui en a atténué la gravité, ou bien si cette bénignité n’est que relative et ne tient pas seulement à ce que nous savons mieux reconnaître maintenant les formes frustes du tabes.

« Selon moi, il y a une part de vérité dans chacune de ces deux hypothèses.

« Notre attention est dirigée, plus que par le passé, sur les formes atténuées ; en outre, la sémiologie a incontestablement fait des progrès et nous dépistons la maladie, non seulement dans des cas où l’on en attribuait les symptômes a toute autre cause qu aune lésion nerveuse, mais même chez des gens qui ne s’imaginaient pas être malades.

« Les formes frustes du tabes sont certainement bien plus communes que les formes graves. Ainsi que je l’ai dit au dernier Congrès de Neurologie (Congrès de Médecine de 1900, Section de Neurologie. Comptes rendus, p. 2 o 4 ), je vois chaque année dans mon service, à l’Hôpital de la Pitié : de 200 à 3 oo tabétiques et sur ce nombre il n’y a pas plus d’une vingtaine de sujets franchement ataxiques. La maladie de Duchenne, étant décelée mieux qu’autrefois dans ses formes atténuées, doit sembler relativement moins grave.

« Mais, de plus, je crois que le traitement anti-syphilitique, que l’on fait suivre généralement aux tabétiques depuis que l’idée d’une relation étroite entre le tabes et la syphilis s’est imposée à la plupart des esprits, a réellement diminué le nombre des cas graves. Je sais fort bien, et je l’ai moi-même fait remarquer, qu’il est très difficile, pour plusieurs raisons, d’apprécier dans chaque cas pris en particulier la valeur du traitement mis en œuvre ; je n’ignore pas que le tabes peut rester indéfiniment bénin en l’absence de tout traitement, comme aussi devenir des plus graves malgré la médication anti-syphilitique la plus active, si bien qu’en choisissant les cas, on pourrait presque soutenir, comme on l’a fait du reste, que la cure mercurielle, loin d atténuer le mal, l’aggrave. Pour se former à cet égard une opinion fondée, il est indispensable d’avoir observé un très grand nombre de faits et de comparer en bloc les tabétiques qui se sont abstenus de tout traitement hydrargyrique à ceux qui en ont fait usage. Or, en procédant ainsi, je suis arrivé à cette conviction que la cure antisyphilitique et plus particulièrement la cure mercurielle longtemps poursuivie est efficace, que, pour le moins, elle enraye dans une certaine mesure 1 évolution du tabes. »

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’’ J'ai été, je le rappelle, un des premiers - le premier en France, je crois - à préconiser contre le tabes le trartement hydrargynque aussi prolongé que possible.

Ma manière de voir, combattue autrefois par la plupart des médecins, est actuellement admise par la majorité d entre eux.

Maurice Faure, de Lamalou, dans un article intitulé : a Opinions sur le traitement mercuriel du tabes» (Bulletins et Mémoires de la Société de Meiecme de Paris, séances du a5 janvier et du .4 février ,908), exposant 1 h, stor.qu.de la question, après avoir rappelé l'opposition faite au trartement hydargyrrque dans le tabes écrit : « Un seul neurologiste français, Babinski, est d un avis tout a fait opposé Avant que Leredde ait formulé l'opinion qui a eu tant de retentissement, il pratiquait le traitement mercuriel des tabétiques et affirmait en avoir de bons

résultats. ., . .

« Malgré cette presque unanimité des principaux neurologistes contre 1 opinion admise par Babinski, Leredde, Lemoine, c’est cette opinion qui a prévalu, c’est elle qui d’année en année a gagné du terrain au point que, actuellement, on ne voit pour ainsi dire plus un tabétique qui ne fasse un traitement mercuriel méthodique. »

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