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MALADIE DE BASEDOW

J ai traité par le salicylate de soude plusieurs malades atteints de goitre exophtalmique et cette méthode, employée déjà avec succès par Chibret, de Glermont-herrand, m’a donné des résultats satisfaisants.

Entre autres faits, voici une observation résumée que j’extrais de mon travail (71) publié en 1901 :

« Il s’agit d’une jeune femme de 28 ans, chez laquelle l’affection, ayant débuté vers le milieu de 1898, avait augmenté progressivement à partir de cette époque et cela avec une très grande rapidité depuis le milieu de janvier 1899. Au commencement de février, je constatais un goitre pulsatile très marqué, une exophtalmie bilatérale fort apparente, du tremblement des membres supérieurs et une augmentation du nombre des pulsations qui s’élevaient au chiffre de i4o à la minute ; la malade s’était notablement affaiblie et avait maigri.

(( Le traitement salicylé fut institué (de 3 à 4 grammes par jour) et continué pendant plusieurs mois, avec des interruptions.

« En octobre 1899 je revis cette femme ; son état s’était transformé, elle se sentait bien plus forte, les pulsations n’étaient plusqu au nombre de 80 à la minute, le goitre et le tremblement avaient disparu, l’exophtalmie avait diminué, et le poids s était accru de plusieurs livres.

188 affections des glandes a sécrétion interne

« A un nouvel examen pratiqué à la fin de 1900, la guérison du goitre, du tremblement et de la tachycardie s’était maintenue ; l’exophtalmie avait complètement disparu. »

Comme on le voit, la médication doit durer plusieurs mois, ce qui est en général sans inconvénient, lorsque les reins fonctionnent normalement. J’ajoute que 1 efficacité de cette cure est loin d elre constante et que parfois les troubles, apres avoir rétrocédé, reparaissent. Quoiqu’il en soit, la connaissance d’un moyen capable, dans certains cas, d’atténuer et même de guérir la maladie de Basedow constitue une acquisition précieuse pour la thérapeutique.

Ces faits ont été vérifiés par de nombreux médecins : par Terson père (Arch. méd., Toulouse, 1902), par Joussement qui, dans son travail sur « le traitement du goitre exophtalmique » (Thèse, Paris, 1904), rapporte des observations qui lui sont personnelles, ou qu’il tient de Launois et de Guinon.

Sergent (Soc. méd., 1907, p. 1280), dans une communication intitulée : « A propos d’un cas de syndrome de Basedow consécutif à une crise de rhumatisme articulaire aigu prolongé », écrit : ... « Il est permis de penser que si le salicylate de soude, administré pendant longtemps, exerce une influence heureuse sur cet état pathologique, c’est parce que celui-ci présente des affinités plus ou moins étroites avec le rhumatisme aigu. »

H. \incent (Soc. méd., 1907, p. 1286), dans une communication ayant pour titre : « Rapports de la maladie de Basedow avec le rhumatisme aigu », exprime la même idée. « Il n’est pas jusqu’à la thérapeutique spéciale, dit-il, dont est parfois justiciable le goitre exophtalmique, qui ne vienne apporter une nouvelle confirmation de 1 étroite relation existant entre cette maladie et le rhumatisme. Chibret et Babinski ont recommandé le salicylate de soude dans le traitement de la maladie de Basedow. Chez quelques malades de Babinski les effets ont été remarquables. Je puis confirmer les résultats favorables donnés par cette médication. »

ANÉVRISME DE L’AORTE Anévrisme de l’Aorte et Troubles pupillaires.

Les troubles pupillaires, en particulier l’inégalité des pupilles, qu’il n’est pas rare d’observer dans l’anévrisme de l’aorte, étaient attribués autrefois a une irritation ou à une paralysie du nerf sympathique résultant d une compression de ce nerf par la poche anévrismale. Sans contester qu il puisse en être ainsi dans certains cas, j’ai montré que le mécanisme de ces perturbations est d’habitude bien difïérent (78).

Recherchant le reflexe à la lumière dans des cas d’ectasie aortique avec inégalité pupillaire, j’avais constaté qu’il était très affaibli ou aboli, ce qu’une lésion du sympathique, quelle qu’en soit la nature et l’intensité, ne saurait expliquer. Dans les faits en question, les troubles pupillaires étant permanents, n’étant liés à aucune lésion des globes oculaires et n’étant pas associés à une paralysie de la 3 e paire, réalisaient les conditions requises (voir p. 58 ) pour être légitimement attribués à une lésion syphilitique des centres nerveux. J’ajoute que j’avais noté aussi, dans quelques-unes de mes observations, une abolition des réflexes achilléens, ce qui venait à l’appui de l’hypothèse d’affection organique du système nerveux. J’émettais l’idée que dans les faits étudiés par moi les troubles de la pupille n’étaient nullement sous la dépendance de l’anévrisme, que

cependant il ne s’agissait pas là d’une coïncidence fortuite, que les lésions aortiques et les perturbations pupillaires étaient liées par des relations d’ordre étiologique et que c était la syphilis qui les rattachait les unes aux autres.

J’extrais de mon travail sur cette question le passage suivant :

« Je rappellerai que la coïncidence entre le tabes confirmé et l’insuffisance aortique a été fréquemment signalée ; mais, dans les faits de ce genre, le diagnostic d’ataxie s’imposait, et il n’y avait aucune raison pour songer à une compression du sympathique par une aorte dilatée. Dans les observations que je viens de rapporter, il en est tout autrement ; la lésion organique du système nerveux eût fort bien pu être méconnue, ce qui me conduit à me demander s’il n’en a pas été ainsi dans d’autres cas d’anévrisme aortique accompagné de troubles pupillaires, et je voudrais savoir jusqu’à quel point est fondée la notion classique qui fait dépendre ces troubles d’une compression nerveuse. N’a-t-on pas été amené à cette idée par des considérations théoriques, en rapprochant les phénomènes pupillaires des phénomènes laryngés qui sont dus à la compression du récurrent ?

a Pour résoudre cette question, il faut de nouvelles observations ; j invite donc mes colleguesà examiner, chez les aortiques qui se présenteront a eux, 1 état du reflexe a la lumière, et à faire connaître à la Société les résultats de leurs recherches » (78).

Trois semaines après ma communication, Vaquez publia dans les Bulletins de la Société médicale des Hôpitaux, 1902, pp. 79 et 80, un travail qu’il voulut bien intituler : « Syndrome de Babinski (Association des troubles de la pupille avec les lésions de l’aorte). »

En voici quelques extraits :

« M. Bahmski nous a rendu le très grand service de mettre de l’ordre et de l’unité dans ces constatations disparates...

* ^° S tr01S observat 'ons représentent un type différent des divers stades de la maladie ; dans la trois,ème, les symptômes se réduisent exclusivement à la lésion valvulaire aortique et à l’inégalité pupillaire avec perte des réflexes à l’accommodaüon et a la lumiere. Chose curieuse, c’est dans ce dernier cas que la syphilis est le plus indubitable. ^ - r

ANÉVRISME DE L’AORTE 19i

a Si la lésion aortique ne se montrait qu’au cours du tabes confirmé, peut-être aurions-nous hésité à donner à leur association avec les troubles de la pupille le nom de syndrome de Babinski, mais comme il peut arriver qu’ils constituent à eux seuls toute la maladie, et cela pendant un temps très long, il nous a paru légitime de donner à cette association la dénomination sus-indiquée, en raison de l’intérêt pathogénique, diagnostique et thérapeutique quelle présente.

« En effet, en dehors des cas où la coïncidence peut être fortuite, comme celui d’une lésion valvulaire aortique d’origine rhumatismale évoluant au cours d’un tabes, la réunion des symptômes dont nous parlons devra faire suspecter la syphilis comme cause étiologique commune, puisqu’il semble acquis que le signe d’Argyll Robertson est fonction de syphilis.

« Enfin, et pour les raisons précédemment indiquées, il sera désormais nécessaire ou tout au moins légitime de soumettre au traitement spécifique les sujets atteints de lésions aortiques chez lesquels, en dehors de toute autre condition étiologique que l’on puisse invoquer, l’existence simultanée de troubles pupillaires montrera la réalité de l’infection syphilitique. »

J. Chaillous a publié en juillet 1902 dans les Annales d'oculistique un mémoire intitulé: «Des troubles pupillaires chez les malades atteints de dilatation aortique. »

J’en extrais le passage suivant :

« Cette opinion (opinion de Babinski) est tout à fait opposée à l’opinion classique répandue dans tous les traités, dans toutes les thèses, et qui met sous la dépendance directe de l’anévrisme de l’aorte les troubles pupillaires qui coïncident avec lui..

« Nous croyons donc pouvoir conclure : le plus souvent les symptômes pupillaires qui coïncident avec les anévrismes de }a crosse aortique se rattachent à la cause même qui a produit.cet anévrisme, c’est-à-dire a la syphilis. Ces conclusions n ont pas seulement un intérêt théorique. L’examen des pupilles fait d une façon systématique chez tout malade, et en particulier chez tout malade atteint de lésions vasculaires, de dilatation aortique, démontrera la nécessité d’une thérapeutique qui pourra, dans certains cas tout au moins, être plus efficace que celle suivie jusqu’à présent. »

Renon, dans une leçon clinique (Archives générales de médecine, 4 avril igo 5 ) intitulée : « Rétrécissement mitral, aortite, coronarite et tabes chez une syphilitique », s’exprime ainsi :

« Il existe donc des anévrismes de l’aorte avec des troubles pupillaires tabétiques. On peut en conclure que, dans ces conditions, les troubles pupillaires ne sont pas liés à l’anévrisme, mais à la cause commune du tabes et de 1 aortite, a la syphilis. Voilà pourquoi ce syndrome justement dénommé syndrome de Babinski a une si grande importance. »

Paul Vautier, dans uu travail (Thèse, Paris, tgoü) inspiré par P. E Launoiset intitulé : « Le syndrome de Babinski », rapporte un grand nombre d observations

confirmatives de mon opinion. , , , YVVT

Edgard Hirtz et Paul Braun (. Bulletins de la Société medicale, 1911, t. XXXI,

„ 3 l) dans un article intitulé «Note surdix cas d'aortites,ph.litique», écrivent: «M Vaquez a insisté avec raison sur Passociation fréquente de 1 insuffisance aortique et du signe d'Argyll (syndrome de Babinski), le signe dArgyll permettant

d’affirmer la syphilis. » . . ,

Grégoire Odobesco, de Bucarest, accepte aussi mes idees et les expose dans un travail qui a pour titre : « Les troubles pupillaires dans les anévrismes de l’aorte (Syndrome de Babinski) » (Revista Stüntelor Medicale And. VIII, n° 3 , Martie,

CYANOSE

J’ai rapporté avec M lle Toufesco deux observations de cyanose des rétines chez des sujets atteints de rétrécissement de l’artère pulmonaire (109, ii 2). Ces faits sont très rares : des recherches bibliographiques nous ont montré qu’il a été publié seulement onze observations analogues.

Dans l’un de nos cas, il s’agissait d’un enfant présentant, outre une cyanose des rétines, delà cyanose généralisée, liée à une malformation congénitale du cœur avec hyperglobulie. Dans l’autre, on constatait une cyanose des rétines, légère mais nette, chez un malade atteint de rétrécissement de l’artère pulmonaire, sans cyanose généralisée ; ce dernier caractère est, selon nous, particulièrement digne d’attention.

Il est probable que le nombre des cas signalés de cyanose des rétines deviendrait plus grand si l’on soumettait systématiquement à l’examen ophtalmoscopique tout malade atteint de cyanose généralisée, et, d’une façon générale, tout malade porteur d’une affection cardio-vasculaire. Notre deuxième observation prouve que la cyanose des rétines peut exister sans cyanose généralisée, et l’importance de ce trouble local est considérable, car il traduit une perturbation dans la circulation du système nerveux central.

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