LIVRE II
viron dix à douze fois son poids d’argent, tandis que depuis l’affluence des masses métalliques de provenance américaine il est monté à 14 et 15 fois ce poids. Les changements les moins considérables dans ces rapports s’expliquent en partie par le rendement variable des travaux de production et en partie aussi par l’inégalité de la demande.
Si dans un pays les monnaies d’or et d’argent circulaient indépendamment les unes des autres et étaient également reconnues comme moyen de circulation, il en résulterait une confusion inévitable; il faudrait, pour procéder sûrement, qu’à chaque affaire on tombât d’accord sur la question de savoir en quel métal le prix devrait être entendu, et en réalité on se trouverait placé en présence de deux mesures de prix. Pour remédier à cet inconvénient, on a jugé nécessaire ou bien de proclamer un seul métal mesureur de prix et moyen de libération légal, ou bien, si cette qualité devait être reconnue aux deux métaux, d’établir entre eux un certain rapport de prix. Ces dispositions, qui appartiennent à la politique monétaire, doivent déjà être prises en considération dans des développements théoriques, parce qu’elles exercent leur influence sur les effets des récents accroissements de monnaie.
1° Si dans tous les pays tel métal était choisi uniformément pour l’unique mesureur légal des prix, la masse d’argent en circulation se composerait en grande partie de ce métal, et les monnaies fabriquées avec l’autre métal auraient, comme des marchandises, un prix variable. Ces dernières baisseraient à l’encontre de l’argent composé du métal privilégié, au cas où leur quantité viendrait à s’accroître dans de grandes proportions. Que si les monnaies déclarées moyen légal de paiement s’augmentaient, une hausse de tous les prix en serait la suite nécessaire. Mais l’uniformité que nous supposions n’existe pas.
2° Il y a des pays dits à étalon d’or (Gold'wæhrungslaender) dans lesquels tous les prix convenus se rap-
portent à des monnaies d’or et tous les paiements un peu considérables s’effectuent avec les mêmes monnaies; l’argent n’y sert que pour la bonification de petites quantités cle valeur et que pour le commerce extérieur. Si, par suite d’une affluence d’or venant du dehors, la quantité des monnaies d’or en circulation s’augmente fortement, sans qu’en même temps le besoin de moyens de circulation s’agrandisse, une hausse dans les prix des marchandises et des prestations ne pe'ut pas manquer de se produire ; hausse qui, dans un pays opérant librement avec les autres, ne s’élèvera cependant pas plus qu’ailleurs, parce que l'écoulement d’une partie de l’or doit amener l’équilibre.
3° Dans les contrées où c’est l’argent qui a cours forcé (contrées à étalon d’argent, Silberwæhrungslaender) le prix des monnaies d’or dépend, dans chaque cas particulier, des conventions des parties, et n’échappe pas, par conséquent, à des oscillations.
Bien que ce soient des monnaies d’argent qui défrayent la circulation pour la plus grande part, l’or ne se trouve cependant pas exclu des soldes considérables. Si maintenant une plus grande quantité de monnaies d’or apparaît, leur prix va, à l’encontre des monnaies d’argent, subir une baisse comme le prix de tous autres biens se présentant en quantités plus considérables, et la supposition d’une baisse persistante accélérera cet effet. Les possesseurs de monnaies d’or les apporteront malgré leur valeur amoindrie sur le marché, afin d’en tirer parti, et elles circuleront plus fréquemment. Si, par là, un accroissement de toute la masse d’argent devient sensible, on peut s’attendre également à voir hausser les prix des objets vendables, mais dans une mesure moindre que dans le cas du n° 1.
4° Dans les pays qui emploient indistinctement les deux espèces de monnaies (pays à double étalon, Laender einer vermischten Wæhrung), celles-ci ont entre elles un rapport fixe qui est établi par la loi. Quand.