LIVRE IL
/, L’usage simultané de l’or et de l’argent comme monnaie nécessite sur le rapport de prix existant entre eux des recherches dont l’intérêt s’est accru à la suite de l’augmentation successive et de l’or et de l’argent, et s’est manifesté par de nombreuses discussions.
Voici, selon nous, sur ce sujet, les principaux points de repère : 1° La valeur plus considérable de l’or comparé à l’argent tient principalement à sa plus belle couleur, qui est prise en considération lorsqu’il s’agit de l’employer à des objets de luxe et d’ornementation. Mais la rareté de l’or aussi, en en rendant l’usage impossible ou au moins fort difficile à une partie des hommes, lui prête précisément, aux yeux de ceux qui en possèdent, un intérêt d’autant plus puissant.
2° Le procédé le plus ordinaire pour l’obtention de ce métal consiste dans le lavage de petites portions d’or mêlées à de la terre ( Seifenwerhe ), tandis que c’est par la voie de l’exploitation, par l’extraction opérée sur des minerais que l’argent est acquis. Cette différence est riche en conséquences, car le lavage procure, selon le contenu métallique de la terre, un produit extrêmement inégal, et exige si peu de capital que de simples ouvriers peuvent s’y adonner avec leurs propres ressources, alors que l’exploitation des mines d’argent réclame des apprêts coûteux et varie peu dans ses résultats. C’est pourquoi il se manifeste dans la production même, comme dans les frais de production de l’or, des fluctuations bien plus considérables.
3° En général, l'or occasionne de plus grands frais de production que l’argent, et vaut par conséquent plus cher que ce dernier. Le rapport dans lequel ils se trouvent placés l’un vis-à-vis de l’autre, quant à leur prix, ne cadre en aucune façon avec le rapport de leurs masses produites et disponibles, mais se trouve déterminé par les frais et l’estimation de la valeur. Si, par exemple, une livre d’or vaut autant
que quinze livres d’argent, on peut en conclure que pour se procurer la masse d’or qu’on obtient annuellement, il faut bien faire quinze fois autant de déboursés que pour l’obtention de l’argent, et qu’il se manifeste au prix indiqué des demandes suffisantes d’or produit moyennant ces sacrifices.
4° Quand une forte augmentation de l’un des deux métaux en abaisse le prix à l’encontre de l’autre, il y a là une cause de revirement, puisque la production du métal devenu meilleur marché, ayant perdu une partie de ses avantages, diminue, tandis qu’on s’applique à produire l’autre en plus grandes quantités.
5° Abstraction même faite des mesures gouvernementales, il arrive divers changements dans la demande des deux métaux. Tantôt c’est l’emploi de l’un ou de l’autre à des objets usuels, qui s’agrandit; tantôt la préférence éclate à propos d’usage de monnaie, de façon, par exemple, que c’est l’or dont on se sert préférablement pour des envois en des pays éloignés, tandis que dansées rapports journaliers, des valeurs minimes ne sauraient être représentées parfaitement par des pièces d’or. Cependant les fluctuations résultant de ces causes-là dans le rapport de prix entre l’or et l’argent sont ordinairement de moindre importance que celles qui découlent des institutions concernant la monnaie.
6° Par suite de la facilité et de la sécurité actuelles des transports, ainsi que de la fréquence des nouvelles parvenant des contrées les plus éloignées, le rapport de prix ne peut guère varier beaucoup d’un pays à un autre, puisqu’un écart plus considérable provoquerait infailliblement des importations de l’un des métaux et des exportations de l’autre. En chaque pays, les provisions de monnaies d’or et d’argent se sont fixées en conformité des besoins actuels des deux espèces et du rapport général de prix existant entre elles.
7° Dans l’antiquité et au moyen-âge, l’or valait en-