LIVRE I
L’existence d’un bien matériel d’une certaine valeur exige une condition extérieure (objective) et une condition intérieure (subjective), placées dans le cerveau des hommes. Car il ne suffit pas de la présence d’une substance corporelle constituée d’une façon, de laquelle dépende son application à des fins humaines, et il faut encore que son utilité soit admise, soit reconnue par un jugement de l’intelligence. C’est ce jugement qui fait des choses des biens, alors même qu’auparavant elles avaient existé déjà sous leur forme déterminée. Il peut arriver ainsi qu’une chose soit envisagée comme un bien quand vient à surgir un nouveau but ; plus l’homme a de besoins, plus il apprendra à connaître de biens lui servant de moyens pour satisfaire ces besoins. C’est le cas, par exemple, pour les sangsues, le tabac, le gaz, les pierres lithographiques, le chloroforme, etc. Les biens matériels n’entrent dans la fortune qu’après que quelqu’un se les est approprié.
L’homme peut donc, de deux façons, contribuer à la formation de parcelles de fortune :
1° En agissant pour qu’un plus grand nombre de ces choses corporelles, auxquelles le jugement des hommes attribue déjà une valeur déterminée, entrent
dans la fortune. Cette condition ne doit jamais être perdue de vue. Un nouveau bien ne naît pas parce qu’une action accompagnée de frais aurait été exercée sur la constitution physique d’une substance, mais naît seulement quand l’action a été exercée de telle sorte qu’elle a donné le jour à un objet d’une valeur déjà reconnue. Grâce à ces agissements, auxquels revient la production, des biens matériels, qui déjà se trouvaient sur la terre, tels que des poissons, sont placés sous la puissance de l’homme, ou bien on détermine, comme par exemple par l’agriculture, une valeur nouvelle ou plus élevée dans les substances.
2° En scrutant les qualités des choses corporelles, en les mettant en relation avec des fins humaines et en découvrant en elles, par là, de nouvelles espèces ou des degrés supérieurs d’utilité, ce qui leur fera attribuer une valeur plus considérable. Cette activité, que Riedel appelait production d’utilité (Nützlichkeitsproduction), cette activité, qui élargit le cercle des connaissances humaines, revient dans ses effets à la iroduction, et ceci déjà démontre à quel point les progrès de la culture intellectuelle, spécialement des idences naturelles, favorisent les visées économiques, ci se présente aussitôt à l’esprit la découverte plus >u moins récente de l’utilité de l’huile de foie de norue, du caoutchouc, de la gutta-percha, de l’anhracite (charbon-fossile, nommé aussi houille sèche), le l’iode et des sources minérales contenant de 'iode, etc., etc.
La première des voies indiquées pour ajouter à la ortune des éléments nouveaux est la plus fructueuse, a plus régulière et celle aussi qui met en mouvement 3 plus de forces. La seconde n’a pas en elle-même ne aussi grande efficacité que la première, et il n’est as possible de préciser par avance ses résultats, qui,
1 plupart du temps, relèvent du hasard, sans ompter que sans la première, elle fructifie déjà moins, our cette raison que plus les objets présents seront stimés haut, plus leur consommation, qui se trou-