‹ Exposé élémentaire de l'économie politique à l'usage des écolesChapitre 15 sur 305 · RAPPORTS DE L’ÉCON. PUB. AVEC LES ÉCON. PRIV · texte numérisé non relu

RAPPORTS DE L’ÉCON. PUB. AVEC LES ÉCON. PRIV

lique, on proclame l’économie publique qui se comorte, vis-à-vis de la société politique, comme une parie vis-à-vis du tout et qui ne s’étudie isolément que râce à une faculté admirable de l’esprit, appelée 1 anayse. Encore même que la perception de lEcon. pudique ne monte qu’insensiblement à l’horizon de la lensée humaine, il fautbien se dire qu’elle est fatale et névitable à la longue, en ce qu’elle repose sur des •apports nécessaires, au point de vue du développement physique de l’homme, entre la généralité des iconomies et l’économie particulière. Aussi ne pourons-nous nous montrer bien sévères pourceux qui, nettant en relief l’idée de l’État et de l’Econ. pudique comme un ensemble qui domine l’individu et nême les générations, vont jusqu’à glorifier la guerre lu service qu elle rend en faisant pousser des racines profondes à la conception scientifique de l’Etat et en projetant une vive lumière sur la nécessité de la cohésion nationale. Peut-être seulementqu’ilvaudrait mieux encore demander le sentiment de la solidarité aux progrès de l’intelligence qu’à la guerre, qui peut, il est vrai, mettre un terme à la rivalité des intérêts sur un espace étroit, mais qui 1 entretiendra, par contre, sûrement au-delà et créera un obstacle prolongé à une plus grande harmonie. Quoi qu il en soit” pour Adam de Millier, l’Econ. publique est le produit de tous les produits. « A quoi sert, dil-il d^ns ses « Elemente cler Staatslmnst », parus en 1809, une richesse incapable de se garantir elle-meme . Elle ne le peut qu’au moyen de la nationalité. » jamais accord fortuit entre écrivains n’aura ete plus complet que celui que nous constatons en ce moment, quant au fond et à la forme, entie Adam de Muller et nous. Neuf ans auparavant, un métaphysicien allemand, de renom, qui avait entrepris "déjà de rectifier le jugement de ses concitoyens sur la Révolution française, avait accentué également dans son livre « der geschlossene Hanclelstaat ou État fermé commercialement », la notion

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de 1 indépendance, de l'individualité de l’État. Si neanmoins, nous ne nous soucions pas d’invoque 1 autorité de 1 ancien recteur de l’Université de Ber lin, cest que nous ne partageons nullement les vue: de Fichte sur le rôle de cette individualité; c’est qu< nous reprouvons un système qui n’admet pas la propnete comme un droit exclusif sur les choses el demande a 1 Etat 'd’assurer à tous ses membre! une portion des richesses produites par la société: cest qu enfin nous trouvons que les socialistes tont, en general, aussi bon marché de la nationalité que ses adversaires les plus déterminés.

voir dans 1 économie sociale une sorte d’entité de personnalité, un principe actif et réel, n’est pas d’ailleurs le lait seulement des modernes parmi lesquels figurent naturellement tous les théoriciens de la protection, tels que Ganilh et List, mais encore celui dq 1 antiquité méditative, ainsi qu’on en peut acquérir

Pfv vV p preuve dans ]a République de Platon ( \ , VJ. 1 oar ne pas perdre de vue un rapprochement auquel nous tenons, nous dirons donc que tout aussi bien qu’un peuple est plus qu’une simple agrébation d individus, 1 économie publique, au lieu de Lwf-, qu-une s.lral'Ie juxtaposition d’une multitude dp tnntinies Prive.esv représente encore le concours de toutes celles-ci dans un organisme supérieur et

alfa f?rma,nt une unité colossale à côté ou

au-dessus d unîtes plus modestes. Tel n’est pasassurémentl avis de l’Américain Thomas Gooperqui, dans sesi Ltciurëson the éléments ofpolitical economy (1826), e considéré la richesse de la société que comme 1 agrégation des richesses individuelles, et aux yeux:

intérêt' ïaC+Un pourv?yant le mieux à son propre div?d?LLf aUtî P°Ur U1J pays s enrichisse,que l’inm Jmp 1 d" la maniéré la plus complète livré à luimeme — ce qui devrait, comme on l’a fait observer à cet auteur, assurer aux peuples sauvages le rang le plus elevé sur 1 échelle de la fortune. - Aussi bfen le mot nation n’est dans la pensée de Cooper qu’une

nvention des grammairiens, faite uniquement dans le iut d’éviter des paraphrases, une entite de pure distraction. Que le sage Adam Smith n’ait pas verse lans des idées aussi absurdes, on ne s’en étonnera joint; mais peut-on s’étonner au moins de lui voir exprimer l’opinion que la recherche de 1 interet >articiilier amène les hommes naturellement et meme îécessairement à faire ce qui est le plus conforme a ’intérèt général? (Inqiàry, etc., IV, chap. ^.) Cette ormule, qui cadre si bien avec tout ce que nous pensons nous-même, a attiré cependant au pere de ’Econ pol. le reproche d’oublier que chaque peuple end à une durée éternelle et se trouve forcé de consentir des sacrifices actuels en vue d’un avenir lointain, ce qui n’est pas le propre des individus dont l’existence est limitée. Mais ne sera-t-il pas permis ie répondre à ceux qui ont formulé ce grief que si f individu a par lui-même une existence limitée, cette existence se prolonge indéfiniment, selon son plus cher désir, dans la personne de ses descendants et de ses plus proches, si bien que cet avenir lointain, qui commande des sacrifices actuels, se confond en réalité avec le sien propre, sans donc que 1 interet personnel soit en contradiction avec l’interet général. Au surplus, si n’était cette abdication, ce renoncement partiel et plus apparent encore que véritable de l’intérêt particulier vis-à-vis de 1 intérêt général, une nation, une collectivité ne serait pas possible, car cette collectivité ne vit que des concessions faites par les situations particulières, mais faites d’ailleurs dans l’intérêt bien entendu de celles-ci.

Parmi les qualifications que nous avons cru jusqu ici pouvoir donner à l’Écon. publique, afin de bien maiquer son existence et sa vitalité propres, nous avons laissé passer celle d’organisme, et par là, nous entendons avec Lotze, l’auteur de la Physiologie generale de la vie corporelle , ce qui porte en soi une loi de succession pour les degrés divers de développement, aussi bien qu’une tendance interne qui pousse vers

leur réalisation, sans échapper à la nécessité d’être favorisé par les circonstances extérieures, alors que chez les métaux, par ex., les mutations dépendent entièrement des circonstances extérieures. En nous servant de cette qualification, ce n’est pas que nous éprouvions vers elle un entraînement auquel ne se mêlent certaines réserves, quoique cependant la conception d’une vie sociale organique, dont les organes isolés seraient des êtres absolument indépendants, soit évidemment aussi difficile que celle de la vie corporelle organique de l’homme ou des animaux avec l’indépendance réciproque de leurs organes ou membres constitutifs.

L’admission d’une sorte d’organisme ne se trouvet-elle pas justifiée déjà par cette circonstance qu’en ce qui concerne l’Econ. publique et à la différence d une machine quelconque, dans le mouvement de laquelle on peut nettement reconnaître la cause et l’effet, tous les phénomènes simultanés exercent lesuns sur les autres une action réciproque? Dans ce moulin à vent, par ex., nous voyons bien la force du vent déterminer la rotation des meules, mais nous ne voyons pas les meules réagir sur le vent. Au contraire, se transporte-t-on dans le domaine de l’Écon. publique, impossible, par ex., d’y séparer la prospérité de l’agriculture de celle de l’industrie. Pendant que 1 élan de l’industrie a son point de départ dans l’élan de l’agriculture, qui lui fournit les matières premières, cette agriculture elle-même ne saurait etre florissante sans les débouchés de l’industrie manufacturière ou commerciale. Il se passe là quelque chose d’analogue à la corrélation intime, si bien ex-; posée jadis par un Romain au cours d’un soulèvement populaire, qui existe entre les organes du corps humain , pour lesquels le concours mutuel est une nécessité commune. N’est-on pas, dans de pareils cas, en présence d’une vie organique dont ces faits isolés ne sont que des manifestations, d’une vie organique dont la claire intelligence conduisait le grand histo-

ien Thucydide, selon ce que rappelle encore son iograplie moderne M. Roscher, à expliquer ainsi la ause des événements sociaux : A découle de B et B e A, tandis que les historiens pragmatiques comme ‘olybe, par ex., pour lesquels B vient de A, G e B, etc., méconnaissent la réciprocité des inuences. L’esprit humain, embarrassé devant un ystème où tout semble enchevêtré d’une manière nextricable, peut bien vouloir, après avoir essayé e reculer à l’aide d’incessantes et méritoires mvesigations les limites du grand inconnu, se réfugier ans une force vitale, un principe suprême qui imilique en quelque sorte sa capitulation. Mais il n’y dans cette proclamation d’un e pensée divine, arrahée à l’impuissance analytique, rien qui dût effaoucher la science, consciente de la dose de pénétraion humaine, et il n’en devient que plus nécessaire ie s’incliner devant le principe suprême, au lieu de lier, en niant ce principe, l'enchaînement de l'enemble, qui a bien plus d’importance que l’analyse les diverses parties.

A cette première justification du terme employé >eut venir s’en ajouter une autre, que nous fournira sgalement la prise en considération de n’importe [uelle machine. Une machine est nécessairement irécédée par celui qui l’a conçue, qui en esprit lui a issigné par avance sa marche et son utilité; en l’autres termes, elle prend date après l’intelligence iréatrice des plans suivant lesquels elle a vu le jour. )r, c’est là une circonstance qui ne se représente pas

lans l’organisme. Ainsi, pour prendre d’abord un des irganismeslesplus merveilleux, l’organisme humain, les fonctions essentielles, telles que la génération et a digestion, s’y sont accomplies des milliers d’années i va nt que la physiologie fût parvenue à. émettre îur la digestion et la fécondation une théorie satis- 'aisante. Eh bien, à l’instar du corps humain, quoique ^instituée, il est vrai, pour cause d’influences mo- 'ales, d’une manière moins complète que lui, l’Econ.

publique, affirmant en quelque sorte son indépendance des établissements humains, son institutior de par une volonté supérieure, décrit depuis le commencement des sociétés des évolutions périodiques, régulières, dont la plupart des hommes n’ont souvent pas plus conscience que des phénomènes célestes, et dans lesquelles quelques écarts capricieux se compensent en général d’après la loi des grands nombres. Aussi est-ce avec juste raison que M. Roscher, nullement convaincu par ce roi astrologue du XIIIe siècle, Alphonse de Castille, qui regrettait n’avoir pas été consulté par le Créateur pour l’arrangement estimé défectueux par lui de l’univers, et se rangeant quant à lui du côté des Newton, Laplace et Gauss, qui en ont jugé sans doute différemment, s’exclame au sujet de l’Econ. publique, en empruntant le langage de Bacon : « Là aussi, il est des harmonies d’une admirable beauté, qui ont existé longtemps avant qu’aucun homme les eût soupçonnées, et de nombreuse^ Lois naturelles, qui n’attendent pas pour agir que nous en ayons reconnu l’empire; elles ne subissent quelque influence que de la part de ceux qui ont su leur obéir. »

Quoique l’on fasse, l’espèce de dualisme, mais non pas d’antagonisme, que nous avons cru pouvoir relever entre économies privées et économie publique éclate pour ainsi dire spontanément dans l’examen d’une foule de problèmes économiques. Ainsi, quand on suppute la consistance de l’avoir d’un particulier, on voit que cet avoir se compose, outre les droits de, propriété et autres droits appelés réels par les jurisconsultes, tels que droit d’usage et d’usufruit, de droits qui sont dans le commerce et facilement convertibles en biens matériels, comme certains offices et privilèges, ou de droits qui, comme jadis les dîmes, assurent par eux-mêmes une recette durable de biens matériels, ou enfin de créances sur d’autres personnes, pourvu qu’elles soient incontestées, qu’elles portent sur des masses de biens déterminées et ne

permettent pas le doute sur le recouvrement. Que si on veut, à ce même point de vue subjectif, se rendre compte de l’avoir d’un peuple tout entier, on est amené à reconnaître que ne rentrent dans cet avoir les droits faisant partie de fortunes particulières qu’autant que les obligations correspondant à ces droits sont à la charge de l 'étranger. Nous parlons là de fortunes acquises, dont on fait l’inventaire. Quand on se pose ensuite la question de savoir comment un particulier ou un peuple devient riche, le contraste ou la nuance reparaît. En effet, un particulier a divers moyens d’augmenter sa fortune ; il peut l’augmenter par les voies de la production propre, comme aussi il peut s’enrichir en faisant entrer dans son patrimoine, que ce soit à titre onéreux ou gratuit, des parcelles du patrimoine de ses concitoyens. Envisage-t-on, au contraire, pour un peuple tout entier, les conditions de son enrichissement, on se convainc aussitôt que cet enrichissement ne peut pas, à vrai dire, être cherché en dehors de la production nationale.

Les observations et exemples qui précèdent doivent suffire à nous certifier la réalité de deux termes différents, quoique se supposant l’un l’autre, défrayés l’un par la personnalité vivante et agissante des Écon. privées, l’autre par ce qui ressemble le plus à une personne vivante sans l’être, par une per- ; sonne morale, celle de l’Écon. publique, et il ne nous reste plus qu’à constater, en rapprochant la créai tion naturelle de la création artificielle, basée toutefois sur une nécessité impérieuse, leur manière de se ! comporter dans leurs rapports réciproques.

Au point de départ de cette étude comparative, si elfe" doit être rationnelle, nous placerons toujours l’individu ou l’Écon. privée, car pas plus que dans le domaine politique nous ne pactiserons jamais avec ces théories qui, explicitement ou implicitement, imaginent le gouvernement avant le gouverné et subordonnent celui-ci à celui-là, dans le domaine

des intérêts matériels, détaché du domaine politique pour les besoins de la discussion, nous ne consentirons à sacrifier l’être physique, hanté par de véritables besoins, à un ensemble métaphysique ou abstrait. C’est l’homme auquel il faut songer avant tout; c’est lui qui a une mission à remplir, à qui incombent une responsabilité, des fins immédiates et éloignées à atteindre, et toute fonction sociale ou collective ne saurait être destinée qu’à aplanir les voies où l’homme doit s’engager. Or, pour ne pas sortir du cercle étroit dans lequel notre étude actuelle nous enferme, n’estil pas manifeste qu’une tendance invincible pousse l’homme vers le bien-être, vers la propriété qui est une des nécessités de sa constitution? Cette propriété, il ne peut la demander gratuitement à autrui, puisqu’il supprimerait l’effort personnel, qui en est la base de droit, puisqu’il supprimerait du même coup l’individualité humaine ou donnerait sur elle une prise illimitée, et qu’à prendre ou recevoir sans raison, il est menacé de devoir rendre à son tour sans autre forme de procès. Mais ce que tous peuvent faire, comme y étant tous également intéressés par l’identité complète d’aspirations et une impuissance qui est propre à chacun au regard de tous, c’est se liguer ensemble pour se permettre réciproquement de travailler sans entraves aux acquisitions justement convoitées, et ces acquisitions une fois faites, d’en jouir à leur guise. Nous ne voulons pas dire qu’un acte ait été précisément dressé de cette sorte d’association, car la collectivité a de tous les temps coexisté avec les individualités, et ses services ne se déduisent pas avec moins de rigueur du raisonnement et de la lorce des choses. Cette collectivité, qui est représentée ici par l’Écon. publique, a donc un rôle à jouer, et ce rôle est rempli naturellement par l’État, somme de toutes les collectivités humaines, restreintes par les divisions territoriales. Pour le remplir, des ressources lui sont indispensables, ressources dont l’emploi n’est pas d’ailleurs limité à des fins strictement écono-

AVEC LES ÉCON. PRIVEES.

miques, puisque par ex. toute l’organisation judiciaire et le personnel qu’elle réclame et toute la force armée, qui sont l’objet de tant de sacrifices demandés aux citoyens, ne visent pas que la sauvegarde des propriétés, mais encore celle des personnes, avec l’intégralité de leur situation et de leurs droits. Mais, quelle que soit la destination complète des impôts, dont la perception relève de la science financière et dont l’usage répond, en tout cas, en bonne partie à des préoccupations économiques, ce qui est certain, c’est jue l’État se trouvera placé dans des conditions fiscales d’autant meilleures que sa tutelle éclairée aura été plus favorable aux intérêts matériels qui lui sont confiés.

Les règles à suivre par l’Etat, dans l’accomplissement de sa mission, forment la partie pratique de l’Écon. pol., et leur ensemble constitue la politique économique. Nous sommes absolument contraires à >ette disposition, qui porte notamment des écrivains allemands à confondre l’Écon. pol. et la politique economique sous une rubrique unique, à la faveur de laquelle des doctrines théoriques et pratiques sont entassées pêle-mêle et enchevêtrées de la manière la élus regrettable. L’exemple de cette confusion volon- ;aire semble avoir été donné, dès 1774, par l’Italien Jrtès, intitulant les six livres qu’il publia sur les madères économiques : Délia Economia nazionale , expression qui, en 1805, devint, avec la même portée >u acception double, la Nationaloelionomie des Allemands, sous la plume de M. de Jacob et du comte le Soden. Et nous réclamons aussi contre cette façon le voir, plus en vogue encore autrefois qu’aujourl’hui, d’après laquelle la politique économique était envisagée comme une portion de la science policière iu sens large de ce mot, et les diverses mesures renrant dans cette politique étaient disséminées à traders le vaste domaine de la police, sous les étiquettes le police économique, police industrielle, police de a population, police des pauvres et tant d’autres dé-

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nominations encore. On tend de plus en plus, en effet, et à bon droit selon nous, à ne voir dans toutes ces mesures qu’un tout bien compacte, bien délimité et arrondi, se rattachant d’une manière étroite au système de la doctrine économique dont il se distingue en même temps sous plusieurs rapports. Tandis que l’Éc. pol. ou la doctrine économique s’évertue à ramener à des lois immuables les modalités diverses des conditions économiques et ne prend garde au particulier que pour ce qu’il s’y manifeste de général, il appartient à la politique économique, dans des situations spéciales données, de signaler le procédé qui permette le mieux d’atteindre certaines fins. Le but de la politique économique n’est pas autant le vrai que l’utile. Gomme des cas différents réclament fréquemment un traitement dissemblable, son domaine est démesurément grand et s’accroît incessamment par suite de nécessités et de tentatives nouvelles. Pour tout dire, en un mot, l’Écon. pol. est une science, à savoir la science de la nature, de la production et de la répartition de la richesse, alors qu'il ne faut voir simplement qu’un art dans la politique économique, comme d’ailleurs dans la politique proprement dite elle-même. Mais si nous tenons à la distinction qui vient d’être établie, il nous importe à un moindre degré que cette politique économique, une fois son existence indépendante reconnue, puisse passer, comme le pense Coquelin, pour de l’Écon. pol., qui aurait deux sens, signifiant tantôt une science exacte, tantôt un art, ou soit reléguée, au gré de Mac Culloch et de Senior, dans la sphère de la législation, ou forme, selon l’opinion assez plausible de MmeMarcet, la partie pratique de l’Écon. pol., qui ne serait une science que par sa partie théorique.

Tout art lui-mêmea d’ailleurs sinon des règles fixes, au moins des guides constants, qui sont le goût, le tact, la prudence, l’à-propos, sans lesquels il passeraità côté deson but, qui est, selon les cas, lebeau ou lebien. L’art du médecin, auquel il faut supposer avant tout la

innaissance des lois générales du corps humain, conste à comprendre la constitution particulière des ajets soumis à leurs investigations, chez lesquels ;s lois générales ont interrompu leur cours, et à ou ver les remèdes qui dans ces cas spéciaux doivent ■ndre à celles-ci tout leur empire. Or, la pol. écoimique doit avant tout se pénétrer de la fin à quelle tendent indistinctement toutes les Écon. 'ivées, afin de s’efforcer de faire aboutir dans la plus rge mesure leur désir constant et uniforme, qui est arriver à la plus grande aisance possible. L’État, û estl’agentde cettepolitique,sauraitd’ailleursd’aunt moins demeurer indifférent à une condition de rtune prospère chez le peuple qu’une Écon. publique irissante vaut à la vie nationale des avantages conlérables, sur lesquels nous voulons insisterpendant elques moments.

iLe courant, qui entraîne les hommes vers les pyens d’entretien et la jouissance debiens, est tellemt impétueux, qu’il pourrait facilement conduire les violations de droits, s’il ne leur était donné de dsfaire leurs besoins d’une manière conciliable ec 1 ordre légal. Quelques mesures qu’arrête la issance publique dans le domaine de la législation de la police, elles n’offriront de garanties suffîtes à la sécurité intérieure qu’autant que tous les bitants seront mis à même de se procurer le né- ;saire par leur travail. L’accroissement du biene général a pour effet habituel d’accroître le res- ;t de la propriété et des droits d’autrui, qui nous ’aissent d’autant plus sacrés que nous avons nousmes à faire respecter et à défendre quelque

)e plus, des ressources abondantes fournissent un nt d’appui solide à tous les efforts, dont le couronnent se traduit par l’embellissement et l’ennoblisîent de la vie. Avec le bien-être des peuples, on t habituellement marcher de front la culture de prit, l'enrichissement et la propagation de la

science, l’épuration du goût du beau, et l’histoii atteste des rapports intimes, des réactions perma nentes entre la prospérité matérielle et un rayonne ment intellectuel. C’est en parlant de l’histoire pr< cisément que Lueder a pu se croire parfaitemei autorisé à dire « qu’elle ne connaît pas un seul peup 1 qui eût été à la fois oisif, pauvre et cultivé ; qu’el ne connaît pas une seule nation distinguée, n’ayai pas vécu au sein d’une abondance, dont elle fût re devable à sa propre industrie. » La misère, en effe ne rend guère accessible aux attraits des science des arts et des lettres, dont le culte réclame aus des loisii’s qu’elle ne laisse pas, et pendant que c» branches fleurissent au contraire dans des contré» plus heureuses , elles font faire aussi de nouveau progrès à l’industrie nationale.

Ajoutons que l’application et l’économie, d<rnt bien-être est si généralement la récompense, agisse) de la manière la plus avantageuse sur le moral d< individus, lequel moral se bonifie alors que le gon vernement s’emploie à encourager le déA^eloppeme» de la richesse.

On a, il est vrai, exprimé plus d’une fois la crain que les encouragements donnés à l’activité indus trielle n’excitassent trop les ardeurs acquisitives ■ n’entretinssent chez les hommes une soif de lue; propre à les pervertir. Assurément, nous n’enter dons pas contester la possibilité de ces spectacl fortuits, nous montrant le niveau moral qui baisse c même temps que s’élève le niveau matériel ; seul» ment, ne faut-il pas se dire que le dénûment, 1 aussi, ne met que trop souvent obstacle à des sent ments élevés; qu’au milieu des développements c toute nature que reçoit la société, il n’est pas pos sible de préserver de périls nouveaux la pureté d< intentions, et qu’il appartient à l’éducation religieuf aussi bien qu’à la culture nationale, confiée égale ment à l’Etat, de présenter aux citoyens d’autr» objectifs encore, et de plus élevés, et de combattre 1

lèpre dévorante de la cupidité? D’ailleurs, si les anciens étaient plus portés que nous à réduire les besoins à leur plus simple expression et à refréner le penchant vers la jouissance de biens, tandis que notre époque préfère faire de ce penchant un aiguillon pour le travail et assurer sa satisfaction par des voies inoffensives, nous repoussons cependant l’accusation portée contre les temps modernes d’éprouver une prédilection indigne, de brûler d’un amour immodéré pour les intérêts matériels. Ce qui est exact, c’est que ces intérêts éveillent une sollicitude plus générale qu’autrefois, c’est qu’ils sont soignés avec une entente meilleure, donnant des résultats plus satisfaisants; mais ce qui l’est aussi, c’est que ces résultats reçoivent des emplois on ne peut plus dignes d’éloge, grâce auxquels les classes les plus infimes de la société ont vu s’améliorer leur sort et les moyens de culture ont pu se multiplier, et il restera toujours à démontrer que l’égoïsme se soit accru au détriment de sentiments plus généreux.

Enfin, et sans nous attarder à des reproches qui ont été depuis longtemps victorieusement réfutés par des hommes autorisés comme Bastiat, Dunoyer, Fallati, nous pouvons encore une fois rappeler que sans le bien-être des particuliers, les coffres de l’Etat resteraient vides et l’État lui-même dépourvu de tous moyens d’accomplir efficacement sa mission sociale, attendu que l’argent est le nerf de la paix, tout autant au moins que de la guerre. Ainsi, en résumé, sur le but assigné à l’ingérence gouvernementale dans la sphère économique, aucun doute n’est possible. Ce but doit être. aperçu non pas précisément dans une attention et une direction à donner à chaque Écon. particulière et dépassant les forces aussi bien que les obligations de l’État, mais dans une sollicitude nécessaire pour l’Écon. publique considérée d’ensemble et dans ses embranchemen ts : sollicitude active, visant à délivrer d’entraves et à favoriser l’Écon. publique dans des cas où les efforts individuels restent

impuissants, comme aussi à l’accorder avec le bienêtre économique de tous ou du plus grand nombre et à la mettre en harmonie avec les fins de chacun. Nous croyons, d’ailleurs, le libre concert des citoyens capable d’engendrer des résultats dont la poursuite incombe autrement à la puissance publique. L’esprit commun a porté des fruits excellents dans des associations à dimensions plus ou moins considérables et a affranchi les gouvernements de force soucis. Et comme dans la grande majorité des circonstances il cadre avec l’avantage particulier bien entendu, ses effets n’en sont que plus durables et que plus étendus, sans que cependant de pareils établissements puissent se soustraire à l’action du Pouvoir ou de la Loi, toujours obligés de s’assurer si on ne dévie pas de la mission qui les regarde spécialement.

La question du but réglée, il ne reste plus que celle des moyens. Qui veut la fin veut les moyens, enseigne la sagesse populaire, et puisque les Econ. privées se réclament tacitement tout au moins de l’appui de l’État, qui leur est indispensable dans la mesure de la protection et de leur acheminement collectif vers des destinées meilleures, elles doivent se résoudre à des sacrifices à calculer d’ailleurs sur le concours qu’elles peuvent espérer. Les sacrifices peuvent être de nature diverse et ne se réduisent pas nécessairement aux seuls impôts, qui sont consacrés au surplus à tous les services du ressort de l’État. Au nombre de ces sacrifices, commandés par l’intérêt général, qui est l’unique point de vue possible de l’Etat, à qui tous les intéressés sans distinction font ou sont censés faire appel, il peut même s’en trouver consistant moins dans l’obligation de faire que dans celle de ne pas faire, de souffrir, d’endurer, de s’abstenir ; et celui-là est un homme d’État véritable, un homme expert dans l’art qu’on appelle la politique proprement dite ou la politique économique, dont les résolutions, auxquelles peuvent correspondre des prestations, des privations, des gênes particulières,

aboutissent, en fin de compte, à une amélioration de situation pour tous ou presque tous. En tout cas, la part contributoire quelconque dont est tenue chaque économie privée ne pouvant, en principe au moins, taire l’objet d’une contestation, nous ne saurions non plus en principe, nous ranger du côté des théoriciens absolus du libre-échange. Non pas que nous soyons, tant s’en faut même, de ceux qui répugnent d une manière générale et constante à la pleine liberté economique aussi bien qu’à la pleine liberté politique, apparaissant au contraire à nos yeux comme une prérogative initiale, comme un bagage d entree en campagne, dignes delà plus haute sollicitude ; seulement, comme ces libertés doivent s exercer dans le milieu social, elles nous paraissent, pour leur etendue, vouées à des compositions dont elles n ont au tond qu’à profiter et qu’il appartient à la politique ordinaire ou économique de fixer. Or, la politique economique qu’inspire l’intérêt commun peut, dans un état peu avancé de l’industrie et en vue du développement ultérieur de la prospérité nationale, recourir certainement à la protection, quant a ceitaines branches de la fabrication indigène. Nous supposons bien entendu expressément que ces droits protecteurs sont appelés à disparaître à un moment donne, qu Us ne viennent en aide qu’à des branches auxquelles semble réservé un bel avenir, et que si la masse des consommateurs est condamnée pour un temps a des sacrifices dans son entretien , auquel 1 etranger pourvoirait à meilleur compte, ces sacrifices seront, selon toute vraisemblance, amplement compenses par l’essor vigoureux de l’activité manufacturière.

Mais il va sans dire que la Pol. écon. ferait fausse route et encourrait le reproche d’mepue en imposant aux Écon. particulières des charges, des privations insuffisamment justifiées par la mission sociale qui lui est dévolue dans une certaine direction, et en ne s’assurant pas si, selon les cas, le but qu’elle poursuit ne serait pas mieux atteint gi ace

auJeu spontané des forces individuelles. L’idéal de cet^e politique doit être d’intervenir le moins possible afin que sans préjudice des fins qui lui sont assignées’ es individus ne supportent de molestations que dans la limite du stricte nécessaire. Car il convient que le souci de la plus complète indépendance des individus le respect de leurs facultés et de leurs œuvres l’anpreciauon éclairée de ce qu’ils peuvent par’ euxmemes demeurent la grande affaire du gouvernement, et a ce point de vue, Jérémie Bentham était assurément fondé à dire « que les intérêts individuels sont les seuls réels. » Le laisser faire et laisser passer sera, dans des circonstances déterminées, la règle de conduite la plus opportune que puisse suivre un Ltat, comme aussi elle est celle qui semble marquer smon le point de départ, au moins le point d’arrivée de toute pol. econ. consciente de son rôle accessoire d auxiliaire. La cause de la liberté des mouvements economiques a été défendue avec une grande chaleur par le célèbre M. de Gentz, le confident du prince de Aiettermch,l auteur de mémoires excitant aujourd’hui meme une si grande curiosité, et qui, à l’époque où il n en était encore, il est vrai, qu’à sa première maniere, s exprimait comme suit dans une brochure quil publiait en 1797, à l’occasion de l'avénement au trône du roi Frédéric-Guillaume III :

« Sous le régime tutélaire de V. M., dit-il, tout ce qui n est pas enchaîné par une nécessité absolue doit pouvoir se mouvoir librement. Qu’il soit permis à chacun de poursuivre ses intérêts par toutes les voies égalés et qui lui paraissent les plus propres à atteindre le but; que chacun puisse exercer ses facultes aans la sphère qu’il s’est choisie; qu’aucun monopole, qu’aucune prohibition, qu’aucune intervention dans l’industrie privée par le moyen de reglements inutiles, ne gêne l’agriculteur, le* fabricant, le marchand. Pour que l’industrie puisse contribuer a la prospérité de l’Etat, elle ne doit sentir je dnai plus, elle ne doit meme craindre aucune en-

trave. Mais c’est surtout la pensée de l’homme qui ne supporte aucune contrainte... etc. »

Est-ce que Whately, dans ses Lectures , ne montre pas fort bien comment Londres est approvisionné par des hommes qui ne songent qu’à leur intérêt personnel et dont chacun ne peut avoir qu’une connaissance très-restreinte de la demande générale, ces instincts individuels répondant bien mieux aux besoins de l’ensemble que ne pourraient le faire les plans les mieux combinés d’une commission administrative?

Que si la liberté et l’initiative individuelles viennent à bout de difficultés dont ne triompherait pas ou triompherait moins bien la contrainte, le premier devoir de ceux à qui est confiée la direction de la pol. économique est d’apporter la plus grande application à l’étude de l’Écon. pol., qui leur procurera la connaissance des résultats inestimables dus aux inspirations non contrariées des intérêts particuliers. Si les classes ouvrières ne sauraient trop être initiées, comme on le pense depuis longtemps, aux lois économiques qui doivent les réconcilier avec ce qu’elles détestent parfois et les disposer à s’incliner devant la nature ou la force des choses, cette initiation est peut-être plus nécessaire encore, bien qu’on insiste rarement sur cette nécessité, pour les personnalités dirigeantes, qui risquent sans elle de compromettre indéfiniment ce qu’elles ont mission de sauvegarder.

Les erreurs économiques, qui se rencontrent au bas et au haut de l’échelle sociale, présentent presque toutes le même caractère, en ce qu’elles sont généralement, les unes et les autres, entachées de socialisme; mais celles qui s’infiltrent dans les masses peuvent finir, tout en se traduisant parfois par des révolutions, par se redresser elles-mêmes au contact des maux qu’elles engendrent et de l’impuissance qui en est la suite, tandis que celles qui régnent dans les sphères administratives, chez les détenteurs du pouvoir, outre qu’elles imposent l’oppression, qu’elles organisent l’étouffement, menacent, en se transmet-

tant, de perpétuer l’arrêt des forces vives d’une nation, sans l’épanouissement desquelles il n’y a pas de grande prospérité possible. Promener le "flambeau économique à la base et au sommet de l’édifice social, c’est travailler à sa solidité et accroître la dose de liberté de ceux qui s’y abritent, au grand avantage du travail, du progrès et de la civilisation. Seulement, ce que nous ne devons pas perdre de vue, c’est que l’intervention de la puissance publique, autorisée en principe, ne saurait être condamnée, du moment qu’elle se justifie par une utilité évidente. Elle est autorisée en principe, disons-nous, puisque, selon ce que nous avons établi, l’économie publique constitue comme un organisme, qui lui confère le droit de gouverner toutes ses parties. Le tout est d’agir à bon escient. Cet organisme, comme tous les organismes, passe par des états divers. Dans son état primitif, il peut ressembler à l’enfant, qu’il est nécessaire d’emmailloter ou de conduire à la lisière. Avec l’âge, il prend des forces qui permettent de le livrer de plus en plus à lui-même. Il est sujet aussi à des perturbations, à des crises qui rappellent les maladies dont noussommes parfois affligés. Le traitement desmaladies économiques appartient aux manieurs de la politique économique et peut utiliser les méthodes éprouvées de la médecine ordinaire. La force curative et l’action salutaire de la nature elle-même n’y doivent pas être perdues de vue, car il est peu de cas où l’on puisse agir directement sur les désordres survenus. Il pourra doni, conformément aux indications de M. Roscher, y avoir profit à recourir à l’intervention thérapeutique de l’Etat, soit pour renforcer l’action curative de la nature, quand celle-ci est trop faible, soit pour modérer cette action, quand elle se produit avec trop d’énergie, soit enfin pour la diriger, si elle s’écarte de la bonne voie. L’Etat remplira, par ex., le premier de ces rôles par l’établissement de greniers, par des achats à l’étranger et autres mesures semblables propres à conjurer une famine

AVEC LES ÉCON. PRIVEES.

dont le commerce particulier des grains serait impuissant à défendre la nation. Que si nous supposons le marché encombré de produits industriels excédant la somme des besoins du moment, l’Etat peut vouloir tempérer la rigueur des conséquences naturelles et désastreuses pour un pays d’un pareil état de choses, conséquences qui sont : avilissement des prix, ruine d’un assez grand nombre de producteurs, de manière que la production se raréfie et se I mette en équilibre avec la consommation, et son action modératrice se fera, par ex., sentir au moyen d’avances qu’il consentira et qui auront pour effet de répartir sur plusieurs années un fardeau qui pèserait trop lourdement sur le présent. Enfin, l’organisation, à l’aide d’une taxe des pauvres, de maisons de travail, pour remédier à la mendicité qui serait interdite, nous montre l’Etat s’employant à corriger des habitudes vicieuses et anti-économiques par des habitudes meilleures, sans répondre cependant encore tout-à-fait aux desiderata de la science, laquelle veut des hommes ne relevant que d’eux-mêmes.

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