LIVRE IV
manière qu’il est plus favorisé que ceux des autres régions. Toutefois on observe dans l’Italie supérieure (Jacini), aussi bien qu’en France (De Lavergne), que le fermage à temps, moyennant un droit fixe en argent, gagne du terrain sur le métayage. En France, le métayage commence au sud de la Loire. D’après Quesnay, sur 36 millions d’arpents (18 millions d’hectares) de terre cultivée, 1/6 aurait consisté en grands biens labourés par des chevaux et donnés la plupart à ferme pour un temps, tandis que 5/6 rentrant dans la petiteculture avec bœufs auraientappartenuaumétayage. Actuellement ce dernier système semble trouver moins d’application. Dans le département de la Haute-Vienne, on se plaint comme partout de la négligence et de la mauvaise culture de ces métayers qui exploitent habituellement de 13 à 21 hectares et sont sans aucun avoir. Pour le département de l’Aude, le jugement de la statistique officielle était le suivant (1847) : « Si le métayer ne dépend plus d’un seigneur, il n’est pas moins l’esclave de sa position misérable. Sans argent, sans crédit, il ne peut sortir du cercle où l’enferment les besoins. Faute de capital et de fonds de roulement, il ne peut entreprendre d’améliorations foncières ; son bail tient toujours suspendue sur sa tête l'épée de Damoclès. » Cependant Bastiat porte un jugement plus favorable sur le métayage français, dont la prestation n’est quelquefois que du tiers, voire du quart seulement.
3° Mentionnons enfin une condition rurale, assez fréquente dans les pays d’Europe, et qui n’offre aux économes qu’un droit de propriété limité ou que le droit héréditaire de jouissance sur leurs biens: cette condition se déploie avec bien des gradations, qui sous le rapport économique sont d’autant plus avantageuses qu’elles rapprochent davantage le paysan de la situation du propriétaire. Si ce paysan n’a à acquitter que de simples redevances aux mains d’un ayant-droit, sa condition peut être quelque peu comparée à celle d’un propriétaire endetté. C’est bien
pire quand par leur étendue, la façon dont elles sont mesurées ou l’époque de l'exigibilité, les charges rurales enlèvent au cultivateur les moj^ens d’une bonne exploitation, affaiblissent chez lui le goût de cette exploitation, en ce qu’il ne sera pas sûr que les résultats des améliorations lui écheoiront dans une proportion rémunératrice, ou bien encore quand elles le gênent dans l’emploi de son temps comme lorsqu’il s’agit de corvées.
Observons seulementque l’établissement de paysans corvéables a pu avoir autrefois son utilité, en permettant, à défaut de journaliers, de s’assurer à côté de ses gens les auxiliaires nécessaires. Déjà les Anglo-Saxons avaient deux espèces d’individus corvéables, les Geburen (assujettis à deux jours de corvée par semaine) et les Kotsetlan, qui avaient en propre les ustensiles et le bétail et n’étaient de corvée qu’une fois par semaine. Quoi qu’il en soit, si un tel état de choses est de nature à paralyser singulièrement l’ardeur du cultivateur, cet effet doit se manifester à un plus haut degré encore là où celuici n’a aucun droit transmissible, et n’est même pas assuré pour un certain temps de sa possession, comme l’est un fermier en vertu de son contrat.