‹ Exposé élémentaire de l'économie politique à l'usage des écolesChapitre 272 sur 305 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

teurs. Il est inévitable que de riches particuliei’s ou des corporations s’approprient de la terre pour placer sûrement leur fortune et percevoir un fermage (1).

2° La place la plus voisine est occupée par l’exploitation de ceux des fermiers qui vacquent à l’écon. I rurale comme à une autre entreprise industrielle, avec le capital suffisant, en connaissance de cause et avec zèle. Sans doute les fermiers n’entreprendront pas volontiers les améliorations dont les effets doivent s’étendre au-delà de la durée de la tenure, et toutefois les propriétaires peuvent s’entendre avec leurs fermiers au sujet de pareilles améliorations. Là où se forme une classe de fermiers aisée et instruite, et où les propriétaires terriens adoptent la règle de prudence de préférer un fermage durable à ufi fermage momentanément plus élevé, les résultats économiques des baux à ferme sont favorables. Par contre, des fermiers sans fortune se trouvent dans une situation si désavantageuse qu’ils cèdent même' encore le pas aux propriétaires, restreints dans leur droit, et dont il va être question sous le 3°. Gela vient de ce qu’ils ne peuvent prendre à ferme que de petits biens ou de petites parcelles, et doivent principalement assurer leur entretien par leur travail agricole propre; de ce que, faute d’un capital appréciable, ils doivent renoncer à un mode d’exploitation meilleur, et de ce que l’impossibilité de se tourner vers un autre mode d’acquisition les place, pour les conditions du fermage, dans; la dépendance des propriétaires. Que des fermages, de cette espèce procurent une somme convenue,

(1) Selon Lullin de Châteauvieux, il y avait en France 14 millions d’hectares de terre arable aux mains de petits propriétaires fonciers, tandis que 10 millions auraient été exploités par des métayers, 7 7/8 par des tenanciers payant un fermage fixe, 3 3/4 par des propriétaires de moyenne taille.

comme celle qu’acquittent les paysans irlandais (Cottier-Rent) ou bien une portion du rendement du sol, comme c’est le cas dans le métayage (mezzeria) qui est très-répandu dans l’Europe méridionale et se rencontre jusqu’aux Canaries, ils agissent d’une manière très-défavorable sur l’ensemble de la production aussi bien que sur la condition des cultivateurs, et en présence de la persistante pénurie des fermiers ne facilitent guère un changement. Arrêtonsnous seulement encore quelques instants au métayage.

Le métayer (Pachter, Meier, medietarius, colono alla meta) est tenu en principe de remettre au propriétaire la moitié du produit brut, ce qui ne permet qu’une maigre alimentation sans aucune économie. En tous lieux on trouve la plupart des métayers besogneux, ignorants, et quand la récolte est mauvaise, frisant la misère. Avec de pareilles combinaisons, des améliorations ne se produisent pas dans l’exploitation, parce qu’aucune partie ne s’y résout, quand ce ne serait que pour ne pas faire bénéficier l’autre d’un avantage immérité. Ces partages, qui ne se recommandent qu’au point de vue delà simplicité et d’une plus grande sécurité offerte au bailleur, étaient d’une grande fréquence dans l’Empire romain et se sont conservés jusqu’à nos jours, bien que l’intérêt des propriétaires mêmes conseillât un autre arrangement. Le métayer ne peut que difficilement devenir fermier à temps; il ne peut s’aider non plus par dénonciation du contrat, car, vu la population existante, ily en a dix demandantà prendre sa place et qui consentiront peutêtre à se laisser imposer de plus dures conditions encore, ce qui le laisserait sans ouvrage, sans gain, et le réduirait à s’en tirer comme journalier. Par suite de cette situation, les paysans de la Vénétie sont tellement misérables qu’ils sont impuissants à donner caution. Sur 1,000 paysans, il y en a à peine un, selon de Martens, qui exploitât exclusivement sa propre terre. Dans la province de Brescia, le paysan ne preste que le tiers des fruits et est propriétaire du bétail, de

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