LIVRE lî
demande, e’est la valeur concrète qui constitue le ressort principal.
Cette force ou intensité de la concurrence varie ordinairement chez les divers acheteurs et vendeurs, et quand les circonstances se présentent mal pour 1 un des deux groupes, si bien que les acheteurs prévoient une hausse et les vendeurs une baisse des prix, une partie d’entre eux a l’habitude de se retirer et il ne reste plus à persister dans leur projet que ceux qu’anime un désir plus intense. Que s’il y a par ex. des demandes pour 1,000 boisseaux d’un fruit à 2 fr. le boisseau, cette demande tombera peut-être devant un prix de 2 fr. 50 ou de 3 fr. à 850 ou 700 boisseaux. D’où il résulte qu’une certaine demande n’a pas lieu d une manière inconditionnelle, mais seulement sous la supposition d’un certain prix.
* , Quand 1 offre et la demande sont à peu près également grandes, le prix existant jusqu’alors demeure invariable; mais si un tel prix ne s’est pas présenté encore, le bien sera vendu à un prix moyen également avantageux aux deux catégories de contendants. Que la demande vienne à dépasser l’offre, une partie des acheteurs devra reculer et le prix monter jusqu’à ce qu’ilne reste plus qu’une demande égale à l’offre. Plus cette décroissance de la demande s’opérera lentement, c’est-à-dire plus seront considérables l’ardeur acquisitive et les moyens des acquéreurs, plus le prix sera poussé haut. A l’inverse, le prix périclite quand l’offre excède la demande. Ainsi dans les deux cas le prix est déterminé par l’action combinée de ces deux grandeurs. Toutes les circonstances qui exercent de l’influence sur l’offre et la demande, sur leur étendue et leur intensité, agissent aussi sur les prix, et une évolution dans les prix peut être occasionnée non seulement par un changement qui se serait réellement produit, mais encore par la simple vraisemblance ou éventualité d’un pareil changement. Ces prix sont donc pour un certain nombre de biens soumis à des fluc-
tuations très-nombreuses et il est impossible d’en prévoir avec certitude l’état futur. Le prix de chaque espèce d’objets relève d’une combinaison particulière de plusieurs circonstances. Du côté de l’offre, les plus grands écarts de prix sont amenés par la succession de bonnes et mauvaises récoltes ; ils le sont du fait de la demande par le passage du pied de guerre au pied de paix et vice versa. Le simple soupçon de tels événements produit de l’effet. Le fer ne laisse pas que de se ressentir pour son prix des nombreuses constructions de voies ferrées, certaines substances médicinales de l’invasion de maladies contagieuses. Un renchérissement du fourrage commence par déprimer le prix de la viande, parce qu’on ne peut plus conserver et élever la même quantité de bétail; mais par là même il le relève plus tard.
La demande d’un bien repose sur le désir de beaucoup de personnes de le posséder et sur le pouvoir de l’acquérir ; elle a son fondement dans les inclinations, les besoins, les habitudes de bien des gens, et peut, par conséquent, être difficilement dominée ou simplement dirigée par quelques-uns. Il en est différemment dans l’offre, parce qu’il suffit déjà d’un petit nombre de producteurs aisés pour l’accroître sensiblement ou bien pour l’amoindrir, quand ils renoncent à une industrie. Sous le rapport de la mobilité de la demande et de l’offre, les choses à vendre ^diffèrent beaucoup, en ce que l’une et l’autre demeurent bien plus constantes pour certains biens, tels que le sel et le bois, que pour certains autres, tels que des titres d’emprunts faits par des états, du blé, etc.
Le prix qui, établi par le concours, demeure uniforme dans beaucoup de cas d’échange porte le nom d eprioc courant (Marktpreisj. Dans la vie ordinaire, ce prix est envisagé comme tenant pleinement la place du bien auquel il correspond, puisqu’en payant le dit prix on peut en général très-facilement se procurer ce bien. On a opposé au prix courant le prix
naturel, le prix nécessaire, le prix originaire, lequel prix, considéré attentivement, ne représente toutefois que le montant des frais occasionnés par le bien et n’est donc pas encore lui-même un prix, mais une des conditions déterminantes du prix. Quand le prix concorde effectivement avec le montant des frais, c’est là en même temps le résultat du concours, et un prix courant se produit donc alors aussi. Gomme il n’y a à pouvoir avoir un prix courant que les biens qui sont régulièrement produits et fréquemment échangés, on peut lui opposer le prix isolé de ces biens, qui entrent si rarement dans l’échange que chaque fois qu’ilsy donnent lieu, leurs prix présentent des écarts considérables.
C’est une loi déduite de l’expérience et à déduire aussi de motifs généraux que par suite de la manière de faire des hommes, qui repose sur des intentions économiques semblables, les prix tendent à se rapprocher des frais de production et de transport. Au dire de Smith, « le prix naturel est en quelque sorte le point central vers lequel inclinent constamment les prix courants mobiles de toutes les marchandises. Des accidents de diverse nature peuvent, pendant un certain temps, maintenir les prix courants à distance de ce point central, l’élever au-dessus ou l’abaisser au-dessous de lui ; mais quelque grands que puissent être les obstacles qui les empêchent de se fixer sur ce point de repaire, ils n’en manifestent pas moins la tendance continue à s’en rapprocher. » La direction indiquée dans les fluctuations des prix a lieu, encore que d’ordinaire elle ne soit pas poursuivie par les personnes qui déterminent un pareil résultat.
Recherche-t-on les causes de la loi indiquée, on trouve les suivantes : 1° Quand le prix tombe audessous des frais, le vendeur qui. apporte la marchandise sur le marché éprouve un dommage contre lequel il cherchera dorénavant à se garer en n’offrant plus pareille marchandise ou en l’offrant en quantités
plus modestes. Il adviendra alors que l'offre diminuant, le prix remontera. Nous laissons de côté les cas possibles où l’affaiblissement de l’offre ne saurait relever le prix affaissé, parce que la demande et l’estimation concrète de la valeur de la part des acheteurs se trouveraient elles-mêmes réduites; cas dans lesquels la production reste limitée et les marchandises ne seront désormais offertes que par des producteurs pouvant produire à meilleur compte. 2° A mesure que le prix dépasse les frais, les vendeurs encaissent des bénéfices plus élevés, qui les incitent à mettre en vente des approvisionnements plus considérables, sans compter que d’autres personnes trouvent dans ces bénéfices un stimulant à procurer également le même bien, afin de prendre part au gâteau. C’est ce qui se remarque par ex. dans les localités où une circonstance particulière, telle qu’une exposition, détermine une grande affluence de monde. Mais par suite de l’accroissement de l’offre, le prix ne tarde pas à subir une atteinte et à baisser.
Dans les deux hypothèses, c’est donc l’offre qui, suivant la demande dans ses évolutions, rapproche le prix du taux des frais. Cet effet se produira d’autant plus complètement que l’offre pourra être modifiée avec plus de facilité et de rapidité. Il importe cependant de considérer ici que l’étendue de la demande se réfère à un certain prix et se resserre ou s’élargit avec un prix plus élevé ou moins élevé. On demandera, par ex., 11,000 quintaux d’une denrée à 2 fr. le quintal, 8,500 quintaux à 3 fr. , 6,000quintaux à
4 fr. Les vendeurs sont-ils à même délivrer 10,000 quintaux à 3 fr., il existe un excédant d’offre, et le prix descend jusqu’à ce qu’au prix de 2 fr. 50 les vendeurs puissent apporter sur le marché la quantité de peutêtre 10,000 quintaux correspondant à la demande et qu’un point d’arrêt se produise. Les fluctuations dans la concurrence causent parfois des pertes aux producteurs et marchands, quand un vendeur isolé n’a pas connaissance des entreprises des autres et de