‹ Exposé élémentaire de l'économie politique à l'usage des écolesChapitre 85 sur 305 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

toute l’étendue de l’offre qui se prépare, quand le marché s’emplit et quand une partie de l’approvisionnement ne peut être écoulée qu’à perte. C’est ce qui arrive le plus aisément dans les placements à l’étranger, mais peut bien arriver aussi à la rigueur dans l’échange intérieur. Ces propositions ont même souvent servi de base à des déclamations acerbes contre la concurrence et à des demandes tendant à sa suppression ; mais ces demandes ne sauraient être accueillies par la raison qu’il serait impossible de remplacer par d’autres moyens les puissants effets de cette concurrence, qui empêche la consommation d’être à la merci du producteur et qui oblige les producteurs à s’ingénier à faire toujours mieux. Les grands avantages que la concurrence procure à toute la société doivent donc être achetés parfois au prix des sacrifices de certains particuliers. Il est cependant manifestement à désirer qu’une plus grande prévoyance des producteurs puisse, sans dommage pour la libre concurrence, prévenir une pareille perte du capital.

L’offre rencontre-t-elle des difficultés à s’accroître ou à diminuer en proportion de la demande qui se manifeste, les prix peuvent plus ou moins longtemps se maintenir au-dessus ou au-dessous des frais. Ces difficultés méritent un examen attentif par la raison qu’elles enrayent l’effet de la loi si importante pourl’Econ. pol. tout entière, qui était énoncée tout-à-l’heure. En beaucoup de cas, elles ne sont pas très-relevantes, de sorte que la concordance du prix avec les frais ne tarde pas, après chaque modification de la demande, à se rétablir à une petite différence près, mais fréquemment aussi elles agissent d’une manière suivie ou durable. De pareilles entraves à la libre concurrence dans l’offre, qui favorisent en permanence une classe de producteurs ou même un membre isolé de cette classe, et qu’on pourrait comparer peut-être pour leur effet au frottement dans le monde physique, portent en un sens large le nom de

monopoles (alors que dans son sens étroit et particulier ce mot exprime un droit de préférence octroyé parle gouvernement pour le débit d’une marchandise).

Les obstacles à l’élasticité de l’offre peuvent avoir leur fondement dans des circonstances naturelles ou dans des conditions humaines .

Passons d’abord en revue des obstacles naturels .

1° Il est des biens dont la production ne peut avoir lieu que dans certaines localités. C’est notamment le cas pour des substances minérales, comme encore pour des plantes et des animaux qu’on ne peut avoir que sous certaines latitudes, sur des terrains particuliers. Le prix de pareilles choses peut s’élever beaucoup au-dessus des frais, quand la masse produite est en arrière de la demande. On arrive facilement à penser ici à des eaux minérales appréciées, à des crûs jouissant d’une bonne réputation.

2° En d’autres cas, une localité donnée engendre du moins un produit dans des conditions plus satisfaisantes ou à meilleur compte qu’une autre, de façon que certains producteurs ont de l’avantage sur d’autres et remportent un bénéfice.

3° Pour certains biens, la production n’a pas à compter, il est vrai, avec de pareils empêchements, sans que la grandeur du produit se trouve cependant tout entière dans la main des hommes. C’est ce qui se voit dans beaucoup de branches du travail agricole et surtout par rapport aux plantes alimentaires. La pêche de la baleine donne également des résultats inégaux, la culture de la soie et des abeilles ne fournit pas non plus tous les ans un rendement semblable, et même au sujet de la laine des moutons, on a constaté d’année en année de petites différences dans le produit, malgré l’égalité du nombre des moutons. Le prix du blé varie comme les récoltes; si celles-ci persistent pendant une série d’années à être abondantes ou mauvaises, celui-là peut descendre au-dessous des frais ou planer quelque temps au-dessus d’eux,

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