‹ Exposé et examen critique du système phrénologique, considéré dans ses principes, dans sa méthode, dans sa théorie et dans ses conséquences;Chapitre 20 sur 21 · QUATRIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE

De la morale selon le système phrénologique, et des applications qu il réclame dans V intérêt de l'humanité.

Le système dont nous venons d'exposer la théorie se proclame la base de toutes les connaissances humaines , la colonne de la philosophie. Si nous ajoutons foi aux docteurs de l'école, on ne peut espérer quelques améliorations sociales qu'à la condition d'accepter l'influence de la doctrine phrénologique. Hors du système point de salut. Malheur au monde , malheur aux hommes si le système n'est appelé à diriger toutes les

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institutions , s'il ne vient jeter ses racines dans les lois , dans les mœurs, dans toutes les intelligences ! Telle est la modeste prétention des docteurs de 1 école. Ils savent cependant fort bien que tout ce qu'ils avancent à cet égard n'est pas vrai ; ils le savent si bien , que dans toutes les pages de leurs livres ils croient nécessaire d'en renouveler, avec de grands efforts, la périlleuse démonstration ; ils le savent si bien , qu'ils se montrent , dans ce pénible travail , très résignés à passer pour de fort mauvais logiciens. Les efforts qu'ils font pour faire adopter ce mensonge sont d'autant plus grands, qu'ils connaissent davantage les corollaires pratiques qui émanent réellement et logiquement de la théorie.

On a déjà bien souvent élevé la voix contre le système pour démontrer l'immoralité des conséquences qui en émanent ; aux mêmes condamnations , toujours répétées , ils ont toujours répondu par les mêmes mensonges. Nous ne voulons pas leur fournir une nouvelle occasion de les reproduire; aussi passerons-nous sous silence les objections auxquelles nous savons qu'ils sent préparés par une polémique de plusieurs années ; nous leur en ferons de nouvelles, et, comme nous l'avons fait dans notre examen de la méthode cran iosco pique et cérébroscopique , nous irons chercher la condamnation du système dans les écrits des docteurs. Nous voulons qu'ils soient dans l'impossibilité de récuser nos paroles, car elles reposeront sur des citations nettes et positives , contre lesquelles toutes les subtilités du système ne sauraient prévaloir.

Donnons d abord un échantillon des modestes prétentions de la phrénologie. Nous citons textuellement.

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I ! 4 DU STST^MË PrîîtÉNOLOGIQtJE.

a Elle donne :

i° La philosophie première, en montrant la nature humaine telle qu'elle est, sous toutes les formes de son activité.

L'éducation , pu la meilleure manière de développer et de régler cette activité dans toutes les directions possible?. L'exercice fait croître les organes et surtout augmente leur activité (i).

3° Les mètlwdessçientifiQues et |a théorie des arts par conséquent,

4° La religion, fonleUe montre le fondement dans l'organisation cérébrale et dont elle enseigne à prévenir les écarts.

5" La morale, dont l'indulgence ou la tolérance est pour rfle h premier précepte.

6° Les lois , ou le plus sjar moyen de prévenir et de corriger les tendances individuelles contraires à la justice.

7° V économie sociale , en apprenant à classer les hommes d'après leurs aptitudes, leurs talens, leurs vertus, etc.

(i) Toutes les personnes qui ont jeté un coup d'œil sur un livre de phrénologie savent que Gall avait prétendu , pendant plusieurs années, dans l'intérêt de la cranioscopie qui fondait sa réputation et celle de son système, que le volume d'un organe ilpty le signe unique de l'énergie de sa fonction. Plus yrd, il fut obligé d'avouer que îe volume pouvait être en rapport inverse avec celte énergie; il imagina alors de se tirer d'affaire en établissant que la fonction d'un organe cérébral pouvait être très énergique par le fait seul deson activité pbysiologiqqe, ce qui était rentrer tout bonnement dans le domaine delà vieille physiologie et des tempéramens. Aujourd'hui , toutes les fois que vous signalez un fait contradictoire à la cérébroscopie, on vons répondra qu'il faut avoir égard au volume et surtout au degré d'activité de l'organe. Que devient après cela la méthode phrénologique?

BU SYSTÈME PHREWOLOGIQTJE. Ïl5

8° La philosophie de fhistoire, ou l'intelligence des faits accomplis par l'humanité travaillant , s'agitant pour arriver à la plus grande somme de bonheur in* dividuel et général.

9° Les moyens d'arriver à ce but, etc. , etc. (i). »

Voilà certes une série assez imposante de prétentions qui suffirait pour faire de la phrénoiogie la panacée universelle. Il y a, dans cette manière de présenter les résultats du système, quelque chose qui rappelle les devinations cérébroscopiques et craniosco* piques, quelque chose qui rappelle aussi les di scours de ces orateurs ambulans qui font les délices des foires et des places publiques. Ecoutez, en effet : <

« Au point où en est aujourd'hui la phrénoiogie, il existe un nombre d'organes cérébraux dont la situation , la formé , le volume , la direction et les usages , sont aussi bien prouvés que la situation , la forme, le volume , etc. , des yeux, de la bouche, du nez et de tous les traits du visage (a). »

Ne vous croiriez-vous pas en face d'un des tréteaux sur lesquels trônent les orateurs ambulans dont nous avons parlé ? Si votre illusion n'est pas encore parfaite, écoutez encore ;

« Aux conséquences et aux applications de la phrénoiogie se rattachent les questions philosophiques, les théories générales et spéciales , les améliorations relatives à l'instruction du peuple, aux salles d'asile, à l'enseigHement primaire, aux maisons de détention,

(i) Voye* dans le Journal de la Société phrénologique, numéro de janvier x8?5, l'article intitulé : Plan général, objet et conséquences de la phrètologie, par le rédacteur en chef, M. Gaubert. Jamais le mot d'Horace n'a été plus applicable: Parturient montes t nascetur ridiculus mus»

(a) Même recueil , même article.

VILLE DE LYON s Bililiolb. du Mais des Art»

Il6 DU SYSTÈME PHILOLOGIQUE.

aux bagnes, aux prisons, aux principes de droit et de législation ; les questions de pénalité, la révision des codes , les mœurs des peuples et les caractères nationaux, les diverses formes de religion , les arts, la politique,, l'éducation morale de toutes les classes de la société , et cœtera. ( i)»

Nous ne comptons pas nous conformer , dans noire examen des conséquences et des applications du système, à l'énumération que nous venons de reproduire; car jusqu'à présent les docteurs ne nous ont encore donné que le programme de leurs prétentions.

Nous laissons à MM. Esquirol, Georget, Leuret, Ferrus, etc., le soin de montrer le néant du système dans ses applications à Tétiologie et au traitement des aliénations mentales (K) ; nous n'abandonnerons pas le terrain sacré de la morale; c'est sur ce terrain que nous appelons le système et que nous l'invitons à venir justifier ses principes, à nous montrer au grand jour ses maximes, et à recevoir la condamnation quia été prononcée contre le mal dès les premiers jours.

Nous ne demanderons pas au système quelle est sa métaphysique, son ontologie, sa logique, car ces conceptions sont trop élevées pour qu'il puisse les comprendre ; mais nous lui demanderons quel est pour lui le principe de certitude morale sans lequel la science est une erreur, sans lequel toute société est impossible. Nous lui demanderons quelle est, pour lui, la loi révélée à l'activité humaine, quelle est % sa morale en un mot. Nous savons qu'il prétend en formuler une; mais nous savons aussi que la morale qu'il proclame est la

(t) Même recueil, même article.

Digiti

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même que celle des sceptiques, des ecclectiques et des matérialistes de tous les temps, nous savons que c'est au service de cette morale qu'il accumule les sophisines, les erreurs , les meusonges qui servent de base à sa théorie.

Comme l'éducation , les beaux arts, les systèmes de pénalité et les institutions sociales ne sont que 1 enseignement, ou la réalisation de la morale, nous examinerons d abord les maximes de morale professées par le système; nous apprécierons ensuite les conséquences qui résultent de ces maximes dans l'éducation et dans les institutions sociales. *

§ I. — De la morale selqn le système phrénologique.

Ne demandons pas aux phrénologistes de se montrer bons logiciens, d'avoir le courage de tirer des principes de leur doctrine toutes les conséquences qui en émanent. Us se gardent bien, dans leurs écrits surtout., d'exprimer toute leur pensée sur certaines questions qui réclament une solution nette et positive. Voici, au reste, leur manière à cet égard.

Lorsqu'ils exposent les principes généraux de leur théorie, lorsqu'ils en développent les données principales, ils sont francs, hardis et même téméraires; ils s'expriment alors avec assez peu de détours pour que vous puissiez tirer de leurs affirmations, avec une très grande facilité, toutes les conséquences qui en découlent; ils vous les montreront même du doigt; mais s'agit-il de traiter dans des chapitres spéciaux, intitulés ;de la morale, du libre arbitre, du fatalisme, du bien et du mal, les questions qui se rattachent à

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ces problèmes ; s'agit- il de donner des solutions franches et précises, ils cessent d'avoir le même courage; leur langage prend un ton de modestie et de circonspection qui étonne, tant ils deviennent alors souples, timides, pleins de bons procédés, spiritualistes, religieux, moralistes austères, chrétiens même (i). Nous nous bornons à signaler à nos lecteurs cette tactique à laide de laquelle le système recrute des adeptes et des dupes parmi les demi-sa vans, lés petits littérateurs et les hommes du monde fashionable. On sait que les phrénologistes qui ont le plus de savoir-faire ne portent pas plus haut leurs espérances /de succès.

La loi morale est une loi commune à tous les hommes; elle est la même pour tous; elle est une certitude ab-

(i) Spurzheim, en cela plus sincère que Gall, a fait des efforts dont il âUt lui tenir compte, pour concilier la morale chrétienne avec les données générales de la phrénologie. Il a écrit on livre qui est entièrement dominé par cette pensée. L'intention était bonne ; mais elle s'est perdue dans des contradictions inévitables. Son œuvre est restée stérile, et ses efforts n'ont servi qu'à inspirer au secrétaire de la Société phrénologique de Paris ces paroles qui servent plus à juger le système que tontes les réflexions critiques : « Comparez sa tète à celle de Gall, » dit M. C. Rroussais, en pariant

du crâne de Spurzheim, « et vous verrez que celle de Gall est carrée,

celle de Spurzheim élevée de bas en haut ; de là est résultée , comme conséquence nécessaire, inévitable, une différence tranchée dans le caractère de leurs travaux: dans ceux de Gall se montre fans cesse et partout l'homme essentiellement positif, tandis que ceux de Spurzheim ont une tendance éminemment contemplative L'idée-mère a germé dans la téte de l'observateur

positif; mais le savant contemplatif Ta développée dans une direction qui t a fait accepter d'esprits fortement prévenus par leur tendance opposée à celle de Gai). » Voilà comment les docteurs du système s'expliquent les efforts de Spurzheim à faire concorder la phrénologie avec la morale chrétienne,

qu'il confondait dans ce luit avec ce que l'on appelle la morale naturelle

Voilà 1 accueil que le système fait aux hommes qui professent les maximes de morale chrétienne, lors même qu'un de ces hommes est un des plus grands docteurs de l'école. Ainsi, pour le système, proclamer une doctrine morale, tfeét se \ouer à la contemplation !

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solue, elle ne peut permettre ni le doute ni la contradiction. La loi tnorale commande à tous les hommes leur concours à la conquête future de la fraternité et dé l'unité humaine; elle prescrit aux hommes, afin que leur activité &e manifeste, le travail, le dévouement et le sacrifice ; l'hohime qui a reçu cette loi ( tous les chrétiens l'ont reçue) apprend oh est le bien , oh est le mal; il sait que le bien*est là où existe un ctoncoifrs volontaire à l'œuvre commune; il sait que le mal est là où existé là libre et unique satisfaction de sès désirs personnels bu de ses impulsions animales \ il sait , en un mot, que le bien n'est autre chose que la liberté humaine choisissant le dévouemënt, et <Jue le mal n'est autre chose tjue la liberté htlmainé choisissant l'égoïsme. Telle est la notion simple, vraie, de ce que l'on doit entendre par la loi morale. Peut- il en exister une pour le système phrénologique? Évidemment non. L'habileté et l'hypocrisie ne iious subjuguent pas; nous saurons, sous des iriôts alignés avec adresse, saisir les principes que ces mots cherchent souvent plus à voiler qu'a exprimer; nous saurons bien, s'il le faut, faire jaillir les convictions réelles des docteurs , nettement formulées par eux-mêmes , du sein de leurs contradictions. L'homme est appelé à agir sans eesse, il doit sans cesse transformer le milieu dans lequel il vit; il doit donc connaître l'œuvre qu'il doit accomplir, et le but a là réalisation duquel il doit concourir; il doit avoir la certitude de ce but et de la loi qui le lui impose. Èn dchôrs de cet(6 certitude qui imprime le caractère de l'unité à ses actes les plus divers , l'homme reste sous le joug de l'organisation animale, il ne montre plus que versatilité^ indifférence et égoïsme; il agit

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nécessairement selon l'entraînement de ses impulsions charnelles, qui sont intermittentes et diverses. Les phrénologistes qui ont le courage de continuer, un demi-siècLe après son entier accomplissement, l'œuvre de négation du xvm e siècle, sont bien loin d'affirmer une certitude morale, ils s'en gardent bien, car elle prononcerait contre le système une foudroyante condamnation. «

Les phrénologistes proclament en effet que la tolérance est la formule générale des maximes morales qui émanent du système; or, proclamer en morade le principe de la tolérance, n'est-ce pas nier tout principe de certitude, n'est-ce pas nier tout but d'activité commune? Mais prenons-y garde, cette tolérance ellemême qui est la négation de toute* certitude et de toute morale, ne saurait être invoquée sincèrement par le système; car, ainsi que nous le démontrerons bientôt, la doctrine qu'il professe , loin de conclure à la tolérance, conclut au contraire, comme celle de Hobbes, à la légitimité de la force matérielle, au droit de la force (I). En effet, la doctrine qui affirme une loi morale commune peut-elle être admise dans un système qui nie virtuellement l'activité spirituelle destinée àrégler les impulsions animales? En vertu de quel principe exigerait-on d'un organe cérébral qu'il n'appelât pas logiquement et fatalement la fin par laquelle il excite l'organisme? Et si dans la masse encéphalique, il y a une place pour des organes qui portent au mal, s'il en est une autre pour des organes qui portent au bien, en vertu de quels principes ordonnerait-on aux organes supérieurs de se montrer seuls et de dominer les organes inférieurs ? En vertu de quel principe exigerait-on d'un homme des

actes qui ne seraient pas assez énergiquement réclamés Y^ar les organes auxquels on assigne une fonction morale? En vérité il serait impossible d'imposer une pareille tyrannie à des organes qui agissent suivant les lois fatales de leur existence.

Et l'éducation! en vertu de quel principe serait-elle dirigée? Les phrénologistes veulent bien accorder à l'édueation la faculté d'exercer les organes cérébraux soit en augmentant leur volume soit en accroissant leur activité; mais comment la parole, qui est un signe immatériel, peut-elle agir sur des organes et les modifier, si l'enseignement moral, dont elle est le signe, n'est pas reçu par l'activité spirituelle qui seule peut connaître son but et en commander la réalisation à l'instrumentalité organique ? D'ailleurs l'éducation estelle autre chose qu'un principe de certitude transmis par la parole et par les exemples, d'une génération à une autre, ayant sa source dans la révélation et son but dans l'humanité; or, le système phrénologique est une négation de toute certitude morale ; ce mot même est sans valeur pour les docteurs de l'école; car, comme -nous lavons dit, le principe de tolérance morale qu'ils proclament contradictoiremeut à leur doctrine qui conclut au droit de la force et du savoir-faire, n'est autre chose que le scepticisme qui met au néant toute certitude, toute loi morale, tout but d'activité humaine, qui admet des lois et des buts contradictoires , qui n'affirme, comme l'ecclectisme , que la souveraineté du moi , et qui , comme l'ecclectisme, ne conclut qu'à l'aristocratie de la race, dé l'habileté et de la force.

Les accusations de tendance au fatalisme qui ont assailli la doctrine phrénologique sont connues de tout

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le monde. Tout le monde connaît aussi les efforts que les docteurs Ont faits pour les repousser; personne ^ n'ignore à quelles finesses de langage, à quel les su btilités ils ont eu recours pour se mettre à l'abri d'aussi infamantes accusations. Nous nous bornerons à mettre sous les yeux de nos lecteurs quelques citations de leurs écrits, et à les prier de se rappeler celles que nous avons déjà eu l'occasion de faire. Il est certain qu'après avoir surpris les docteurs en flagrante démonstration tle fatalisme , nous ne serons pas assez simples pour ajouter foi aux professions de foi qu'ils pourront faire dans des chapitres spéciaux. Les affirmations suivantes èjui dominent tôut le système doivent nous suffire ; citons Gall : « L'homme, tant qu'il est animal (nous avons vu que selon le système , l'homme est la continuation de la chaîne animale (i), serait-il un être isolé de la nature vivante? Serait- il gouverné par des lois organiques opposées à celles qui président aux jacuU tésàiXk chien , du cheval et du singe (a) ?» « Les qualités et les talens particulièrement distingués (c'est-àdire propres à l'homme), sont dus à la même origine. C'est toujours un développement très favorable d'un organe, une énergie inaccoutumée de ces fonctions qui produit le penchant à la bienveillance (le sens moral, selon Gali), les idées et les sentimens religieux, etc. (3).

Sans doute , l'instrumentalité dont l'homme est doué peut être disposée de manière à faire dominer des penchaus plus ou moins égoïstes ; ce n'est pas nous qui contesterons les impulsions qui peuvent naître de lor-

(i) V. page 36.

(a) Physiologie du cerveau, tora. I er , p. 48.. (ï) Même ouvrage, tom. I", pag.m64.

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ganisme animal, mais les dispositions qui portent à la bienveillance, qui ne sont autre chose que les résultats des aptitudes sympathiques , peuvent-elles se manifester par une coutinuitë d'action, sans subir les lois de la successivilé et de l'intermittence qui dominent les phénomènes physiologiques du système uerveux (i)? Or, si l'unité et la continuité d'une bonne impulsion sont impossibles dans l'ordre physiologique, comment pourrions-nous concevoir dans l'homme cette continuité et cette unité de but qui constituent la loi morale? U y aurait donc dans l'homme une source de mobilités et de versatilités incessantes ; il serait par conséquent sous le joug de toutes les excitations extérieures et intérieures, physiques ou physiologiques, qui viendraient l'assaillir; il n'aurait donc ni liberté, ni volonté, ou bien la volonté ne serait autre chose que le plus haut degré d'action momentanée d'un organe cérébral. Or f cette'définition de la volonté est précisément celle qu'eu donne le système.

Citons Spurzheim, ce génie contemplatif, le plus sincèrement religieux d'entre les docteurs, et pour ce fait le plus souvent persiflé par ses frères : « L'éducation ne crée rien, dit-il; toute son influence se borne à cultiver les facultés et à diriger leurs actions.» Peuton contester la netteté de cette affirmation? Peut-od ne pas en tirer cette conséquence que si l'organe du sens inoral n^ôst pas développé ou s'U reste inactif l'enseignetnent moral ést inutile, et que, si un homme

(i) Voyez, à cet égard, un article inséré dans le Journal des progrès des sciences médicales, toin. IX, 1828.

"Voyez aussi l'ouvrage de Spurzheim intitulé : Essai sur la nature morale et intellectuelle de l'homme, pag. 83.

s'abandonne à ses mauvais penchans, c'est l'organe qu'il faut en accuser. Un peu plus loin , le même auteur ajoute : « J'admets que l'intelligence de l'homme doit reconnaître certains désirs comme supérieurs et préférables. Cette combinaison de l'intellect avec les désirs est la volonté éclairie (i).»En vertu de quel principe de certitude la volonté esUelle éclairée ? Serait-ce par l'action d'un sens interne? Mais Spurzheim le dit lui-même « une impulsion organique est aveugle et ne connaît pas son objet. » Cette volonté éclairée est donc ; un acte de l'esprit qui , en vertu d'un principe de certitude qui lui a été transmis par l'éducation, ne subit pas la loi des intermittences organiques , et est appelé à diriger toutes les aptitudes diverses et successives de l'organisme vers un but moral , en vertu d'une obligation commune. Nous devons le reconnaître, Spurzheim admettait sincèrement un côté actif dans lame humaine (a), et reconnaissait ainsi, au milieu de toutes les contradictions de sa doctrine , que le bien consistait dans le sacrifice de sa personnalité, et le mal dans les satisfactions de ce qu'il appelait les penchans inférieurs. Mais tout en professant ces maximes, il proclamait un principe qui les nie. Ainsi , il appelait la pratique du bien la prédominance des organes propres à l'homme, et la pratique du mal la prédominance des organes communs à l'homme et aux animaux. N'étaitce pas donner à la conviction spiritualiste qu'il cherchait à défendre contre les conséquences fatales du

(1) Nous n'avons jamais pu concevoir ce que les pbrénologistes entendent par intellect, ration, volonté éclairée; ces mots sont dans leur système des non-sens, aussi s'en servenl-ils très rarement.

(a) Nous avons dit ailleurs que Spurzheim recounaissait l'existence de l'âme.

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DU SYSTÈME PHR EJX OLOGIQUï. 125

système, une expression que le matérialisme le plus opiniâtre ne saurait désavouer?

A quoi bon tant insister sur ce sujet. La démonstration que nous voulons donner ne résulte-t-êlle pas de la lettre et de l'esprit des écrits des phrénologistes ? M. Broussais n'a-t-il pas dit et écrit tout récemment encore que, parmi les auditeurs qui assistaient à son cours, il devait s'en trouver certainement un très grand nombre dont l'organisation cérébrale entraîne nécessairement la condamnation de la doctrine qu'il professe? Essayez après cela de diriger les sociétés et d'imposer aux hommes qui les gouvernent l'obligation de les faire progresser vers le but commun. Que deviennent alors l'éducation et le principe de la fraternité, que deviennent le but commun et la loi commune de l'activité humaine, que deviennent les devoirs communs, le dévouement et le sacrifice? Tout cela cesse d'exister; tout cela est englouti dans l'abîme au fond duquel le système entraîne avec lui tout principe de

certitude morale, et toute liberté humaine.

Examinons, en effet, les applications delà physiologie à l'éducation; nous l'examinerons ensuite daus ses conséquences sociales et politiques.

§ IL— De r éducation , des œuvres d'art et des lois pénales, selon le système phrénologique.

11 en est de l'éducation comme de la morale quelle est destinée à transmettre et à incarner en quelque sorte dans l'homme : les phrénologistes en parlent beaucoup, mais le système en nie la puissance.

L'éducation consiste à enseigner à l'homme le but

la6 DU SYSTÈME PRRÉÎÏOLOGIQUÉ.

de son activité et à transmettre à son esprit la foi chrétienne en vertu de laquelle les aptitudes animales doivent être dirigées. Or cette foi , cette certitude morale, n'existent pas dans les organes, elles doivent être créées par renseignement moral , par la parole. Or, les phrénologistes, confondant cette certitude morale qui domine l'instrumentalité organique et qui n'en fait pas partie, avec les aptitudes et les talens naturels qui en dépeudent incontestablement, sont nécessairement entraînés à nier la puissance créatrice de l'éducation. C'est précisément ce qu'ils font.

Les phrénologistes prétendent que la puissance de l'éducation consiste à exercer les organes des sentimens supérieurs ou propres à l'homme ; mais ce langage nouveau qui traduit une idée très vulgaire ne semblet-il pas confondre le principe de toute certitude morale avec l'exercice des organes, et le principe d'activité avec les aptitudes qui doivent être exercées à concourir à ce but ? N'est-ce pas, en un mot, confondre ce qui est de l'esprit avec ce qui est de la chair, ce qui est de l'éducation avec qui est de l'instruction. lie système confond tout cela; il est impossible aux phrénologistes de comprendre que l'éducation ne consiste pas à exercer nos aptitudes naturelles ; en cela , comme sur plusieurs autres points, ils sont en communion parfaite avec les ecclectiques qui gouvernent la France. Les uns et les autres, proclamant également la souveraineté des habiles et des forts, devaient conclure à la négation de tout principe de certitude, de toute éducation commune. Eh bien ! nous le répétons aux uns et aux autres : l'éducation consiste à enseigner à l'activité humaine sa loi et son but, tandis que l'instruction consiste à lui

DU SYSTÈME PHR^rroLOGIQCE. 137

donner les moyens d'accomplir l'une et de réaliser l'autre, selon les aptitudes diverses de chaque organisme , et à exercer convenablement ces aptitudes.

Il ne faut pas croire, au reste, que le système ait proposé des réformes réelles et positives dans l'éducation; à ce sujet comme sur plusieurs autres, il a promis de fort belles choses et îl n'a encore rien essayé. Noua pensons qu'il en sera long-temps ainsi. La sociélé est en possession de moyens nombreux et puissans d'éducation. L'enseignement moral formulé en préceptes est celui qui s'adresse directement à l'esprit. Il en est d autres qui s'adressent plus particulièrement à IWanisme animal, enagissant sur les aptitudes sympathiques ou sur ses penchans inférieurs. Les œuvres d'art et les systèmes de pénalité appartiennent à ces derniers.

Les phrénologistes ne sauraient concevoir la puissance éducatrice de ces deux mobiles associés à la parole, eux qui regardent une œuvre d'art comme le délassement d'uu homme de talent ou comme une fantaisie qui demande à être satisfaite, eux qui regardent les condamnations de la justice comme de simples garanties pour la sécurité publique.

Qu'est-ce, en effet , qu'une œuvre d'art ? L'art est-il autre chose que l'ensemble des moyens propres à exprimer et a propager sympathiquement les sentimens huma,ns?Uue œuvre d'art doit donc exprimer un sentiment moral et appeler, par cette expression, l'inùta- Uon sympathique des hommes (M). L'art est donc un instrument puisât d éducation. Lesvstème ne saurait accepter cette vérité, Pour jui, ûn artiste est un hnmme heureusement doué d'un ou de deux organes très développes ou très actifs, qui le portent à perce-

128 BU SYSTÈME PHRÉffOLOGIQUE.

voir les tons , les nuances , les couleurs , les accords, la mesure , la figure , etc. 11 est impossible qu'il admette la destination sociale d'un art, de la peinture, par exemple , dans laquelle il ne voit pas une aptitude d expression sentimentale , mais seulement l'activité de l'organe de la peinture (selon Gall ), ou des organes des couleurs et de la configuration (selon Spurzheim)? Comment les docteurs du système admettraient-ils la destination sociale de Fart musical , eux qui ne voient dans ce moyen d'expression que l'activité de l'organe qui perçoit les accords (selon Gall), ou des organes qui perçoivent les tons et le temps ( selon Spurzheim )?

Or, nous disons, nous, qu'une œuvre d'art est un moyen propre à exprimer un sentiment social, transmis à l'éducation par l'esprit de l'homme, et que l'employer à exprimer un sentiment individuel , à satisfaire une fantaisie personnelle, c'est choisir librement la voie du néant et du mal, c'est faire une œuvre nulle ou une œuvre mauvaise , c'est faire servir à la propagation de pensées égoïstes et coupables l'instrument le plus puissant de l'éducation sociale (i).

S'agit-il de modifier les systèmes de pénalité adoptés par les législateurs et introduits dans les codes des nations , la phrénologie demandera d'intervenir ; elle réclamera l'application de ses principes. Or, ces principes et leurs conséquences sont maintenant connus de nos lecteurs ; il est inutile de déchirer encore le voile dont le système a soin de les couvrir. Le principe et sa conséquence la plus logique , celle contre laquelle toutes les subtilités échoueront , ne penvent ils pas être exprimés en ces termes : L'homme n'est pas une acti-

(i) Voyez l'Européen, numéro 6, pag. 171 et suit.

DU SYSTÈME PHRÉNOLOGIQUÉ. 1 29

vite unique et continue il n est autre chose qu'une multiplicité et une successivité organiques; il est un animal qui ne se meut et n'agit qu'en vertu d'une des impulsions qui partent successivement de ses organes cérébraux ; il en résulte que ce n'est pas l'homme qui doit être puni ; mais que le châtiment social doit frapper l'organe fatal (selon Gall); ceux qui l'ont assisté ou qui ne l'ont pas empêché de faire dominer son impulsion ( selon Spurzheim ) ; il en résulte donc que l'organe excitateur et ses complices doivent .seuls être frappés. Or, comme on a des exemples de cerveaux dont plusieurs parties ont été gravement lésées sans que la mort s'en soit suivie , les phrénologistes devraient nous proposer de porter le fér et le feu dans la circonvolution qui aurait été assez coupable pour commander impérieusement un crime. Dans ce cas seulement, nous pourrions accepter l'influence que le système réclame pour ses docteurs dans les recherches de la justice et dans les arrêts des tribunaux. Qu'on veuille bien nous dire à quel titre ils manifesteraient une pareille prétention , s'ils ne se décidaient à l'exprimer dans les termes dont nous nous sommes servis , ce dont ils se gardent bien. Dans cette question, au reste, comme dans toutes les questions d'application , ils se bornent à faire des phrases pompeuses, de belles promesses , ils se bornent à parler de Y indulgence mutuelle, de l'empire fatal de certaines organisations , et à reproduire tous les lieux communs auxquels les avocats ont habitué les juges depuis quelques années , et qu'ils ne cessent d'invoquer en faveur de ces misérables bandits qui professent ou qui pratiquent la doctrine de l'assassinat. Braves gens qui réservent toute leur pitié

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pour les voleurs et les meurtriers et qui sont sans pitié pour les victimes et pour la société ! Les phrénologistes accuseront tout, excepté le coupable, tout, excepté l'éducation qu'il aura reçue ; car l'éducation ne crée rien.

Or , nous prétendons , nous , que l'éducation crée le sentiment de la lutte du bien et du mal, celui du devoir , celui de la lutte contre les impulsions animales , et si nous avions à nous plaindre des arrêts de la justice , ce serait parce que, hors du catéchisme, l'homme ne reçoit aujourd'hui de la société aucune éducation sociale , commune et égale pour tous. Laisserons-nous aux phrénologistes le soin de réclamer cette unité et cette égalité dans l'éducation, à eux qui prétendent que l'éducation ne crée rien et qu'elle est impuissante à arrêter les tendances fatales de l'organisme ?

Les phrénologistes regardent les institutions judiciaires comme des institutions de répression et de vindicte publique; ils ne les regardent pas comme des institutions d'éducation sociale. Aussi, accusent-ils de barbarie et de cruauté tout code pénal qui ne se borne pas à pardonner , ou à mettre les coupables dans Y impossibilité de nuire à la société. Le système est très conséquent en adoptant cette maxime. En effet , 'homme étant représenté comme une machine qui se meut par ses propres forces avec une fatalité qu'on peut comparer à celle d'une montagne qui s écroule , ou d'un boulet lancé par un canon, il en résulte que si une de ces machines animales est entraînée irrésistiblement à nuire à la société où à quelques-uns de ses membres, la société doit se borner à se soustraire aux dangers de sa présence, sans faire peser sur cette ma-

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chine une injuste condamnation. Cet appel à l'indulgence, qui tient à ce que le système n'admet aucun principe de certitude morale, nous paraît renfermer une singulière contradiction. Il semble, en effet, que c'est demander à la justice d'avoir égard, dans les applications, au caractère humain d'un être dont on fait une machine dans la théorie. En réalité, par cet appel à l'indulgence, le système nous apprend que pour lui folie et culpabilité, de même que instruction et éducation, science et morale, savoir-faire et dévouement, sont une seule et même chose/Pour lui le bien , le mal, la justice , le crime , la vertu , le devoir , sont des abstractions , des abstractions creuses , stériles ou fausses, dont il faut faire justice.

Supposons , s'il le faut , que cette indulgence , réclamée avec tant de bienveillance pour les criminels , ne soit pas la négation de toufe éducation sociale et de toute certitude morale ; supposons que le législateur n'ait pas prévu les cas où elle peut être légitime. A quoi servira l'intervention du système dans les arrêts de la justice? Les phrénologistes oseront-ils, au milieu des débats solennels qui précèdent le jugement, ou dans les recherches minutieuses qui précèdent les débats , oseront-ils venir montrer, sur le crâne de l'accusé , le signe fatal qui prononce son acquittement ou sa condamnation ? oseront-ils porter, à la fois, dans le sanctuaire de la justice, et les principes qui nient la liberté humaine et les jongleries cranioscopiques qui expriment si dignement ces principes ?. ..Franchement, nous ies croyons encore trop honnêtes gens ou trop habiles pour oser mentir à ce point.

l3a DU SYSTÈME PHRENOtOGIQUE.

5 III. — Des applications du système phrènologique aux institutions sociales et politiques.

Les gouvernemens, dont tous les efforts tendent à assurer la domination d'une caste privilégiée et la soumission des classes les plus nombreuses , sont intéressés au triomphe de la doctrine que nous examinons. En effet, une doctrine qui proclame en principe et en fait l'inégalité entre les hommes, parce qu'elle n'admet dans l'homme que des aptitudes naturelles ; qui place nécessairement dans la diversité et l'inégalité de ces aptitudes la raison des différences qui existent entre les hommes; qui fait du développement et de l'énergie de ces aptitudes héréditaires un titre nécessairement héréditaire de supériorité sociale; une pareille doctrine doit incontestablement donner sa sanction et prêter son appui à l'habileté et à la force de ceux qui savent conquérir ou conserver le pouvoir. Il n'y a rien de forcé dans ce raisonnement; et nous sommes convaincus, à voir la bienveillance avec laquelle certains gouvernemens, très susceptibles d'ailleurs, accueillent ces principes , qu'ils en tirent très logiquement la même couséquence. Or , comme nous ne croyons pas que l'habileté et la force constituent un droit; comme nous ne regardons le droit des gouvernemens que comme un instrument de leurs devoirs ; comme nous plaçons leurs devoirs dans le dévouement à l'œuvre de la fraternité; comme nous plaçons la morale au-dessus de l'habileté, la foi chrétienne au-dessus des impulsions animales; comme, en un mot, nous sommes spiritualistes et chrétiens, nous regardons comme une obligation sacrée celle de

DU SYSTÈME PHH^NOLOGIQTJE. l33

repousser, de combattre, d'anéantir toute doctrine qui teud à légitimer une aristocratie naturelle , en vertu d'une prédestination organique et par conséquent héréditaire, toute doctrine qui conclut à une oligarchie intellectuelle ou guerrière, toute doctrine qui tend à constituer des races $e transmettant fatalement par voie de génération les conditions organiques de leur supériorité ou de leur infériorité sociale ; toute doctrine, enfin, qui tend à mettre les sociétés entre les mains des plus habiles et des plus forts. À d'aussi funestes doctrines nous opposons celle de l'Évangile , qui prononce anathème contre le droit ancien de la ruse et de la force, qui proclame le droit nouveau de la morale , du sacrifice , du dévouement. En vertu de quel droit, en effet, des générations d'hommes viendraient-elles proclamer et réaliser les maximes révolutionnaires, si une certitude morale ne présidait à leurs actes et ne leur commandait les sacrifices et les souffrances ; si les ^douleurs , au milieu desquelles elles peuvent succomber, ne rendaient témoignage d'une foi vive et inébranlable ? Une révolution sociale n'est pas légitime, parce qu'une classe froissée dans son orgueil ou dans son égoïsme, se soulève dans sa colère et demande avec violence à être admise au banquet des classes supérieures ; une révolution n'est légitime , elle n'est le plus saint des devoirs, que lorsque la morale et le dévouement demandent à occuper chrétiennement la place occupée par l'égoïsme et par l'immoralité; elle n'est légitime que lorsque le dévouement et la morale arrachent des mains de l'égoïsme la force dont il se sert pour le mal; elle n'est légitime que lorsque le dévouement et la morale demandent à mettre la force sociale

l34 DU SYSTÈME PHRÉNOLOGIQUE.

et les aptitudes naturelles au service de la foi et de la réalisation chrétiennes.

Tels sont les principes qui doivent présider à la science sociale. Quelle puissance humaine pourra les* contester? Tels ne sont pas les principes dont le système réclame l'application. La phrénologie nie l'unité et l'activité spirituelle de l'homme, elle nie la puissance du principe de certitude sur les impulsions de la vie animale, elle nie la puissancë créatrice de l'éducation ; elle ne saurait doue exiger pour les sociétés une loi commune, en vertu de laquelle la morale et le dévouement seraient seuls appelés à diriger les sociétés vers le but commun.

En effet , le système reproduit au service des aristocraties modernes, et dans les mêmes termes, les doctrines et les argumentations à l'aide desquelles les philosophes de l'antiquité légitimaient l'esclavage et l'inégalité. Qu'on se rappelle la doctrine indienne assignaut aux castes supérieures la possession héréditaire du satwa , qui les prédestine à la direction sociale , tandis que le tamas (i) est la condition fatale des aptitudes du plus grand nombre.

Que disent les phrénologistes ?.... Ne voyant dans l'homme que des aptitudes organiques ou naturelles, ils sont forcés de reconnaître qu'un petit nombre d'hommes est doué des aptitudes supérieures, qui sont le seul titre de supériorité aux yeux du système , et que le plus grand nombre est placé fatalement sous le joug des penclians inférieurs. Il en résulte que ceux-là doivent né-

(i) Le tamas des Hindous est représenté par le Sir/wc de Platon. Ces deux mots ont évidemment la même origine ; ils signifient d'ailleurs l'un et l'autre : ténèbres, aveuglement.

cessaircment diriger les sociétés, ainsi que le prétendent Jes docteurs de Pecclectisme. a Dans la sixième classe, dit Gall /se trouve la foule des hommes ordinaires. Mais comme les organes communs aux animaux occupent la plus grande partie du cerveau, ces hommes restent bornes à la sphère des qualités animales; leurs jouissances sont celles des sens, ils ne produisent sous aucun rapport rien de remarquable (i). » Gall tire de ces faits celte conclusion que: «peu d'hommes ont été destinés à jouer un grand rôle soit sous le rapport des qualités morales, soit sous le rapport des facultés intellectuelles. Chez la plupart, ajoute-t-il, les forces morales et intellectuelles sont confinées dans une sphère assez étroite. Procréer, donner les premiers soins aux enfans, gagner sa vie par un travail quelconque, labourer la terre, pêcher, chasser, obéir au plus fort, défendre ses propriétés et sa patrie, ( la patrie du plus fort, très probablement); se livrer aux jouissances grossières, voilà les occupations du grand nombre et qui exigent un très-faible emploi des facultés caractéristiques de notre espèce. Aussi est-il démontré par l'observation la plus constante que la région frontale où nous avons le

(t) Dons chaque ligne, jusque dans le choix des mots, on voit percer la pensée dominante du système. On croirait lire une circulaire de M. Guizot ou de M. Cousin, tant on a soiu de subordonner la morale sociale au savoir et au talent , l'éducation qui doit être la même pour tous à l'instruction qui varie selon les aptitudes. Cette réflexion nous est suggérée surtout par ces mots: Ils ne produisent rien de remarquable. Qui oserait affirmer cette proposition, s'il s'agissait de la morale? Qui oserait mettre en doute les sacrifices et le dévouement de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre? n'est- ce pas cette classe qui rsl toujours prête à la mort et à la misère pour défendre la patrie et la liberté, que les habiles et lessavans sont toujours prêts à exploiter à leur profi ?

l36 DU SYSTÈME PHRENOLOGIQUE.

siège des facultés distinctives de l'homme ne surpasse que rarement un degré très-médiocre de développement Le développement trop faible des parties antérieures supérieures les abandonne aux faux jugemens, aux préjuges et à la superstition (1). »

, Il serait impossible de proclamer avec plus d'assurance le principe delà prédestination héréditaire du plus grand nombre à toutes les misères et à toute sorte d'asservisscraens. Que peuvent contre des citations aussi positives les phrases déclamatoires sur la morale , sur la liberté , sur l'éducation qui ne créé rien ! Toutes les subtilités à l'aide desquelles le système cherche à voiler les conséquences de ses assertions doivent désormais être familières à nos lecteurs ; elles ne serviront qu'à leur montrer l'hypocrisie marchant à la suite de l'immoralité et de Terreur.

Voici maintenant ce que dit Aristote qui semble venir après Gall pour proclamer les mômes données et pour en tirer plus franchement les véritables conséquences.

(i) Physiologie du cerceau et de ses parties, tom. V, pag. 219, aao.

Cette même pensée est exprimée par le rédacteur en chef du Journal de la Société phrénologique de Paris, dans une analyse qu'il donne d^ia Mémoire de M. Broussjais. Voici les expressions dont il se sert ; La prédominance du volume des régions consacrées aux instincts sur celles de tintelligence lui sert à expliquer pourquoi la multitude obéit plutôt à ses instincts et à ses sentimens qu'à sa raison. On a de la peine à concevoir tant d'égarémeut en présence de l'histoire qui nous montre le christianisme surgissant d'une humble demeure et faisant la conquête du monde par le dévouement et le martyre de cette multitude qui obéit plutôt à ses instincts et à ses sentimens qu'à sa raison. Malheureux ! que seriex-vous sans celte multitude dont le sentiment social est toujours prêt à sauver la France et à maiutenir sa fonction chrétienne, alors que ceux qui obéissent plus à la raison qu'à leurs sentimens sont toujours prêts à la trahir. Esclaves ou serfs, vous traiueriez devant de hauts et de puissans seigneurs cette existence humble et soumise que leur raison éclairée imposerait à vos instincts.

DU SYSTÈME PHRBKOLOGIQUE. 1 37

« Tous ceux, dit Aristote, qui n'ont rien de mieux à nous offrir que l'usage de leurs corps etde leurs membres, sont condamnés par la nature à l'esclavage. Il vaut mieux en effet pour eux de servir que d'être abandonnés à eux-mêmes.... Toute la différence entre ceux-ci et les bêtes, c'est que les bêtes ne participent aucuuement à la raison , n'en ont pas même le sentiment , et n'obéissent qu'à leur sensation , tandis que ceux qui n'ont que l'instinct sentent fort bien la raison dans les autres et n'en ont pas l'usage pour eux-mêmes. Du reste l'usage des esclaves et des bêtes est à peu près le même, et l'on en tire les mêmes services pour les besoins de la vie (i). »

Ne dirait-on pas que Gall et Aristote se sont copiés l'un l'autre , surtout dans les lignes suivantes: « La nature , poursuit le chef du Lycée , a pour ainsi dire imprimé la liberté et la servitude jusques dans les habitudes corporelles. Ne voyons-nous pas des corps robustes, tout taillés pour porter des fardeaux et pour d'autres usages aussi nécessaires, d'autres, au contraire , mieux organisés, mais plus faibles, incapables d'une pareille charge, bons uniquement pour la vie civile, c'est-à-dire pour les exercices de la paix et ceux de la guerre (a). » Mais Aristote se fait une objection assez embarrassante , il se demande si par cela seul que les hommes brutes peuvent avoir les formes extérieures

(i) PoUtique d'Arâlote, liv. I, chap. 5.

(a) Ici le sophisme d' Aristote est par trop impertinent ; si l'on ne savait que les guerriers formaient une caste supérieure, et qu'elle se gardait bien de laisser porter aux esclaves les insignes de sa l'onction, on ne comprendrait pas comment des hommes vigoureux et robustes fussent déclarés incapables de faire la guerre.

l38 DU SYSTEME PHRÉNOLOGIQUE.

des hommes libres, et que ceux-ci peuvent avoir celles des hommes brutes, cette désharmonie exceptionnelle ne doit pas intervertir les droits et les devoirs, et ne doit pas faired'un esclave un homme libre et d'un homme libre un esclave. Non, répond Aristote , « Car si les quaîités du corps peuvent être discernées, il n'en est pas de même de lame (i). » IL en conclut que : « par les lois de la nature il y a des hommes faits pour la liberté et d'autres pour la servitude , auxquels il convient par intérêt et par justice de servir. » Sur ce point Platon s'accordait avec Aristote, Zenon avec Epicure, et Cicéron avec Sénèque (N).Un poète de Rome s'écrie étonné des égards qu'un chevalier témoignait à un esclave :

O démens 1 ita servus homo est!

Les anciens théologiens de l'Inde avaient dit les mêmes choses plusieurs siècles avant Aristote. Des mêmes principes ils avaient tiré les mêmes conséquences. Dans deux sections d'un chapitre des Brahma Soutras, l'auteur demande si quelque autre qu'un homme régénéré ( ou un Hindou des trois premières classes ) a les qualités requises pour les études théologiques et les acquisitions théognistiquës. La solution du doute est , dit Colebrooke « qu'un soudras ou homme d'une caste inférieure est incompétent; » on se rappelle que cette caste était placée sous l'empire de instincts inférieurs représente par le tamas (a).

(i) Ce sophisme serait encore plus impertinent que le précédent, si l'on ne savait que la philosophie grecque n'est autre chose qu'une émanation lointaine mais incontestable du dogme de la chute, et qu'à ce titre elle admettait l'inégalité des ames humaines venues sur la terre pour expier leurs transgressions antérieures.

(a) Colebrooke, Essai sur le Fédanta. Voyez le passage du Code de

"A ce langage l'Evangile oppose celui-ci : 11 n'y a parmi vous ni maîtres, ni esclaves, ni juifs, ni gentils;... Il y a bien diversité de dons, mais il n'y a qu'un seul esprit;.... Celui qui veut être le premier d'entre vous, doit être le serviteur de tous..

A ce langage, nous disciples du Christ, et non des prêtres et des philosophes de la Grèce et de l'Inde, nous opposons celui-ci : Les hommes diffèrent par les aptitudes organiques ou naturelles, mais cetle diversité est subordonnée à l'unité spirituelle, qui est la même pour tous. La direction des sociétés n'appartient pas aux plus habiles , ni aux plus forts , mais aux plus dévoués, mais à ceux qui consacrent avec le plus de persévérance et d'énergie, à la conquête de la fraternité, leurs aptitudes naturelles, leur intelligence et leurs forces. « Car l'esprit seul vivifie et la chair ne sert de rien. »

Viennent ensuite les hommes vains et fiers de leur intelligence, heureux de leur habileté et de leur savoirfaire, que le pouvoir a comblés de faveurs et de distinctions: qu'ils viennent après cela en face d'une jeunesse studieuse , qui aspire à mettre les aptitudes naturelles qui la distinguent au service du but commun qui est la fraternité, de la fonction commune qui est la patrie et la France ; qu'ils viennent prononcer des paroles dédaigneuses contre le Christianisme moderne; qu'ils viennent fouler aux pieds et les sacrifices de nos pères , et les sacrifices denosenfans, qu'a commandés notre divin maître; qu'ils viennent déclarer impuissante l'éducation qui transmet cette parole à l'esprit de l'homme ; qu'ils viennent déclarer chimérique l'activité de cet

Manou que nous ayons rapporté dans une note d'un des paragraphes précedens. Voyei la note C.

l4o DU SYSTÈME PHRÉNOLOGIQUE.

esprit, et son existence une abstraction ; qu'ils viennent répéter les maximes qui ont servi pendant plusieurs milliers d'années à affermir la domination de quelques races privilégiés et l'asservissement de l'immense majorité des hommes; qu'ils viennent formuler leur inintelligent mépris pour la religion du pauvre et de l'opprimé le pauvre et l'opprimé régneront un jour; ils

sauront où sont leurs ennemis , ils les reconnaîtront à leurs doctrines et à leurs œuvres.

Et le progrès, cette manifestation éclatante de la volonté de Dieu, qui préside à tous les faits cosmogoniques et humanitaires , qui en est à la fois la formule et la loi, de quel droit, en vertu de quelle doctrine l'affirmez- vous? Non ! vous ne l'affirmez pas, vous le niez. En effet , qu'est-ce que le progrès selon le système? Il n'est autre chose qu'un vague et souvent contestable perfectionnement de quelques détails scientifiques, de quelques spécialités dans l'industrie et dans les arts. C'est le sens de la mémoire des jaits que Gall charge de ce perfectionnement en le décorant du titre de sens de la perfectibilité ou de l'éducatilité. Spurzheim fait concourir son organe de l'idéalité à l'entrée en exercice de cette grande faculté... Quelle intelligence des choses humaines ! Quelle ignorance stupide et grossière !

Pour le système, les faits sociaux et religieux sont des faits incompréhensibles; la loi de leur succession et de leur rapport est une loi trop élevée pour que, courbé comme il est sous le joug de la fatalité organique, il puisse s'élever jusqu'à elle; la loi du progrès en vertu de laquelle des buts partiels, toujours plus grands, toujours plus près d'accomplir le but définitif de l'hnmauité, sont révélés h l'activité humaine, cette

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loi en vertu de laquelle l'homme mérite ou démérite devant Dieu, en associant sa volonté à la volonté divine, ou en sacrifiant à son égoïsme animal, en vertu de laquelle l'homme crée une mémoire qui lui survivra devant Dieu, cette loi ne saurait être comprise par le système. Pour le système , le monde tourne dans un cercle sans fin de sauvagerie et de civilisation , de grandeur et de misères. Pour le système , les condamnations successives et saus retour de l'antropophagie, de l'esclavage, des nationalités exclusives, et l'avancement du règne de l'unité humaine, sont des phénomènes incompris et étranges (i). Lisez en effet : « L'homme était destiné , dit Gall, à vivre sous les influences les plus variées. L'état sauvage, la barbarie, la civilisation sont tour à tour sous mille formes différentes son héritage. Aucune stabilité et souvent contradiction directe dans les gouvernemens , dans les lois , dans les religions qui ont toujours pour fin de diriger ses pensées et ses

actions Il devait porter en lui-même le principe de

la perfectibilité ; Y envie de s'instruire (ce sont là les seules sources de progrès admises par l'ccclectisme et par la phrénologie), devait nécessairement lui inspirer du mépris pour Fingnorance , de T aversion pour les défectuosités , dé l'estime pour la perfection. Le sauvage et l'homme d'état, les nations et les indi-

(i) La démonstration historique de cet révélations successives dont la dernière vient accomplir et non changer la précédente, est un des travaux les plus importans de notre éèole, pour laquelle le progrès n'est pas une loi fatale de l'ordre do corps brute; pour laquelle au contraire le progrèt est une loi de prévoyance, de liberté, d'activité et de travail , en vertu de laquelle l'homme est associé à l'asuvre de Dieu. Voyez V Introduction à la science de V histoire t de M.- Bûchez; voyez t Européen de i83j, i83a, ■ 335 «t x836; voyez aussi les préfaces de V Histoire parlementaire de la Révolution française, par Bûchez et Roux.

DU SYSTÈME PHRÉNOLOGIQÙE.

vidus tendent toujours et portent au même but (i). » Quelle philosophie de l'histoire ! Le but moral de la société ne se trouve jamais exprimé dans le système ; le sentiment social n'y trouve pas une seule expression; mais on y rend à chaque ligne des hommages à l'aristocratie du savoir et du talent qui méprise lignorance et qui a de V aversion pour les défectuosités. Quelle intelligence du progrès ! Quelle morale sociale!

Peuvent-ils comprendre la loi du progrès , les docteurs de l'école qui nient la puissance créatrice de l'esprit, qui seul crée, découvre, invente soit dans les arts, soit dans les sciences, soit dans l'industrie? Peuvent-ils le comprendre, eux qui ne voient dans le sculpture que l'imitation matérielle des formes, dans la peinture que l'imitation des couleurs? Peuvent-ils concevoir la loi du progrès, eux qui ne voient dans une conception scientifique générale qu'une manifestation

de la mémoire des choses assistée peut-être de deux

(x) Physiologie du cerveau, ton». IV, pag. 414.

Nous avons lu un livre intitulé: Introduction à t'élude de la phonologie, dans lequel l'auteur a entassé tant d'erreurs, tant de non-sens, tant de contradictions, dans lequel il amalgame tant de maximes diverses, saint-simoniennes, matérialistes, chrétiennes, fouriéristes, que nous avons cru devoir nous abstenir de le nommer, par indulgence pour un confrère. Dans ce livre , qui se distingue au reste par un très beau papier et par de très jolis caractères, l'auteur prépare une classification nouvelle des facultés dans laquelle il range, arrange, administre, les organes cérébraux, avec une indépendance qui lui attirera probablement quelques desagrémeus de la part de ces autres docteurs du système phréuologique. Quoi qu'il en soit, nous prions nos lecteurs, si jamais ce livre tombe entre leurs mains , de lire les pages où l'auteur fait l'application de sa classification à la science de l'bistoire et au progrès. Ils verront que jamais le saint-simonisme u'eut un plagiaire moins modeste, et que la science de l'histoire n'eut jamais un interprète plus pitoyable. Nous préférons signaler ces pages à nos lecteurs, que d'employer notre temps à les leur faire connaître nous-meme.

organes ? Peuvent-ils comprendre que les plus hautes conceptions scientifiques émanent de la foi , qui seule renferme nécessairement la loi des rapports établis par Dieu entre l'activité humaine et le monde , et la loi de succession de ces rapports dans le cours des âges? Peuvent-ils concevoir que les créations dans les arts, que les vastes conceptions architecturales émanent de la foi et non des sens qui se bornent à imiter? Cela est impossible. Pour eux comme pour M. Lélut, leur indulgent critique, une force fatale emporte l'humanité comme elle emporte les choses et les bêtes ; pour eux comme pour M. Lélut, l'éducation sociale, renseignement d'un but commun, le principe de certitude morale sont de vaines et stériles conceptions; car «l'humanité, dit M. Lélut , s'améliore, progresse d'elle-même en vertu d'une marche fatale qui briserait Gall et Saint- Simon, et tous ceux qui après avoir bourdonné sur le timon du char, seraient tentés de se placer sur sa roue pour en arrêter le mouvement (t).» Il en résulte que les hommes comme les animaux doivent vivre selon leurs impulsions naturelles, sans loi commune, sans but commun, sans principe de certitude, et s'abandonner paisiblement à leurs goûts, à leurs délectations et à leurs penchans , en comptant sur les forces fatales qui emportent le char de l'humanité.

Conclusion.

Qu'est-ce que la phrénologie?... D'après tout ce que nous venons de dire, les lecteurs ont déjà trouvé la réponse. C'est un système qui ne trouve pas même un

(i) Voyez la fin de l'ouvrage que nous avons cité.

DU SYSTEME PHRËNOLOGIQUE.

nom (i), qui admet en principe la passivité et la fatalité organique de l'homme , qui proclame une méthode prétendue positive d'investigations psychologiques, reconnue inexacte et mensongère par les docteurs eux-mêmes, qui expose touchant Yinnéité, la coordination et le mode d action des facultés , une théorie fausse et extravagante sur laquelle les maîtres sont loinde s'accorder, qui, dans ses conséquences, nie tout principe de certitude morale, la liberté , l'éducation , la fraternité et le progrès; un système, enfin, qui part d'un principe mauvais pour conclure au mal. Quant aux efforts d'habileté hypocrite à l'aide desquels les phrénologistes ont soin de désarmer les préventions honnêtes, nous les regardons comme un témoignage heureux de la réprobation univèrselle dont les principes matérialistes sont l'objet dans !a société française.

(0 La phréoologie es. réellement un système sans nom> En effet, de - lnom désigner celte doctrine? Est-elle «n système p^holog,^ U. Leur, s'élèvent entre ce mot ; car ils trouvent que l ame ou 1. est 1,4-fait étrangère à leur science. Ce mot, disent-ils, suppose un moUar, Z P ,uln Ce Lce.M a no. sens, ., que 1. science ne peu. atte-ndre. (Tovezl. première leçon de M. Bruussais.) Est-elle «n sy..eme,Wo- 7. XI d^an.^eTcar l'esprit ou 1. „i> n'as, f» plus acces,,ble aux Z de Z ioi-on "h. conter le titre de , W e * ~

„ au tl ie «, partie, donné par G.ll? Pas davantage; car «n tan. que Xsiologie du cerveau, le .v.tèmc tfexUt. p.»; il « borne a cet égard à a urmer.es prétention, eérébroseopique» , don. le» docteurs eux-mêmes issent le néant. La phrénologie est donc un aystème ..an. nom, nui nrocbme la solidité de ses b«es .oa.omiqoe, et ph,»ologi,uea, et qu, îî i ~n„e .l'anatomie du cerveau humain et Tanatomie comparée de cet ^e u'on i m - pu servir de guide pour déterminer les fonction, de» d f«es pTr £!( Spnrriteim, Ot, sur la P Mn., m 8, >;,», proclame «^.d. don,' il « garde bien de ae servir jamais ;,u, reprmlu^n. dii , ,d.p,ée p« une école p.yebolog.q»e anlérKmre, m qu conclut I Z morile aembUbl. è celle qdi émane de toute, le, doctrines créées pour détendre l'inégalité etl'e»cUvage.

VILLE DE LYON ' liblielû. du Pslsis Art»

[ NOTE (A), Page 4-

Erreur des phrénoïogistes qui affirment Une doctrine

spiritualiste.

Nous avons sous les yeux un article du Journal de la Société'

phréoologique de Paris, dans lequel un membre de la minorité paraît faire un acte de courage , en affirmant une croyance spiritualiste. Comme ce membre (M. D. Richard) semble y protester, dans une note, contre les opinions de la majorité, nous croyons devoir reproduire quelques-unes de ses paroles. « Il est impossible de s'occuper de science sans y porter ses idées philosophiques sur la création et la vie. Celui qui ramène tout aux combinaisons fortuites des élémens matériels y fait rentrer la phrénologie dans le cadre de ses idées; il en est de même de ceux qui, ainsi que nous 9 admettent la préexistence d'une volonté et de lois diverses, immuables, pour diriger ces mêmes combinaisons. En science les opinions sont individuelles, et chacun répond de ses écrits et de ses paroles. A ce propos nous déclarons avoir lu avec une extrême surprise le titre qu'un de nos estimables collègues, le IX Mege, de l'Âcadémie royale de Médecine, a cru pouvoir donner à une brochure récemment publiée. Appeler Manifeste des principes de la Société phréno logique de Paris une production individuelle à laquelle plusieurs objections ont été faites au • -,

sein de la Société; s'autoriser, pour lui attribuer cette valeur, de l'assentiment partiel de quelques membres, non convoqués pour délibérer sur une déclaration de principes; c'est, ce nous semble, oublier les maximes de la liberté scientifique et placer dans un étrange embarras la phrénologie et les phrénologistes. Ce serait d'ailleurs admettre qu'il en est des opinions scientifiques comme des lois politiques qui se déterminent à la majorité des suffrages. Or l'expérience des siècles démontre la fausseté et le danger d'une pareille maxime. Aussi la Société pbrénologique a-t-elle décidé , imitant en cela tous les corps savans de nos jours, que les opinions de ses membres seraient personnelles. Membre de cette Société, nous protestons donc contre le titre du Mémoire de notre très honoré collègue, M. Mege. »

Nous avons transcrit ces paroles dans le but de montrer, r que, parmi les phrénologistes avoués, il en est qui prétendent rester fidèles à la doctrine spirilualiste ; a° que ces messieurs regardent cette doctrine comme une opinion scientifique indépendanté"dd' système; 3° que ce système est présenté par les uns et par les autres comme n'ayant rien à démêler avec celte opinion scientifique qui est libre ; 4° <] ue ta majorité des pbrénologistes professe incontestablement le matérialisme. Toutes ces- choses sont importantes à connaître. Comment M. D. Richard formule-t-il son spiritualisme? comment repousse-t-il le matérialisme et le fatalisme qui découlent dé la phrénologie? Il cite ces mots de M. Ch. de Yillers, philosophe kantiste, qui se trouvent dans une lettre à Georges Cuvier, écrite en i8oa : Au lieu d'avancer que nous avons telle faculté et telle disposition parce que nous avons tel organe, il faut poser en principe que nous avons tel organe parce que nous avons telle faculté et telle disposition; en sorte que nos facultés ne procéderont pas de nos organes , mais bien nos organes de nos facultés, ce qui est sans contredit le véritable point de vue de toute théorie psychologique de V organisation. Le phrénologiste de la minorité accepte avec plaisir cette interprétation si claire, si précise, qui lui paraît être encore le point de départ le plus sûr et le plus

NOTES. l49

vrai en phrénologie; car seule elle laisse à la volonté de l'individu et de la société toute leur importance , car seule elle ne détruit pas la notion du libre arbitre sans lequel, dit-il, z7 ne saurait exister pour nous, pures machines, ni liberté morale, ni liberté Apolitique. Ainsi toute la dissidence roule sur une transposition de ternies et peut se réduire ainsi : Nous, spiritualistes , nous disons que les organes cérébraux existent parce qu'il existe des facultés ; vous, matérialistes, vous dites que les facultés existent parce qu'il y a des organes. Rien ne nous semble plus bizarre que cette manière de comprendre et d'apprécier la spiritualité humaine. Qu'il nous suffise de signaler les animaux chez lesquels les facultés existent comme chez l'homme , et chez lesquels des facultés n'existent certainement que parce qu'ils sont en possession d'organes nerveux, chez lesquels l'existence des facultés ne démontre assurément pas l'existence d'un principe d'activité spirituelle. Malheureusement la plupart des spiritualistes, animés d'un sentiment bon et vrai , se laissent trop souvent engager dans les voies d'une fausse méthode, ils s'y fourvoient à chaque instant. Aussi; quand on pose ses principes comme le fait M. D. Richard, on peut fort bien rester phrénologiste.

En effet, il ne suffit pas, pour être spiritualiste , d'affirmer une substance spirituelle, de proclamer l'existence de l'ame; car le panthéisme adopte le même langage, et certes, personne ne nous soutiendra que le panthéisme est la n^me chose que le spiritualisme. Nous voudrions montrer cette vérité à toutes les intelligences. Etre spiritualiste, c'est avoir foi à la dualité, à l'activité Dieu et à la passivité univers , à l'activité esprit et u la passivité organisme; être spiritualiste, c'est distinguer ce qui est instrument de ce qui est puissance , c'est reconnaître la liberté des actes de l'esprit et la fatalité des mouvemens de la matière; c'est, en un mot, distinguer ce, qui est de la vie spirituelle de ce qui est de la vie animale et organique. Etre panthéiste, c'est regarder tous les phénomènes cosmogoniques comme la manifestation formelle de Dieu: c'est regarder les fonctions animales comme les attributs de l'ame; c J est reconnaître dans la fatalité des mouvemens organiques la mapifes-

ta t ion de l'ame humaine ; c'est confondre l'activité avec la passivité , la fatalité avec la liberté ; c'est nier la dualité; c'est ressusciter les doctrines de l'Inde, de la Perse, de la Grèce; c'est, en un mot, nier la séparation absolue de l'esprit et de la matière.

Qu'on lise les écrits des panthéistes , ceux de Spinosa , de Giordano Bruno, de Malebranche, de Berckley, etc.; on y trouve les doctrines dont les phrénologistes qui se disent spiritualistes adoptent le langage. 11 faut que les mots prennent enfin une signification non équivoque. Il faut qu'il soit connu de tous que quand on dit que Yamativité , Yalimentivité , larespirabilité , etc. , sont des facultés de Famé, on admet dans les animaux ej même dans les végétaux l'existence de l'a me , et que par conséquent c'est être panthéiste. Ceci est clair, simple, et nul ne pourra le contester. Or le panthéisme est une doctrine mauvaise et fausse.

Le langage de M. Ch. Villers, celui de M. Richard que nous venons de reproduire, est adopte par Spurzheim, par Gall, par les phrénologistes anglais, par tous ceux, eu un mot, qui croient devoir dissimuler leurs pensées et qui , se croyant sincèrement spiritualistes, professent le panthéisme.

Quanta M. Broussais, il est plus franc ou meilleur logicien. Il se borne à dire que le mot ame n'est bon qu'à suggérer des idées hypothétiques; il s'en abstient, et l'abandonne aux croyances des esprits faibles. Quand il lui arrive de ne pas se prononcer franchement sur ce sujet, pour des raisons à lui connues, il préfère affecter le doute que proclamer une négation absolue.

WOTES. l5l

NOTE ( B ), Page a3.

La méthode, prétendue expérimentale des phrénologistes n'existe pas; aveux dès phrénologistes à cet égard.

Voici quelques passages d'un article que M. le D. Bailly (de Blois), le plus consciencieux des phrénologistes, dans un article inséré dans le Journal de la Société phrénologique de Paris , et intitulé : Essai sur les moyens de faire faire des progrès à la phrénologie, Avantages, insuffisance et abus de la cranioscopie.

m § \*\~- Manie des chiffres,

« Notre siècle est celui des chiffres, on veut les appliquer a tout et partout. C'est très bien pour les faits qui peuvent en supporter l'application ; mais c'est très mal pour ceux qui ne le peuvent pas.

« La Science de l'intelligence ne devait pas échapper à la manie du jour ; elle devait subir la loi commune , et emprunter comme les autres, aux poids et mesures, ses procédés de recherches et d'investigation sur la force et le développement des facultés morales.

« Autrefois on jugeait les hommes par leurs ouvrages, par leurs actions ; aujourd'hui que fait-on pour apprécier le génie d'un grand homme? S'il est mort, on met son cerveau dans la balance ; s'il est vivant , on prend la mesure de son crâne dans tous les sens, et on vous donne le chiffre de sa valeur morale en millimètres ou en grammes. C'est ainsi que la cranioscopie, qui , dans les mains d'un grand homme , a rendu des services si éminens à la science, est sortie, en devenant populaire, des limites où elle a une importance réelle; c'est ainsi qu'elle nous conduirait aux conséquences les plus absurdes , si l'erreur elle-même pouvait marcher long-temps sans être reconnue et renversée* » #

ï 5i NOTES.

Avis donc à messieurs les phrénologistes qui font des cours 'publics et qui publient des comptes rendus. Avis à celui d'entre eux qui a dit et écrit : « Que Von nous apporte une seule tête d'un individu quelconque , èminent par une faculté quelconque, et y dont V organe qui jr correspond soit déprimé , et nous nous avouerons vaincus. Jusque là, qu*il nous soit permis de croire à ce qui frappe nos sens et de * nous livrer au perfectionnement d'une science qui ne $'<?'carte jamais d'une rigoureuse observation, « (Journal de la Société pbrénologique de Paris, n* d'avril i835, Compte rendu pour Tannée l833-34» lu à la séance annuelle, le 22 août i834, par M. le D. Casimir Broussais.) Avis aux phrénologistes qui portent des défis aussi extravagans ? Il semble que M. le D. Bailly ait voulu soustraire le système à la condamnation que fait peser sur lui le zèle inconsidéré des docteurs de l'école. 11 faut le dire , la réprimande est sévère , mais elle est inutile; car elle ne corrigera pas les logiciens de la doctrine.

Poursuivons notre citation :

« § 2.— Services rendus par la cranioscopie.

« .. . La seule circonstance de la part du crâne de représenter assez fidèlement , au moins cbez l'homme, le développement de la plus grande partie des circonvolutions, a donc élé la condition la plus indispensable à la naissance de la phrénologie; sans elle, on aurait continué à marcher dans les anciens sentiers de la routine, on aurait continué à faire de la métaphysique et de l'idéologie vague et sans application pratique.»

Par ces mots et par ceux qui les précèdent immédiatement, M. le D. Bailly associe sa pensée à celle des phrénologistes en proclamant la méthode cranioscopique sans laquelle la véritable philosophie de l'esprit humain serait encore à créer. Mais qu'on ne se hâte pas d'en conclure <jue cette méthode soit bonne et qu'elle ait quelque valeur aux yeux du savant anatomistc. Il se hâte , en effet , d'ajouter les lignes suivantes : •

NOTES. l53

« Quelques personnes qui s'occupent de phrénologie croient que la cranioscopic constitue toute la doctrine du D. Gall, ou au moins en est la partie la plus importante. C'est pour les désabuser que je vais passer en revue les différentes circonstances où elle a une haute importance et celles où elle est ? insuffisante aux progrès de la phrénologie. J'espère les mettre, de cette manière, en état de fixer leur attention sur la phrénologie elle-même, au lieu, de la fixer sur un des moyens qu'il faut employer pour l'étudier et dont elles ne paraissent pas soupçonner F infidélité. Cette infidélité une fois bien reconnue et bien constatée, il sera facile de comprendre la fausse \ direction dans laquelle on s'enfonce, quand on croit faire de la science en s* amusant à mesurer le crâne dans toutes ses dimensions , et en dounant des chiffres qui ne peuvent amener que des conséquences fausses et illusoires. »

Voici maintenant en quoi ces conséquences sont fausses et illusoires :

« § 3. - — Circonstances dans lesquelles la cranioscopie est

utile.

• < . « Si toutes les circonvolutions cérébrales étaient placées de manière à ce que leur plus ou moins grand développement fût toujours traduit au dehors parle développement du même point de la surface du crâne, il serait toujours possible à celuici d'être l'expression fidèle du cerveau, et chacune de nos facultés pourrait, jusqu'à un certain degré, coexister avec une forme déterminée du crâne, que l'observation finirait par constater.

« La cranioscopie acquerrait bientôt une haute valeur comme moyen d'investigation. Malheureusement, il n'en est point ainsi; car les mêmes dévelûppemens des mêmes parties du crâne, les mêmes mesures de tous les différens diamètres, les mêmes distances des différens points que Von peut établir à sa surface, peuvent coexister avec le développement de facultés tout-àfait différentes dans toutes ces différences. ^

« De sorte que deux têtes exactement et mathématiquement semblables par toutes les mesures que F on voudra établir sur tous les points de la surface , et de quelque manière que ce soit , pourront appartenir à des individus entièrement différens par la nature et par Vénergie de leurs facultés. »

Quoique M. le D. Bailly signale quelques cas peu nombreux où la cranioscopie peut être un guide moins incertain, nous tenons compte de ces assertions qu'il a lui-même écrites en caractères italiques. Nous ue pouvions trouver une condamnation plus complète de la méthode cranioscopique dans les écrits des adversaires les plus ardens de la phrénologie. Il ôuffit que cette condamnation soit acceptée par les docteurs de l'école pour que la méthode soit jugée aux yeux de tous.

Poursuivons nos citations.

« § 4» — Circonstances dans lesquelles la cranioscopie est

insuffisante.

« .... La même portion du crâne ne répondant jamais aux mêmes circonvolutions , il est donc évident que toutes les mesures qu'on peut donner des différentes portions de la tête ne peuvent jamais avoir aucune importance pour donner une idée exacte des développemens des différentes facultés.

« Il est donc évident que, lorsqu'une région de la tête est lisse et uniformément bombée , il n'existe ni dans la cranioscopie, ni dans la céphalométrie, aucun moyen de constater le véritable état du cerveau qu'elle renferme.

« Une seconde cause , d'insuffisance de la cranioscopie se trouve dans le fait suivant, qui va démontrer encore davantage l'importance de la forme des organes.

« Quelle que soit la valeur de la cranioscopie pour indiquer d'une manière plus ou moins précise le développement des circonvolutions cérébrales, on doit bien sentir que ce doit être à la condition que ces circonvolutions seront immédiatement recouvertes par le crâne auquel elles imprimeront la forme qui lui est propre. Car, si nous supposons l'existence de cir-

Di

convohitions intimes, éloignées delà surface, il ne serait plus possible d'obtenir aucuns renseigneraens de l'inspection du crâne. Or, cette supposition est bien fondée, car le fait est Feel. Un grand nombre de circonvolutions, au lieu d'être épanouies à la surface du cerveau , sont situées à l'intérieur, et ne sont point susceptibles d'être indiquées d'une manière précise par la forme du crânej Telles sont celles qui sont situées sur la ligne médiane au point de contact de deux hémisphères, et qui descendent jusque sur le corps calleux, celles qui occupent ce que le D. Gall a nommé l'isle. Il en est de même de celles qui s'appuient sur la tente du cervelet et qui constituent la partie inférieure des lobes postérieurs du cerveau; enfin, il en est encore quelques-unes qui , placées à la fare inférieure des hémisphères, s'appuient sur le crâne, il est vrai , mais dans une portion qui , telle que le sphéroïde et le rocher, ne peuvent pas facilement manifester au dehors leur plus ou moins grand développement.

« Toutes ces circonvolutions sont bien extérieurement le siège des facultés fondamentales, et cependant la cranioscopie n'a aucune espèce de moyen de nous donner la plus légère notion sur leurs propriétés: de quelle manière, par exemple ; les circonvolutions placées sur la ligne médiane et dans l'adossement des hémisphères peuvent— elles agir sur les formes de la tète ? si elles sont très développées , elles peuvent augmenter la hauteur de la tête depuis la base du nez jusq«'à l'os occipital, et cette augmentation des lignes verticales portera snr autant de points de la ligne naso-occipitale, qu'il y aura d'organes dans toute cette surface de circonvolutions. Elles peuvent aussi augmenter tous les diamètres transversaux de la tête en refoulant latéralement les parties du cerveau qui sont placées à côté d'elles. Dans le premier cas, on aura une tête très élevée; et dans le second, eile sera très large.

« La cranioscopie, telle que tant de personnes la pratiquent aujourd'hui, fera croire, dans le premier cas, à un grand* développement de toutes les facultés situées snr la ligne médiane, et qui sont le sentiment des faits historiques, des comparaisons, flu juste et de l'injuste , de la philosophie , de

1 56 notes.

)a fermeté, des grandeurs et de l'amour des enfans; elle fera croire , dans les autres cas, à un grand développement des facultés situées sur les parties latérales des côtés et qui sont le sentiment de la musique, du calcul, de la construction, de la poésie, de la circonspection, de l'attachement, de sa propre défense. Et cependant aucune de ces facultés ne sera développée.

« Il n'en est pas de même des circonvolutions qui s'appuient ou sur le cervelet, ou sur le sphénoïde, ou sur le temporal ; elles doivent toutes s'exprimer par une action quelconque sur la forme de la tête sans que la cranioscopie puisse nous aider le moins du inonde.

• Si la cranioscopie est insuffisante dans de semblables circonstances , que penser de la céphalométrie, qui peut encore bien moins que cette première , nous indiquer quelles sont les circonvolutions qui agrandissent tels ou tels points des intervalles qu'on mesure ? »

Il est évident qu'avec de pareils inconvéniens, la méthode crauioscopique cesse de mériter les hommages que le système réclame pour elle et qu'il ne lui accorde pas lui — même. Comparez cette réserve de M. le D. Bailly avec la hardiesse des Comptes-rendus du secrétaire de la Soc. phrén. de Paris, et avec la netteté des assertions de MM. Dumoutiers, Fossati, etc.

Mais, si M. le D. Bailly fait si peu de cas de l'observation cranioscopique , comment pourrons-nous expliquer les hommages que cette méthode prétendue expérimentale reçoit de ce phrénologiste? C'est cette contradiction qu'il cherche à nous faire comprendre dans un dialogue , qui forme le sujet du

5* paragraphe de son essai.

« § 5. — Objection contre la cranioscopie*

« Demande, Cependant vous admettez bien que les organes désignés par le D. Gall comme appartenant à ces régions y ont bien véritablement leur siège ?

« Réponse. Oui , certainement.

« D, Comment a-t-il pu s'en servir , puisque une tête grosse

transversalement peut devoir l'augmentation de ses dimensions ou aux circonvolutions extérieures, ou à celles qui sont sur la ligne médiane ?

« R. Parce que le D. Gall n'a fait ses découvertes que sur des tètes portant des organes développes isolément, et que la forme particulière de chaque organe lui a servi de guide. »

M. le D. Bailly peut-il nous, attester l'exactitude de cette assertion ?

Dans ce dialogue, que nous ne pouvons reproduire en entier, le phrénologiste se trouve mis en demeure de s'exprimer nettement sur la doctrine qu'il professe. Aux concessions qu'il est forcé de faire , son adversaire répond ainsi :

« D, Je ne vois pas alors en quoi le phrénologiste est plus avance qu'un autre physiologiste, puisque la certitude de l'un n'est jamais plus grande que celle de l'autre, puisqu'on a toujours un à parier contre un pour ou contre la nature du développement qu'on observe.

« R. La certitude de la cranioscopie est complète dans les circonstances que j'ai indiquées ; c'est votre faute et celle des personnes qui ne connaissent pas son langage, si on veut toujours trouver cette certitude là où elle ne doit ni ne peut exister....

« ... D. Vous admettez donc cependant que la phrénologie rendra un jour d'immenses services à la société, lorsque l'on aura perfectionne les moyens de connaître , d'après l'inspection du crâne, ceux qui ont de mauvais penchans très développés, et que le phrénologiste finira par être appelé au secours des juges pour les éclairer sur la plus ou moins grande culpabilité des accusés , d'après la configuration de leur tête ?

» R. C'est là une des plus absurdes conséquences qu'on puisse faire découler de la phrénologie. L'inspection des têtes des profonds scélérats et des suppliciés a servi à faire la science; elle a servi à localiser les facultés et les penchans, elle servira encore à former la conviction des incrédules; mais jamais elle ne devra entrer dans la législation comme moyen d'absolution ou de condamnation : les juges qui réclameraient un tel secours , les médecins qui consentiraient

l58 NOTKS.

à le donner, ne comprendraient , ni* les uns ni les autres, leur véritable mission. »

Que ces paroles servent à juger la valeur des prétentions des phréuologistes dans les applications qu'ils réclament de leur doctrine aux institutions judiciaires et aux arrêts des tribu-

naux !

Le D. Bailly, dans le6« paragraphe, conclut de tout ce qu'il a dit jusque-là que la cranioscopie a donné au génie de Gall tout ce qu'elle pouvait donner. Voici en quels termes il exprime cette pensée :

« § 6. — Du passé, du présent et de F avenir de la cérébrO"

scopie.

« ... Le D. Gall) avee un très petit nombre de têtes, a découvert toutes les facultés qui font l'objet de la phrénologie. Depuis quelques années, des collections nombreuses se sont faites dans toutes les parties du monde; lé nombre des têtes qui en font partie se monte à plusieurs milliers , et pas une fruité nouvelle, au moins à ma connaissance , n'a été ajoutée à celles qu'il a établies.

« C'est , je le répète , parce que ce moyen a été épuisé et qu'il ne faut plus demander ce qu'il ne pouvait pas donner. »

Nous sommes fâchés de devoir dire à M. Bailly que , malgré sa religieuse et exclusive admiration pour le D. Gall, des facultés nouvelles ne sopt pas moins tous les jours décrétées et démontrées au même titr« et avec la même assurance qu'elles l'avaient été par l'habile professeur, et qu'il est difficile de contester les unes sans mettre en doute la réalité des autres.

Mais ne soyons pas trop sévères envers leD. Bailly, qui nous prête si gracieusement des armes pour combattre les disciples de Gall.

Voyons ce qu'il nous dit de la cérébroscopie qui est destinée à venir au secours du système , lorsqu'il est battu sur le terrain de la cranioscopie; « car il faut désormais, dit-il, ajouter à la cranioscopie l'étude des circonvolutions cérébrales elles-mêmes, si on veut découvrir les fonctious des nom-

breuses parties du cerveau sur lesquelles l'inspection seule du crâne ne peut plus nous donner aucune connaissance nouvelle. »

Nous verrons que d'après M. Bailly lui-même, la cérébroscopie ne promet pas de plus heureux résultats.

m § 7. — De V étude des circonvolutions cérébrales.

«... La profondeur des sillons qui partagent les circonvolutions, la largeur de celles-ci, ont-elles quelque importance sur l'énergie de leur fonction ? Cest ce qu'il est impossible d'afi- Jirmer à priori. 11 faut des observations nombreuses et surtout des observations bien faites, pour fixer l'opinion des phréno— logistes sur ce point... Il est infiniment probable- que la presque totalité des fonctions intellectuelles ou instinctives a lieu dans les circonvolutions; mais de qdelle manière Une différence d'énergie dans une faculté morale se manifeste— t-el le quand on la recherche dans les circonvolutions qui en sont le siège? C est ce que nous savons fort peu aujourd'hui, c'est ce que l'étude du cerveau lui-même nous apprendra , puisque nous ne connaissons à peu près de lui que ce que pourrait nous apprendre son étude à travers le erâne.

«c ... On aura alors une méthode beaucoup plus complète et beaucoup plus sûre que celle de la cranios copie , et l'on pourra même vérifier avec confiance toutes les observations qui auront été dues à l'emploi de celle-ci. »

Nous désirons, avec M. Baillv, que la cérébroscopie devienne une méthode aussi féconde qu'il l'espère , mais nous sommes, en attendant, forcés de conclure des paroles de notre auteur, que ce désir est loin encore d'être sàtisfait, et que, par conséquent^ la méthode cérébrOicopique est aussi inexacte que la méthode cranioscopique.

Dans le 8 e paragraphe , le 0. Bàilly nous indique les moyens propres à rendre les observations ce'f ébrosçopiques plus exactes et plus sûres. Nous croyons <Jue ces moyens Seraient bons s'ils étaient praticables : quel auatomiste pourra nous promettre de mouler des cerveaux avec assea de bonheur pour en conserver,

l6o - NOTES.

sans l'avoir altérée, l'empreinte fidèle et exacte? quel anatoraiste pourra, dans une masse aussi molle , aussi friable, aussi sujette à des dcplaceraens, conserver ses formes primitives, avec précision et certitude? Et d'ailleurs, s'il faut attendre la mort d'un individu pour inspecter son cerveau, le champ des observations ne se rétréoit-il pas au point de rendre toute probabilité extrêmement difficile?

A cette dernière objection, M. le D. Bailly répond dans son 9 e paragraphe, que « ce ne sont pas les sujets qui manquent aujourd'hui, c'est la méthode. » Nous sommes d'accord avec lui sur ce point ; aussi condamnons-uous les phrénologistes qui proclament dans tous les carrefours les mérites extraordinaires de leur méthode, et qui disent avec M. Broussais père : Les phrénologistes suivent la méthode de Bacon ( î ! ! ).

Quelle conclusion tirerons-nous de toutes ces citations?... Nous laissons à M. le D. Bailly le soin de la tirer lui-même. Voici ses expressions : .

« § io. — Objection : si la cérébroscopie doit désormais aider la cranioscopie , de quelle manière doit^on concevoir Vinjluence que la phrénologie exercera sur toutes nos institutions, et principalement sur la législation et sur V éducation ?

« Il est une foule de personnes, qui s'imaginent que la cranioscopie , dont les jugemens ont été reconnus vrais dans une foule de circonstances (n'oublions pas que ces paroles sont d'un phrénologiste), arrivent à acquérir un tel degré de certitude , que son application à nos institutions, à l'éducation par exemple, rendra d'immenses services en dirigeant d'une manière sûre chaque enfant vers le genre d'études auxquelles il sera destiné par son imagination.

« Les mêmes personnes n'hésitent pas à mettre sur la même ligne, dans leur esprit, la précision à laquelle nous sommes arrivés en mécanique , avec celle à laquelle on atteindra par la cranioscopie ; qui nous fera connaître en fractions de pouces et de lignes, le chiffre de chaque vocation particulière.

NOTES. l6 1

« Comprendre ainsi la doctrine du D. Gall, c'est ne pas la comprendre du tout, c f est ne pas avoir la moindre idée de r immense valeur philosophique d'une science qui, en devenant populaire, a dû perdre nécessairement de sa valeur et de sa dignité. La phrénologie, une fois livrée aux masses, a dû être taillée par chacun suivant sa mesure, et comme les esprits médiocres sont toujours en majorité, il s'en est suivi une opinion généralement fausse que l'irréflexion a fait adopter »

« ... On ne doit oublier que je parle ici de la cranioscopie et non de la phrénologie , dont les prétentions sont autrement légitimes qne celles de la cranioscopie. » Voilà, eu définitive, le deruier mot des phrénologistes , quand ils sont battus sur le terrain de la méthode cranioscopiquc et cérébroscopique.

Recueillons ces réprimandes d'un phrénologiste ardent qui rappelle à ses frères leurs égaremens, et qui les prie de revenir à la foi primitive dont , selon nous , ils ne se sont pas écartés , puisque toutes les prétentions que M. Bailiy leur reprocbe ont été exprimées très positivement par Gall lui-même, comme on peut le voir dans sa lettre à M. de Retzer, dont M. le D. Fossati a donné une traduction dans le Journal de la Société phrénologique de Paris , avril i835.

Mais ce n'est pas encore tout. Nous voulons prouver à nos lecteurs que nous n'avons pas parle' légèrement en dénonçant les phréoologistes eux-mêmes comme les déprédateurs de leur méthode prétendue empirique et expérimentale. Poursuivons nos citations :

« § 1 1* Quelle est V espèce ^importance que la phrénologie peut exercer sur V éducation et la législation ? spécificité de V organisation cérébrale.

« Bien des gens s'imaginent aujourd'hui que l'influence salutaire de la doctrine du docteur Gall sur l'éducation , consistera à palper la tête des enfans, à reconnaître les organes qui seront les plus développés, et à diriger leur éducation d'après l'examen qu'on aura fait de leur crâne. Je ne reviendrai pas sur ce que j'ai dit plus haut, touchant l'insuffisance de la

cranioscopie dans le plus grand nombre des cas. Je ne puis que le rappeler ici , pour faire sentir combien on doit peu compter sur un -moyen de reconnaître le* tendances dans plusieurs cas particuliers très limites ; je ne doute pas de la possibilité de reconnaître l'impossibilité* de se servir de cette inspection comme règle générale de conduite, applicable, par exemple, auX élaurissemens pnbtics et devant faire déterminer H direction à imprimer aux études de chaque enfant.

« Un cerveau fonctionne sons l'action de deux grandes conditions d'existence: l'une est le développement de la masse; elle se juge par les yeux, et la cranioscopie pent nous être utile pour l'apprécier ; mais l'autre, qui consiste dans la spécificité de son organisation, n'est plus appréciante qué par ses effets, et ne peut jamais être constatée que par l'observation des actes auxquels die donne lien.

w Deux en/ans matériellement semblables par leur organisation cérébrale, peuvent différer par la spécialité de leur organisation et par un mode particulier à chacun d'eux de leur vitalité cérébrale ; il* auront donc une vocation différente , leurs tendances ne seront pas les mêmes , et cepen— dant la cranioscopie n> verra aucune différence (i).

m La vitalité spécifique du cerveau est encore un de ces faits signalés par le docteur Gall lui-même et qui augmente le nombre des cas où la cranioscopie sera insuffisante, quand on voudra lui faire jouer le rôle forcé de devineresse, que V amour du merveilleux ou hz légèreté veulent absolument lui attribuer. »

Il est .impossible que ce dernier reproche ne s'adresse qu'aux modernes valgarisateurs de 'la pbréaologie ; évidera-» ment il atteint Gall lui-même., «t M» BaiJJy n'a sans doute pas l'intention d'épargner le maître en attaquant les disciples qui nclont que l'Huiter. Htous savons cité les passages d'uue lettre de GaH à M. de Retter , dans lesquels il ne paraît pos dédaigner de faire jouer a la cranioscopie le râle forcé de devi-

(i) Gall a dit positivement le contraire dans une proposition qu'il a placée en tête d'un paragraphe. (V. Hy$. du cerveau j tome I , page aoô.)

NOTES. i63

neresse. De ces passages , il résulte évidemment que tous les travaux de Gall étaient dirigés dans ce but, et qu'il affectait la prétention de doter le monde d'une méthode à l'aide de laquelle

on pût reconnaître les différentes dispositions et inclinations , par les différentes protubérances ou les dépressions qui se trouvent sur la tête ou sur le crâne ; de ces passages et de tant d'autres nue nous n'avons pu citer , il résulte encore que le but de Gall était , « de présenter d'une manière claire les parties importantes , vérités et conséquences qui découlent de cette méthode , pour V art médical , pour la morale , pour V éducation , pour la législation , etc. , et généralement pour les connaissances plus approfondies de Vkomme. Cette pensée de Gall est exprimée dans tous ses écrits. Citons encore :

« On a dit que cette science (la cranioscopie) ne saurait exister qu'autant que les organes dont le cerveau est composé pouvaient s'isoler par leur forme à la surface extérieure de ce viscère , et qu'autant que le crâne offrait une fidèle représentation de la forme extérieure du cerveau. Or ces deux propositions ont été démontrées jusqu'à l'évidence^ on peut donc apprécier par la forme extérieure de la tête les diverses dispositions des organes du cerveau et par conséquent la susceptibilité des individus , etc. » (Analyse d'un cours du D. Gall, publié par son autorisation, page y 4*)

Conciliez si vous le pouvez cette proposition de Gall avec les affirmations positivement contraires du docteur Baillj, que nous avons reproduites dans les pages précédentes. Vous concevrez alors l'admiration que ce dernier conserve pour le maître, tout en attaquant les disciples qui ne font que répéter ses paroles. Pour nous , nous ne pouvons expliquer cette admiration que par la nécessité où se trouve M. Bailly, en sa qualité de phrénelogiste , de croire à quelque chose , d'avoir une foi qui puisse justifier ce titre. Nous lui conseillerons volontiers de ne pas y tenir beaucoup) car nous croyons que , dégagé des derniers liens qui le lient au système, il rendra à la science , avec plus de liberté , des services qu'elle attend d'un esprit attentif et consciencieux comme le sien.

l64 NOTES.

Dans le douzième paragraphe , le docteur Bailly se console des défaites de la méthode cérébroscopique et cranioscopique en exagérant la valeur de la théorie psychologique du système. Or , nous avons démontré dans la troisième partie de notre Exposé : i° que cette théorie existait dans la science avant Gali ; 2° que cette théorie n'est pas plus heureuse , dans ses données sur les modes d'action des facultés, que ue l'avaient été les théories antérieures. M. Bailly reconnaît d'ailleurs que l'on n'avait pas eu besoin de la phrénologie pour apprécier, dans la pratique de l'éducation et dans la pratique judiciaire la variété des tendances et des penchons et ^irrésistible pouvoir de certaines vocations. En effet , l'ancien mot nihil invita Mine/va , appliqué à l'éducation , et les circonstances atténuantes des tribunaux font bien voir que la phrénologie n'a pas l'importance qu'elle se donne, et que ses pre'tentions , à cet égard » sont d'autant plus ridicules que l'élément nouveau et positif qu'elle propose n'existe réellement pas. En tant que doctrine d'application , la phrénologie perd tous ses droits en perdant la cranioscopie.

Les aveux sincères du docteur Bailly sont précieux à recueillir, car ils nous dispensent de citer ceux des phrénologistes plus timides qui ne font pas facilement, dans leurs écrits, les concessions qu'on obtient d'eux dans h» conversation. Ces ayeux nous dispensent aussi de signaler toutes les données expérimentales , qui sont nombreuses et positives , contradictoires à la phrénologie. Nous nous bornons à rappeler les /?echerches anatomico-pathologiques du docteur Lallemand sur V encéphale et ses dépendances , qui ont jeté une si vive lumière , non-seulement sur le diagnostic et sur le traitement des maladies du cerveau, mais encore sur la physiologie de cet organe.

S'il s'agissait d'opposer des faits à des faits , nous ne serions pas embarrassés; ils fourmillent dans les annales de la science et de l'expérimentation. Nous ne prêtions pour exemple que les résultats divers donnés par les nombreuses expériences physiologiques, par les nombreuses observations pathologiques faites sur le cervelet. Nous choisissons cet organe dont

Digitiz

NOTES. l65

la phrénologic a fait le siège du sens de Vamativité > parce qu'il est celui dont la fonction semble la mieux démontrée aux yeux de tous les docteurs de l'école. Cet organe est considérable, il est distinct du reste de la masse encéphalique; on peut expérimenter sur lui avec plus de chances de succès et avec moins de chances d'erreur; tout nous invite à parler de cet organe pour apprécier à leur juste valeur les assertions physiologiques de la phrénologie. L'histoire des vicissitudes du cervelet est très remarquable. On en a fait le siège de la mémoire, celui de l'attention et celui du sommeil; Willis en a fait l'organe directeur de la vie organique; Petit de Namur y a établi le foyer de la sensibilité ; Sancerotte comme Galien , en fait dépendre plusieurs mouvemens musculaires ; Rolando , et M. Flourens après lui , le déclarent l'origine de tous les mouvemens ; M. Rolando le compare à une pilevoltaïque , et M. Flourens en fait l'organe coordonnateur des mouvemens r MM. Foville et Pinel Grandchamp, comme Petit de Nanaur, en font le foyer de la sensibilité; M. Magendie et M. Serres n'adoptent aucune de ces opinions, et ce dernier Iê regarde comme étant excitateur des organes de la génération, par le lobe médian , et des mouvemens des membres , par ses deux hémisphères , etc. , etc. M. Bouillaud reconnaît avoir été long-temps de l'avis de Gall ; mais, dit-il, les belles expériences de M. Flourens ébranlèrent sa croyance. Il résolut dès lors d'expérimenter lui-même à la suite des physiologistes que des observations et des expériences nombreuses et également positives avaient conduit, à tant de conclusions diverses. Il expérimenta donc à son tour , et ce fut après avoir exposé les faits qu'il avait examinés, qu'il en tira cette conclusion générale:

« i° Les expériences sur les animaux et les observations recueillies, chez l'homme ne nous autorisent pas à partager l'opinion de M. le docteur Gall, sur les fonctions du cervelet;

« 2° Ces expériences nous porteraient plutôt à penser que le cervelet est le centre législateur des mouvemens de l'équilibration et de la locomotion (i) ».

(i) Voycat Recherches cliniques et expérimentales tendant à réfuter l'opinion de Jn\ Gall sur lu fonctions du çavcfet, etc.

Où est la certitude en présence de ces faits ? La phrénologie prétend néanmoins ne s'appuyer que sur les faits, car telle est l'argumentation à la mode aujourd'hui. Eh bien, elle périra par les faits que la manie da siècle fait jaillir tous les jours, et la science, la véritable science n'j anra rien gagné. Disons donc franchement que , à l'égard du cervelet au moins, les milliers <f observations et d'expériences dont il a été l'objet n'ont pas résolu la question en faveur de l'opinion de Gall. Quant aux autres organes cérébraux signalés par le système, on sait qu'il est impossible de tenter sur eux une seule expérience, on saft aussi que les faits pathologiques déposent contre les fonctions qu'on leur a assignées. Devrons-noos croire Gall et ses disciples sur parole? Nous pensons avoir démontré que cela ne serait pas prudent.

Cette méthode fameuse, proclamée avec tant d'audace par les vulgarisateurs du système , n'existe donc pas , elle est donc un mensonge. Nous concevons difficilement que M. le D. Bailly puisse croire que cette méthode ait pu exister pour Gall* Nous savons qu'il l'avait proclamée dès 1798, comme le proclament aujourd'hui ses disciples; mais personne n'en a fait sérieusement nsage. Nous avions donc raison, lorsque, dans le sein du congrès historique de j835-, nous en montrions le néant, lorsque nous opposions à un discours de M. Casimir Broussais sur les merveilles de cette méthode expérimentale l'impossibilité de l'appliquer jamais aux investigations psychologiques.

Qu'on nous permette de reproduire ici la partie de notre discours qui avait pour objet de montrer le néant de la méthode phrénologique.

« ... Voici, en peu de mots, l'histoire de la phrénologiei « On à remarque* que des individus qui présentaient une saillie à une partie de leur crâne étaient doués au plus haut degré d'une faculté 00 d'un penchant particulier. On a conclu de ce fait rare et isolé que cette saillie pouvait être a tout jamais le signe de ce penchant ou de cette faculté ; que d'autres apti* tudes humaines devaient également se trahir au dehors par d'autres saillies; que les saillies du crâne correspondaient

exactement aux circonvolutions cérébrales le» plus développées , et on a fini par arriver à cette conclusion , que i° toutes les circonvolutions cérébrales sont des organes des sens internes i 2° que telle ou telle circonvolution est l'organe de telle ou telle aptitude instinctive ou intellectuelle. C'était marcher bien vite.

a Mais on a remarqué que telle saillie du crâne ne correspondait pas a telle circonvolution. Et voila que l'assertion fondamen'ale s'évanouit , quoiqu'elle soit consignée textuellement dans les annales phrénologiques. M. Broussais nous a dit lui-même que cette correspondance n'avait pas lieu pour la moitié des cas; c'est un aveu timide, mais il nous suffit.

« Mais on a remarqué que les circonvolutions elles-mêmes, mises à mi, ne montraient aucune prédominance extérieure, surtout lorsque plusieurs d'entre elles sont également développées. Et voilà que la théorie s'écroule puisque la méthode qu'on a tant vantée est stérile; et puis, qui pourra dégager le cerveau de sa boîte osseuse, en conserver l'empreinte, sans faire varier les formes de ses circonvolutions ?

m Ainsi, voila une science qui se présente avec assurance, qui lève fièrement sa tête, et qui , comme vous le voyez, repose sur un fait de hasard , sur un fait accidentel , dont la constance n'est pas même affirmée par ses partisans les plus intrépides. À des faits, nous pouvons opposer des faits, et, pour moi, i'afGrroe, après avoir fait un très grand nombre d'examens consciencieux, que la réalité de ces faits ne s'est pas présentée une seule fois sur cent qui sont contradictoires.

« Mais les phrénologistes ont des argumens à leur service toutes les fois que leur science est attaquée par la base; car ils le reconnaissent naïvement , cette base leur manque souvent. Lorsqu'on leur dit que telle saillie a lieu, sans que la faculté correspondante se soit jamais montrée , ils vous invitent à attendre la mort de l'individu, et ils se hâtent de vous prédire que cette saillie ne correspondra pas à une circonvolution ; si vous avez remarqué un penchant prédominant ehes cet individu, sans que le crâne l'ait manifesté, ils vous prédisent que la circonvolution correspondant à la saillie qui de-

l68 NOTES.

vrait exister, sera trouvée bien développée. Ils vous diront ensuite, si ce développement ne répond pas à cette prédiction, qu'il n'est pas toujours nécessaire, ou qu'il ne suffit pas, pour donner de l'énergie à un penchant ou à une faculté, qu'il faut encore que le tempérament favorise l'activité de cet organe, que la nutrition en soit énergique; ils rentreront alors dans le domaine de la bonne et vieille physiologie, pour laquelle ils s'étaient montrés si dédaigneux, terrein sur lequel personne u'ira les combattre :

« Vous voyez, messieurs, si au récit que M. Broussais vous a fait des hypothèses que la science a admises dans ses tâtonnemens et qu'elle a dû rejeter plus tard, nous ne devons pas ajouter celle qu'il cherche lui-même à propager. La phréno— logie n'est en effet qu'une hypothèse , si même elle mérite ce nom , car dans ma pensée , elle ne le mérite pas.

« En voulez-vous une preuve encore? La voici : les phrénologistes affirment que la circonvolution est un organe servant à un penchant ou à une faculté. Or, il y à des circonvolutions que des conditions anatomiques incontestables empêchent d'être reproduites à l'extérieur du crâne. Il en est qui sont à la base du cerveau et qui reposent sur une partie des os temporaux et sur le sphénoïde; il en est qui reposent sur la tente du cervelet; il en est encore entre les deux hémisphères, jusque sur le corps calleux. Il en est donc un grand nombre à l'aide desquelles il est impossible d'employer la méthode d'observation empirique proclamée par Gall, et si vantée par M. Broussais dans son premier discours; et cependant les phrénologistes prétendent avoir découvert déjà par cette méthode une foule de facultés et de penchans primitifs, et leur nombre est déjà si grand que l'imagination ln plus active ne saurait en rêver encore. Vraiment, nous ne 'savons quelles seront les destinées ultérieures de ces circonvolutions que leur obscurité a fait rester jusqu'ici sans emploi : elles ne seront bonnes à quelque chose que lorsque nos adversaires auront opéré le déme'nagement <de quelques aptitudes en les portant delà surface supérieure du cerveau, déjà encombrée, aux circonvolutions inférieures et internes aujourd'hui 6i négligées.

Tout cela tient, messieurs , à ce que les signes extérieurs de la vulgaire cranioscopie ont un attrait puissant pour le public qui n'aime pas à approfondir les questions de science ; et comme cela l'amuse, les phrénologistes, qui, comme leur maître à tous, doivent avoir beaucoup d'esprit, se gardent bien de le désenchanter en le priant d'attendre que l'usage des modestes circonvolutions internes et inférieures ait été reconnu.

«c Comment voulez-vous qu'il vous reste quelque chose à dé» couvrir dans ces circonvolutions, quand vous avez déjà trentecinq à trente-six aptitudes, toutes logées à l'extérieur, à la disposition du premier venu ? Que pouvez-vous ajouter , en fait d'aptitudes d'babileté , à une science qui a déjà décrété la surface cérébrale les organes de la circonspection , de la ruse, delà sécrétivité ? Que pouvez-vous ajouter, en fait d'instincts animaux, à une science qui a déjà trouvé les organes de l'amour physique, de la pbilogéniture , de la combattivité , de la destructivité , de l'adhésivité , delà convoitise , de l'imilativité, etc.? Que voulez-vous ajouter, en fait d'aptitudes intellectuelles, à une science qui tient déjà les organes de la configuration , de l'étendue, du coloris, du temps, de la mélodie, du langage naturel, du langage artificiel , des nombres, de la localité, de l'éventualité, de la causalité, de la comparaison, etc., etc.? L'idéalité, l'espérance, l'amour de soi, l'orgueil, l'amour de l'approbation, la persévérance, la bienveillance, l'ambition, la gaieté, toutes ces facultés et bien d*autres encore ont déjà leurs organes. Que ferons-nous des circonvolutions que j'ai signalées?

« Mais voulez-vous encore une preuve de la solidité des bases de la doctrine phrénologique. Voyez avec quelle facilité ces messieurs placent et déplacent un organe, avec quelle facilité ils décrètent et destituent une faculté primitive. Ainsi, on avait dit que la ruse était une faculté primitive. On ne tarda pas à trouver son organe; puis on vînt à reconnaître, après réflexion , que la ruse ne saurait être une faculté fondamentale, puisqu'il y a des hommes et des animaux fort rusés quand il s'agit de satisfaire un instinct particulier, et qui sont très stupides quand il s'agit d'autre chose. Il y a, en effet, des filous

qui sont ttéê rusés quand ils commettent un vol et qui se laissent confondre au premier mot par les juges. Eh bien , on s'empressa de rayer la ruse du catalogue, et on décréta en même temps la radiation de son organe officiel, qui a fini par se montrer de nouveau et par prévaloir sur le rival heureux qui l'avait remplacé (celui de la sécrétivité). Ce qui est arrivé à l'égard de l'organe de la ruse, s'est reproduit à l'égard de celui de l'affectionnativité qui a été eu partie escamoté par le sens de l'iiabitativité de celai de la bienveillance auquel on a enlevé ses attributions de sens, du devoir, pour en doter on or* gane particulier, et à l'égard de plusieurs autres dont les attributions sont encore disputées (i).»

Que conclure, en effet, de cette facilité avec laquelle les phrénologistes décrètent des organes douteux, biffent des facultés constatées, rangent, déplacent, bouleversent les séries établies par d'autres , en proposent qui seront encore modifiées ?... Que conclure aussi de la stérilité, accusée par les phrénologistes eux-mêmes, des leçons d'un homme aussi supérieur que l'est M. Broussais.,. Nous en conclurons que les phrénologistes tâtonoent et rêvent leur science comme si la méthode qu'ils proclament n'existait pas plus pour eux que pour nous. 11 suffit, pour cela de voir les variantes introduites par MM. Spurzheim, Broussais, G. Combes, Dumoutiers, Voisin , Vimont^etc. Nous regrettons que ce dernier ait cru devoir retirer du commerce de la librairie le travail considérable qu'il avait publié sur la phrénologte comparée. Nous aurions aimé à exprimer impartialement notre pensée sur des recherches d'un ordre nouveau et qui ont du coûter beaucoup de peine à leur auteur.

(i) Toyeile Compte rmdu du Congrèt histoHfuedc x835, t. IL

NOTE (C), Page 4 9 .

Des trois conditions de Vame appelées gounas et de leurs degrés dans les transmigrations,

Nous allons citer le passage du code de Manon qui établit la théorie de ces gounas telle que l'expriment aussi les systèmes Sankia et Védanta. Nous verrons ces gounas poursuivre Vame dans ses transmigrations.

« Que l'homme sache que l'ame, c'est-à-dire l'intelligence, a trois qualités (gounas)} la bonté (satwà); la passion (radjas) et l'obscurité (tamas), et que c'est douée de l'une de ces qualités que l'intelligence (mahat) reste incessamment attachée aux choses créées.

« a5. Lorsque l'une de ces qualités domine entièrement dans un corps mortel , elle rend l'être animé pourvu de ce corps éminemment distingué par les marques de cette qualité.

« a6. Le signe distinclif de la bonté est la science , celui de l'obscurité est l'ignorance , celui delà passion consiste dans le désir passionné et l'aversion ; telle est la manière dont se manifestent invariablement ces qualités qui accompagnent tous les êtres.

« 27. Lorsqu'un homme découvre dans l'ame intelligente un sentimeut affectueux , entièrement calme , pur comme le jour, qu'il reconnaisse que c'est la qualité de bonté (satwa).

a 28. Mais toute disposition de l'ame , qui est accompagnée de chagrin , qui produit l'aversion et porte sans cesse les êtres animés aux plaisirs des sens , qu'il la considère comme la qualité de passion (radjas) qui est difficile à vaincre.

« 29. Quant à cette disposition qui est privée de la distinction du bien et du mal , incapable de discerner les objets , inconcevable , inappréciable pour la conscience et les sens extérieurs , qu'il la reconnaisse pour la qualité d'obscurité (tamas).

« 3o. Je vais maintenant vous déclarer complètement les actes cxcellens , médiocres et mauvais qui procèdent de ces trois qualités.

« 3i. L'étude du Véda , la dévotion austère, la science divine , la pureté , l'action de dompter les organes des sens , l'acomplissement des devoirs et la méditation de l'Être suprême sont les effets de la qualité de bonté.

a 3a. N'agir que dans l'espoir d'une récompense , se laisser aller au découragement , faire des choses défendues par la loi, s'abandonner sans cesse aux plaisirs des sens , sont les marques de la qualité de passion.

« 33. La cupidité, l'indolence, l'irrésolution, les médisances, l'athéisme, l'omission des actes prescrits, l'importunité et la négligence, dénotent la qualité d'obscurité.

« 35. L'action dont on a honte lorsqu'on vient de la faire , lorsqu'on la fait, lorsqu'on se prépare à la faire, doit être considérée par l'homme sage comme empreinte de la qualité d'obscurité.

« 36. Tout acte par lequel on désire acquérir dans le monde une grande renommée, sans pouvoir toutefois s'affliger beaucoup de la non-réussite , doit être regardé comme appartenant à la qualité de passion.

« 37. Lorsqu'on désire de toute son ame connaître les saints dogmes , lorsqu'on n'a pas honte de ce qu'on fait , et que l'ame en éprouve de la satisfaction , cet acte fait la marque de la qualité de bonté.

« 38. L'amour du plaisir distingue la qualité d'obscurité ; V amour de la richesse , la qualité de passion ; V amour de la vertu , la qualité de bonté ; la supériorité de mérite suit pour ces choses l'ordre d'énumération.

39. Je vais maintenant vous déclarer succinctement et par ordre , les diverses transmigrations que l'on éprouve dans cet univers, sous l'influence de ces trois qualités.

m 4o. Les ames douées de là qualité de bonté acquièrent la nature divine ; celles que domine la passion ont en partage la condition numaine ; les* ames plongées dans l'obscurité sont

ravalées à l'état des animaux; telles sont les trois principales sortes de transmigrations.

«* 41 . Chacune de ces trois sortes de transmigrations causées par les différentes qualités doit être reconnue avoir trois degrés , l'inférieur, l'intermédiaire et le supérieur, en raison des actes et du savoir.

« 42. Les végétaux , les vers et les insectes, les hérissons, les serpens , les tortues , les bestiaux et les animaux sauvages, sont les qualités les plus basses dépendant de la qualité d'obscurité.

« 43* Leséléphans, les chevaux , les soudras, les barbares méprisés ( les étrangers), les lions , les tigres et les sangliers , forment les états moyens procurés par la qualité - d'obscurité.

« 44* Les danseurs, les oiseaux, les hommes qui font métier de tromper, les géans et les vampires, composent l'ordre le plus élevé de la qualité d'obscurité*.

« 45. Les bdtonistes, les lutteurs, les acteurs, les maîtres d'armes, et les hommes adonnés au jeu et aux boissons enivrantes sont les états les plus bas causés par l'état de passion.

« 46» Les rois, les guerriers (kchactrias) ; les^conseillers spirituels des rois et les hommes très habiles dans la co«troverse , forment V ordre intermédiaire de la qualité de passion,

« 47* Les musiciens célestes , les gouhyacas et les yakchas , les génies qui suivent les dieux, et tontes les nymphes célestes, sont les plus élevées de toutes les conditions que procure la qualité de passion.

« 48» Les anachorètes , les dévots ascétiques , les Brahmanes, les légions de demi-dieux au char aérien, les génies des astérismes lunaires et les daityas , forment le premier degré des conditions occasionées par la qualité de bonté.

« 49- Les sacrificateurs, les saints (Richis), les dieux, les génies des Védas, les régens des étoiles , les divinités des années , les Vitris et la Sadhyas , composent le degré intermédiaire auquel mène la qualité de bonté.

« 5o. Brahraa, le créateur du monde , le génie de la vertu 9 les deux divinités qui président au principe intellectuel (raahat), et au principe invisible (a vyacta) du système Sanhia. ont été déclarés la suprême qualité du degré de bonté.

« 5l. Je vous ai révélé dans toute son étendue le système de transmigration divisé en trois classes (selon le gouoas dominant) dont chacune a trois degrés , lequel se rapporte à trois sortes d'actions, et comprend tous les êtres.... »

Suivent les applications pénales de ces transmigrations à des? crimes particuliers.

D'après cet extrait , ne dirait-on pas qne l'antique législation avait reconnu les trois groupes de manifestations humaines , dont les unes sont aveugles et instinctives , d'autres passionnées et sympathiques , et les autres intellectuelles et sublimes. Il est certain qu'elle admet la fatalité des impulsions de ces gounas , à l'instar des phrénologistes , tout en proclamant comme eux la liberté humaine. Voyez notre article intitulé : Des sources du protestantisme chez les Hindous , n a 3 de f Européen, de i836.

NOTE ( D ) , Pag* 5a.

Les trois ames de Prthagore et de Platon, et les facultés de Vame des auteurs représentent les forces innées.

Les pythagoriciens admirent trois ornes distinctes , et non trois parties diverses de la même ame. La première est douée de l'intelligence pore , elle est commune anx dieux et à l'homme ; la seconde est douée de sentiment (4<««) f elle existe particulièrement dans l'homme ; la troisième est la source des passions aveugles et des instincts inférieurs (e^w); elle est commune à l'homme et aux animaux. Diogène de Laerce, vm , $ 3o. — Cicéron* Tuxcul. lib. iv, 5. — Plutarque , de Placitis philosophorum , iv, 4« 11 est à noter que selon les pythagoriciens, comme selon las Hindous, l'ame véritable venait du dehors dans le eorps humain comme dans un séjour d'expiation , et qu'elle s'y liait aux gourias. Ces ames ont dans le corps des sièges distincts; elles représentent la raison y les sentimens et les instincts. Platon émet la même distinction des ames raisonnable , sensible et nutritive, tout en reconnaissant la transmigration de l'ame raison* nable , source de l'intelligence. Plutarque , de Plaeit. philos. , liv. iv. ch. 4* ~~* y* Cicéron» TuscuL liv. i. — Aristote a admis les ames ou facultés nutritive, générative, sensitive, appétitive , motrice et intellectuelle. Pour Aristote , l'ame est une puissance , ou une forme 9 ou un acte , ou une quantité. Il distingue sous le nom de facultés, d'ames, de vies même , l'ensemble des forces de la vie végétative , de la vie sensitive et de la vie intellectuelle. Aristote , de Anima, liv. i, ch. i, liv. u, chap. 3, etc. Nous pourrions multiplier les citations de ce genre ; mais celles-ci doivent nous-suffire. Hipocrate, Zénon , Galien , Averrhoës, etc. f ont admis ces forces innées, représentant les penchans, les aptitudes et les facultés.

NOTE ( E), Page 5î.

Les attributs de la matière organisée ont été confondus avec les facultés de Vante»

« Nous voyons saint Augustin, prenant dans Aristote aussi bien que dans Platon les genres du rationalisme , c'est-à-dire le mélange des facultés corporelles et intellectuelles, répartir les facultés de l'ame en sept degrés. Le premier, commun aux: végétaux et aux animaux, comprend celles qui animent, nourrissent ou conservent le corps. Le second a trait aux mouvemens, aux sens , aux appétits et à la génération ; les bêtes partagent ce degré avec l'homme. Dans le quatrième , l'aine acquiert de la sagesse , de la bonté , du mérite , et elle ressent la crainte de la mort éternelle. Dans le cinquième, débarrassée de toute souillure , elle conçoit toute sa grandeur , s'y complaît , veille à conserver sa pureté , et , pleine d'une indivisible confiance , elle s'élève vers la source divine de toute vérité. Dans le sixième, l'ame, qui n'a plus à craindre de voir se reproduire ses vices , s'abandonne avec toute sécurité à la contemplation de la vérité éternelle. Dans la septième, enfin , la contemplation se change en un bonheur comme extatique , en un ravissement où l'ame puise ses connaissances les plus pures et les plus élevées. » Saint Augustin, de Animée quantitate. Citation de M. Lélut.

Ne dirait-on pas que les besoins les plus vils de l'organisme sont des facultés de l'ame , et que celle-ci n'a d'autre but que de s'affranchir des liens corporels par la contemplation. Et, cependant, saint Augustin a été un grand saint; il a été une des lumières et des colonnes de l'Église; il avait un sentiment profondément chrétien, mais il a fait de la science panthéiste; cette déplorable contradiction s'est maintenue chez presque tous les théologiens qui ont succédé à ce père de l'Église ; elle a e'té la source de toutes les luttes philosophiques qui avaient pour objet de discuter les rapports de

l'activité spirituelle avec les influences extérieures ou organiques. — Voyez Boèce^e Conso lalio ne philos ophiœ, liv. 1. — ^oyMl'évêque Néniésius, de Natura hominis, chap. xv. Il divise Famé en parties ou forces, puissances et espèces. Ces parties sont l'ame irraisonnable , distinguée en nutritive et irascible, et l'ame raisonnable qui comprend l'ame sentante et l'ame raisonnable proprement dite, etc. Citation de M, Lélut, page 3a et 33. — Voyez saint Jean Damascène, de Virtutibus et Vitiis. Il compte cinq facultés de l'ame auxquelles il rapporte la sensation qui est commune aux animaux et à l'homme, l'imagination , l'opinion, la pensée et l'esprit. Saint Thomas distingue cinq facultés de l'ame, la vége'tatiye, la motrice, l'appétitive , la nutritive et l'intellectuelle, comme l'avait fait Àristote. Saint Thomas, Somme théologique , première partie , question lxxxiii , etc., cita» tion de M, Lélut,

«Depuis lors , dit M. Lélut, page 35 de son livre, vous retrouverez toujours différens faits de l'entendement rapportés ainsi à un certain nombre de forces on de facultés distinctes , et ce dernier nom , donné même indifféremment aux forces corporelles y tout aussi bien qu'aux forces intellectuelles dans presque tous les philosophes : dans Mélanchton, Campaneila , Charron, Bacon, Descartes, Hobbes, Locke, Leibnitz, et dans les philosophes tout-à-fait modernes ; jtBquà ce qu'enfin , par suite des progrès simultanés de la psychologie et de la physiologie , on se soit mieux entendu sur la restriction à apporter au sens du mot faculté et sur l'acception qu'il est plus convenable de lui donner.» Ilest certain que ce mot n'est pas mieux employé de nos jours, puisqu'on désigne , sous le nom de facultés affectives , les impulsions instinctives et animales, telles que la faim , la soif, l'amour physique , etc.»

Concluons de tout ceci que l'ame , étant regardée par les anciens, comme appelée à séjourner dans un corps pour y expier ses péchés , et y étant soumise à des conditions orgauiques qui rendaient sa réhabilitation ultérieure plus ou moins difficile et méritoire , fut bientôt représentée comme une esclave de l'organisme et confondue en quelque sorte avec les forces

organiques elles-mêmes. De là , le nom de facultés de l'ame donné à la plupart de ces forces par les psychologistes chrétiens, c'était de la préminencc de l'esprit sur les organes; lorsqu'ils voulurent exprimer la doctrine chrétienne , ils conservèrent sans doute un langage panthéistique. C'était en quelque sorte présenter l'ame comme une existence manifestée par des forces , tandis que, selon la foi chrétienne , l'ame est une activité servie par un organisme. En effet, la même ame douée de facultés si diverses , dont les unes caractérisent les végétaux, et les autres la divinité elle-même , semble renouveler l'ancien système des védantins, des pythagoriciens, des Ioniens, des éléatiques, des gnostiques, des stoïciens, etc., sur l'ame universelle et ses émanations.

NOTE (F), Page 55.

Tout ce que les phrènologistes affirment de vrai touchant la localisation des instincts et des aptitudes innées, a été établi dès les temps les plus anciens.

Nous n'irons pas chercher bien loin nos preuves de l'ancienneté de cette donnée physiologique^ Les phrènologistes érudits reconnaissent avec plaisir que les tentatives de localiser\es facultés dans certains organes, n'ont pas manqué. Ils reconnaissent qu'après la doctrine indienne, reproduite par Pythagore et par Platon, en quelque sorte adoptée par Cabanis, par plusieurs anciens philosophes, Bichat, Richerand, etc., avaient regarde le cerveau comme le siège des facultés de l'ame raisonnable ; le cœur comme le siège des sentimens, et le ventre le siège des instincts inférieurs et des besoins. Ils savent sans doute aussi que d'autres philosophes, infidèles à la doctrine des maîtres que nous avons cités, ont placé dans le cerveau le siège , non seulement de l'entendement mais encore de tous les instincts animaux ; ils savent sans doute aussi que Galicn avait déjà prétendu que la forme du crâne pouvait bien ne pas être la fidèle représentation du cerveau, mais les phrènologistes n'aiment pas pousser l'abnégation jusqu'à faire ces confidences; Voyez le discours de M. Casimir Broussais au Congrès historique, Compte-rendu des séances, tom. I, 224» Dans ce discours, qui avait pour objet d'exposer les travaux extérieurs de la phrénologie, l'orateur cite Huarte auquel il emprunte quelques passages, mais il se garde bien de reproduire ceux qui devaient intéresser le plus le public.

Voici un passage remarquable de Huarte (contemporain de Philippe II). Il est trop curieux pour que nous ne le reproduisions pas, malgré sa longueur.

« Les philosophes naturels étaient de ce sentiment auparavant la naissance d'Hippocrate et de Platon, savoir que le cœur était la principale partie où résidait la raison, et que c'était à lui seul

l8o NOTES.

qu'appartenait le pouvoir d'exercer des actes de prudence , de l'esprit, de la mémoire et de l'entendement, comme au principal instrument de Pâme. .Mais, dès que ces deux grands hommes sont venus dans le monde , ils ont fait voir la fausseté de cette opinion , et ont prouvé , par des raisons et par des expériences convaincantes , que le cerveau était le siège principal de l'ame raisonnable ; opinion qui a été généralement reçue d'un chacun , excepté d'Aristote , lequel a renouvelé l'ancienne, et l'a rendue probable par des argumens topiques , par un effet de la démangeaison qu'il a toujours eue de contredire Platon. De savoir maintenant quelle est la plus véritable opinion , et de disputer pour ce sujet , c'est ce que je ne ferai pas ; car j'estime qu'il n'y a pas un philosophe qui n'avance que le cerveau est V instrument que la nature a donné à l'homme pour le rendre sage et prudent; ainsi, il suffira de dire quelles sont les conditious de cette partie pour être bien conditionnée et organisée comme il faut, *. /La bonne composition du cerveau comprend encore quatre choses, savoir : i° la figure, 2° la suffisante quantité, 3* qu'il y ait quatre ventricules séparés, et chacun dans son lieu naturel ; 4" <I ue ' eur capacité ne soit ni trop grande ni moindre qu'il ne faut pour faire leurs fonctions.

« Gai i en dit, poursuit Huarte , dans le livre de Arte médicinal, cap. a, que F on connaît la belle figure du cerveau par la forme de la tête* laquelle sera comme il faut, dit-il, ( prenant une boule de cire parfaitement ronde que l'on manierait doucement , et aplatirait sur les côtés; de telle façon qu'elle fît un front sur le devant, et que le derrière fût un peu élevé en forme de bosse ) , et la tête a la même forme : car il est vrai que celui qui a le front plat et le derrière mal fait et uni , n'a pas le cerveau bien disposé , ni n'a pas une figure telle que la demande un bon esprit (i).

(i) Évidemment la cranioscopie remonte au moins à Galien;nous ne croyons pas que ce passage ail été cité par les phrénologistes. Nous ne croyons pas davantage qu'ils aient cité les écrits des médecins chinois qui , à ce que dit Davis , qui a passé \ingt-deux ans en Chine, sont tous phrénologistes , et

gr'V. •-'■'■^

« Quant à la quantité du cerveau dont l'âme a besoin pour bien raisonner , c'est une merveille de voir que de toutes les bêtes brutes qu'il y a sur la teire , il n'y en a pas une qui ait tant de cervelle que l'homme, et l'on remarque même que les deux plus grands bœufs qu'on puisse voir, n'en ont pas tant qu'en aura le plus petit homme du monde. Mais ce qui est plus remarquable , c'est que les animaux qui approchent le plus de la raison et de la prudence humaine, comme le renard , le singe et le chien, ont beaucoup plus de cervelle que les autres, quoiqu'ils aient un corps beaucoup plus petit que le leur ; ce qui a donné occasion à Gallien de dire que la petite tête est un grand défaut dans l'homme , d'autant qu'elle marque fort peu de cervelle , et d'assurer en même temps , lib. arlist. medicce y cap* 21 , que si quelqu'un l'a grosse à cause d'un excès de matière mal disposée par la nature , c'est un mauvais signe , parce qu'elle n'a que des os, de la chair et presque point de cerveau ; de sorte qu'il en est de même de ces sortes de gens que de ces grosses oranges qui, étant ouvertes, n'ont que fort peu de moelle et beaucoup d'écorce. » Nous recommandons ce passage aux partisans de la cranioscopie ; ne croirait-on pas lire une scène de Molière !

, vrCKez les animaux y poursuit Hua rte, leurs différences {iennent encore à ce que leurs cerveaux sont différemment 'cQnditiqnnéxît C'est par cette raison que nous voyons certains ânes qui sont plus lourds les uns que les autres y que d'autres sont plus méchansque ceux de leur espèce; qu'il y a des chevaux beaucoup plus vicieux les uns que les autres ; qu'il s'en trouve d'autres plus généreux , et qu'il y en a enfin dont la disposition est merveilleuse pour être dressés à tout ce qu'on veut , ce qui ne peut provenir que de la meilleure disposition de leur cerveau (1). »

it les qualités des hommes par le front, et celles des femmes par la partie postérieure de la tète. Ils appellent les protubérances crânienne kïo mot qui signifie corne. Les prêtres bouddhistes sont très heureux , dit encore cet auteur, quand ils peuvent montrer sur leur crâne le kïo de la 1 teté. Voyez La Chine, etc., par Davis , traduction de M. Bazin. (1) V Examen des esprits pour la science, composé par Huarte,

i8a jvotes.

/ C'est ainsi que non-seulement les facultés intellectuelles , niais encore les penchant, les instincts, se trouvent avoir leur sicge dans le cerveau et y être représentés par des organes. Bossuet a admis le même fait dans son traité trop peu connu de la Connaissance de Dieu et de soi-même} Bonnet est allé pins loin dans sa Palingénésie, et dans son Essai analytique sur tome; il a assigné à chaque 6hre cérébrale une fonction particulière de l'ordre affectif et de l'ordre intellectuel.

C'est ainsi que la seule donnée physiologique dont on doive reconnaître la vérité, en phrénologie, se trouve enseignée depnis plusieurs siècles. Or , c'est précisément derrière cette , donnée que les partisans de ce système se retranchent, quand ils sont battus sur le terrain des assertions qui leur sont propres.

espagnol ; traduit par François Ssvinien cTAlque , Amsterdam , 167a ; a c édition , page 4<> et suiv.

IfOTES. lB3

NOTE (G), Page 72.

Parallèle entre la théorie psychologique écossaise et celle

des phrénologistes.

Pendant long-temps, il nous a été fort difficile de comprendre les analhèmes de MM. Broussais père et fils , contre la méthode d'observation intérieure de l'école écossaise, persuadés comme nous l'étions, que la phrénologie n'avait jamais procédé autrement, ce que plusieurs d'entre eux avouent très naïvement. Nous pourrions en effet difficilement concevoir tant de paroles véhémentes contre cette méthode , à l'aide de laquelle cette innocente éeole était arrivée , long-temps avant la phrénologie , à établir les données et les classifications que celle-ci essaya de faire de prévaloir plus tard. Ce problème est aujourd'hui résolu pour nous. M. Broussais père, luttant, sous la restauration , contre les enseignemens philosophiques qui se faisaient a la Sorbonne , enveloppa dans la même condamnation les leçons de M. Jouffroy et celles de M. Cousin , les désignant les unes et les autres sous le nom de Kantoplatonisme(i). M. Broussais ignorait alors que le germanisme de M. Cousin n'était pas Vécossisme de M. Jouffroy, et que les enseignemens de celui-ci n'avaient de commun avec ceux de M. Cousin que des prétentions à une doctrine spiritualiste, prétentions contre lesquelles nous nous élevons comme M. Broussais, mais pour des raisons bien différentes. Un examen plus attentif eût empêché l'auteur de V Irritation et de la folie

(1) Ce mot barbare ne saurait avoir eu une signification bien claire dans l'esprit de M. Broussais lui-même. Certainement , il ne connaissait pas davantage le système de Kant que celui de Platon, lorsqu'il écrivait son traité de V Irritation et de la folie. Il parait depuis avoir fait amende honorable , car nous voyons dans un de ses écrits plus récens , qu'il apprécie mieux les idées de Reid et même celles de Ksnt qui ont peut-être contribué plus qu'on ne le pense à la conception de Gsll , comme le dit Georget dans son ouvrage intitulé : Physiologie du système nerveux, tom. II, page xo5.

de commettre cette erreur que M. Casimir Brous sais a reproduite sans la reconnaître. Mieux instruit aujourd'hui, M. Broussais n'attaque plus le Kantoplatonisme , il épargne même les idées de Kant et de Reid , mais il ne cesse d'attaquer la méthode d'observation intérieure, afin de faire prévaloir la méthode prétendue expérimentale de la céphaloscopie. Voyez son Mémoire lu à l'Académie des sciences morales et politiques, en i835, sur V Association du physique et du moral. Or, nous pouvons résoudre la question de la méthode par ce raisonnement: Si la méthode d'observation intérieure est mauvaise, comment a-t-elle pu donner les mêmes résultats que la phrénologie? Si l'observation empirique est la seule bonne, comment n'a-t-elle rien produit de nouveau, et surtout, pourquoi les phrénologistes l'abandonnent-ils dans leurs travaux, comme il est facile de le voir en examinant les arran— gemens et les déplacemens arbitraires qu'ils font chaque jour des facultés et des organes ? Évidemment les uns et les autres suivent la même méthode , et l'observation cephaloscopique est une véritable dérision.

Pour que nos lecteurs soient couvaincus de la vérité de cette assertion , nous leur citerons quelques pages de l'ouvrage de M. Lélut dans lesquelles cet auteur fait entre les deux doctrines, écossaise et phrénologique , des rapprochemens clairs et précis, dont on ne contestera pas l'exactitude.

« Cette doctrine de l'innéité des pencha ns et des facultés, de M. Lélut , dont Gall s'est en quelque sorte posé comme l'inventeur, et qu'il s'est en effet appropriée par les développe— mens qu'il lui a donnés, les preuves dont il l'a entourée, la vie qu'il lui a communiquée ; cette doctrine est réellement aussi vieille que la philosophie ; et j'ai montré jusqu'à l'évidence, par des citations longues et textuelles , qu'elle avait toujours été* plus ou moins explicitement admise par outrés grand nombre de philosophes de toutes les écoles, par les fauteurs des idées innées, comme par les adeptes du sensualisme , par Platon , Leibnitz, Descartes, etc., comme par Bacon, Locke, Ch. Bonnet, etc. Mais j'ai montré surtout qu'elle avait été portée au plus haut degré d'évidence et de développement par les travaux de

l'école écossaise , et spécialement par ceux de Hutcheson, de Hume , de Reid et de D. Stewart. J'ai fait voir, en outre, que les études de psychologie comparée que nécessite la preuve de cette doctrine , avaient été faites de la manière la plus étendue par Reimarus ; et sans parler* des travaux subséquens de Georges Leroy, de Dupont de Nemours, et autres j j'ai dit que Reid , dans la partie de son système qui traite des facultés actives de l'esprit humain , s'appuie , à toutes les pages, de la psychologie des animaux , et que c'est même ainsi qu'il a été conduit à la distinction de ces facultés , en principes mécaniques, principes animaux et principes rationnels d'action.

« Qu'est-ce donc que Gall a fait de plus que ces philosophes, et spécialement que les moralistes écossais , par la doctrine de l'innéité des facultés ? Il est venu après eux , et surtout après Reid, et a trouvé les esprits préparés , chez un peuple dont le caractère et l'idiome sont ceux tde la propagation. Il s'est montré avec des formes arrêtées , affirmatives , enthousiastes , plus nécessaires encore pour faire triompher la vérité que pour répandre l'erreur , et qui manquaient à la philosophie de Reid , philosophie modeste , dubitative , approximative , ne se donnant que pour ce qu'elle était. Gall a cherché a parler aux sens en même temps qu'à l'esprit , en disant organes et saillies, au lieu de facultés,

« Si l'on voulait établir un double parallèle entre Hutcheson et Reid, et Gall et Spurzheim , ou la phrénologie , on trouverait assez bien que Hutcheson est à Reid , ce que Gall est à. Spurzheim, et ce double parallèle, peut, ce me semble, offrir quelque intérêt.

« Ainsi, Hutcheson, comme Gall, a non-seulement reconnu et proclamé l'innéité des facultés morales, et leur prééminence sur les facultés intellectuelles , mais il a tenté d'accomplir une grande partie des détails de leur classification. Cela n'a pas pu avoir lieu, sans doute, sans un manque d'harmonie, sans un pêle - mêle , qui marque le commencement d'une doctrine réellement nouvelle ; mais ce défaut que la phrénologie elle-même a reproché aux premiers essais de Gall, n'empêche pas qu'on ne puisse rapprocher, sans trop de difficulté , les sens

affectifs et moraux, admis par Hutcheson, de ceux qui ont été retrouvés plus tard par Gall et par la phrénologie.

« Ainsi d'abord , dans Hutcheson , les sens de la faim, de la soif, du plaisir sexuel, de l'amour conjugal et paternel, de la sociabilité , de la convoitise, des richesses , de la colère , représentent le premier genre de facultés affectives de la phrénologie, les penckans, et correspondent, soit pour la chose> soit pour le nom , aux instincts de l'aliraentivité de l'amour physique , de l'amour des enfans , de l'attachement , du courage , de la propriété et de la destruction.

« Le sens de la bienveillance, de la compassion, de la reconnaissance , de l'approbation , de l'honneur, de la vénération ou religion naturelle , le sens moral , celui de l'imitation , du philosophe écossais , retracent dans la phrénologie, son genre des sentimens , et, répondent exactement à ses facultés de la bienveillance , de l'approbation , de la vénération , de la conscience et de l'imitation.

« Les sens plus intellectuels de la beauté , du goût pour la grandeur et la nouveauté, du dessin, de l'harmonie , représentent dans les facultés perceptives de la phrénologie , celles de l'idéalité, de l'individualité, de la configuration (sens des arts du dessin, de Gall) celle du temps et des tons (sens de la musique de Gall.)

« Enfin, les facultés de l'entendement sur lesquelles Hutcheson ne s'est pas étendu , à dessein, représentent ou les facultés ré/lectives de la phrénologie, ou les modes d'action des facultés en général, et surtout les facultés supérieures; sans compter que son instinct de la curiosité peut se rapporter à celui de la causalité de Spurzheim.

« En rendant compte du système de Reid , ou plutôt de la partie de ce système qui traite des facultés actives de l'esprit humain , j'ai jeté en avant quelques rapprochemeus entre ces facultés et les facultés primordiales admises par la phrénologie. C'est ici le lieu de compléter ce parallèle , non pas seulement pour voir laquelle des deux manières d'envisager les véritables facultés est la plus parfaite et la plus vraie , et ce que Gall a pu ajouter, sans le savoir, à ce qu'avait accompli à cet égard

l'auteur delà Philosophie du sens commun, mais surtout pour déterminer , d'une manière définitive , le degré de vérité' et d'utilité qu'il est possible et nécessaire de donner à la distinction des facultés affectives et morales , c'est-à-dire des facultés réellement primordiales et actives de l'intelligence humaine.

« A envisager le système de Reid et la phrénologie dans leur ensemble , on sait d'abord que le premier est plus complet , plus étendu , qu'il part de plus bas que la phrénologie , puisque son auteur,^ l'exemple de Reimarus , reconnaît les principes mécaniques d* action qu'il nomme instincts et habitudes, et qu'il rapporte aux besoins de l'alimentation , de la respiration, auxmouvemens subits et instinctifs, à ceux de succion, de déglutition , etc., etc. La phrénologie , qui commence maintenant à parler d'instincts d'alimentation, de respiration, a , comme on le sait , encore du chemin à faire pour inventer les différens instincts mécaniques qui se trouvent tout établis dans Reid , depuis plus d'un demi-siècle , et même pour dédoubler, comme elle ne tardera pas à le faire, l'instinct d'alimentation en instinct de la faim et de la soif , à l'exemple de Reid encore qui place ces deux appétits en tête de ses principes animaux d'action.

« On ne trouve pas, il est vrai, dans l'ouvrage de ce dernier, tout un ordre des faculte's admises par Spurzheim, les facultés perceptives , dont la plupart, au reste, sont comme je l'ai déjà dit , simplement probables aux yeux de beaucoup de phrénologistes. Il ne faut pas croire , pour cela , que Reid ait pensé que nos sensations externes , ou les résultats de l'action de nos facultés perceptives immédiates , suffisent pour expliquer les talens que le sensualisme en faisait immédiatement dériver. Voici, au contraire, comment il s'exprime sur le talent de la musique, qui est certainement un des plus tranchés, et dont , pour cela même , la faculté doit être la plus incontestable: « Quoique ce soit par rouie que nous soyons capables des perceptions de F harmonie, delà mélodie et des charmes de la musique , cependant ces charmes , pour être bien sentis , paraissent exiger une /acuité plus pure, plus élevée, ce que nous appelons une oreille musicale» Mais- comme

elle a des degrés bien diffèrens dans ceux qui n'ont que la simple faculté de Vouïe également parfaite , nous ne V admettons point dans le nombre des sens extérieurs. Nous la placerons plutôt dans une classe supérieure (1). »

Quant aux autres talcns , aux aptitudes surtout intellectuelles , Reid n'a pas cru la chose assez importante pour les rallier à des facultés assez distinctes; et il les rapporte, d'une manière plus ou moins formelle , aux facultés intellectuelles de la conception ou de l'imagination , et surtout à celle du goût, dont les objets sont au nombre de trois, la nouveauté , la grandeur et la beauté. De même , les facultés réflectives de la phrénologie correspondent dans son ouvrage, soit au désir de connaissance , soit aux facultés intellectuelles de l'abstraction et du raisonnement, et elles ne sont en effet que cela*

« Je ne parle des cinq sens extérieurs , dont les attributions ne peuvent, dans leur généralité au moins, offrir de contestation ou de différence d'opinion dans aucune doctrine. Restent donc , comme objet de comparaison dans les deux systèmes, d'une part les penebans et les sentimens de la pbrénologie , d'autre part, dans le système de Reid , les principes animaux d'action qui comprennent les appétits, les devoirs et les affections, soit bienveillantes, soit malveillantes, et enfin les deux principes rationnels d'action.

« Je remarque d'abord que le nombre de ces facultés restantes est, à quelques unes près au moins, le même dans Reid que dans la pbrénologie; et en outre, "que Reid, comme et avant cette dernière , a suivi, dans l'arrangement des facultés, une marebe ascensionnelle des animaux vers l'homme , tellement que son premier appétit, après la faim et la soif, est l'appétit du sexe, Yamativité de la pbrénologie ; que ses devoirs et la plupart de ses affections , soit bienveillantes, soit mal-

(i) Th. Reid, Reclurches sur l'Entendement humain d'après les principes du sens commun , traduction française. Paris , 1788, a vol. in-ia, vol. i er , p. iao. Nous aurions voulu voir cette citation dans le discours Sur le talent de la musique que M. le D. Fossati a inséré dans le Journal de la Société pltrénologiquede Paris, n° de janvier x835.

veillantes, à part quelques exceptions , se retrouvent en partie dans les animaux , et qu'il n'y a réellement que ses principes rationnels a" actions y l'intérêt bien entendu et le sens du devoir, qui seraient exclusivement propres à l'homme. 11 y a plus, cette dernière faculté (le sens du devoir, le sens moral, la conscience, la justice) termine assurément mieux une échelle ascendante des sentimens moraux que ne le fait , dans le système de Spurzheim, le sens de l'imitation, instinct presque automatique, commun aux animaux et à l'homme, que Reid a relégué avec raison parmi les principes mécaniques d'action, pour donner la place la plus élevée au sens du devoir ou à la justice, tandis que la phrénologie laisse , mal à propos, cette dernière faculté à côté de l'espérance et au-dessous de l'imitation , de la gaieté , de l'imaginatiou, et du sens du merveilleux. »

M. Lélut, après avoir fait ces rapproebemens , montre avec l'impartialité qui distingue son ouvrage, les lacunes qu'a laissées l'école écossaise et que la phrénologie a remplies ; il signale en même temps les lacunes laissées par la phrénologie , et que l'école écossaise avait eu soin de combler. Il conclut de ces observations que « en combinant ces deux systèmes l'un « avec l'autre, c'est-à-dire eH introduisant dans la liste de la « phrénologie quelques facultés admises par Reid , le besoin « d'activité, la curiosité, la croyance , le désir du pouvoir f « la reconnaissance; en opérant, dans cette liste, quelques « déplacemens; en plaçant tout-à-fait en bas l'instinct d'imi— « tation et celui de causalité, lequel se confondrait alors « avec la curiosité , et tout-à— fait dans le haut le sens mo- « ral ou la justice, on arriverait., cerne semble, à un système « des facultés primordiales ou actives, plus voisin peut-être « de la vérité qu'aucun de ceux qui ont été proposés jusqu'à « ce jour » — Gomme on le voit , M. Lélut fait bon marché delà méthode expérimentale cêphaloscopique (1) , dans son

(1) M. Lélut ne diffère des phrénologistes que parce qu'il ne peut se résoudre à adopter comme vraie la répartition organique que la phrénologie fait de f encéphale. Cela suffit aux phrénologistes pour regarder M. Lé-

plan d'arrangement psychologique des facultés; il ne fait au reste qu'imiter en cela la libre allure des phréoologistes , qui placent, déplacent, rangent, dérangent, bouleversent, à l'eavi les uns des autres, les facultés prétendues primitives leurs organes, leur classification, leurs attributions, leur mode 4'action , etc.

Nos lecteurs doivent n'avoir plus de doute sur la stérilité incontestable et avouée de l'application que la phrénologie prétend avoir faite de la méthode de Bacon.

lut comme un de leurs adversaires, tant il est vrai que pour le système la question cérébroscopique et cranioscopique est une question de vie ou de mort. C'est le to be or not to be de la doctrine.

PfOTES

NOTE (G bis), Page 86 (i).

Polémique entre GaU et Spurzheim.

Après plusieurs années de travaux et de voyages faits ensemble, GaU et Spurzheim se séparèrent; à quelques discussions qui s'étaient élevées entre eux , succéda une éclatante rupture. Nous devons ne relever de leur polémique que les assertioos qui servent à démontrer la stérilité de la méthode expérimentale qu'on vante tant aujourd'hui.

On sait que GaU et Spurzheim publièrent en 1808 leurs Recherches anatomiques sur le système nerveux en général et sur le cerveau en particulier. Ils présentèrent le résultat de leurs travaux dans un Mémoire qui fut lu à l'Académie des sciences , et sur lequel M. Guvier fit un rapport qui désappointa les auteurs. M. Guvier vit dans ces recherches un travail anatomique remarquable, digne à plusieurs égards d'une haute considération; mais il ne put voir, comme l'auraient désiré les auteurs , aucun rapport entre ces travaux et les conséquences physiologiques qu'ils voulaient en tirer. M. Guvier fut et est encore accusé par les partisans du sys— >. tème d'avoir manqué à la loyauté , et d'avoir passé sous si— 1 lence, comme non avenues, la cranioscopie et la cérébrosco— ) pie, moins parce qu'il les regardait comme peu dignes d'une { attention sérieuse , que parce que , dit-on , il aurait voulu i faire sa cour à l'empereur, qui se moquait beaucoup du système j de Gall. La mémoire de Guvier n'a pas besoin que nous la y défendions contre cette accusation ridicule. Il suffira de dire ce que tous les phrénologistes eux-mêmes savent fort bien, que les assertions de Gall et de Spurzheim, sur la structure et sur la direction des fibres cérébrales, peuvent être vraies, sans qu'elles

(1) Nous prions nos lecteurs de ne pas confondre cette note avec la précédente. Cestpar erreur que nous avons employé dans la page 86 la lettre (G) qui avait déjà servi de renvoi à une note précédente, page 7».

IQ2 NOTES.

puissent protéger la cérébroscopie et la cranioscopic , sans que les circonvolutions puissent être désignées comme les organes des sens internes ; en un mot , il n'y a entre ces deux ordres de faits aucune corrélation nécessaire. C'est ce que Cuvier a vu ; c'est ce que tous les anatomistes peuvent voir ; c'est ce qui est vrai (1).

Spurzheim ne dit-il pas lui-même que l'idée que Gall s'était formée des déplissemens du cerveau était toute contraire à la pluralité des organes, et que lui , Spurzheim , fut obligé de rectifier cette partie du travail commun. Ces choses se disent dans les momens de récrimination , et ces momens, entre les deux auteurs , ont été longs et orageux.

Saisissons donc ceux d'entre ces aveux qui disent plus sur la méthode phrénologique que tout ce que nous pourrions en. dire nous-même.

« M. Spurzheim , dit Gall , page xxiv , reconnaît huit oru ganes de plus que je n'en admets. Quant aux organes de « l'hubitativité , de l'ordre, du temps, et delà sur naturalisé , « nous «n avons souvent parlé ; mais je fus toujours de l'avis « qu'il ne convient de les recevoir dans le nombre des organes, « que quand leur siège est prouvé par un assez grand « nombre d'observations exactes. »

Il est évident, par ces mots, que Gall commençait par ima* giner les facultés qu'il devait faire entrer dans son catalogue , avant de songer aux organes , et que , par conséquent, il n'arrivait pas à la connaissance des facultés par la méthode em— pirique, c'est-à-dire par l'observation des protubérances, quoi-

' (i) Les travaux anatomiques sur le cerveau de Gall et Spurzheim tcn« daient à démontrer « que les circonvolutions du cerveau sont le résultat de l'épanouissement des fibres nerveuses, qui, en partant des éminences pyramidales, traversent le pont de Varole, puis, vont daos les corps striés, recevoir, comme il le dit, de nouveaux renforcemens ; et enfin, continuant toujours à diverger, finissent par former les parties extérieures des hémisphères cérébraux. » Comme l'on voit , il n'y a pas un rapport nécessaire entre cette direetion anatornique des fibres cérébrales et la doctrine des organes cérébraux que ces savaus anatomistes nous ont transmise.

NOTES. Iq3

qu'il eût affecté cette dernière prétention dans les cours publics, quoique, de nos jours encore, on soutienne que Gall n'a fait des découvertes que par cette méthode. Mais voici maintenant la réponse de Spurzheim 4 cette attaque du maître irrité :

« D'après sa manière de s'exprimer dans ce passage , dit « Spurzheim , on dirait qu'il ne parle jamais d'un organe « avant d'en être parfaitement certain. Cependant il a sou- « vent fait le contraire. Toute indication d'organe n'a e'té au « commencement que conjecturale , et il n*a été démontré « qu'à mesure que les expériences se sont multipliées. M. Gall « a souvent communiqué ses idées par rapport aux organes « avant d'avoir suffisamment répété ses expériences pour en « être sûr. Il a même, dans les cours, assigné à des organes tel « siège que plus tard il a reconnu inexact. Par exemple , en « quittant Vienne il a admis un organe du meurtre dans l'es- « pèce humaine. Mais il doit se rappeler que le siège de cet « organe était indiqué trop haut et trop en arrière de la tète , « et que ce n'est que depuis notre visite à Halle en Saxe , chez m M. le professeur Loder (soudaine inspiration ! ), que le vé~ « ritable siège a pu être fixé. N'a-t-il pas traité , pendant nos « voyages, jusqu'à Paris , des organes de l'amitié et du sens* « des personnes, comme étant très incertains ? Qu'il n'admette a pas les huit organes dont je parle avant de les avoir lui- « même reconnus ; mais qu'il ne blâme pas ma manière de « les établir, car elle est conforme à la sienne. »

Spurzheim continue et dit :

« Autrefois Gall a dit dans ses cours, que l'organe de la re« « ligion et de la morale n'était qu'un. Il a même fait impri- « mer cette opinion eu 1818 (vol. 11, page 335). Cependant, « quelques temps après, il n'a plus pensé ainsi : J'admets ,

• dit— il , page xxv de ses remarques sur mon ouvrage, un or-

• gane pour le sens moral ou pour le sentiment du juste ; « mais j'ai des raisons très fortes de ne regarder la bienveil- « lance que comme la manifestation très énergique du sens m moral; ainsi je traite ces qualités sous la rubrique d'un m seul organe. Pourquoi, reprend Spurzheim , n'avail-il pas « gardé le silence de son idée jusqu'à ce qu'elle fût prouvée

« par un assez grand nombre d*observatipns exactes ? « pourquoi publie-t-il le changement de son opinion ? a-t-ll « assez d'observations exactes ? je n'hésite pas de rejeter égale- « ment cette seconde assertion , etc. , etc. » Spurzhcim tâche de prouver, par la méthode d'observation intérieure, ce qui était depuis long-temps reconnu par tout le monde , que la bienveillance n'est pas la justice et que la justice n'est pas la bienveillance, puisque celle-ci est facilement partiale et injuste, tandis que celle— là commande le sacrifice de celle-ci , etc.

Gall avait admjs des sens intérieurs et des sens extérieurs ; mais selon lui ? cette différence se borne* à leurs fonctions; ils sont susceptibles des mêmes modes d'actions et des mêmes degrés d'aetivité. A cette théorie, que nous avons reproduite dans le § 3 de la 3 e partie de notre Examen , Spurzbeim répond ainsi :

« J'admets comme Haller , Cabanis , Gall et autres , deux « sources de l'activité de l'ame , une extérieure et une inté- « Heure, qu en d'autres termes, des sens extérieurs et des sens « intérieurs f mais je ne pense pas comme eux que les sens « extérieurs suffisent pour faire, connaître l'existence des objets « extérieurs et leurs qualités pyhsiques. J'qttribtie ces con- « naissances à des sens intérieurs..,,.

« Je ne partage pas non plus l'opinion de GaU que toutes « les facultés de la vie animale seraient susceptibles des mêmes « modes d'action. Je crois qu'il y a des différences essentielles « entre elles... L'appétit ou le désir de manger est une sensa- « tion, mais il ne, connaît pas les alimens; l'amour physique " est une manière de sentir , mais il n'a pas la conception de « l'objet de la satisfaction. £e respect peut s'appliquer à des a' objets qui en sont dignes ou indfgnefc , à des ognons , des ser- « pens , des chats , etc. , comme à l'Être suprême. Il en est de « même de toutes les facultés affectives j elles sont aveugles et « ne connaissent pas les objets de leur satisfaction.... » — Il nous semble difficile d'être plus libre dans ses allures, et d'être moins esclave de la méthode empirique vantée par les docteurs du système. Gall aurait dit quelque part : Faites-moi çonnaitre les faculté" s et je vous découvrirai les organes; c'était

NOTES. igp donner à l'observation intérieure une pleine et entière légitimité, c'était avouer la stérilité de la méthode dite empirique. Pourquoi dans ce «as vanter cette méthode ? Spurzheim continue :

« M. Gall cite le passage de mon ouvrage où je dis que je t< ne pense pas que les caractères détermipfc et les actions « positives dénotent les facultés fondamentales ; par exemple , « qu'il y ait une faculté de la ruse , une de la poésie , une « de la métaphysique ; au lieu de réfuter mes idées, il change f de thèse } et il tâche de prouver que le nom d'amativité ne « vaut pas mieux que celui de l'instinct de la propagation. « Ce procédé prouve bien que M. Gall a de la ruse , mais • non pas que la ruse soit le résultat d'une faculté seuje ni

que le nom d'instinct à cacher vaille moins que celui de la « ruse. » Gall avait décidé que certaines affections provenaient de l'inactivité' d'un organe , et qu'ainsi la peur n'était autre chose que l'inactivité du sens du couiage. Spurzheim affirme que la peur dépend de l'action du sens de la circonspection. Selon Gall , la peur, la haine, la médisance , la ci uauté, sont 4es qualités négatives , c'est-à-dire dépendantes de l'inactivité ou de l'épuisernemenj des organes du courage , de }a bienveillance , du sens du devoir. Selon Spurzheim \ elles dépendent de l'action très énergique d'autres organes. Gall , en prétendant qu'il est des affections quj, comme la fatigue, le dégoût ? résultent de la satiété et de l'épuisement de certaines facultés, et en appelant ces affections des abus , donne lieu à Spurzheito de lui répondre en ces termes :

« Ç'ej$t une plaisanterie de sa façon d'appeler, page xxxni , « l'impuissance un abus de l'araativité, et de placer la pol- « tronnerie dans la combattivité , la sensiblerie dans la desm tr u <j t i vité, i'indisc; étion dans la sécrétivité, l'ingratitude dans « la {riçnyeillance . etc. Quant à moi , je définirai ce passage « un abus du bel esprit. »

En voilà assez pour initier le lecteur aux mystères de la méthode à de laquelle le maître et le premier disciple

sont parvenus 4onne.r naissance à h ^rénoipgiç.

ÎVÔTES.

NOTE (H), Page 102.

Des applications de la doctrine des tempérament et de la phrénologie à Yétude de Vhistoire et à r intelligence des doctrines qui ont été enseignées dans le monde*

Il est impossible que les systèmes physiologiques dont les tendances sont matérialistes (et ces tendances existent souvent malgré les convictions opposées de leurs auteurs), ne soient pas amenés à donner l'explication des paroles et des actes dont l'histoire a conservé le souvenir. Des conditions organiques particulières , presque toujours imaginaires , sont signalées par ces systèmes comme rendant raison des manifestations diverses de l'activité humaine, et ces conditions organiques varient avec les doctrines physiologiques qui les proclament. Si la doctrine des tempéramens est dominante dans les écoles , ce sera à l'aide de cette hypothèse qu'on donnera les explications historiques. Si c'est la doctrine du froid , dn chaud , du sec et de l'humide, qui domine, c'est sur cette hypothèse que s'appuientles physiologistes dans leur interprétation biographiques Le tour de la phrénologie est venu, et cette nouvelle hypothèse ne paraît pas destinée à servir de base à de plus modestes prétentions. L'erreur est la même pour tous ces systèmes , elle varie seulement dans les termes. A la même erreur , nous prédisons la même destinée.

Voici le problème posé par ces systèmes : les actes et les paroles d'un homme étant connus, s'élever à la connaissance des conditions physiologiques et anatomiques de son organisme comme si cet homme vivait au milieu de nous. Il faut avouer que c'est prétendre trouver une merveilleuse inconnue. Ce ne serait pas chose facile k découvrir, alors même que des résurrections miraculeuses viendraient au secours de la solution du problème. Le problème reste le même , ou à peu près , s'il s'agit de découvrir, d'après son histoire , quelles ont été les conditions physiologiques d'un peuple.

Pour le système que nous examinons , Homère, Wysa, Fohi, Orphée, etc., sont des hommes dont l'organisation cérébrale est aussi positivement connue que si leurs têtes avaient passé par les mains des docteurs. Ils ne tariront pas , si vous les mettez sur ce chapitre, dans leurs descriptions exactes et minutieuses ; ils ne s'arrêteront que lorsque vous leur direz, comme on Ta dit à ceux qui passaient leur vie à rechercher les traces biographiquesd'Homcre, que ces grands hommessont des mythes et non des réalités humaines. Mais vous ne pourrez pas contester l'existence de Socrate, de Platon, 4'Aristote,. dHippocrate, d'Alexandre-le-Grand , etc.; il faudra bien que vous les entendiez jusqu'au bout. S'agit-il , en effet, d'hommes célèbres dont les images ne sont pas parvenues jusqu'à nous ; les docteurs vous diront : Ils devaient avoir tels et telsorganes cérébraux très développés. S'agifc-il d'hommes également célèbres dont les images peintes ou sculptées sont venues jusqu'à nous ; les docteurs vous diront : Ils avaient tels ou tels organes très développés. Ces messieurs ne sont jamais en défaut; ils poussent le roman jusqu'au dénouement. Ilsexpliqueront par les organes cérébraux qu'ils ne manqueront pas de. découvrir, tous les actes remarquables , vrais ou faux , que > l'histoire de ces hommes a conservés. Us nous donneront cette explication avec une confiance entière dans la fidèle habileté des artistes" qui , sans connaître laphrénologie et sans pratiquer le moulage , doivent avoir transmis avec une précision mathématique, toutes les saillies et toutes les dépressions des têtes qu'ils ont figurées. C'est ainsi que le Phédon et la république de Platon se trouvent parfaitement expliqués parla phrénologie. Voyez l'ouvrage de M. G. Combes intitulé : Outlines of phrenologjr } dans lequel ce disciple de Spurzheim nous parle des organes céré- r braux de Platon, de Néron, de Robert Bruce, de Socrate, etc. Si vous craignez d'être séduit par les imaginations de cet auteur, ayez présentes à votre pensée les discussions auxquelles a donné lieu la partie de la tête de Napoléon que M. Antomarchi prétend avoirmoulée à Ste-Hélène. N'oubliez pas que le moule fameux a été une pierre d'achoppement contre laquelle des adversaires de laphrénologie ont voulu briser le système; que,

ig8 NOTES.

dans les detix camps 9 là fcoiérê à Été vive * que lè couinât à feu lieu, vïf et acharné j «Jué Fëbprit caàânier dè l'empéréur, affirmé par les uns comme résultant d'une saillie incontestable, rompit unë lancé avec" t *ëspYit hVahtiiretiii opposé avec ardeur par lès autres; que, de part ët d'àUtre, il y A ëù ùhè grêle d'injures et d'épigràmmèsj ët i|uè, Heùrètisérilent, il ti r y a eu d'atteint, dans c€ tér'riblë conflit, que le plâtre dû doctéÛr Antomarchi sur l'idÊdèlité duquêl là* fohrénbldgtë fit rétdmbér toutes îés blessures qui faVaiént mise hors dé cbmbdt. Lé docteur Àniôràarcni étpië taaintënant 1k folle côâfladeè qu'il eût un jour datas la fohrénbîogié l , il porté àti riouvëatenidkidë ce même ifaoule qui a été Si mal afccuëiiti dabâ l'an ci én h^misphêrë. Vbyei â ce sujet la polémiqué tréS cùrlëuSè 1 t^tiî à eu Heu èhtré là Gazelle Médîtulè ët tfe Joûrhitl dé là Sacîm pKfénotàÇlqtik de Pàrîs.

Màis si quélquekbis il ést facile aux adversaires dë la bhrénofôgië de redresser , piècés ëri main , lès assertions crahio* cérébrb-ârèhétologiqùés dësabétëurèdu sysl&nïé, il Fdutcrôifê qU*ifa oUt raremént fcet avantagé. ïl n'est pas dbnHÔ à ibûtlc mondé dè pbSsédër le crànë moulé d'ùh Àléxabdrë éfc diin Ûê&r; d'ùti Sbëràte èt u*uh Pithàgore; il faut bictt së taire , et laisser parïér îesphrénblbgistès, hbmîrië bu a laissé jjdrlërlès physiologistes <jùi oUt donné là témpéràtuf ë et lè dëgré de sécheréssé bu ô^nuinidité des cërveaiit comparés" d'Aristoté ët de ttaton, qui ont dit dMleXahdrë-lé-Grahd ët dé César qu'ils avaient telle humeur dominante, de tfeî pbëté qu*il avait là cholère (la bile) au cerveau, dés Scythes qû*ifs avalent lé ëéirvëau froid et humide, le tempérament lymphatique, dèsGrëcà avaient le cerveau plus sec ët plus chaud, etc., èlc. un passage dè fiuàrië r célébré médecin espagnol du » i/ C »ne siècle dans lequel il nous donne les cbnditîbns physiologiques les ptus intimes de la personne humaine dë Jésus- Christ, qu'il a bîén soin , dans toute la sincérité de sa foi chrétiërine, de distinguer de sa personne divine.

« Le cerveau dé notre Rédempteur Ïésus-Chrisi étbil fort « humide au pojnt dé sà naissance , parce que c*eSt cho^è' • naturelle et ordinaire dé l'avoir ainsi eh tel âge , c*ëst pbMr-

« quoy son ame qui estoil grande ne pouvoit point discourir nj « philosopher avec un tel instrument; voylà pourquoy la science « infuse ne pouvoit pas parvenir jusques à la mémoire , ny u jusques à l'imagination y ny aussi jusques à l'entendement , « parce que ces trois puissances sont organiques, comme nous « l'avons prouvé , et qu'elles n'ont pas la perfection qu'elles « doivent avoir, mais en suite des temps son cerveau venant à m se desseicher , l'ame raisonnable manifestoit tous les jours, de u plus en plus la science infuse qu'il avoit, et la communiquoftà a ses puissances corporelles. Outre cette science surnaturelle, « il en avoit une autre touchant les choses que les enfans en- « tendent , ce qu'ils voient , ce qu'ils sentent , ce qu'ils « touchent et ce qu'ils goûtent. Il ne faut point douter que ié- « sus-Christ n'eût cette science-là comme le commun des ènm fans des hommes , et que pour cette raison , pour bien voir « les choses, il avoit besoin de bons yeux , et pour ouyr , de « bonnes oreilles , et par conséquent d'un bon cerveau pour a pouvoir juger du bieu et du mal ; mais aussi il faut savoir .« que comme il mangeoit ces viandes délicates ( lesquelles « viandes n'e'toient autre chose que la fleur du laict mangée « avec du miel selon la prophétie : Butyrunt et met cornette t 9 « ut sciât reproùam malum et eîigere bonum ), son cerveau « s'orgauisoit tous les jours de mieux en mieux 9 et acquérait « de plus grandes connaissances ; de manière que si Dieu lui « eût ôté la science infuse , à trois diverses fois pendant sa vie, « pour voir ce qu'il avoit acquis, nous eussions connu qu'il « savoit plus à dix ans qu'à cinq, à vingt plus qu'à dix , èt « trente-trois plus qu'à vingt. Maintenant, pour savoir si cette « doctrine est véritable et catholique, il ne faut que consi- « dérer ce que dit le texte évangélique : Et Jésus proficiebat « sapientia et cet aie et gratta apud Deum tt horninèSi. « Entre tous les sens que la Sainte-Écriture peut reeejrofr , « j'estime le littéral meilleur que ecluy qui oste aux termes « leur propre et naturelle signification. Quant aux qualités et « quant à la substance que doit avoir le eerveau, nous avons « déjà dit , suivant l'opinion d'Hémditè , que la sécheresse « fait l'ame très sage; nous avons prouvé, selon l'opinion de

« Galien, que quand le cerveau est composé de substance fort « délicate , l'esprit en est très subtil. Jésus-Christ notre Réu dempteur augmentait avec l'âge en sécheresse ; car depuis c l'heure de la naissance jusques à celle de la mort, la chair se « desseiche et même Ton devient plus sçavant, si bien que les « parties délicates du cerveau se refaisoient en mangeant les « viandes dont parle le prophète Isaye ; car puisqu'il lui « étoit nécesssaire à toute heure de prendre nourriture , et de « réparer la substance qui s'évaporoit, par le moyen de cette « viande seulement et non par aucune autre matière; et il est «< certain que s'il eût toujours mangé de la chair grossière, son « cerveau se seroit rendu grossier en peu de temps, et eût acquis « un mauvais tempérament avec lequel son ame raisonnable n'eût « peu repousser le mal ni.eslire le bien, sinon par miracle, « en usant de son pouvoir absolu. Mais enfin , Dieu voulant « qu'il fût nourri par des moyens naturels , commanda qu'il « usât de viandes si délicates, que son cerveau fût tellement « composé et organisé, que, sans se servir de la science infuse « qui étoit en lui , il pouvoit naturellement rejetter le mal a et eslire le bien , de même que les autres enfans des « hommes. »

Voilà un exemple, entre mille, que nous pourrions citer, de la conséquence matérialiste tirée logiquement d'une science fausse, par un homme qu'on n'accusera certes pas d'hostilité contre les enseignemens de l'Eglise catholique. Huarte et ses contemporains, dans leur foi naïve, avaient accepté une science qui était loin de concorder avec elle; cette contradiction l'embarrassa souvent. Le docteur alla jusqu'à se demander si l'influenec du diable qui cause les mauvaises inclinations peut agir sur l'homme autrement que par les mauvaises qualités corporelles dans lesquelles il aime à séjourner, et si l'action de Dieu peut produire les bonnes inclinations au» tremen£ que par les bonnes qualités corporelles dans lesquelles il se complaît. 11 résout le problème négativement, en s'appuyant sur Aristote et sur l'Écriture sainte.

Voici maintenant ce que Gall dit de J.-C. après avoir parlé des têtes de plusieurs hommes célèbres par leur piété et par

notes, aoi

leur mysticisme (i) : « On ne sera plus étonné, à présent, de reconnaître la même conformation dans les têtes du Christ, de Raphaël. Dans ces mêmes têtes , les parties postérieures sont aplaties , par conséquent les organes des qualités communes à l'homme et aux animaux, sont très peu actives. Les organes, au contraire , placés sur la ligne médiane de la partie anté-

(i) Gail avait donné aux phrénologistes moderne* l'exemple de ces explications historiques. Il avait cité Marc-Aurèle, Constantin (Constantin, entendez-vous), saint Jean-Chrisostôme, saint Ambroise, saint Athanase, saint Ignace de Segola, Mallebranche , Lamennais, etc., comme possédant au plus haut degré l'organe de la théosophie , (source du mysticisme) (*), qui fait bomber considérablement la partie postérieure moyenne de la moitié supérieure du frontal. Il avait cité, comme modèles de l'organisation pour l'esprit méthaphysique , Socrate , Démocrite, Cicéron, etc. «J'avais remarqué, depuis long-temps, dit-il, que quelques hommes auxquels on attribuait un grand esprit philosophique, (que signifie ce mot, nous le demandons à la phrènologie ? ) avaient la partie antérieure du front singulièrement large et bombée » ; c'est à propos de ses observations qu'il cite entre autres ces trois philosophes anciens (**). U avait signalé l'organe de la sagacité comparative dans saint François de Sales , à cause de son érudition (rapprochement de passages et de faits) dans saint Thomas dAquin , dans La fontaine, à cause de ses allégories ou de ses fables, etc. (***). U avait déeouvertl'organe de l'esprit de saillie dans Aristophanes , dans Diogène le cynique ( l'homme le plus sérieux du monde), dans Cicéron qu'il représente comme un railleur déterminé, etc. (****).

Les Hindous figurent, depuis quelques années, dans les écrits des phrénologistes, comme un peuple dont l'extrême douceur et les habitudes frugivores s'expliquent par l'organe de la douceur et de la bienveillance qui, dit-on , est bien développé chez eux. Ici, l'ignorance est par trop évidente, quoique le préjugé soit partagé par beaucoup de personnes. Les phrénologistes ne sont pas très savans en histoire ; ne leur demandons pas comment il expliqueront la bravoure proverbiale et longtemps redoutée par les Anglais, des Marathes et surtout celle des Radjpouts qui sont de la race pure des anciens Hin- * dous. Aucune nation ne s'est montrée plus belliqueuse, plus guerrière, même chez les peuples auxquels la phrènologie reconnaît la prédominance de l'organe de la combattivité.

(*) Sur les fonction! du cerveau , tom. V, p. 386- (") Même on»., même toI., p, ao8.

(— ) Ib., ib., p. soi.

("") lb., ib, p. ai5.

ioi NOTÉS.

Heure supérieure de fol frontal , soft* très développés, d'où il résulte o>e les tétés SôHt l'expressloit dé la sagacité , dë la pé- , nétration, de la bienveillance et du Sentiment de Dieu, èn8n de la source de )â plus pure morale.

« Mais ceUé forme divine a-t-ellë été inventée oU pëùt-du présumer qu'elle soit là copié fidèle de l'original ?

a II est possible que les artistes aient imité la forme des têtes dés KbirimèS lès p\ûè vëf hietix , lés plus justes et les plus bienvèîllârts, pour donner* iih caractère aux têtes du Christ qu'ils voulaient représenter. Dans ce cas, l'observation de ces artistes confirmerait la mienne* Cependant cette marche suppose ou un pressentiment de V organologie ou au moins trop de circonspection pvttr qu'elle rnv paraisse tidfttissiblë.

« Il est plus probable qu'au moins lè type général dë la forme de là tête dU Christ nous* ait été transmis. Saint: Luc était pèititrè , êt en tétté qualité ; commént n*àui ait-il pas voulu conserver les traits de son maître/ Il est certain que celte forme de la tête du Christ est d'une très haute antiquité* on la trouve dans les mosaïques, dans les tableaux les plus anciens* Les gnostiques du deuxième siècle possédaient des images de Jésus, ainsi (admirée Ife raisonnement) fli Rapnël, ni aucun artiste plus ancien ris inventé* cette configuration admirable de là tété dfe Jésus^oristi *

Que le lecteur prononce maintenant entre Huarte et Gall.

Certës , en faisant ces rapprochemens entre les explications historiques des phrénologistes et celles de la plupart des physiologistes, nous n'avons pas l'intention de démontrer que les uns et les autres ont eu la même natr été, Sons tous les rapports j nous désirons seulement rappeler à nés lëctetir* les erreurs et les extrâvagâneéâ idénlî'qùës auxquelles conduisent toujours , quoique sôùs les- formés les plus diverses, les mèiiies folles èt lés mêmes prétentions.

irôtËâ. a ô3 NOTE (I), Page io&

La théorie des philosophes appelés sensuamstes , ne diffère que dans quelques détails secondaires de celle des phrénologistes. — Erreur des phrénologistes à cet égard*

Arîstbté a dit i frihft est M iHt'èllectû ^uïri prïus fiterïi in sènsû , ti Léibriiti a âjbtlté : Tttsi ipsë întellectus. Qu'est-ce que cela signifie? nous nous trouvons obligé de le dire , tjubique cela soit connu détôut lb mohilë, â l'excèptfon peut-être des phrénologistes , cela veut dire ijue Pâmé est une tablé rase ; |jour nous séWîr Bé l'èx pression d'Àristote , et qu'elle ne Vàhhm rien sans ftrilbrniédiàiré dés sëHs. Lellinîti, adtnéltàht àvec Plakbn des cVhrmisstihtés ou Ûèi idéVi ibrtébs , fhit urië tf'éserVe êh favèur (ta ces dfeftaîérès qui ne sont pas dohtlëes par lés Sèiis et qui sont propres à l'ame \ de là son mot: iVftf ipsb ihtèlîectus. Notfefc biëii îjù'il s'agit ici dé connaîirè et non dèfreW, Û'aVbir dés ta?, b'est-à-ditè dés iniàges, dés notions, et non d'éprouvé* uSes jtenchdns ët dés séritlttiëhs. Ôr, drtes^onsqûclie^

dés pnrérfologisfces ? dités-noûs A ellè Vést $ai absolument h même? Quelle ésl l'idée, quelle* fcsti'a hbtioh qui, (fàjirês cette théOrié , peut être regardée cômmé ihdépéndantë de Paction des ciho; sens. Ils admettent des disposions innées ou orgà- ^nttlffèt; îïé admettent dés âptïiûdës ét dès impulsions intër- \ crâniennes; niais cés apWùôVes ét cës impulsions' , sanè lë té- \moignagé dés séhs externes et sans 1 ûri éhsëighéhiënt, peuvent- Selles doiihér haîssâhcè S ùhé ïdéë , & uhè notion , à ùné icohnaissàtice. Lés idées në nàissént ^>às seulés , jiar l'afction [dësàfens ihternésTTe éystênié tië peut pas admettre sérieuse— niëht cette érrcùr. Or, toute là question est là. Résolue dilTéréihment par Àrîstbté ét fat Platon, cfettë Ojuëstibft n'à donc point pbur objët 'de discuter la source dé nOs iihpûlsîons ét dé nÔS sentiment ; son ofcjëtèlt plutôt èè risdùdrë lé pYoblèmé de la

ao4 won».

source de nos idées. Or , les phrénologistes confondent tout cela.

Nous dirons donc que, s'il s'agit de déterminer quelle est la source de nos connaissances , les phrénologistes sont d'accord avec Àristote et avec l'école dite sensualiste , et qu'ils sont en opposition avec les Platoniciens ou les partisans des idées innées. Nous dirons encore que, s'il s'agit de déterminer quelle est la source de nos instincts, de nos impulsions et de nos aptitudes, les phrénologistes sont encore d'accord avec Aristote et avec l'école dite sensualiste ; bien plus , sous ce rapport , ils sont en harmonie parfaite avec tous les philosophes.

Maintenant nous pouvons signaler quelle est l'erreur des uns et des autres.

Les partisans des idées innées se trompent parce qu'ils regardent comme étant inhérentes à l'ame les notions que les hommes reçoivent de la société , par la parole , par l'enseignement. Cette erreur tient à ce que Platon regardait l'ame raisonnable comme préexistant à l'existence terrestre et comme emportant avec elle les idées archétypes de l'univers. Or, cette erreur émanait du dogme de la chute et des transmigrations, qui dominait en Egypte et dans l'Inde.

Les partisans de la table rasa se trompent , parce qu'ils regardent comme venus par les sens les enseignemens donnés à l'esprit par des signes spirituels, par des signes matériels, par la parole ou par les œuvres d'art. Or, de cette erreur est résulté que ces philosophes confondent les notions physiques avec les notions morales , ce qui est des sens avec ce qui est de l'esprit.

Les phrénologistes se trompent comme les uns et Jes antres; comme les partisans des idées innées, ils admettent, sans s'exprimer nettement, sous le nom de sentimens, de véritables idées morales , et ces idées, ils les reconnaissent comme indépen-S dan tes à la fois de l'enseignement et de l'action des sens externes , comme se développant avec l'organisme intercranien, en un mot, comme étant innées ; aussi, en bon logiciens , disent-ils que Y éducation ne crée rien. Gomme les partisans de la table rase , les phrénologistes regardent comme venus

NOtES. ao5

par les sens externes les enseignemens donnas à l'esprit par la parole. Mais leur erreur nous semble autrement grave que celle des seosualistes ; car ceux-ci , ne faisant pas dépendre les notions premières de l'action des sens internes , sont entraînés à affirmer, à exagérer même la puissance de l'éducation. Le système d'Helvétius en est une preuve. S'il y a donc, dans la théorie des seosualistes, une affirmation qui manque dans celle des phrénologistes, qui est même combattue par eux, cette affirmation est au moins une protestation contre leur fatalité organique. Quant aux impulsions internes, personne jusqu'ici n'a contesté leur innéité ; elles ont toujours été regardées ou comme des dispositions de l*ame ou comme des aptitudes organiques. Le mot instinct ne signifie pas autre chose, et ce mot existe depuis assez long-temps pour que l'ancienneté de l'idée qu'il exprime n'ait pas besoin d'être démontrée. Les phrénologistes qui confondent souvent les notions avec les aptitudes, les idées avec les impulsions, ont écrit que les sensualistes plaçaient dans les sens externes la source de toutes nos aptitudes et de nos déterminations , tandis qu'ils n'y plaçaient réellement que celles de nos connaissances. Bien qu'ils écrivent souvent le contraire , lorsqu'il leur importe de donner à leur doctrine d'unciens et de notables précédens, car ils affirment le pour et le contre suivant leur convenance , nous ne voulons pas lais* ser nos lecteurs dans le doute ; nous pourrions reproduire ici quelques citations puisées dansles écrits des philosophes appartenant aux écoles les plus diverses. Ces citations suffiraient pour démontrer que tous les systèmes philosophiques, celui de Condillac comme ceux de Descartes et de Leibnitz, ont admis des aptitudes , des impulsions , des dispositions indépendantes de l'action des sens externes. Ce fait est positif, incontestable, et il devient évident pour tous les esprits qui s'attachent à connaître avant toutes choses les principes généraux d'une école physiologique , sans se laisser égarer par des affirmations incidentes et plus qu'équivoques , qui peuvent être en contradiction avec ces principes.

• M. Lélut mérite peut-être ce reproche. C'est ainsi que, se

^prenant jjqr fa pÇ»*ée A'ArôtQtg] ÇlMMSHr ?>»^»é | s'exprimer eu ces. termes. ;

« il «irait, curieux de faire commencer à MistQte 4 lwtç des auteurs qui qnt admis d' u »e manière plus. QW Wqius §xpUçjte , l'jnnéité de§ facultés ; «naja, il n'j a gu^re mojen, d'attendu cela du philosophe pour qui l'e*ie*ffe*»?e|tf prç&W&M 4M

était une (a^/ç m$GJi qui fti? ai * tfi»i dériva de la se?sati<m ,

les pouvoirs çomme les fa^ intçfkçmek ; pour lequel la W tu , sans raçjpes natureUe* dans )e coeur , était une hahi-T tude de juste mjlie» entre de»*x. passions opposées , et qui regardait ces mêmes passions comme des tempête» momentarr nées de l'ame , uniquement excitées par if squile de* circour stances extérieures. »

évidemment a il p'j 4 rieu 14 démontre que» dans la pensée d'ArisfHte* le mobile des actions fuj placée dans l'iutçrventio» des seul*, sens externes (i). Aussi ¥. Lélut ajoute^t-il aussitôt ?

« Il existe maigri tout cela» dans les livres du chef du Lycée, plusieurs endroits, qui prou ventée que je disais tout à l'heure, qu'il n'y a peut-être pas un seul philosophe qui n- ait senti parfais i qu'indépendamment des sens , il y a en nous quelque chos* d'inné, de primordial, plus nécessaire qu'eux à l'explication de nos. déterminatiops et de nos actes. *

Nen* voyons par les estions mêmes de M. Lélut que l'opinion d'Arifrtnte et celle de toutes les écoles philosophiques qui sont venues ajwcès lui, est toutrà-fait opposée à celle qu'on leur a prêtée.

* Ainsi je vois Aristet* , continue M. Lélut , dans un des livres de la Morale à Êïicemaque , dire que nous sommes nq«

(i) Aristote a dit : fntellectus noster est tanauam tabula rata in qua nihil est depkiuMt lib. 3 àe animé. C'était, en quelque sorte, désigner et attaquer directement la doctrine de Platon qui admet dans l'âme des idées préexistantes à l'existence terrestre. Or, $es idées étant des images, Aristote en niait la présence par ces mots nihil depUttunu Quant SUX aptitudes et

IPJÇSIÇr^

tprelhrpânt portés à fqirc de certaines Qç{iûns au à V exercice de certaines facultés naturelles. , indépendantes des plaisirs qui en sont inséparables qu,i peuvent nç^s çn revenir. Je le vois , dans les catégories, , regarder Jes qualités de l'ame comme des habitudes de. passiqns. contractées, dès la naissance; dire qu'oq e*t na^rellernçnt çq&rp et déraisonnable, que )a justice est une guqli(à qup l'injustice est une qualité contrqirç. Jç le vqjs ailleurs «lire que l'appétit , dans lequel »i cpmpreno' Je jjésjr , h vplûfltf t h QPr 1ère, est une faculté qui se joint * feutes je* gotre*, mi^ à celle des raisonnenieus, W ns pouvoir c* être réparée, <y ^/er*i/ 4? nos facultés intelleçtuelles tfawtoss des fa* cultés actives et V o(çntaires. s W cfoutç qu'eu çherpbant bien, on extrairait epepre dp ses, o H yragej fe^uqpnp d'acres citations du même genre. j>

Notre auteur ne persiste pas mpjns daps son opiniqn sur iristptp ; voici en effet cp qu'il ajoute, :

« Mais qiielqqe nombreuses qu'elles furent , el}ps ne ,ufôraient pas toujours pour placer Arif tpte parn* l e§ psFcJiqWistes qui ont proclamé l'innéité q>s façpUés ; Juj, ^ P c/ W |rajr ? , que ses doctrines bjep pQnnpes. ont fajt Ppqsidprer depuis plus <Je deux mi|le aus cpmme un des p^triprphe| ç)p «e«SUji|i6.iBe. * *

Les citations que J£. Léjut cfl* pu réunir fop.f en très nombreuses; il n'estas un seul des ljvres d'4ristpte qui n/en fournisse de très positives j «ous ne pouypps Jes reprpduirp dans ces notes, Nous prions nos lecteurs de se ppntpptep dp pplles que nous devons à M. Léluf, et dp reppurip eux^mes aux ouvrages du chef du Lvçée, s'ils #siren* en avpjr la Jpjnowtration.

Quant à Cicéron dont M. J^lut reproduit quelque* asser. tiens contradictoires, nous ne sauriqps at|apfcpr à m paroles p us d importance qu elles n'eq put- pour e| le S0 Ptre op| été également Refendus par cet orateur pomme ife ) f #PR | par tous les avocats f selon les «nprfwpps, «tfftn Ips. pjrpqqsjta«cw du moment ou ils parlent. Npu? ppum'ops au reste ûpmpqtrer que, lors mpme nue Çicéron para^ à uQtrp pn^ur nWWF la doctrine de l'innéité, des aptitudes^ p!ps ppuphaus, ft l'rfr

208 ffOTÊS.

firme au contraire très positivement. Toutes les fois qu'il signale la nature ou la raison comme notre guide , et les passions comme la cause de notre trouble, il ne veut pas dire autre chose , et ces mots se trouvent dans toutes les pages des écrits de Cicérou comme dans ceux d'Aristote.

Sénèque, Galien; Galien surtout, ce dépositaire de la science d'Aristote , qui a exprimé sur les aptitudes naturelles des pensées que la phrénologie serait heureuse d'avoir conçues; Huarte que nous avons cité ailleurs ( note F ) , et qui place dans le cerveau les conditions organiques d'où naissent les instincts des animaux et les aptitudes intellectuelles de l'homme; Charron dans son livre de la Sagesse ; Bacon , dont M. Lclut cite un passage remarquable dans lequel la doctrine de l'innéité des aptitudes est non seulement exprimée positivement , mais encore approfondie avec la rapidité propre au génie; Locke, qu'une erreur inconcevable a fait ranger parmi les adversaires de cette doctrine ; Gondillac, le baron dHobalck et Helvetius, eux-mêmes; tous les philosophes en un mot, qui ont exprimé leur pensée en psychologie, en morale, ou en physiologie humaine, ont admis cette innéité comme un fait incontestable et incontesté. Nous ne parlerons pas de Platon et de ses nombreux disciples, de Descartes, deLeibnitz, de Bossuet , de Hume , de Hutcheson , de Reid , de Bonnet , de Bichat, de Cabanis, etc. , etc. , dont les opinions sont bien counues. Qu'on nous cite , non seulement un seul philosophe, mais encore un seul écrivain qui ait oppose' un seul argument à cette doctrine de l'innéité , soit organique, soit animale ( de l'ame), des aptitudes, des penchans, des impulsions et des sentimens qui sont communs à l'homme et aux animaux. Il est impossible d'ouvrir un livre où cela ne se trouve très positivement affirmé , selon l'ancien et vulgaire uxiome : natura facit habilem, ars vero facilem ususque potentem.

Citons Locke, cet adversaire prétendu de la doctrine de l'innéité ; nous ne saurions mieux terminer cette note qui a surtout pour objet de démontrer que, pour les phrénologistes, plus encore que pour les sensualistes , l'axiome d'Aristote est vrai dans toute sa rigueur.

notes, aog

« Je conviens qu'il y a dans l'ame des hommes , dit Locke , certains penchons qui jr sont imprimés naturellement , et qu'en conséquence des premières impressions que les hommes reçoivent par le moyen des sens , il se trouve certaines choses qui leur plaisent , et d'autres qui leur sont désagréables, certaines choses pour lesquelles ils ont des penchans , et d'autres dont ils s'éloignent , et qu'ils ont en aversion (i). »

« L'ame a diffe'rens goûts aussi bien que le palais, ditil ailleurs , et si vous prétendiez faire aimer à tous les hommes la gloire ou les richesses, auxquelles poutant certaines personnes attachent entièrement leur bonheur, vous y travailleriez aussi inutilement que si vous vouliez satisfaire le goût de tous les hommes en leur donnant du fromage et des huîtres qui sont des mets forts exquis pour certaines gens , mais extrêmement dégoûtans pour d'autres... C'était là, je crois , la raison pourquoi les anciens philosophes cherchaient inutilement si le souverain bien consiste dans les richesses ou dans les voluptés du corps , ou dans la vertu , ou dans la contemplation. Ils auraient pu disputer, avec autant de raison, s'il fallait chercher le goût le plus délicat dans les poires , les prunes ou les abricots, et se partager en cela en différentes sectes (2). »

Or , ces goûts et ces aptitudes diverses dépendent nécessaire-

l ment des conditions physiologiques qui diffèrent dans chaqne homme. Il en est de même des penchans et des impulsions , comme les phrénologistes rangent dans la catégorie des sens internes, des penchans et des aptitudes naturelles, les notions morales non naturelles, qui sont données à l'esprit par l'enseignement ; il en résulte qu'ils doivent adopter sans hésita-

:• tion l'axiome qu'ils semblent repousser; il en résulte qu'ils doivent dire avec Aristote et à plus juste titre que ce philo-

' sophe : Nihil est in intellectu quod prius non fuerit in

? sensu, ajoutez : interno seu externo.

Essai philosophique, liv. I, ch. n , p. ti>j du tome i er de la traduction de Coste.— Citation de M. Lélut.

(*) Liv. II , chap. xm , tom. 2 , p. *99« Cit. de Lélut.

1 1O tfOTES.

NOTE ( R ) , Paçb i 16.

V étude difficile des altérations pathologiques qui accompagnent les affections mentales ria reçu et ne saurait recevùir aucune lumière de là phrènologie.

Si la phrënologie était une venté , les recherches des médecins sur les diverses maladies mentales seraient plus fécondes; l'éthiologie de ces affections serait moins incertaine, et leur traitement en serait très probablement plus efficace ; mais il n'en est pas ainsi ; et non seulement il n'en est pas ainsi, mais encore tous les faits d'anatomie pathologique de l'encéphale mettent au néant toutes les assertions du système qui ose s'appeler la Physiologie du cerveau.

^ 'En èTfet, comme nous l'avons déjà dit, les altérations paf thologiques qui ont été trouvées par les médecins dans les ) diverses parties de l'encéphale sont bien loin de démOutrer la réalité des assertions phrénologiques. les docteurs Voisin, ^^fmrzheim, G. Combes et Broussais, qui sont à notre connais- ; sance les seuls phréuologistes qui aient écrit sur la folie, n'ont pas donné à cet égard des résultats plus satisfaisans. M. Voisin, rfàn's'son ouvrage intitulé : Des Causes physiques et morales 9 des maladies mentales et de quelques autres affections nerveuses , telles que Vhystèrie , la nympliomanie et le salyrlasis , n'a avancé aucun fait pathologique à l'appui des prétentions du système qu'il professe. Il en est de même de Spurzheim et de M. troussais, dans leurs ouvrages sur la Folie (i). Quant à l'article de G. Combes, inséré dans le Pkrenological Journal and Miscettany , nous n'y avons vu

(i) Observations *«r ta folk, par Spurzheim. De r Irritation et de la

Folie , par M. Broussais.

que l'application ordinaire de la cranioseopieau diagnostic de la folie. L'auteur cite vinjrMrois malades qui ont été tournis a son examen dan» la maison des fous de Richeraond n Dublin. Voici les résultats de cet examen, consignés dan» le Journal de la Société phrénoioçi que de Paris, juillet i835. Nous citons textuellement » « Chez quinte ou seize la coïncidente entre le développement du cerveau et la nature de la folie s'est trouvée assez exacte pour que l'inspection du crâne ait permis- de dé—

; couvrir les symptômes caractéristiques^ Dans quatre cas, le degré de développement des organes n'offrait pas de base aux

•( conclusions, et dans un seul il n'y avait point de corrélation entre le caractère de l'aliénation et les prédominances orga-

) niques. » Certes , c'est 14 un beau résultat; mais qu'on ne se hâte pas de conclure, eomaie ie feit le phxénologiste français, dans le recueil que nous venons de citer, que Pon est en droit d'espérer 4e très heureuses applications du système à la connaissance et au traitement de l'aliénation mentale. En effet, avant de se hâter de tirer cette conclusion, il faudrait vérifier l'exactitude dès frits rapportés. Or , c'est précisément ce que nous avons fait ; nous avons vu, d'à presses paroles mêmes, de l'artiele de M. G. Combes, que les notes du médecin ordinaire de la maison , mises à côté des présomption* craniescopiques dn visiteur, ne coïncident pas le moins du monde pour le plus grend nombre des cas. Nous citons même eë compte rendu dont un extrait est donne' par le Journal dé la Société phrén. de> Paris, comme un modèle du genre. Jamais la mystification ne fut poussée plus loin. Nous ne citerons qu'un exemple de cette manière qui affecte de s'appuyer sur des faits, sans daigner s'assurer de leur rapport et de leur constance. M. G. Combes trouve, chez une folle, entre autres organes cérébraux très développés, celui de Y imitation ; il s'empresse de le signaler. La cause de Ifei phrénologie est gagnée, il triomphe; car..*, cette femme aime à s'habiller comme un homme. Tout l'article est de cette force , sans parler des malades touchant lesquels les témoignages du pbrénologiste- Visiteur et du médecin ordinaire de la maison sont contradictoires* Nous n'insisterons pus sur la très plaisante bonhomie qui se montre

2 1 1 BTOTES.

dans tout le cours de cet écrit; nous voulons laisser à nos lecteurs le plaisir d'y recourir eux-mêmes.

Pour avoir une juste idée de la vanité des assertions phré— nologiques touchant les affections mentales , il n'y a qu'à lire les travaux sur les maladies du cerveau et sur les altérations pathologiques de cet organe, de MM. Lallemaud, Bayle, Calmeil , Rostan, Georget , Esquirol , Bouillaud, Aber— erombie, Lélut, etc. Les faits cités par ces observateurs sont nombreux , et quoiqu'ils soient souvent contradictoires, il n'en résulte pas que les assertions de la phrénologie soient vraies, car ces faits lui sont complètement étrangers, et n'ont aucun rapport avec ceux qu'elle suppose- Et cependant la phrénoiogie s'appuie sur les faits ! Cela prouve combien cette argumentation , aujourd'hui à la mode , est creuse, illogique et trompeuse ; il n'est pas une théorie , quelque absurde qu'elle soit, qui ne se croie légitime, parce qu'elle cite des faits , comme si une science pouvait se passer d'une méthode à l'aide de laquelle les faits pussent être coordonnés , et de principes en vertu desquels les rapports de ces faits entre eux pussent être connus.

La seule assertion vraie en phrénologie, relativement à l'étiologie des affections mentales, ne lui appartient pas sans des contestations nombreuses et légitimes. En effet, tant que la phrénologie se borne à enseigner que toutes les maladies de l'intelligence proviennent d'une altération idiopathique ou sympathique du cerveau , elle ne s'éloigne pas de la vérité ; mais lorsqu'elle prétend aller au-delà de cette généralité , elle s'égare dans des hypothèses que personne n'a encore pu vérifier. Au reste, voyez à ce sujet , dans l'ouvrage de M. Broussais , de V Irritation et de la Folie , page 4*6 et suiv. , le jugement de ce phrénologiste sur la pensée de Gall. Dans ces pages, M. Broussais reproche à Gall d'avoir attribué à des lésions vitales des organes intercraniens la cause de diverses affections mentales. Il trouve ce mot lésion vitale par trop vague «t par trop élastique. Il est en effet fort peu compromettant pour le système. Il aurait voulu qu'il se servît du mot irritation. Quoiqu'il n'y oit entre les deux auteurs qu'une question de

NOTES. 2l3

mots , nous devons y puiser cette donnée positive que ni l'un ni l'autre n'ont démontré en aucune manière la réalité de leurs vague» assertions, et que, réduite aux termes qu'ils ont posés , la question des affections mentales est bien loin d'être résolue.

&l4 JTOTES.

NOTE (L), Page 120.

Le système phrénologique conclut nécessairement à là légitimité de la force, mise au service du savoir et de l'habileté. Doctrine de Bobbes.

Cette assertion pourra étonner quelques personnes. Elle n'étonnera certainement pas celles qui ont examine avec quelque attention la doctrine qui nous occupe. Rien n'est aussi vrai , rien n'est aussi évident. En effet, une société ne peut avoir vie et durée qu'à la condition de reconnaître et de pratiquer une loi souveraine, d'imposer et d'enseigner, à tous les membres qui la composent, des devoirs et des obligations qui tendent à l'accomplissement d'un but commun. Hors de là , il n'y a plus de société possible , à moins qu'on veuille conserver ce nom à une agglomération d'hommes guerroyans entre eux, subissant et imposant tour à tour le joug des plus forts , des plus violens , des plus persévérons, des plus habiles , vainqueurs la veille, vaincus le lendemain, livrés à leurs instincts, à leurs impulsions naturelles , et ne reconnaissant en réalité d'autre suprématie que le triomphe de la ruse ou de la force. Une pareille agglomération d'hommes existerait infailliblement, si elle ne reconnaissait aucune loi commune , si elle ne subordonnait pas tous ses membres à une pensée commune. Or, la phrénologie se trouve entraînée à nier la puissance créatrice de l'éducation , qui seule peut faire accepter le but , social , qui seule peut créer, dans les membres d'une même i société, un sentiment qui domine toutes leurs aptitudes diverses et les dirige. La phrénologie affirme très positivement que la ""société est impuissante à donner aux hommes un sentiment qui ne soit pas le produit de leur chair, et par conséquent aussi ancien que lui-même , et datant de la création ; selon le système , si des sociétés s'organisent , ce n'est pas en vertu d'une loi d'activité commune et en vue d'uu but commun.

notes. a 1 5

/ mais c'est en vertu d'organes cérébraux qui existent dans les L crânes humains , et qui commandent la réunion sociale. Or , \ l'organe principal de la sociabilité, celui de l'attachement, est ) le même qui réunit entre eux et les uns avec les autres , les / hom mes et les animaux. Que si on objecte à la phrénologie que toutes les impulsions internes, quelque sociales qu'on veuille les supposer ( on sali que celles-là sont les moins nombreuses dans le système ) , sont nécessairement aveugles , et ne sauraient connaître le but auquel elles doi v enTTco ncourir, ni la loi en vertu de laquelle elles peuvent concourir à ce but; que si on lui objecte encore que l'histoire démontre les mêmes organes sociaux fonctionnant d'une manière bien diverse, dans le cours des âges, selon les lois morales qui président aux sociétés ; que si vous objectez au système le progrès en vertu duquel des sentimens nouveaux ont paru sur la terre et ont fertilisé les domaines de Tassociation et de la science , que des sentimens moins généraux avaient préparés ; que si vous objectez au système toutes ces choses et bien d'autres encore que nous ne pouvons énumérer ici , il nous fera avec Gall cette réponse remarquable : « L'homme est destiné, en vertu de son organisation, comme « plusieurs espèces d'animaux , à vivre en société. Il devrait u par conséquent être muni de toutes les qualités et de toutes u les facultés nécessaires au maintien de la réunion sociale. « La communauté des hommes est le résultat et nôn la cause m de leurs qualités morales et de leurs facultés intellectuelles ; « dira-t-on que la république des fourmis ,. des abeilles, des « castors, ait engendré les instim3tsdec«sètr«9?'Ou, trouvera- « t-on plus conformes à la raison que leurs instincts innés les « aient rassemblés en républiques? Si cette dernière opinion « vous répugne, réunissez les renards , les tigres , les van- « tours en troupeaux , et montrez-nous une qualité ou « une/acuité quelconque que leur société aura fait naître. » 8î"Ia discussion pouvait être convenable, après une pareille réponse qui explique si effrontément les sociétés humaines par les lois qui dominent les sociétés animales, nous demanderions au système comment il se fait que las sociétés

2ï6 NOTES.

«oient si diversement organisées chez les hommes , selon les temps et selon les enseignemens , tandis qu'elles sont toujours invariablement et forcément régies par les mêmes lois chez les animaux. Nous lui demanderions comment il explique les changemens surven us da ns les principes et dans les conditions de l'association humaine , dans les institutions sociales, tandis que chez les castors 9 chez les fourmis , chez les tigres 7 les choses se passent toujours et tout-à-fait comme au commencement. Ne serait-ce pas parce que ceux-ci sont sous la loi fatale des forces organiques , tandis que les forces orgauiques chez l'homme ne sout pas destinées à agir, impérieuses et fatales, toujours les mêmes, toujours identiques, tandis qu'au contraire ces forces sont subordonnées à la loi morale que Dieu renouvelle progressivement dans le cours des âges de l'humanité.

Mais les phrénologistes sout entraînés, malgré eux, à comparer sans cesse les hommes aux animaux , à avoir la raison des phénomènes de ceux-là par les lois qui dominent ceux-ci. Il n'y a donc, pour eux, aucune loi morale possible, en vertu de laquelle les forts et les intelligens doivent ac- ; cepter une œuvre morale, se vouer à une tâche étrangère à leur intérêt personnel, remplir les obligations imposées à ceux à qui il a été donné de plus grandes facultés. Or, si la loi morale ne triomphe pas dans une société , elle ne peut sauver son existence matérielle qu'en se livrant aux volonte's et aux caprices d'un pouvoir établi , en en consacrant la légitimité , sauf à le renverser , lorsque la force portera la légitimité ailleurs. Telles sont les conséquences de la [ doctrine de Hobbes, doctrine que le philosophe conçut dans ^l'intérêt de la famille des Stewart, qu'il avait suivie dan* l'exil, et qu'il publia plus tard, pour se ménager la bienveillance de Cromwel et pour rentrer dans sa patrie. Voici les maximes de Hobbes.

Suivant Hobbes , l'homme est naturellement un animal qui n'est impulstouné à agir qu'en vertu de ses intérêts égoïstes, et si cet animal se résigue à accepter les conditions d'une association , ce n'est pas , comme le prétendent les phrénologistes, parce qu'il est pourvu des organes intercraniens qui le poussent

notes. a 17

à vivre en société en dépit des organes nombreux et puissans qui le portent à l'égoïsme et à l'isolement Cet animal , selon Hobbes , n'est pas organisé dans ce but , comme les fourmis, les abeilles , les castors; mais il se résigne à accepter les conditions de l'association dans des vues intéressées ; l'union sociale n'est pour lni qu'une lîgoe intéressée a suggérée par des vues praaontes~d r avantages personnels. D'après cette théorie, la société* ne serartorganiséc qu'en substituant la force d'un seul, ou de quelques-uns , à la force et à l'habileté de chacun , et en subordonnant l'égotsme anarchique de tous à un égoïsme dynastique. La conséquence pratique de la phrénologie ^e^hTmême, malgré la différence que nous avons signalée dans la théorie. « Par suite de cette «transmission des droits « naturels à un individu ou à corps d'individus, la multitude, « dit D. Stewart, devient une personne unique. On ne peut m donc enlever le pouvoir de gouverner à ceux à qui il a « été confié, et on ne peut les punir de leur mauvaise gestion : « on doit rechercher l'interprétation des lois , non pas dans « les commentaires des philosophes , mais dans l'autorité du « gouvernement; autrement la société serait à chaque instant « exposée à se dissoudre et à se trouver réduite à ses premiers « élémens , si discordans entre eux. On doit donc regarder la m seule règle du magistrat comme la seule règle du juste « et de l'injuste, et chaque citoyen doit écouter la. voix du « magistrat comme la voix de sa propre conscience. >»

Evidemment la phrénologie , quoi qu'en disent les phrénologistes , ne conclut pas à une pratique sociale autre que celle que nous venons d'exposer; car, quelle est dans ce système, lui demanderons— nous, la loi morale, en vertu de laquelle les agrégations d'hommes qui , selon les docteurs, sont le résultat de la nature humaine , se transforment en sociétés libres et actives, ayant des devoirs et des droits, et accomplissant une fonction sur la terre ? Évidemment, les privilèges d'une heureuse organisation, n'appartenant nécessairement qu'à un très petit nombre d'hommes, et se transmettant nécessairement par voie de la chair , et ces privilèges constituant eux-mêmes des rivalités également puissantes parmi

le petit nombre de prédestinés, il en résulte nécessairement que la minorité doit: imposer la loi qui lui convient à la majorité qui n'est pour les phrénologistes que le vulgum pecus; il en résulte aussi que les intelligences d* cette minorité doivent se coaliser entre elles pour garantir leurs jouissances contre leurs propres en traîne mens, et constituer pour elles seules un droit, une justice, une cité. Telle la maxime politique qui émane logiquement de U pbrénologie, maxime légitime eu ce sens, qu'elle est la seule qu?on puisse inwquer dans une doctrine qui n'admet t dans la conservation et dans la direction des sociétés , que la suprématie des organes intellectuels* N'est-ce pas conclure comme Hobbes à la légitimité de la force? Bien plus, si l'égoisiue de quelques classes inférieures de la société vient a sentir sa misère 4 si/ ces classes viennent à dérober aux classes qui les exploitent, quelques rayons de leur intelligence, au nom de quel sentiment moral, au nom de quel principe s'insurgeronttelles et viendront-elles lever l'étendard de la révolte? Sera-ce au nom de i 'indulgence universelle ? serace au nom de la tolérance morale? Évidemment .ce sera en core au nom dn droit de la Torw^et^^lialuHa^ "Expliquer

< l'hîstoirTpa^^ l'immoralité

/ par le mensonge et par l'erreur?

V^ûi îe svslème "phrénologique comme dans le système de ( Uobbes , tl'homnie est Un animal livré ils fatalité de ses in- | stincts ( malgré «es organes prétendus sociaux ) » et cei animal doit se trouver très heureux, si des races, ou des individus forts et habiles, veulent bien se chargev de les rmpépber de |e nuire, en les exploitant pour leur propre compte. Hobbcs a sur le système le mérite de la franchise» ou au tnpins celui dune bonne logique» ' > .

> « Il * •! .tl

HOTES. aï 9

NOTE (M), Page 1*7.

La phonologie tend à réhabiliter et à légitimer les doctrines sur F esclavage, qui ont régné avant le christianisme , et qui sont reproduites de nos jours par les propriétaires

d'esclaves. • - •

Nous ayons vu, dans la note précédente, crue le système phrénologique proclame la suprématie de l'intelligence et de la force en plaçant au dessus des masses , pour régler les mouyemens instinctifs, les privilégiés de la naissance, nous voulons dire de l'organisation. Que s'il* invoquent l'abstraction loi comme clevapt présidçr aux sociétés, çOmme devant être la même pour tous, nous leur demanderons en vertu de quel principe cette loi pourra commander force et respect à des organisations qu'elle froissera dans ses applications ; nous lui demAnderons encore en vertu de tiuel principe, cette loi, quelles privilégiés la nature auront faite, pourra être favorable aux conditions de la multitu de (expression phrénologique ). Aristote établissait aussi la souveraineté de la loi, qui est l'expression 4e f 'intelligence et de la sagesse générale c'est-à-dire, qui est l'expression des lumières' du petit nombre, ou, comme chacun sait, l'intelligence et la sagesse, pbréno)ogiquement parlant, ne sont ,pas l'attribut du vulgaire. Aristote disait, comme les pbvénologistej^^p^j'o» supporte la loi parce qu'elle ne blesse point Véquite\(£lwl-ce que réduite cbex Aristote et chez lps phrénologistes 7 que signifie ce mot dans un swtème qui regarde la société, comme la coalition 4f« pWs forts et des. plus intelligens? Voici pour Aristote:

« L'égalité semble être la base du droit, mais ne l'est que pour les égaux , non pour tous. L'inégalité Test de même, mais pour les inégaux seulement. » Politique, Liv. III, chap. X.

«» Ce n'est pas seulement pour vivre ensemble, c*èst plutôt pour bien vivre qu'on s'est mis en société. Sans quoi la société

aao notes.

comprendrait les esclaves et les autres animaux \ de tels êtres ne prennent aucune part au bonheur public , ni ne vivent à leur volonté. » Ibid.

« 11 est dans le voeu de la nature que celui-là commande, qui peut, par son intelligence, pourvoir à tout, et que celui— là au contraire obéisse, qui ne peut contribuer à l'avantage commun que pour le service de son corps. Ce partage est salutaire au maître et à l'esclave.

« La guerre est un moyen naturel d'acquérir (résultat de la convoitivité et de la combattivité); la chasse en fait partie ( résultat de la destructivité ); on use de ce moyen non-seulement contre les bêtes, mais contre les hommes qui, étant nés pour obéir , refusent de le faire. Cette sorte de guerre n'a rien d'injuste , étant pour ainsi dire déclarée par la nature elle-même. » Ibid. , liv. I, chap. VI.

L'homme qui , par nature n'est point à soi, mais à un autre, est esclave par nature; c'est une possession et un instrument pour agir séparément, et sous les ordres du maître. » Liv I y chap. IV.

« 11 n'est pas seulement nécessaire , il est avantageux qu'il y ait commandement d'une part, et obéissance de l'autre, et tous les êtres , dès le premier instant de leur naissance , sont pour ainsi dire marqués par la nature, les uns pour commander , les autres pour obéir. » Liv. I, chap. V.

« Toute la différence entre les esclaves et les bêtes, c'est que les bêtes ne participent aucunement à la raison , n'en ont pas même le sentiment , et n'obéissent qu'à leurs sensations. Les esclaves sentent bien la raison dans les autres, mais n'en ont pas eux-mêmes l'usage (i). » Ibid.

« La nature a , pour ainsi dire, imprimé la liberté et la servitude jusque dans les habitudes corporelles. Ibid.,. Par les lois de la nature , il y a des hommes faitt pour la liberté, et d'autres pour la servitude, auxquels il convient, et par justice et par intérêt, de servir. » Ibid.

(t) Le même langage est tenu par les propriétaires de noirs , aussi refusent-ils l'éducation aux enfans de ces malheureux : ils sentent fort bien que la raison est créée par l'éducation morale.

notes* I

« Outre la servitude naturelle, il y a ce qu'on appelle servitude établie par la loi : cette loi est une espèce de convention générale, suivant laquelle ce qui a été pris dans la guerre appartient au vainqueur. » Àristote n'affectionne pas cette conséquence de la victoire qu'il dit avoir été acceptée, parce que la victoire suppose ordinairement dans le vainqueur une supériorité quelconque , et que la force est elle-même une sorte de mérite. (C'est le thème de M. Cousin amnistiant la victoire et Waterloo, dans une de ses leçons en Sorbonne). Aristote trouve que le courage n'est pas une raison d'asservir les autres; il réserve ce droit à l'intelligence. C'était garantir la coalition des membres de la cité , contre les attaques des classes qui pourraient ne pas manquer de courage , mais bien d'intelligenee; car celle-ci a besoin d'être cultivée par l'éducation , et l'éducation était refusée aux esclaves.

« Ce qui convient au tout, convient aussi à la partie; ce qui convient à l'âme, convient de même au corps. Or, l'esclave fait en quelque sorte partie de son maître , quoique séparé d'existence, et comme un membre ajouté à son corps. » Liv. I, chap. VI.

« Il y a deux sortes d'instrumens, les uns animés, les autres inanimés... l'esclave est une propriété instrumentale animée.

u ... Quoique le despotisme soit utile, et à ceux que la nature a condamnés à l'intelligence, et à ceux à qui elle a donné de la supériorité, il tend néanmoins directement à l'utilité' du - maître, et ne rencontre celle de Fesclave que par accident.

« C'est une question, si, outre les services et les fonctions mafi térielles des esclaves, on peut leur demander un me'rite plus éminent. ... si l'on exige d'eux qu'ils aient des vertus, en quoi diffèrent- ils des gens libres? S'il ne leur en faut point, cela choquera la raison à laquelle ils participent. » Liv. I, chap. XIII.

« .... Il faut donc que tous deux aient des vertus, mais que leurs vertus aient un caractère différent , et la même différence qui se remarque entre les êtres nés pour obéir. » Jbid.

Pour l'esclave c'est à bien faire son service que consiste sa vertu, vertu assez mince qui se réduit à ne manquer à ses devoirs, ni par inconduite , ni par lâcheté....* Ibid.

Si ce que nous venons de dire est vrai, les artisans n'auront- ils pas aussi besoin de vertus?... Un homme de métier ett dans une sorte de servitude limitée; mais la nature qui fait les esclaves, ne fait ni cordonniers, ni autres artisans; quand on les emploie , ce n'est pas la volonté de relui qui leur a enseigné à travailler, mais celle du maître qui commande l'ouvrage qu'ils doivent faire. »> Ibid.

Nous ne finirions pas, si nous voulions reproduire toutes les conséquences qu'Aristote tirait du principe de l'inégalité des organisations et de l'inégalité des ames humaines; si nous voulions montrer les efforts de raisonnement que ce grand philosophe a faits à chaque page, pour calmer la conscience de* membres de la cité , et pour engager à la résignation les nombreux esclaves et artisans qui ne sont pas citoyens, mais seulement habitons.

Évidemment , dans ce svstème, la cité n'est autre chose que la coalition des intelligens et des forts. Telle était la cité athénienne composée de 20,000 citoyens dominant /{Oo^ooc habitons (esclaves et artisans) , répandns dans l'Attique.

Platon, en écrivant ses brillantes utopies, ne songea pas à proposer ^abolition de l'esclavage. C'eût été sans doute une rêverie par trop niaise. Il se borne à regarder la servitude comme une nécessité fort embarrassante. 11 tient à peu près le langage des pnblicistes modernes , lorsqu'ils examinent la situation des États h esclaves de lUnion anglo-américaine.

«L'homme, dit Platon, est un animal difficile à manier, et se prêtant avec peine infinie à la servitude, quoique introduite par nécessité. L'esclave est un meuble bien embarrassant, l'expérience l'a fait voir plus d'une fois. Les fréquentes révoltes arrivées chez les Messéniens et autres peuples le prouvent évidemment. Je ne reconnais qne deux expédiens : le premier est de n'avoir point d'esclaves d'une seule et même nation; le second, de n'avoir jamais envers eux des manières hautaines et méprisantes; mais point de familiarité, ni avec ceux du sexe masculin, ni avec ceux du sexe féminin. » De Leg., Itb. Tt.

Nous ne pouvons citer ici les écrits nombreux des auteurs

NOTES. a 2 3

grecs et romains, qui ont regardé l'esclavage comme un résultat providentiel de l'inégalité des èmes et des torps* Il n'eat pas un seul écrivain, poète ou philosophe, qtri n'ait reproduit le» maximes que nous avons extraites de la politique dPAristote. Borace a dit :

Tendere cum possis , captivum ooeidera AOli, Serviet utilins.

Ces maximes, qu'un jurisconsulte allemand, Hugo, Naiurechts, § 106, etc., a remises en honneur, sans douta par ad» . miration pour le droit romain, sont invoquées tous les jours par les traficans et par les propriétaires de nègres* C'est parmi les colons que la phrcnologie rencontre les plus chand» partisans ; ils aiment à légitimer l'esclavage , comme l'avait fait Aristote , eu le faisant dépendre, à l'aide de la théorie des inégalités naturelles, de l'infériorité organique de ceux que la nature a créés pour être leurs instrumens animés. Ils aiment à montrer leur mépris pour les défectuosités de ces malheureux , auxquels, pour accuser avec plus de succès les conditions fatales de leur organisme, ils ont soin de refuser toute éducation, et d'interdire toute instruction morale, sous peine de mort. Cependant les uègres sont affranchis dans les États du nord de l'Union , dans les colonies anglaises; à la Martinique plusieurs sont libres; et ils montrent déjà , à peine entrés dans une civilisation qui, pour nous, date de plusieurs générations, qu'ils sont plus disposés à oublier leur ancienne humiliation, que leurs anciens maîtres ne le sont à oublier leur insolent empire.

Les seigneurs russes tiennent le même langage que les planteurs américains. Les un? et les autres a'appuient sur la théorie des inégalités naturelles. Conséquens à cette théorie, ils proclament, comme Aristote , l'inégalité des droits que la nature accorde aux uns, et qu'elle refuse aux aulies, en raison des aptitudes qu'elle crée pour chacun. Et toutes ces maximes trouvent dans la doctrine phrénologique un appui , une consécration scientifique. C'est là ce que les docteurs ne se soucient pas de reconnaître, quoique d'après leur doctrine, comme d'après

2!*4 KOTES.

celle d'Aristote, l'asservissement du plus grand nombre soit selon la nature et par conséquent très légitime : ils préfèrent employer toute leur habileté à montrer une logique moins sévère, •

Mais nous les jugeons par l'ensemble de leur doctrine, et non par des paroles isolées.

Mais nous serons là , vigilans , pour les empêcher de cacher le reptile sous des Heurs, afin que tous les hommes de bonne volonté soient avertis.

Car la véritable doctrine de la fraternité et de l'unité humaines est la doctrine spiritualiste et chrétienne. Ailleurs sont des paroles trompeuses; là est le principe infaillible.

Il y a bien diversité de dons , mais il n'y a qu'un seul esprit.

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