DEUXIÈME PARTIE
De la méthode proclamée par le système phrénologique, ou de la cranioscopie et de la cérébroscopie.
Si la phrénologie admettait les principes que nous venons de proclamer, sans doute elle cesserait d'être ce quelle est ; elle ne serait plus la phrénologie telle qu'on l'a faite ; mais elle pourrait donner son nom à un vaste système de recherches physiologiques et psychologiques qui la distingueraient réellement de tous les systèmes antérieurs ; elle pourrait donner son nom à une science réellement nouvelle ; car ces principes lui imposeraient une méthode neuve, inconnue, originale et autrement féconde que celle dont les phrénologistes prétendent avoir enrichi la psychologie moderne. Alors elle imprimerait une puissante impulsion à la physiologie du
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système nerveux qui , de son côté , ne tarderait pas à lui donner en échange un riche tribut de lumières nouvelles. Comme notre intention n'est pas de dire du système ce qu'il aurait pu devenir, mais seulement ce qu'il est deveuu , nous allons examiner les prétentions qu'il proclame, en démontrer le côté vrai et le côté extravagant. La tâche n'est pas difficile : elle serait même très facile si nous n'avions qu'à examiner et à combattre le système lui-même; mais nous avons à lutter contre l'habileté remarquable avec laquelle ceux qui le professent acceptent la discussion. Le bagage scientifique sur lequel il repose est peu considérable ; et certainement , si nous n'étions convaincus de la légèreté avec laquelle un grand nombre d'esprits se laissent prendre à de trompeuses amorces, nous terminerions ici notre examen ; nous nous engagerions à laisser désormais les phrénologistes se débattre entre eux, au milieu des sophismes et des contradictions sans nombre qui semblent leur servir de remparts contre les recherches consciencieuses qui pourraient mettre leur système en danger. A ce sujet, il est bon que nous donnions à nos lecteurs un avertissement que nous croyons très utile, qui nous servira surtout à dégager la discussion de toutes les subtilités qui l'embarrasseraient , car nous serions dans la nécessité de les prévenir et de les combattre à chaque ligne. Nous entrerons ensuite plus franchement dans le cœur du système.
Tout le monde sait que le système de Gall a fait sa fortune dans le monde à l'aide de la cranioscopie , désignation contre laquelle le spirituel possesseur feignait de s'indigner comme ayant été donnée par un public ignorant à ce qu'il appelait la physiologie du cerveau et
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de ses parties. Sans le secours de cette amorce , jamais le public ne se fût intéressé aussi vivement à une question de physiologie et de psychologie ; jamais il n'eût aimé à s'enquérir de détails scientifiques qui sont loin d'être accessibles à un grand nombre d'intelligences. Il est certain que c'est moins par ses travaux anatomiques et physiologiques que par ses prétentions cranioscopiques, que M. Gall a attiré sur lui et sur son système l'attention de tous les curieux. Voici, au reste, pour ceux qui en douteraient, les paroles du maître qui prouvent l'importance quil attachait h la cranioscopie, tout en se plaignant de voir son système affublé d'un nom aussi bizarre que comique. « Mon but véritable, écrivait-il en 1798, à M. de Retzer, est de déterminer les fonctions du cerveau en général et de ses parties diverses en particulier; de prouver que Ton peut reconnaître les différentes dispositions et inclinations par les protubérances et les dépressions qui se trouvent sur la téte ou sur le crâne , et de présenter d'une manière claire les plus importantes vérités et conséquences qui en découlent pour l'art médical, pour la morale, pour l'éducation , pour la législation ; et généralement pour la connaissance plus approfondie de l'homme. » On sait l'importance que le laborieux Spurzheim a donnée à la topographie du crâne, et celle que lui donne G. Combes : on n'a qu'à consulter leurs ouvrages pour s'en convaincre : on connaît les applications que les phrénologistes font tous les jours de cette topographie à l'examen des têtes et à l'horoscope moral et intellectuel de ceux qui sont l'objet de cet examen : tout le monde admire l'imperturbable sang-froid de quelques-uns d'entre eux, lorsqu'ils démontrent à la foule émerveillée, sur des
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crânes «ombreux, des protubérances et des dépressions infaillibles, correspondant toujours, sans exception, aux aptitudes ou aux pencbans qui ont signalé l'existence des individus soumis à cette épreuve : tout le monde connaît les ingénieuses explications avec lesquelles ils glissent adroitement autour d'un fait palpable qui vient les contredire. Il faut avouer, sans doute , que les disciples sont loin de prêter à leurs démonstrations le cbarme des spirituelles et malicieuses causeries qui ont puissamment contribué au succès du maître; mais il n'en est pas moins vrai que, de nos jours encore, la cranioscopie est présentée dans les cours et dans les traités de physiologie comme une preuve infaillible, incontestable, matérielle, de la vérité du système , et en quelque sorte comme son expression fidèle et pratique. Ce fait est certain; nous renvoyons au reste ceux qui pourraient en douter au compte-rendu des séances générales et annuelles de la société phrénologique de Paris. Ils verront que les saillies y sont représentées comme l'expression toujours réelle, toujours vérifiée , d'un penchant ou d'une faculté qui auraient été manifestés par des actes éclatans : dépression, là où se trouve l'organe d'une faculté qui aura été peu active; saillie, là où se trouve l'organe d'une faculté qui aura été énergique; telle est l'infaillible règle des comptes-rendus (i). Il estbon de savoir que les phrcno-
(i) Nous devons reconnaître que M. Broussais père n'est pu doué de cet aplomb qui distingue en général les démonstrateurs de phrénulogie. Nous avons été témoin de son embarras et de sa franche colère , lorsque, dans sou cours, il ne trouvait pas aux crânes qu'on lui présentait les saillies qu'il avait annoncées. Toute l'école a été témoin de ces brusques digressions qui venaieut alors faire appel à de meilleures observations, et cela en dépit de l'assurance de certains pbrénologistes de profession.
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logistes prétendent, lorsqu'ils sont embarrassés par des objections sérieuses , qu'il faut une expérience de plusieurs années, une étude longue et suivie, pour que la cranioscopie soit dignement appréciée; or le public qui assiste aux séances générales ou aux cours publics, étant loin d'être aussi habile et aussi exercé, est bien obligé d'admettre ce qu'on lui affirme; il n'ose se fier à ses yeux qui semblent lui dire le contraire, il baisse la tête devant les paroles du maître. Tel est le fait que nous avons vu souvent se produire et dont plusieurs écrits de l'école peuvent témoigner. Eh bien , abordez un phrénologiste, exposez-lui vos doutes sur la réalité des assertions phrénologiques ; objectez-lui, à ce sujet (et cela vous sera très facile), des faits qui démentent la cranioscopie, des faits notoires, incontestables, il se hâtera de vous répondre qu'il faut se garder de confondre, comme le fait le vulgaire, la phrénologie avec la cranioscopie; que dans le système de Gall il y a toute une science psychologique; que cette science existe indépendante de la cranioscopie qui n'est en quelque sorte que l'enveloppe grossière du système; et pour peu que vous insistiez, il vous la sacrifiera à la condition que vous accepterez la cérébroscopie , par laquelle on substitue à l'examen du crâne celui du cerveau lui-même, toutes choses égales d'ailleurs. Insistez encore (et vous avez beaucoup de raisons pour cela), on vous sacrifiera la cérébroscopie elle-même, à la condition que vous accepterez les donnnées générales de la v doctrine (1). Ces principes renfermeraient, en effet,
(ij Ce que nous disons ici n'est pas une assertion gratuite : lisez tous les écrits de l'école qui portent le caractère de la discussion et qui ne sont pas des traités ex professo. «Je cherche à faire sentir, dit M. Broussais (rap-
de précieuses vérités, si la solution matérialiste en vertu de laquelle ils sont posés n'entraînait les phrénologistes à affirmer dans les organes cérébraux des activités diverses, tandis qu'ils ne sont, dans l'homme, que les instrumens divers d'une seule et même activité. Et si, fort de ces concessions, vous venez un jour à les objecter solennellement au système, le système ne les admettra pas, car la phrénologie, vous dira*t-on, n'est pas responsable de ces aveux individuels. Ce fait a lieu non-seulement dans les discussions verbales, mais encore dans les discussions écrites. Il y a deux choses distinctes dans l'école des phrénologistes : l'opinion des disciples, qui peut être variable, douteuse, individuelle, et le système lui-même qui est dogmatique , invariable, certain, et qui ne doit jamais céder. Conciliez maintenant ces affirmations positives du système avec l'empressement des disciples à vous abandonner les faits sur lesquels il repose, à vous sacrifier les assertions de la cranioscopie et même celles de la cérébroscopie ! Vous ne concilierez pas ces contradictions, cela est impossible, mais vous les expliquerez facilement ; car la phrénologie n'a une existence originale dans le monde que par son côté cranioscopique et cérébroscopique ; elle y tient comme un soldat tient à son drapeau; comme un
ports de la phrénologie avec la philosophie) , que la phrénologie ne se réduit pas à Canatomie et à une physiologie grossière et purement matérielle, ou bien au pur fatalisme, comme le débitent ceux qui n'ont point pris la peine de l'étudier ; j'établis au contraire qu'elle touche aux questions les plus sublimes de la morale et de la philosophie, etc. » Lisez les discours.de M. Casimir Broussais au congrès historique de i835; lisez le Journal de la Société phrénologiqu c ; partout vous verrez le même dédain pour la physiologie grossière, et la même prétention d'édifier sur celle physiologie uu système positif et certain. Voyez la note B, , . „ .
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honnête industriel tient à son enseigne. Nous savons, à la vérité, que le coté le moins faible du système est indépendant de la question des saillies et des dépressious cérébrales, mais nous savons aussi que si le système admettait le plus léger doute sur cette question , qui est pour lui une question de méthode soit d'observation, soit de démonstration , il cesserait d'exister, puisqu'il ne serait plus qu'une édition revue et corrigée de la coordination psychologique de l'école écossaise, comme le démontre très bien M. Lélut, dans son ouvrage sur la phrénologie (i).
Nous devions cet avertissement à nos lecteurs , afin de leur montrer l'habileté des phrénologistes, en même temps que la fragilité reconnue par eux-mêmes des bases qu'ils veulent obstinément donner à un système qui n'en aurait pas besoin , s'il visait un peu moins à la popularité. Ce qui a lieu à l'égard de la cranioscopie se reproduit dans toutes les questions que la phrénologie permet d'agiter. Les phrénologistes , en tacticiens con-
(i) Qu'est-ce que la Plirénologie? ou Essai sur la signification et la valeur des systèmes de phrénologie en général et de celui de Gall en particulier, par M. F. Lfxu-r, médecin surveillant de la division des aliénés de l'hospice de Bicétre et médecin adjaint de la prison, x vol. in-8. Paris, chez Trihquart, libratre-éditear, rue de l'Écote-de-Médecine, n° 9.
Mous ne pouvons expliquer que par la manie de prétendre à l'originalité, ce dédain qu'affectent certains phrénologistes pour l'école écossaise, dont la coordination physiologique des facultés est à peu près identique avec la leur. Que celle-ci soit basée sur l'histoire naturelle, tandis que celle-là la néglige , it en résulte une Infériorité de moyens pour l'école de Reid , mais le résultat, quant à la coordination, étant le même, les phrénotogiotes devraient être nn peu moins sévères à l'égard de cette école. Gall n'en parle jamais, malgré son érudition. Spùrzheim, qui a passé plusieurs anuées en Ecosse où il a fait plusieurs disciples 'parmi' les élèves de celte école, n'en parle pas davantage. Voici ce que M. Brôussais père nous en dit, aûu de montrer dans tout son éclat la méthode crantoscopique et cérébroscopique.
sommés , lorsqu'ils sont attaqués directement et individuellement, se retranchent derrière les principes les moins contestés de leur système , ils savent battre à propos en retraite; mais lorsque l'attaque cesse, ils regagnent avec audace les postes les plus avancés, et reprennent leur terrain avec une assurance remarquable.
D'après tout ce que nous venons de dire, il est inutile de discuter maintenant la valeur de la méthode d'observation que proclament les phrénologistes, puisque cette méthode n'est autre chose que la cranioscopie et la cérébroscopie. Nous nous bornerons à indiquer brièvement en quoi consiste la nouveauté de cette méthode, et à signaler les raisons qui la rendent inadmissible , même pour les phrénologistes.
Selon le système ( car il n'y a que le système qui parle quand il s'agit d'une affirmation positive), la doctrine qu'il renferme est nouvelle et la seule féconde,
«Les kanto-platooiciens ( M.Broussais appelait ainsi il y a quelques années tous les psychologistes qui s'étaient occupés plus de métaphysique que de physiologie ) , sans savoir ce qu'on pourrait trouver par l'observation de l'homme au moyen des sens, ont voulu flétrir d'avance les fruits de cette observation qu'ils ne pouvaient empêcher. C'est là précisément ce qu'ils s'efforcent d'effectuer aujourd'hui en montrant à côté et plaçant bien au-dessus de l'observation par les sens, une prétendue observation qu'ils appelleut in» térieure et qui, si nous les en croyons, dépasse la première de toutes les hauteurs qui séparent le moral du physique, le ciel de la terre, le sacré du profane.» (De F irritation et de la folie, préface, 18*8.) Quelle est en psychologie 1* méthode d'observation par les sens? C'est la cranioscopie et la cérébrosoopie, comme il l'a insinué en x 835 à l'Académie des sciences morales et poli tiquea. Voyez le Journal de la Société phrénologique , jiullet i835. Quelle est en physiologie la méthode de l'observation intérieure? c'est ceHe de l'école écossaise. Nous démontrerons dans la troisième partie àt cet examen que l'observation intérieure a seule été réellement enjployée avec succès par le» phrénologistes. Nous rapporterons dans une des. noies suivantes le passage de M. Lélut où les rapprochemens entre les d*;ux théorie» sont faits avec beaucoup d'exactitude.
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parce que la méthode d'observation et d'induction, jusqu'à lui inconnue en psychologie, lui sert de base et de démonstration. Cette méthode consiste dans l'observation des saillies et des dépressions cérébrales d'un homme ou d'un animal, et dans l'examen des rapports constans de ces saillies et des dépressions avec des aptitudes ou des penchans spéciaux; il en résulte que, si une saillie très prononcée est toujours en rapport avec une faculté dominante, la constance de ces rapports donne lieu à deux découvertes, dont l'une est physiologique et l'autre psychologique : d'un côté, l'organe célébrai qui est le siège de cette faculté sera découvert; de l'autre, la faculté elle-même sera reconnue primitive et fondamentale. Or, pour que ces découvertes soient réelles et servent à édifier un système nouveau, il faut que la méthode en vertu de laquelle il existe soit exacte et vraie : ceci est de rigueur. Que dirons-nous donc du système, de sa signification et de sa valeur, si cette méthode est non-seulement inexacte, ainsi que l'avouent les docteurs eux-mêmes, mais complètement fausse, comme il est facile de le démontrer?... Quoi qu'il en soit, cette méthode, puisque le système la proclame, nous devons l'examiner; nous devrions l'examiner quand même les phrénologistes n y attacheraient eux-mêmes aucune importance, puisque la phrénologie n'existe que par elle , puisqu'elle n'existe qu'à la condition de l'accepter, et puisque, sans cette méthode, le système se perdrait en grande partie dans les systèmes antérieurs, et serait passible des condamnations qu'il porte lui-même sur ces derniers. En effet , toute coordination psychologique des facultés, donnée par les philosophes sans le secours de celle méthode, procède nécessaire -
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ment de l'observation des faits intérieurs de la conscience, que l'école écossaise signale comme la source de toute coordination psychologique, source contre laquelle les phréuologistes , en tacticiens habiles, dressent toutes leurs plus forles batteries. Nous verrons au reste que, tout en proclamant une méthode nouvelle, ils ont fort bien su mettre à profit la méthode ancienne; bien plus, ils n'ont rien avancé d'un peu probable qu'ils n'y aient été conduits par la méthode qu'ils décrient le plus, et souvent avec raison. Mais que ceci ne nous empêche pas d'exposer au grand jour les élémens de la méthode phrénologique. Nous croyons devoir au moins les signaler, en nous bornant à des dénégations nettes et positives, que le bon sens des lecteurs nous dispensera de développer.
En effet : i* la surface extérieure du crâne ne reproduit pas la forme de la surface correspondante du cerveau; — 2 0 dans l'immense majorité des cas où des saillies et des dépressions sont observées, elles n'ont aucun rapport avec les facultés qu'on prétend leur être correspondantes; — 3° plusieurs circonvolutions cérébrales ne sont pas en contact avec le crâne; elles sont inaccessibles à l'observation cran ios topique; — 4° les circonvolutions cérébrales dont les saillies sont représentées comme l'expression extérieure, ne peuvent être examinées qu'après la mort de l'individu, et lorsque le cerveau a été mis à nu , ce qui rend les observations exactes très rares et très difficiles; — 5° les cirvonvolutioàs, pour qu'on pût dire qu'elles sont plus ou moins développées, devraient être susceptibles d'une mesure exacte qui ne variât jamais, et qu'il est impossible d'établir en anatomie; — 6° non-seulement Vé-
ncrgie des facultés n'est pas en rapport constant avec le développement organique des circonvolutions, mais encore cela ne peut pas être; car les circonstances de nutrition, de tempérament, d éducation, du milieu dans lequel on vit, font que ces facultés sont souvent et nécessairement dans un rapport inverse du développement cérébral 5 — 7 0 les circonvolutions elles-mêmes, d'après les travaux auatomiques de Gall sur le cerveau, ne constituent pas des organes, mais des formes superficielles d'organes, des terminaisons d'organes profonds et étendus, dout le développement peut être considédérablc sans être sensible et distinct; et ces formes peuvent varier sans qu'elles influent sur la fonction; — 8° plusieurs circonvolutions étant également développées empêchent de distinguer celle dont dépend une faculté plutôt qu'une autre; — 9* les faits pathologiques ne montrent jamais, ou presque jamais, une lésion bornée à une circonvolution; ils ne montrent jamais que la lésion d'un groupe de cirvonvolutions ait été accompagnée d'une altération constante dans les facultés qui dépendent de ce groupe, etc.
Voilà des dénégations bien positives : à des faits avancés nous opposons des faits contradictoires, incontestables, avoués en partie par les phrénologistes euxmêmes et que tout le monde peut vérifier. Là, se borne notre argumentation, car il serait impossible qu'elle fût sérieuse de notre part. Lorsqu'on fait reposer tout un système psychologique sur des faits dont tout le monde peut apprécier toute la valeur; quand on affirme ces faits avec une assurance qui semble défier les contradictions, et quand on sait très positivement que ces faits sont faux, la discussion est impossible, lesdénéga-
tioos doivent suffire; l'honnête homme doit se borner à dire au système, ment iris impudentissime , tout en tenant compte de leur bonne foi aux phrénologistes qui, dans l'expression de leur opinion individuelle, semblent assez disposés à être de notre avis (B).
Telle est la valeur de cette fameuse méthode dont le système se fait un drapeau pour captiver l'attention générale, pour se donner les apparences {de l'originalité et de la nouveauté, pour exploiter, tranchons le mot, la curiosité vaniteuse et fainéante des oisifs. Avant de passer à l'examen de la coordination psychologique des facultés établie par l'école, nous allons exposer les principes qui ont présidé à cette coordination. Là nous verrons que la méthode phrénologique n'est venue qu'après la coordination elle-même; qu'elle n'a jamais été employée dans la recherche des principes de cette coordination ; qu'elle a été traînée à la remorque toutes les fois qu'elle n'a pas été nécessaire à la popularité du système. Quand elle devient nécessaire au succès, on la proclame hautement , on la présente aux uns comme un résultat scientifique de la doctrine , aux autres comme une méthode nouvelle, infaillible, certaine, comme une véritable boussole psychologique.
Nous devons reconnaître qu'il y a dans les principes généraux de la coordination phrénologique un côté réel et fécond, qui forme à lui seul toute la valeur réelle du système, ce que les phrénologistes savent aussi bien que nous, et qui amènerait des conséquences belles et utiles, si ce qu'il renferme de vrai n'était frappé de stérilité par la solution matérialiste qui préside et aux principes généraux de la coordination , et à la coordination elle-même. La cause de cette
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stérilité n'est donc pas dans les vices de la méthode dont on ne s'est jamais servi sérieusement, elle est tout entière dans le sentiment qui anime les disciples de l'école, dans leur désir de continuer et de perfectionner l'œuvre de négation du dix-huitième siècle, dans leur complète ignorance du hut et des lois de l'activité humaine.
Voici les principes généraux de la coordination phrénologique. Nous citons Gall; car nous devons remonter à la source, afin de connaître la inarche du système. Nous, verrons comment l'habile professeur a fait intervenir une série de propositions pour établir la cranioscopie sur des bases en apparence bonnes et solides (i).
• i° Des facultés et des penchons sont innés dans thomme et dans les animaux. — L'ouvrage de M. Lélut que avons cité est en grande partie destiné à prouver que cette proposition est aussi ancienne que la philosophie, et que les termes seuls sont un peuchangés. Lesrapprochemens que l'auteura faits dans cette pensée attestent une érudition et une sagacité remarquables , en même temps qu'ils constituent, selon nous, le principal mérite de son livre. Quoi qu'il en soit, cette proposition de Gall n'avait jamais été développée avec autant de netteté et de précision qu'elle l'a été dans sa physiologie du cerveau.
2° Les facultés et les penchans de V homme ont leur siège dans le cerveau. — Ce principe, si nous regardons aux penchans établis par l'école, tels que
(t) Voyez la lettre du docteur Gall , en 1798, à M. Josepb-Fr. de Retzer, sur les fonctions du cerveau. (Journal de la Société phrénologique de Paris , avril i835.)
la bienveillance, l'amour physique, etc., peut souffrir des exceptions; mais le principe est vrai : réduite à des termes généraux, la proposition est une vérité physiologique qui avait été proclamée par plusieurs auteurs , long-temps avant Gall. Nous devons rappeler ici que Gall n'avait aucuue notion des manifestations qui constituent l'activité spirituelle dont nous avons parié, et que, dans l'énoncé que nous faisons des principes généraux, nous devons mettre hors de cause cette activité comme n'étant pas admise dans le système.
3° Les facultés sont non-seulement distinctes des penchans, mais aussi les facultés entre elles et les penchans entre eux sont essentiellement distincts et indépendans. — - Cette distinction est précieuse en tant qu'elle sert à décomposer les termes généraux qui désignaient et qui désignent encore dans les écoles, des groupes de facultés sous le nom d'imagination , de mémoire, de jugement, de perception, d'attention, de réflexion , et des groupes de penchans sous le nom de vanité, d'ambition, d'amitié, d'envie, de colère, d'iustinct poétique, musical, etc. Sur cette distinction reposent tous les efforts de coordination tentés par les phrénologistes et avant eux par l'école écossaise : de cette distinction dépend la connaissance des aptitudes primitives et fondamentales de notre nature animale. Quant à notre manifestation spirituelle, nous l'avons dit , il n'en est pas question dans le système.
4° Les facultés et les penchans doivent par conséquent avoir leur siège dans des parties du cerveau distinctes et indépendantes entre elles. — Cette conséquence est logique. Réduite à ces termes , cette proposition, comme les deux premières, avait été établie
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long-temps avant Gall , ainsi que nous le démontre* rons par quelques citations. Au reste, nous ne nions ni n'affirmons cette proposition qnant au siège des facultés , mais nous n'hésitons pas à reconnaître que si ces organes doivent en effet être distincts et indépendans, il doit néanmoins exister une dépendance logique entre les organes nerveux dont la coopération successive et rapide est réclamée par uue détermination instinctive ou volontaire.
5° De la différente distribution des differens or» ganes et de leurs divers développetnens résultent des formes différentes du cerveau. —Ici nous touchons à la céréhroscopie. Nous arrivons insensiblement par voie de déduction à la méthode qui sera bientôt le piédestal du système. Nous n'avons rien à objecter à cette proposition qui est très vague, car nous reconnaissons que la masse générale de l'encéphale peut être modifiée en raison du but, de la nature et de l'intensité des aptitudes fondamentales des animaux et de l'homme; mais rien de précis ne peut être établi à cet égard, touchant la psychologie , et par conséquent la proposition suivante n'a aucune valeur scientifique.
6° De V ensemble et du développement d'organes déterminés résulte une forme déterminée soit de tout le cerveau, soit de ses parties, soit de ses régions partielles. — Evidemment Gall veut arriver à la cranioscopie; il pose cette proposition comme un pont sur l'abîme qui la sépare des propositions qui précèdent. Ici il établit cet axiome si souvent contesté et si souvent démontré laux, qu un organe est d'autant plus actifqu'ilestplus développé. \\ neltii reste plus cju'à établir la correspondance de la forme extérieure du crâne
avec les développemens de la surface cérébrale. C'est ce qu'il fait dans la proposition suivante.
7 0 Depuis la formation des os de la tête, jusque dans Tâge le plus avancé , la conformation de la surface interne du crâne est déterminée par la conformation extérieure du cerveau; on peut donc être assuré de certaines facultés et de certains penchans f tant que la surface extérieure du crâne s accorde avec la surface intérieure, ou bien tant que celui-ci ne s'éloigne pas des déviations connues. — Nous voici en pleine cranioscopie. Gall ne s'exprime aussi timidement sur les rapports de la surface interne du crâne , que pour prévenir l'objection de l'arcade sourciiière et des sinus frontaux, puisque de tous les points de la surface crânienne il n'y a que ceux-là qui ne soient pas sillonnés d'indications cranioscopiques.
Telle est la marche avouée qu'a suivie le chef de l'école phrénologique. On voit dès les premiers pas qu'il avait en vue la cranioscopie , et qu'il avait soin de la faire venir à la suite d'un cortège scientifique imposant, afin que, derrière elle, les hommes intelligens pussent distinguer une certaine profondeur de vues, et rencontrer quelques travaux plus graves et plus sérieux. Ce procédé ne manquait pas d'habileté. A cette habileté le système doit son existence et sa durée de quarante années. Au public léger, superficiel, curieux, pour qui tout ce qui amuse est une précieuse découverte , le système présente la cranioscopie ; aux esprits sérieux qui la dédaignent , il oppose les principes psychologiques comme une conquête indépendante de la cranioscopie : cette tactique est un héritage que le maître a légué à ses disciples, et dont ceux-ci savent faire
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leur profit avec moins d'esprit, mais avec plus d'assurance. C'est la cranioscopie qui a ouvert à la phrénologie la route du monde, et c'est la cranioscopie dont les docteurs les plus profonds s'inquiètent le moins dans le sanctuaire. L'école phrénologique, comme les écoles de l'antiquité, a deux enseignemens , l'enseignement exotérique destiné au vulgaire, c'est la cranioscopie , et l'enseignement ésotérique, c'est la coordination psychologique.
Voici en quels termes Gall a émis son idée de la méthode psychologique fondée sur la cranioscopie, qui était son idée fixe, d'autant plus fixe, qu'il s'efforçait de la voiler davantage , et qu'il affectait plus de n'y arriver que par une série de travaux et de raisonnemens sérieux. Après avoir exposé les principes généraux que nous venons d'énoncer, il exprime sa pensée sur l'application de ces principes , afin de parvenir à rétablissement et à la détermination des facultés et des penchons existanspar eux-mêmes. « Comme je suppose, « dit-il . un organe particulier pour chacune de nos « qualités indépendantes , il ne s'agit plus que d'établir « quelles sont les qualités indépendantes , afin de sa- <r voir quels sont les organes qu'on peut espérer de dé- « couvrir. J'ai rencontré dans cette démarche beaucoup « de difficultés depuis plusieurs années. À la fin , je me « suis convaincu que, pour cela, comme en général pour « toute chose , on va par le chemin le plus court si l'on <c met de côté tous les raisonnemens prématurés , et si « l'on se laisse tranquillement conduire par les faits....» Puis, avant d'indiquer les moyens de la méthode d'observation et d'induction qui lui ont le plus servi dans la détermination de Vindèpendance des qualités
naturelles, il indique ceux par lesquels on découvre le siège des organes ; car c'est surtout par cette découverte que l'autre peut être obtenue. Parmi ces moyens il en cite quatre qui sont les principaux, et qui sont nuls si la cranioscopie est une mystification; il en cite deux qui tiennent à la cérébroscopie , et un septième, le plus important selon nous, qui lui est fourni par l'échelle graduée des espèces animales, de leurs penchans, de leurs facultés et de leur organisation. Voici les quatre premiers sur lesquels pivote toute la méthode cranioscopique. i° La découverte de certaines protubérances ou de certaines dépressions, lorsqu'il y a des qualités déterminées. a° L'existence de certaines qualités en même temps que l'existence de certaines protubérances. 3° Une collection de modèles en plâtre. 4* Une collection de crânes. Voici les deux autres qui sont les premiers germes de la cérébroscopie qu'on vante d'autant plus aujourd'hui que la vérification en est plus difficile, puisqu'il faudrait fendre le crâne d'un homme ou attendre sa mort pour pouvoir s'en servir. 5° Phénomènes dans les maladies et dans les lésions du cerveau , et leurs rapports avec les diverses aliénations mentales. 6° Etude comparée de plusieurs cerveaux et de leurs rapports avec les facultés et les penchans déterminés, etc. Quant au 7 e , qui est le plus réel, il a feint d'y attacher moins d'importance. Le docteur Gall , qui donne à la cranioscopie une part si grande dans l'établissement et la détermination des penchans et des facultés, s'est indigné de voir sa science appelée de ce nom. « L'objet de mes recherches est le cerveau , dita il , le crâne ne l'est que comme une empreinte fidèle « de la surface extérieure du cerveau , et n'est par con-
<r séquent qu'une partie de l'objet principal. Cette déce nomination est donc aussi défectueuse que serait celle (( de faiseur de rimes pour un poète. » Mais si la cranioscopieest de tous les moyens que Gall a proclamés, le plus propre à amener la découverte des organes cérébraux et de leurs fonctions, elle doit former l'objet principal du système, elle doit non-seulement lui servir d'enseigne, mais encore lui servir de base. Et cependant la cranioscopie est une erreur. Tel est le cercle vicieux dans lequel nous voyons tourner la phrénologie.
Si nous avons tant insisté Sur l'importance du rôle de la cranioscopie dans le système phrénologique , nous l'avons fait dans le but de montrer que ce système est condamné, pour vivre, à proclamer comme admirable, nouvelle et infaillible , une méthode que les docteurs sont près d'abandonner à la moins sérieuse des objections. Nous avons essayé de dissiper les prestiges que le système cherche à répandre autour de lui , en annonçant une sorte d'horoscope moral et intellectuel qui substitue les phrénologistes aux astrologues, aux tireuses de cartes et aux diseuses de bonne aventure. Il nous importait d'en finir avec la cranioscopie avant d'aborder l'examen de la théorie professée par le système, sur les modes d'action des facultés fondamentales dans les manifestations dites morales et intellectuelles. Cette théorie est tout-à-fait indépendante de la cranioscopie; elle ne doit pas, nous devons le dire, porter le fardeau des erreurs et des mensonges qui pèsent sur la méthode prétendue phrénologique que nous venons d'exposer très rapidement.
DU SYSTÈME PHILOLOGIQUE. 3l TROISIEME PARTIE.
De la théorie des phrénologistes sur les facultés et leut mode d'action dans les manifestations dites morales et intellectuelles.
Il ne s'agit plus ici d'exposer les principes etla méthode du système, il s'agit d'entrer profondément dans la théorie prétendue psychologique qu'il professe. Cette théorie doit être discutée, jugée avec sévérité, mais avec impartialité : elle renferme des données qui sont vraies, nous devons les signaler; elle en renferme de fausses , nous devons les faire connaître : nous devons surtout empêcher que le système , à la faveur des vérités qu'il a acceptées , ne se glisse furtivement dans les esprits pour y porter ses erreurs.
La théorie psychologique du système repose sur trois questions principales ; ces questions sont : i° celle de l'innéité des penchans et des facultésa° celle de la coordination de ces penchans et de ces facultés ; 3° celle du mode d'action de ces forces innées dans la production des déterminations que l'on nomme entendement et volonté. Chacune de ces questions peut être traitée indépendamment de celles que Gall soulève à tout propos sur les fonctions du cerveau et de ses parties : on peut arriver même à résoudre ces questions sans le secours de la partie physiologique du système, qui n'a pas plus éclairé Gall dans ses recherches qu'elle n'éclairerait nos lecteurs dans notre discussion. Toutefois , comme il n'est aucune théorie psychologique qui ne soit entrée plus ou moins profon-
3a DU SYSTÈME PHRÉNOLOGIQUE.
dément dans le domaine de la physiologie générale , et comme cette dernière science s'est prêtée à toutes les conceptions à l'aide desquelles les psychologistes ont essayé dei ormuler leurs observations, il en résulte que nous ne devons pas seulement examiner la théorie des phrénologistes sous le point de vue de l'innéité, de la coordination et du mode d'action des penchans et des facultés, mais encore sous le point de vue des instrumens organiques qui ont été désignés comme servant à la manifestation des phénomènes affectifs et intellectuels. Nous nous trouverons ainsi forcés de revenir à la cérébroscopie et à la cranioscopie: mais, cette fois, nous ne les considérerons plus comme nous l'avons fait dans les pages qui précèdent; nous leur restituerons la signification qu'elles n'auraient jamais dû cesser d'avoir, et que Gall tenait à leur conserver dans le monde savant. Il ne s'agira plus de les présenter comme les bases de la méthode phrénologique ou comme une enseigne destinée à attirer les passans ; nous n'y reviendrons que pour exprimer les rapports que le système a cherché à établir entre ses données psychologiques et les fonctions cérébrales.
Faisons une citation de l'ouvrage de M. Lélut, qui nous donnera une idée de la manière dont il envisage la phrénologie, en même temps qu'elle nous servira de lien entre ce qui précède et ce qui suit.
a La société , dit l'auteur dans les considérations préliminaires de son livre, a écouté avec une faveur plus qu'indulgente, les absurdités, les extravagances des physiognomonistes et celles de Lavater en particulier , parce que ces prétendues doctrines devaient lui faire juger de l'intérieur par l'extérieur, de l'esprit par le
Diqitized
J)TJ SYSTÈME PBtRÉNOLOGIQUE. 33
corps, lui faire connaître , en un mot, les dispositions originelles, le talent et l'imbécillité, les vertus et les vices, par les formes particulières du visage et par celles des autres parties du corps. Il ne faut pas non plus chercher ailleurs l'espèce de vogue dont jouit, à son apparition , le système de Gall , lorsque, aux yeux du monde surtout, il n'était encore que de la cranioscopie, et qu'il n'avait guère fait que substituer ses bosses aux traits de la physionomonie. Plus tard on s'aperçut que ce n'était pas là tout le système; que sa psychologie tendait à établir une meilleure théorie des aptitudes naturelles, des affections et des passions, et enfin de la liberté morale, et à donner , par conséquent , des bases plus solides à l'éducation, à la législation, et à toutes les autres questions de la philosophie appliquée. Et l'attention sollicitée par tant d'utiles conséquences , se porta de la cranioscopie à la phrénologie , des bosses aux facultés où elle est encore et où nous la trouverons lorsqu'il en sera temps (i). »
Nous devons nous hâter de dire ici que la solution matérialiste dont nous avons parlé et que nous démontrerons encore, nous empêche de reconnaître que la phrénologie tend à établir des bases solides à l'éducation , à la législation et à toutes les autres questions de la philosophie appliquée. Nous renvoyons à la quatrième partie l'examen des conséquences pratiques, avouées ou non avouées, du système : renfermons-nous aujourd'hui dans le cadre que nous nous sommes tracé: examinons la théorie du système, sans égard au principe dont il émane, sans égard aux conséquences pra-
(x) Ouvrage cité.
34 *>U SYSTÈME KmÉ>OLOGTQUE.
tiques qui en découlent, sans égard au costume à l'aide duquel il a cherché à se produire dans le monde.
§ t. — • De Virvnèitè des penchans et des facultés.
Gui! est bien loin d'être le premier philosophe qui ait conçu et établi ce principe aussi ancien que la science , aussi ancien que la pensée humaine : il a été admis par ceux-là même qui se sont efforcés de fonder une science destinée à le nier. On trouve dans Fourrage de M. Lélut , que nous avons cité , un chapitre très étendu , consacré à l'examen de tout ce qui avait été dit avant Gall sur l'innéité des penchans et des facultés ; nous y renvoyons ceux de nos lecteors qui désireraient connaître les essais qui avaient précédé ceux de Gall.
Gall commence par établir les caractères propres de la tie végétative et ceux de la vie animale. Il établit que toute la différence dans les fonctions, chez Thomme et chez les animaux, tient à des différences qui existent dans l'organisme de la vie végétative et dans celui de la vie animale ; et il ajoute aux organes que les physiologistes avaient rangés dans la classe des instrumens dé la vie animale , les sens internes dont dépendeut les impulsions, les penchans et les aptitudes chez l'homme -ét chez les animaux. Il agrandit le domaine jusque-là trop limité de la vie animale, mais il ne va pas au-delà. U tombé dès les premières pages de ses ouvrages dans IVrreur que nous avons signalée dans le sixième numéro de ? Européen (i), erreur commune à tous les
(i) Considérations physiologiques sur Us démens et les moyens de l'art, page 17*.
DU SYSTEME PHR&fOLOGIQUE. 35
physiologistes , erreur que nous devons combattre de toutes nos forces, au nom de la certitude morale, au nom de la science, au nom de la vérité. A la vie végétative, qui est commune aux plantes, aux animaux et à l'homme, il assigne des fonctions qni sont communes à ces êtres divers; et ces fonctions, il les montre s'ûpérant eu eux également par les lois de l'organisation, par une aveugle nécessité, sans perception, sans conscience, sans volonté. Telles sont, par exemple, la fécondation, l'assimilation, la nutrition, la croissance, les sécrétions, les excrétions , etc. Jusqu'ici, nous n'avons aucune objection à faire : tout le monde était d* cet avis long-temp9 avant que Gall parût.
« Mais* ajoute Gall, l'homme et les animaux jouissent encore de fonctions d'un ordre plus élevé et essentiellement différentes; ils jouissent de la sensibilité; ils perçoivent les impressions extérieures et intérieures; ils ont la conscience de leur existence; ils exercent de* mouvemens volontaires, des fonctions des sens; ifo sont doués d aptitudes industrielles, d'instincts, de penchant, de sentimens, de talens f de qualités morales et de facultés intellectuelles.
« Aussitôt qu'une ou plusieurs de ces fonctions ont lien dans un être , il est censé jouir d'une vie animale. Comme otf croyait que toutes ces facultés étaient le produit des impressions sur les sens , on la désignait sous le nom de Tie de relation ou de vie extérieure (i).
(1) Gall pourrait fort bien se tromper en expliquant ainsi l'expression de vie de relation, ou de vie extérieure, adoptée par les physiologistes. Ceux-ci se sont servis indifféremment de eeife expression oo de celle de vie <xni~ itutle, dte nie iens'ttiçe, pour désfgber le même ordre de phénomèmes, c'està-dire le* impressions extérieures et intérieures, les besoins, les penchans.
a On a donc raison de diviser les parties du corps en organes de la vie végétative et en organes de la vie animale.
« Les lecteurs qui ne sont pas versés dans l'étude de l'histoire naturelle me demanderont, continue Gall, quel est l'organe ou quels sont les organes de la vie animale? Par quels moyens la nature a-t-elle réalisé tous les phénomènes, depuis la simple sensation jusqu'aux qualités morales , et jusqu'aux facultés intellectuelles les plus compliquées ?
« Ces moyens, ces organes, sont un appareil tout particulier dont les végétaux et les animaux-plantes sont encore privés , c'est le système nerveux. Les nerfs seuls sont les instrumens de la sensibilité, du mouvement volontaire, des fonctions des sens. Sans système nerveux, point d'aptitude industrielle, point d'instinct, point de penchant, point de sentiment, point de talent, point de qualité morale ou de faculté intellectuelle , point d'affection , point de passion.
« Chaque ordre particulier de fonctions de la vie animale est effectué par un système nerveux particulier, par des nerfs particuliers, distincts des autres systèmes nerveux et des autres nerfs. Il y a un système nerveux particulier pour les viscères et les vaisseaux destinés principalement à la vie végétative; il y a un système nerveux, instrument des mouvemens volontaires; il y en a un qui est affecté aux fonctions des sens; enfin,
les senlimenset les passions. Nous demanderons à Gall s'il est un instinct, un penchant , une aptitude qui ne soit destiné à établir un rapport avec le monde extérieur, avec le non-moi? Gall nous semble avoir prélé aux physiologistes une pensée qu'ils n'avaient pas, afin de paraître original et neuf en les combattant.
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le plus noble chez les animaux et chez l'homme, le plus considérable, le cerveau, a sous sa dépendance tous les au ires , et est la source de toute perception , le siège de tout, instinct, de tout penchant, de toute Jorce morale et intellectuelle (1). »
Voilà un début franc , net et précis. Voilà les plus hautes prérogatives de l'homme à côté de ses instincts les plus grossiers , placées , resserrées entre les limites de la vie animale, ayant avec les instincts animaux une communauté d'origine, une base et une loi communes, celles de l'organisme, celles de la matière organisée : il n'y aura de manifestations diverses que celles qui dépendront du nombre , de la forme, de l'étendue, de l'énergie ou du développement des organes. Voilà comment Gali a résolu la question de l'innéité des penchans et des facultés. Aucune manifestation humaine ne peut avoir lieu sans qu'une excitation organique ne l'ait provoquée, sans qu'un organe spécial dont dépend cette manifestation ne se soit mis enjeu: il n'est aucun sentiment humain qui ne soit excité par les mouvemens physiologiques d'un organe cérébral : l'homme est un animal auquel le créateur a accordé certains sens internes qu'il a refusés ou qu'il n'a donnés qu'en germes aux autres animaux; il n'a aucune faculté qui ne lui soit donnée exclusivement par les organes des sens; il n'est donc pas doué d'une vie spirituelle ; sa destinée n'est donc pas unique sur la terre , elle est commune avec celle des animaux.
La question de l'innéité des penchans et des aptitudes ne doit pas être résolue ainsi. De ce que la théorie
(i) Sur les fonctions du cerveau et sur celles de chacune de ses parties, ««' pages a3, ai et a5.
de Gall repose sur des vérités à l'évidence desquelles nous nous rendons avec plaisir, de ce que ces vérités y ont été accueillies et y sont exposées avec netteté et précision, de ce que ces vérités y ont reçu une vie nouvelle qui les a mises à la portée de tous les esprits, devons-nous en conclure que la théorie soit vraie? devons-nous en conclure que toutes les bases en soient également solides, que toutes ses données générales soient exactes? Ces vérités que le système affirme, et qu'il tient toujours en réserve pour les opposer à ceux qui le combattent sérieusement, ne lui appartiennent pas; elles sont des étrangères auxquelles il a bien voulu accorder une hospitalité intéressée ; sur lesquelles il a bien voulu jeter le manteau bariolé de la cranioscopie et de la cérébroscopie. Nous combattons le système parce qu'à la faveur des vérités qu'il a recueillies et élucidées, il veut faire triompher un principe mauvais ; parce qu'il invoque à l'appui de ce principe tous les secours d'une science fausse: nous le combattons avec d'autant plus de persévérance que les vérités dont il s'est emparé, pour les exploiter au profit de ce principe, servent davantage à faire accepter ses erreurs.
Disons maintenant quelles sont ces vérités, ou plutôt disons quelles sont les approximations vraies de la théorie; nous dirons ensuite les erreurs fondamentales auxquelles ces vérités ont été associées dans l'intérêt du système.
Voici les vérités ou les approximations que le système a acceptées. Les instincts, les penchans , les aptitudes, les talens, toutes les facultés , en un mot (cette expression est consacrée par l'école (i) ), qui
(i) Nous ne voulons pas aller plus loin sans protester contre c«Ue exprès
DV SYSTEME PttR ÉNOLOG I QUE. 3g
ont pour hut un acte de conservation , de jouissance, ou de satisfaction individuelle, sont innées ; elles tiennent à l'organisme nerveux central ; elles ont une existence indépendante et des organes indépendans; elles manifestent chez les animaux et chez l'homme des différences qui dépendent de conditions organiques, différences qui ne sauraient être anéanties par l'influence du milieu dans lequel peuvent vivre les hommes et les animaux : ces facultés appartiennent; à la vie animale; elles sont par conséquent soumises à la loi qui régit la matière organisée et vivante; elles ne se manifestent qu'en raison des progrès du développement organique; là où ce développement n'est pas complet, ces facultés sont en puissance, elles existent virtuellement; elles sont innées, c'est-à-dire, elles sont inhérentes à des organes et indépendantes à la sensation; elles sont un témoignage de l'erreur dans laquelle sont tombés la plupart des psychologistes, ceux qui ont placé la source de toute impulsion dans un prin-
sion de facultés adoptée sans discernement par les écoles philosophiques, te mot de /acuité suppose une liberté; fl implique une activité libre, nue volonté. Il n'en est pas ainsi des aptitudes, des penchant ou des sentiment. L'homme n'a pas la faculté de sentir, mais il a celle de consentir; il n'a pas la faculté d'éprouver la faim, il a souvent faim et soif malgré lui ; mais fl peut se laisser mourir de faim ; il n'a pas la faculté d'exprimer ses impressions et ses sentimens, par les gestes, par l'accent, par la voix, par la physionomie, etc.; mais il a la faculté d'arrêter ou de diriger cette expression instinctive, etc. Comment espérer de voir triompher la clarté et la précision des idées quand le langage philosophique accepte de telles erreurs? Appeler faculih de famé toutes les aptitudes, toutes les impulsions organiques, n'est-ce pas renouveler cette antique donnée du panthéisme qui regardait les forces matérielles comme les attributs de i'ame universelle , selon cette parole: V univers est la manifestation de Brahma? Nous serous pourtant forcés de nous servir de cette expression, toutes les fois que nous devrons exprimer les idées des écoles dont nous aurons a parler.
4o DU SYSTÈME PHRÉNOLOGIQUE.
cipe spirituel, et ceux surtout qui l'ont placée dans les impressions reçues par les sens extérieurs. En un mot, les animaux et l'homme sont doués de sens internes en vertu desquels ils sont appropriés à des déterminations et à des opérations diverses; chez l'homme, il est des conditions organiques du corps en général et du cerveau en particulier , qui agrandissent le domaine de ces facultés, et qui les rendent plus susceptibles d'être modifiées par l'éducation morale.
Les facultés qui servent à connaître ies objets extérieurs, leurs changemens et leurs qualités, telles que les facultés de sentir, de percevoir, celle de l'habitude (ou en langage phrénologique, celle de se souvenir), sont innées ; elles tiennent à l'organisme cérébral. Les circonstances extérieures, celles surtout qui appellent l'exercice de ces facultés , peuvent les modifier d'une manière remarquable.
L'entendement et la volonté, ces deux facultés primordiales , admises par les écoles , doivent subir l'épreuve d'une analyse nouvelle. On doit cesser de distinguer par ces mots les faits principaux de notre nature animale. Il en est de même de ceux-ci : Facultés intellectuelles et morales, l'esprit etl'ame , l'intelligence et la sensibilité, la tête et le cœur, ou la pensée et les sentimens (i).Ces expressions sont vicieuses; car d'après l'explication qu'on donne de la volonté, elle est synonyme de désir, de velléité; souvent elle signifie une détermination instinctive et aveugle; quelquefois elle
(i) Des facultés de V homme moral et intellectuel, par Spurzheim, pag. i4« Nous démontrerons plus tard que les phrénologistes sont tombés dans la même confusion que leurs devanciers , quoiqu'ils n'en aient pas accepté toutes les erreurs.
DU SYSTÈME PHRKNOLOGIQUE. 4 1
est une détermination spontanée. La même confusion règne dans la théorie de l'entendement. Elle repose sur ce fait, que la perception des objets extérieurs est la source et le mobile de toute opération intellectuelle et de toute connaissance, tandis que ces opérations sont très souvent sollicitées par des impulsions et par des perceptions intérieures. La plupart des facultés percevantes, qui ont lieu à la suite des impressions reçues par les sens externes, sont indépendantes de l'action de ces organes; ainsi le talent de la musique est indépendant de l'oreille, celui de la peinture ne dépend pas de l'organe de la vue, etc. Ces diverses aptitudes à percevoir et à produire des sons et des couleurs, tiennent à des organes cérébraux, dont l'activité peut varier d'intensité chez les diverses espèces et chez les divers individus. Elles sont innées comme l'aptitude à exprimer les impressions par des gestes et par des accens particuliers , comme l'aptitude à imiter les gestes et les accens des autres, etc. Il en est de même des aptitudes à conserver le souvenir des perceptions, et ces aptitudes peuvent varier selon les dispositions particulières de chacun ; ainsi la mémoire des sons et des accords n'est pas la même que celle des évènemens; l'une peut être plus considérable que l'autre chez le même individu, etc.
Voilà les approximations : mais voici maintenant les erreurs.
L'homme est un animal, ou, si vous l'aimez mieux, un être organisé, doué, comme les animaux, ni plus ni moins, de deux ordres de fonctions , de celles qui appartiennent à la vie végétative et de celles qui appartiennent à la vie animale; ou, si vous l'aimez mieux
encore, V homme ne doit pas être isolé des animaux, car il n'est que la continuation de la chaîne animée (i). Il n'est aucune détermination qui ne soit excitée par l'impulsion d un ou de plusieurs organes prédestinés à cette détermination : il n'est aucune opération intellectuelle, instinctive ou morale, qui ne soit sollicitée par une force organique : tous les résultats de l'éducation ne modifient les penchans et les aptitudes qu'en modifiant directement les organes qui en sont le siège (a). Si l'homme a des facultés qui le distinguent des animaux et qui lui donnent le caractère propre de V humanité, ces facultés tiennent à des parties cérébrales que les animaux n'ont point ou dont ils ne possèdent que les germes, et la différence des effets se trouve ainsi expliquée par la différence des causes (3). Si l'homme s'élève jusqu'à la connaissance du bien et du mal; s'il apprécie le mérite et le démérite des actions; s'il recherche la cause et le but des phénomènes; s'il s'élève jusqu'à un Dieu pour adorer, et jusqu'au sacrifice de sa personnalité pour obéir à des lois; s'il a la faculté ( ici celte expression est employée dans le sens qui lui appartient ) de s'imposer ou d'accepter des
(i) Analyse d'un cours du docteur G ail. Paru, 1808, page ig.—Sur Us fonctions du cerveau, par Gall, tom. I, page 54, 55, etc., et tom. VI, page4»3. — Observations sur la phrénologie , par Spunheim , introduction, page xj. — Rapports delà phrénologie avec la philosophie, par F.-J.-V. Broussais. — Journal de la société phrénologique de Paris, jan-
(a) Sur Us fonctions du cerveau et de ses part'ies, tom. I, page a 8 a, et tom, VI, pages 4o5, 406 , etc.— De C irritation et de la folie, par F.-J.-V. Broussais, pages 309 et suiv.
(S) Sur Us fonctions du cerveau, ton. I, pag. 94-75.— f?«fli phil. sur la naiura morale et inteUectuelU de C homme, par Spuriheim, page 107.
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souffrances dans un but étranger à ses intérêts personnels ; s'il a la faculté d'exprimer par un signe spirituel, par la parole, les rapports de son activité et son activité elle-même, etc. ; ces facultés, selon eux, ne dépendent pas, ainsi que nous le disons, nous, d'un enseignement inoral adressé à l'esprit de l'homme, ou de la spontanéité spirituelle qui est en nous; mais elles dépendent d'une prédestination organique (i). Aux erreurs que nous venons de citer, les phrénologistes ajoutent l'hypocrisie; ils répondent aux accusations de matérialisme si bien justifiées par ce que nous venons de dire ; « que les organes cérébraux sont, pour ces facultés, comme pour toutes les aptitudes animales, les instrumens del'ame, qu'ils en sont les instrumens indispensables: » mais lorsqu'on considère l'ame comme n'ayant aucune puissance par elle-même, comme n'ayant pas la faculté d'impulsionner à priori ses instrumens, et de leur imprimer son activité, on la réduit à un rôle misérable; on n'en fait plus qu'une formule sans réalité; ou bien elle ne sera plus qu'un mot vide de sens, un préjugé ou un mensonge. Le principe spirituel, d'ailleurs , ne saurait être doué de facultés contradictoires , et en bonne logique il ne saurait être regardé comme actif par les phrénologistes.
(x) Sur les fonctions du cerveau , par Gall, tom. I, pag. 74. — Mshù phil. sur la nat. morale et wtell. de l'homme, par Spurzheia, p. 1 10 et suir. — Discoure prononcé à la séance annuelle do la société phrénologique de Paris, le 19 août i835, par M. F^J.-V. Broustais; Journ. delà Soc. phr., n° d'octobre 18 35, pages 3«6, Mapports de la plsrénologie
avec la philosophie t par M. F--J.-V, Brouasais; Journ. de la Soc. phr.. janvier i835, pag. tg, Mémoire sur l association du physique et du me rai, par M, F.-J.-V. Broussais , lu à l'Académie des Sciences morales e< politiques; Journ. de la Soc phr. t juillet ««35, p«fa» 371, %7% et «uiv
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Ici nous devons uous arrêter quelques instans. Nous devons faire une halte dans les enseiguemens philosophiques qui ont tenu le même langage, et qui ont enfermé la psychologie chrétienne dans les étroites limites de la science grecque. Ce reproche ne s'adresse pas seulement aux écrivains profanes et hétérodoxes des temps modernes, mais il s'adresse encore, sous forme de regret, aux écrivains religieux et orthodoxes qui ont répandu leurs enseignemens dans toutes les écoles de l'Europe.
Selon la doctrine chrétienne et selon nous, l'homme est une activité qui a des organes pour instrumens. Ces organes , s'ils ne servent qu'à entretenir une fonction organique ou animale, indépendante de l'activité spirituelle, cessent d'être des instrumens de cette activité, et ne fonctionnent que dans un but de vie individuelle ou animale (i). La loi de cette activité n'est pas la même que la loi de ces organes (a). Les animaux ne vivent qu'en vertu de cette dernière , ils sont doués des deux ordres de fonctions qui dépendent de la matière organisée; ces fonctions se manifestent par des phénomènes de la vie organique ou végétative et par ceux de la vie animale. Les organes chez les
(i) Cest l'esprit qui vivifie; la chair ne sert de rien. Év. selon saint Jean, chap. F"I t 63.
(a) La chair a des désirs contraires à ceux de l'esprit, et l'esprit en a de contraires à ceux de la chair; et ces deux choses sont opposées l'une à l'autre, de sorte que vous ne faites point les choses que vous voudriez. Êpttrt de saint Paul aux Galates , ch. r, 17. — Je vois une loi dans mes membres qui combat contre la loi de mon esprit. Épûre aux Rom., ch. F/1, a 3. — L'homme animal ne comprend point les choses qui sont de l'esprit , et il ne peut les entendre parce que c'est spirituellement qu'on en juge. Ép. aux Corinthiens, eh. il, 14.
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animaux concourent à un but commun de conservation ou de jouissance individuelle. Les organes chez l'homme concourent à un but commun d'action sur le monde extérieur. Cette action sur le monde extérieur est commandée aux organes de la vie animale par l'activité spirituelle qui a seule la faculté de leur imprimer des mouvemens propres à atteindre ce but, qui seule peut désirer, aimer et connaître ce but, qui seule peut diriger, réprimer, contrôler, toutes les impulsions animales dans une pensée conforme à ce but (i). C'est là le véritable caractère de Y humanité. Grâce à cette activité spirituelle, l'organisme animal cesse d'être chez l'homme le principe et le but de son existence, il devient un instrument de l'esprit , qui a son principe en Dieu et son but dans l'humanité. Il doit se plier aux exigences de l'esprit qui appelle le triomphe de legalité, malgré les inégalités charnelles, et l'unité chrétienne, malgré la diversité des forces matérielles eu animales. Il y a donc deux principes en l'homme, le principe spirituel et le principe animal ou matériel. L'esprit reçoit et transmet par la parole l'enseignement du but de l'activité humaine, il commande à ces instrumens de manifester cette activité dans le monde ; l'or-
(i) Il y a bien diversité de dons , mais il n'y a qu'un seul esprit. — Les dons qui se font connaître au dehors sont donnés à chacun pour l'utilité commune. — Entre tous ces dons ayez plus d'empressement pour les meilleurs. Saint Paul y Ép. aux Corinthiens, ch. II, 4, 6, 3i.
Ces citations sont assez claires pour que nos lecteurs partagent notre entreprise, et pour qu'ils se demandent comme nous où M. le docteur la Corbière a pu puiser ses renseignemens , lorsqu'il cite saint Paul parmi les moralistes anciens qui avouent hautement que rame se règle toujours d'après T état du corps. (V. sa réponse aux objections faites à la phrénologie an sein du congrès historique, p. ai.)
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ganisme se révolte; il s'insurge contre l'esprit; il appelle les satisfactions animales, satisfactions qui sont toujours égoïstes, individuelles, qui sont toujours réclamées par un intérêt, soit de conservation , soit de jouissance; il obéit à des lois fatales, et si l'esprit accepte cette fatalité, l'homme devient esclave de sa chair, il n'est plus libre, il cesse de manifester son caractère humain, il montre l'animal. Tous les sentimens qui nous font apprécier, aimer, poursuivre par des sacrifices, un but étranger à nos impulsions animales, une loi que ces impulsions tendent fatalement à anéantir, une œuvre utile à l'humanité, conforme à la loi divine, et contradictoire aux désirs de l'organisme animal ; tous les sentimens qui nous dirigent dans nos œuvres de souffrance et d'abnégation, ne sont pas des facultés innées : ces sentimens ne sont représentés par aucun organe cérébral; ils ne sont pas transmis par les impressions des objets extérieurs ; ils ont été donnés à notre esprit par la parole révélée, afin que la science et la réalisation de l'égalité et de la fraternité fussent obtenues malgré les résistances de la chair, malgré les oppositions de la science ancienne, malgré les vieilles traditions de l'inégalité et de l'esclavage.
Tels sont les enseignemens du christianisme, tels sont les enseignemens de saint Paul et des premiers Pères de l'Eglise. Mais ces enseignemens né tardèrent pas à perdre la forme dogmatique que les apôtres leur avaient donnée ; et, au lieu de créer une science nouvelle, différant de la science ancienne de toutes les profondeurs qui séparent le principe de l'égalité du principe de l'esclavage, le dogme de la rédemption du dogme de la chute, les philosophes chrétiens recouru-
DU SYSTEME PHREWOLOGIQUl.
rent aux doctrines de Platon et d'Aristote, et donnèrent au sentiment nouveau le langage et la forme qui avaient exprimé le sentiment ancien. Ainsi se glissa à travers des terres arides , cachée et souvent méconnue, la source d'eau vive qui avait jailli de l'Evangile et qui devait renouveler le monde. L* sentiment qui était dans les cœurs ne fut pas exprimé dans la science; et tandis que le verbe nouveau opérait déjà une œuvre de transformation chrétienne dans les sociétés, la philosophie le retint dans les langes du passé; le trésor resta enfoui dans la roche.
En effet, la tradition sacrée des Hindous avait dit: L'homme, en tant que créature organisée, est doué de trois instincts ou forces (gounas);ces principes sont le satura, le radjas et le tamas. Le premier porte à rechercher tout ce qui est bon, vrai ou juste; le second porte à s'attacher aux choses qui ne sont qu'apparentes, il est la source des passions; le troisième porte à l'inertie et à l'assoupissement intellectuel, il représente le 0up>ç de Platon, ou les ténèbres. Ces instincts enchaînent lame , ils la dominent dans le cours de l'existence corporelle, en raison des mérites acquis dans une vie antérieure. L'homme chez qui le satura domine est heureux; il est doué d'une nature qui le rapproche de celle des Dieux qui possèdent cette qualité et qui ne sont pas soumis au radjas et au Lamas, H doit ce bonheur aux mérites d'une vie antérieure : s'il est dominé par le radjas, il est malheureux, esclave des affections et des illusions, de l'aversion et des désirs. S'il est dominé par le tamas , il est incapable de discerner les objets , et distinguer le bien et le mal ; il est atteint d'aveuglement; sa nature ressemble à celle
des bêtes féroces, des animaux sauvages, des reptiles, des mollusques, des insectes, des végétaux et de la matière inorganique. Ces dernières conditions sont un résultat proportionné aux fautes commises dans une existence antérieure ( i ). En général, le radjas domine chez l'homme et en fait un être intermédiaire entre les Dieux et les animaux.
C'est ainsi que l'innéité organique des penchans et des aptitudes du système phrénologique a été formulée dès les temps les plusanciens, quinze siècles avantPJaton. Cette formule représente l'aine comme soumise à trois qualités représentant les forces de l'organisme; ces trois qualités sont la raison, la passion, et l'ignorance ou l'inertie. Ces qualités assignaient à l'homme le rang que lui avait mérité le péché originel des aines ; elles consacraient les inégalités sociales qui émanaient du dogme de la chute. Le bon instinct, l'instinct rationnel, le saUva, dominait les instincts inférieurs chez les brahmanes (la caste sacerdotale (i). L'instinct passionnel', le radjas y
(i) « Que l'homme sache, dit le code de Manou , que Pâme a trois qualités (gounas ), la bonté, la passion et l'obscurité, salwa , radjas et tamas : c'est douée de l'uae de ces qualités que Pinlelligence reste incessamment attachée aux substances créées. Lorsque l'une de ces qualités domine entièrement dans un corps mortel, elle rend l'être animé de ce corps éminemment distiogué par les moyens de cette qualité. Le signe distinctif de la bonté est la acience; celui de l'obscurité est l'ignorance; celui de la passion existe dans le désir passionné et l'aversion; telle est la manière dont se manifestent ces qualités qui accompagnent tous les êtres. » Code de Manou, liv. xu. »4> 4o.
Cette doctrine se trouve déjà dans le système Sankïa dont il est fait mention très honorable dans le code de Manou. Voy. Essai sur la philosophie Sanhia , par Colebroke.
« L'essence ou la bonté est légère, donnant de l'éclat, désirée; la passion est flottante, vacillante; l'obscurité est pesante, lourde. » Sankya-Karika-i3.
(a) Les anachorètes, les dévots ascétiques, les brahmanes, les légions, de
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était tout puissant chez les kchactrias (i) et les vayssias (la caste des militaires et celle des marchands ). L'instinct aveugle et fatal, le tamas, prédestinait à toutes les misères de l'esclavage, à toutes les fonctions de la brute, la classe la plus nombreuse des hommes , l'immense caste des soudras (a). La liberté humaine était appelée à se manifester par l'accomplissement des devoirs prescrits et par la pratique des œuvres commandées à chaque caste et à chaque fonction. La fidèle observation des prescriptions sociales et religieuses était un signe d'expiation et un titre à une renaissance plus heureuse. Cette renaissance plaçait lame dans des conditions meilleures pour obtenir son affranchissement ultérieur ; et ces conditions meilleures n'étaient autre chose que la prédominance d'un instinct supérieur sur un instinct inférieur (C). L'ame, condamnée à entrer dans les corps , devait y trouver des chaînes et des obstacles ; et, à mesure qu'elle s élevait, par l'exercice de la liberté et par la lutte, dans l'échelle des réhabilitations, elle trouvait dans un organisme nouveau des chaînes moinsdures,etdesobstaclesmoinsdifficilesàvaincre(3).
'demi-dieux aux chars aériens , les génies des astérismes lunaires et les •daityas, forment le premier degré des conditions de bonté (satwa). — Ma- Jiava Dharma Sastra, liv. xir, 4$. — La naissance du Brahmane est l'incarnation de la justice, Mon. Dh. Sast. y liv. xix , 48.
(x) Le roi , les guerriers (kchactrias), les conseillers spirituels des rois et les hommes très habiles dans la controverse forment l'ordre intermédiaire de la qualité de passion (radjas). Mon. Dh. Sastras , liv. xxi , 46.
(a) Les éléphans, les chevaux, les soudras, les barbares méprisés des lions, les tigres, les sangliers, forment les états moyens procurés par la qualité d' obscurité (tamas). Man. Dh . Sast., liv. xn 43.
(3) « Les ames douées de la qualité de bonté acquièrent la nature divine; les ames plongées dans l'obscurité , sont tombées dans l'état des animaux ; celles que domine la passion ont en partage la condition humaine; telles sont les trois principales sortes de transmigrations. Voy.lanote C.
5o DU SYSTÈME PHRltt*OL0O!Qff£.
Plus tard, des théologiens s'élevèrent dans l'Inde contre la doctrine delà liberté* contre celle des œuvres et des devoirs sociaux. Ils proclamaient que le désir de lame était la jouissance ou. la délivrance. Ces théologiens enseignèrent aux hommes les moyens de se délivrer des conséquences du péché, et de s'affranchir d'un seul bond en cessant d'agir dans un intérêt social , en cessant de lutter contre les instincts corporels dans un but d'activité sociale: ils conseillèrent aux aines de se soustraire à l'empire fatal de ces instincts qui sont la source de toutes nos douleurs , en cessant tout rapport avec le monde extérieur: ils prêchèrent la science du salut par la connaissance de Dieu, par L'identification avec Dieu, par l'anéantissement des sens, par le silence des organes de la vie animale, par l'inaction absolue, ou par le suicide (i).
A côté de ces théologiens parurent des philosophes qui proclamèrent l'empire des instincts et la vanité des ■' efforts de ceux qui cherchaient non-seulement à s'en délivrer, mais encore à lutter contra leurs impulsions fatales: ils conseillèrent aux hommes de se livrer aux entrainemens des gounas, et de ne se soustraire qu'aux impulsions qui sont accompagnées ou qui peuvent être suivies de souffrances. Ils jetèrent ainsi les premiers germes de la doctrine de V intérêt bien entendu (2). C'est ainsi que le problème de la dualité fut posé et
(ij Voyez , dans le quatrième numéro de t Européen, notre article sur les sources du protestantisme chez les Hindous, ou examen comparé des systèmes théologiques orthodoxes; on y trouve la démonstration de ce que nous avançons ici.
(a) Tels sont les Kcharvakas et les Lôkagatikas. « Les élémens sont la terre, le feu et l'air. De leur agrégation dans les organes corporels résultent la sensibilité et la pensée, comme la propriété enivrante résuite du ferment
DU SYSTÈME PHR ÉCOLOGIQUE. 5i
résolu, par le protestantisme religieux et philosophique de l'Inde , dans le sens du panthéisme qui anéantit la personnalité humaine , et du matérialisme qui la rend souveraine et irresponsable : c'est ainsi que furent consacrés les principes aristocratiques de l'égoïsme^ celui de l'inégalité et de l'esclavage : c'est ainsi que fut pro*» clamé le principe de l'immobilité sociale. »• '
Il ne Faut pas s'étonner que les philosophes grecs > héritiers de cette science protestante, se soient Veik*fermés dans le cercle qu'elle leur avait tracé: mais nous devons nous étonner que le dogme de la rédemption ait pu rester dans les limites de cette philosophie ; nous devons nous étonner surtout que les hommes qui pour»suivent la conquête de l'égalité cherchent à maintenir ou à faire revivre une science qui en nie le principe:
Il est possible que les philosophes hindous aient te*gardé ces trois grdupes d'instincts organiques comme des substances distinctes; mais comme ces groupés représentent les penctians et les aptitudes de notre nature, ils peuvent être regardés comme les traces lés plus anciennes du principe de l'innéité. Plus tard ce principe a été formulé en d'autres termes , mais de la même manière. Les âmes raisonnable, sensible et
et des autres ingrédiens.» Citation des Âphorismesde Frihaspati par Bhaskara-Atchaiyu
« La fatuité de penser résulte d'une modification des élémeds agrégés <, de la même manière que le sucre mêlé avec un fermeut el d'autres ingrédiens, devient une liqueur enivrante.... La pensée, la connaissance, le souvenir , etc. ,sont les propriétés df une forme ou d'un être organisé.... Aussi lo*g-temps qu'il y a un corps , hr pensée existe , ainsi qne le sentiment du plaisir et de la peine. Ceux-ci n'existent pl«i dès instant où il n'y afftavéB corps, et de là, aussi bien que de la conscience de soi ««même, il est conclu que toi même { atman , ams ) et le corps sont identiques. » Cit. des comment, par CoUbrooke,
5a DU SYSTÈME PHRÉNOLOG1QUE.
aveugle, vinrent prendre la place du satwa, du radjas et du tamas (D) ; et lorsque ces trois âmes ne furent pas admises comme substances distinctes , lorsqu'une seule ame fut acceptée par la philosophie , cette ame fut regardée comme la source de toutes les manifestations humaines, organiques, animales ou spirituelles: la volonté , les sensations , les perceptions , les penchans , les aptitudes intellectuelles, les fonctions de nutrition ellesmêmes furent considérées comme des attributs du principe spirituel ou classées comme des facultés diverses du même principe (£). De là cette confusion qui a régné depuis Py thagore jusqu'à nos jours , confusion qui règne encore en psychologie, touchant les facultés de l'esprit et les aptitudes de l'organisme animal. On a attribué à l'âme des fonctions qui sont communes aux animaux et à l'homme , à un degré plus ou moins différent; et comme ces fonctions dépendent de l'organisme, et ne reconnaissent d'autre principe que celui de la matière organisée, d'autre loi que celle de la vie animale, le principe de l'activité humaine, dont l'existence n'est pas nécessaire à l'accomplissement de ces fonctions, a trouvé, dans la science, de vives et légitimes contradictions; il a été nié, parce que l'homme, représenté par tous les philosophes comme n'étant doué que d'une vie animale , n'a pas besoin , pour manifester son animalité, d'un principe actif et indépendant , survivant à l'organisme , dirigeant les instrumens charnels vers un but étranger à cet organisme , et créant une continuité d'œuvres dans l'humanité. La morale a suivi les destinées du principe ; elle a été niée. L'égoïsme et le droit , qui sont les attributs de la vie animale, ont pris la place , dans l'enseignement public,
DU SYSTEME PHRÉîiOLOG ÎQL'K. 53
du dévouement et du devoir, qui sont les attributs de la vie spirituelle.
Il est à désirer que la science chrétienne vienne exprimer et développer le principe nouveau , et qu'elle dise :
Comme condition d'existence de l'individu, la vie organique est la première; elle est (Tune nécessité impérieuse ; elle est commune aux animaux et aux plantes. Elle a été représentée, dans la science ancienne, par les ames végétative, instinctive 1 , irraisonnable, par le tamas des Indiens , etc.
Comme condition de sensibilité et de mouvement, au sein des circonstances extérieures et au milieu de nos semblables , la vie animale joue un rôle indispensable; elle est commune aux animaux et à l'homme. Tous les instincts, tous les penchans, toutes les aptitudes, tous les talens, toutes les /acuités, en un mot, s'il est nécessaire d'employer cette expression , qui servent à satisfaire un besoin animal de conservation ou de jouissance individuelle , appartiennent à la vie animale. L'ensemble de cet ordre de phénomènes a été représenté, dans la science ancienne, par les ames ou les facultés passionnées, sensibles, appétitives, motrices, intellectuelles, etc. L'ame raisonnable ellemême , au moins la plupart des facultés qui ont été assignées à cette a me parPythagore, par Platon, par saint Augustin, saint Thomas, etc., sont du domaine de la vie animale.
Comme condition de liberté et d'activité pour l'homme, ayant une œuvre à accomplir dans l'humanité, ayant des sacrifices à faire pour faire triompher le principe spirituel de l'égalité , il y a nécessité d'une vie
spirituelle. L'homme seul en est doué. La vie organique et la vie animale sont subordonnées à celle-ci; si elles fonctionnent autrement que comme instrumentantes de la vie spirituelle, elles cessent de manifester l'homme. Sans la vie spirituelle, l'unité de but disparaîtrait devant les diversités de penchans et d'aptitudes; l'égalité disparaîtrait devant l'inégalité, le dévouement céderait la place à 1 egoïsme, le devoir au droit; l'humanité cesserait d'exister; l'individu, ou des troupeaux d'hommes subsisteraient seuls , avec leurs goûts, leurs penchans divers, avec leurs passions opposées, avec leur égoïsme ou leurs droits, sans but commun , sans sacrifices communs, sans œuvre commune. La loi des instincts, celle des versatilités organiques régnerait seule, 0t le monde serait le théâtre de la guerre, de la destruction. Les espèces humaines se succéderaient comme les espèces animales , sans laisser rien après elles que la poussière de leurs ossemens. Les révolutions ne seraient plus des œuvres de douleur et de lutte dans lesquelles des générations viennent s'immolera l'avenir, à l'humanité, à la conquête du but commun; elles ne seraient plus que des changemens dictés par les caprices d'un jour, décidés par la force, et terminés par
le triomphe des passions les plus violentes et les plus égoïstes.
Les facultés de l'esprit distinguent l'homme : elles marquent sa grandeur et sa puissance. Or, ces facultés ne sont pas innées; lame ne les a pas reçues dans un monde meilleur comme le veulent Platon et les néo-Platoniciens , car lame ne préexiste pas à l'homme ; elles ne sont pas naturelles , elles ne sont pas représentées par des organes, comme le veulent les phrénologlstes ; elles
ne sont pas le résultat des impressions du inonde extérieur, comme le veulent, les sensualistes ; elles appar* tiennent au principe de l'activité humaine ; elles sont données à l'homme par l'enseignement moral du but commun et de l'œuvre commune.
Les aptitudes instinctives et intellectuelles, qui sont communes à l'homme et aux animaux, sont innées; elles sont naturelles; elles sont représentées par des organes; elles sont régies par les lois de la matière organisée et vivante; elles ne se manifestent qu'en vertu d'excitations physiologiques : elles ne sont donc pas des facultés du principe actif, car elles subissent toutes les conditions de la passivité ; mais elles sont des aptitudes instrumentales au service de l'esprit qui les nomme , les apprécie , les dirige , les modère, les excite, en vertu de la loi morale qu'il a reçue.
Voilà comment doit être résolue la question de l'innéité des penchans et des facultés, l<e système l'a résolue autrement.
Quant à la détermination des organes dont le système fait dépendre chacune de ces aptitudes, nous ne pouvons pas nous en occuper sérieusement. En admettant la pluralité des organes, des sens internes, et en regardant ces organes comme des parties de la masse cérébrale, le système a encore accueilli une vérité reconnue dans les temps les plus anciens (F); il l'a développée, il l'a démontrée d'une manière nouvelle. A cet égard, si nous nous bornons aux généralités physiologiques, qui seules peuvent être admises, le système a été dirigé dans ses démonstrations par les observations ordinaires bien plus que par ses découvertes anatomiques. Nous pouvons même affirmer que oes dépou-
vertes peuvent être ou ne pas être, sans que les vérités ou les erreurs du système cessent un instant d'être les mêmes. Comme la plupart des systèmes antérieurs, il s'est élevé à une généralité de Tordre physiologique; cette généralité il la établie avec plus de précision et de clarté : quand il a voulu aller au-delà, il s'est perdu, comme les systèmes antérieurs, dans des erreurs grossières touchant la coordination des facultés et des organes, touchant leur siège et leur mode d'action. En admettant que les aptitudes naturelles et animales dont nous avons reconnu l'innéité existent et se manifestent en vertu d'organes cérébraux, nous devons rappeler qu'il n'en est pas ainsi des véritables facultés de l'homme, de celles qui constituent sa vie spirituelle, sa vie humaine. Ces facultés ne sont pas innées , elles sont données par l'enseignement moral ; ces facultés nous ne saurions le répéter trop souvent, sont actives; elles sont contradictoires à l'organisation ; elles sont des libertés morales , tandis que celles-ci sont des nécessités organiques ; elles ne s'exercent jamais sans lutte, sans combat, et sans affecter douloureusement la sensibilité animale. Le système subit donc sous ce rapport une condamnation complète. Comme l'école sensualiste dont il a combattu victorieusement de graves erreurs , il a dit : Toutes les manifestations humaines dépendent d'impressions organiques reçues par l'ame : comme le système sankia, il a dit : L'ame humaine est placée sous l'empire des trois ordres d'instincts ( gounas), qui déterminent toutes ses actions : comme tous les systèmes panthéistes ou matérialistes , il a dit : Ou l'ame n'existe pas, ou, si elle existe, elle n'a d'autre missiop ici-bas que d'obéir aux impulsions
DU SYSTÈME PHR ÉCOLOGIQUE. 57
organiques qui ont le bonheur d être les plus vives, ou les plus énergiques , ou les plus persévérantes. Les systèmes spiritualistes, tout en acceptant une science fausse, admettaient la réaction du principe actif contre ces impulsions ; ils donnaient à la volonté un côté actif et libre, car le sentiment chrétien de la dualité, de Ja lutte des deux principes , ne pouvait être anéanti par les aberrations de la philosophie. Cette réaction du principe actif, le système ne saurait même l'admettre, puisque là où il y a une manifestation instinctive , intellectuelle ou morale, il signale une cause organique, une fonction physiologique de la vie animale.
Tels sont les enseignemens des phrénologistes touchant l'innéité des penchans et des facultés. Nous les retrouverons dans les tentatives de coordination qu'ils ont faites , et dans la théorie qu'ils ont essayée sur le mode d'action des diverses facultés, et à l'aide de laquelle ils expliquent les déterminations de l'homme. L'erreur ancienne dont ils se sont constitués les interprètes modernes s'y montrera palpable et flagrante.
Examinons maintenant la coordination que le système a établie des penchans et des facultés.
§ 2. — De la coordination des penchans, des aptitudes et des facultés.
Le système cesse désormais de se présenter à nous avec l'unité de vues et de sentimens que nous lui avons reconnu jusqu'ici. Une éclatante rupture a eu lieu dans le sanctuaire, et deux sectes en sont sorties, approtant chacune une coordination particulière, apportant
chacune une théorie différente sur Tordre et le mode d'action des facultés. Jusqu'ici nous avons pu parler du système, et généraliser dans celte appellation toutes les prétentions phrénologiques; maintenant nous devrons nommer tantôt Gall, tantôt Spurzheîm.
Gall a fait plusieurs essais de coordination. Après avoir décrété tour à tour l'existence et la radiation de quelques facultés; après avoir fait subir aux organes les mêmes vicissitudes , les mêmes déménagemens , il s'est arrêté à la coordination suivante. II s'élève progressivement des instincts aux aptitudes industrielles, aux divers penckans, aux sentimens et aux talens. Il désigne l'ensemble des talens sous le nom de jacultés intellectuelles, et 11 range les autres catégories sous le titre général de qualités morales (i). L'instinct de
(i) Nous avons soin de prendre nosrensejgqemeus dans le dernier écrit de Gall. Si nous voulions faire des plaisanteries, nous remonterions à j 808, et nous signalerions un livre où, parmi les organes communs à l'homme et aux animaux, se trouvent désignés l'organe des mathématiques, celui de la philologie, celui de la fierté et celui de la bonté. Ces deux derniers sont restes, mais nous ne savons si les deux autres sont encore regardés, dans les derniers livres de Gall , comme des organes communs à l'homme et aux animaux. En 1808 Gall n'avait reconnu que 25 facultés auxquelles il avait assigné des organes correspondons. Il est curieux de voir comment, à l'aide de reoseignemens et de réflexions sur les facultés, sur leurs combinaisons et sur leurs modes d'action , il est arrivé à en décomposer plusieurs , tout comme l'aurait fait un psychologue de l'école écossaise , par l'observation intérieure; il est plus curieux encore de voir comment il faisait déménager les organes, comment il les décomposait, ou les biffait de la carte cranioscopique, lorsque l'arrangement des facultés n'était pas à son goût. Le livre de 1808 dont nous parlons est une analyse d'un de ses cours, publiée avec son approbation. Nous sommes étonnés de n'y pas voir l'âne décoré de l'organe de la fermeté, car l'entêtement 4e cet apimal peu! être un mode d'action de la fermeté , tout aussi bieu que la bienveillance chez l'homme peut être un mode d'action de la douceur chez l'agneau , la chèvre, ou le
DU SYSTÈME PHB ÉCOLOGIQUE. 5o,
la propagation ouvre la marche. Cet instinct est bientôt suivi d'un autre qui porte l'homme et les animaux à aimer leurs petits. L'instinct de l'attachement vient ensuite avec l'organe qui le représente. Suivent l'instinct de la propre défense ou du courage , l'instinct carnassier ou le penchant à la destruction , le sentiment de propriété' ou le penchant au vol, la ruse ou la prudence, l 'orgueil ou la fierté, la vanité ou l'ambition, la circonspection, ou la prévoyance, l'éducabilité ou la mémoire des choses, le 6ens des localités ou des rapports de l'espace, la mémoire des mots, celle des personnes, le sens du langage, delà parole, ou le talent delà philologie, le sens des rapports des couleurs ou le talent de la peinture , le sens des rapports des tons ou le talent de la musique, le sens de la mécanique, le sens des nombres, celui de la sagacité comparative, l'esprit ou la tendance méta* physique, l'esprit caustique ou de saillie, le talent poétique, le sens moral de la bienveillance ou de la douceur, le talent d'imitation, de mimique ou d'acteur, le sentiment de religion et de Dieu, la fermeté de caractère; total : vingt-sept. Voilà les penchans et les facultés que Galldistingue en dispositions morales et intellectuelles. Ce sont ces dispositions, ces qualités et ces facultés qui font l'ensemble des forces fondamentales de l'ame,des fonctions spéciales du cerveau ; ee sont ces forces qu'il soutient être innées dans l'homme , et en partie dans les animaux, et dont la manifestation est subordonnée à l'organisation ; ce sont ces qualités et ces facultés dont « j'exposerai , a-t-il dit, l'historique de la découverte f l'histoire naturelle , les modifications dans l'état de santé et dans Pétat d'aliénation , le siège de l'organe
60 DU SYSTÈME PHRliNOLOGIQUE.
dans le cerveau et de son apparence extérieure sur la tête ou le crâne, etc. (i).»
Cette coordination ne satisfit pas Spurzheim. Il en proposa une nouvelle dans le but de rectifier l'œuvre de celui dont il avait accepté la doctrine. Celle qu'il a proposée est basée sur les mêmes erreurs fondamentales que celles de Gall; mais elle est plus ingénieuse, elle plaît davantage, elle est peut-être un peu moins éloignée de la vérité. Cette classification de Spurzbeim établit des distinctions qui en augmentent l'attrait. Il consacre le nom de facultés à toutes les manifestations de la vie animale (a). Il distingue deux ordres de facultés : au premier ordre appartiennent les facultés affectives; au second appartiennent les facultés intellectuelles, a La nature essentielle des facultés affectives est d'éprouver un sentiment ou une émotion de l'ame (3). » Parmi ces facultés, il en est qui sont communes aux animaux et à l'homme, et il en est qui sont propres à l'homme. La nature essentielle des facultés intellectuelles est de connaître. Il en est qui servent à recevoir les impressions extérieures ; ce sont les cinq sens externes. D'autres font connaître les objets extérieurs et leurs qualités physiques. A ces facultés se joignent celles qui font connaître les relations des objets en général. Celles qui réfléchissent terminent la série des facultés intellectuelles.
(i) Sur les Fonctions du cerveau , 1oa>. I, pag. 5a. (a) Essai philosophique sur la nature morale et intellectuelle dethomme % pag. 47.
(3) C'est ainsi que Spurzheim, comme tous les philosophes qui avaient hérité de la science panthéistique , avait fait regarder toutes les forces naturelles comme des facultés de l'ame.
DU SYSTÈME PHRÉWOLOGIQUE. 6l
Les facultés affectives communes aux animaux et à l'homme sont au nombre de douze. Les voici selon Tordre de leur progression : i° amour physique ou sens de l'amativité; a 0 amour de la géniture ou sens de la philogéniture ; 3° amour du séjour, ou le sens de rhabitativité (Gall n'avait pas songé à celui-ci (ï) ) ; 4° sens de rattachement, ou afFectionivité ; 5° sens du courage, ou combativité; 6° sens de la destruction, ou • destructivité; 7 0 sens de la construction, ou construo tivité; 8° sens de l'amour de soi, ou convictivité ; 9 0 sens de l'amour du secret, ou secrétivité; io° sens de la circonspection ; 1 1° sens de l'approbation ; 1 a 0 sens de l'amour-propre.
Les facultés affectives propres à l'homme sont au nombre de neuf. Les voici : i° sens de la bienveillance; a 0 sens de la vénération ; 3° sens de la fermeté ; 4° sens du devoir, ou conscienciosité; 5° sens de l'espérance; 6° sens du merveilleux, ou merveillosité ; 7 0 sens de la perfection, ou idéalité; 8° sens de la gaieté; 9° sens de l'imitation.
Les facultés intellectuelles qui font connaître les objets extérieurs et leurs qualités physiques sont au nombre de six. Les voici : i° le sens de l'individualité;
(1) Cet organe ou ce sens a été troqué par G. Combe» contre celai de la concentrat'mté , « car maintenant, dit ce phrénologiste anglais » des obser- « valions encore plus étendues rendent probable que sa fonction consiste en « partie à maintenir dans une activité simultanée et combinée , deux organes, « ou plus , de sorte qu'ils ne soient dirigés que sur un seul objet. > Il parait que si les pbrénologistes sont libres de faire déménager un organe , ils ont aussi la faculté de le dépouiller de ses anciens attributs pour lui en donner un autre, selon leur bon plaisir. Tout cela prouve bien que la méthode prétendue pbrénologique , tant vantée et opposée avec tant de fierté à la méthode d'observation intérieure, n'est pas d'un grand secours au système.
a* le sens de l'étendue; 3° le sens de la configuration; 4° le sens de la consistance; 5* le seus de la pesanteur; 6° le sens du coloris.
Les facultés intellectuelles qui font connaître les relations des objets en général sont au nombre de sept. Les voici : i° le seus des localités; a° le sens de la numération; 3° le sens de l'ordre; 4* le sens des phénomènes ; 5° le sens du temps ; 6° le sens de la mélodie; 7 0 le sens du langage artificiel.
Les facultés intellectuelles qui réfléchissent sont au nombre de deux : le sens de la comparaison et le sens de la causalité.
Total : trente-six facultés représentées par des organes, des sens internes. Parmi ces sens, il en est deux qui a existaient que probablement en 1820; ce sont ceux de la consistance et de la pesanteur. En i83a* ces sens ont été réunis en un seul, qui est le sens de la résistance et de la pesanteur ; un des deux organes a été rayé du catalogue en vertu de cette décision.
Il est des manifestations affectives de la vie animale qùi n'ont pas eu , dans les classifications de Gall et de Spurzheim, l'honneur d'être représentées par un organe cérébral. Telles sont, par exemple, les impressions de la faim et de la soif. Spurzheim reconnaît que ces besoins devraient être rangés parmi les facultés affectives qui sont communes à l'homme et aux animaux. Mais, dit-il, a les organes qui font éprouver ces sensations existent hors du cerveau; » elles doivent par conséquent être erctaes de la coordination phrénologique. Le système est aujourd'hui plus avancé; il a déclaré, par l'organe de M. Georges Combes, que le sens de la faim et de la soif a son iuterprète organique dans le
DU SYSTÈME PHRKNOLOGIQUE. 63
cerveau. Ce sens, qui est le même que celui de la perception des saveurs, a reçu le nom de sens de lalimentivité (i). Le sens de la perception des odeurs ( qu'il ne faut pas confondre avec l'impression des particules odorantes sur le nerf olfactif qui ne fait que transmettre cette impression au cerveau ) attend encore son organe spécial. Pour le moment, il est représenté par l'organe de l'alimentivité. Nous ne devons pas renoncer à l'espoir de voir uu jour l'organe de Xoljactivitè avoir une existence indépendante. L'amour de la vie a reçu en i83a son droit de bourgeoisie dans la physiologie du cerveau : il a été admis parmi les facultés fondamentales, ce qui n'arrive jamais sans qu'un organe cérébral ne soit immédiatement appelé à l'honneur de le représenter. Non-seulement cet organe a été découvert et décrit , on a encore trouvé le moyen d'apprécier son volume et son développement sur quelques parties du crâne, malgré la position obscure qu'on lui a assignée (a). En i835, M. le docteur Imbert a proposé à l'Aréopage phrénologique de Paris l'admission d'un nouvel organe destiné à représenter la faculté de respirer. Gel organe portera le nom de sens de la respirabilité($). Nous attendons impatiemment l'organe cé-
(i) Voyel un mémoire inlitolé : de l'aï! ment h lté , ou du sens de la faim et de la soif, comme faculté cérébrale primitive, par MM. Ombros et Théodore Pentelilbc. Journal de la Soc. phréo. de Paris, ociobre i835.
Nous nous étonnons qu'une aptitude perretante soit en même temps Une force impulsive. C'est comme sî Oall où Spufthein avaient dit que la mémoire des mois constitue l'éloquence , que la perception des couleurs ou celle des sons pousse à l'expression musicale, pittoresque, etc. Au reste, celte erreur est précisément celle que nous aurons à reprocher à Gall et à Spurzheim.
(a) Voye* le Journal de la soc. phrén. de Paris , avril i835, pag. 182. (3) Lettre du docteur Imbert sur un nouvel organe qu'il propose de
rébral destiné à la faculté d'exonérer les matières fécales, qui portera probablement le nom de sens de Xexcrèmentivitè.
Les phrénologistes sont en général plus disposés à accepter la classification de Spurzheim que celle de Gall. MM. Broussais père et G. Combes l'ont acceptée de préférence. Partout où la coordination psychologique de l'école écossaise avait été accueillie avec faveur, les esprits se trouvèrent disposes à accepter la classification de Spurzheim. Des variantes plus ou moins considérables ont été faites, mais en général cette classification a prévalu.
Examinons maintenant les systèmes psychologiques antérieurs à la phrénologie, sous le point de vue de la classification des facultés. Il n'en existe aucun qui n'ait essayé d'établir une série de forces fondamentales destinées à expliquer les faits affectifs , moraux et intellectuels de la vie humaine.
On trouve dans la philosophie sankia et dans le système des védantins, les traces de la plus ancienne classification psychologique. L'ensemble des facultés intellectuelles, comprenant les hautes facultés de la raison, est désigné par le boudhi ou l'intelligence. Les facultés intellectuelles, comprenant les faits de perception intérieure, ou les facultés perceptives de Spurzheim, y sont représentées parle marias, ou sens interne qui est un organe tout à la jois de perception et d'action, (i) Le sentiment du moi, la conscience, la
nommer organe de la respirabUité. Journal de la Société phrén. de Paris, avril iS35.
(i) La môme théorie est admise en phrénologie. Ainsi la /acuité de percevoir les saveurs et loi odeurs , est en même temps une faculté qui excite à
faculté de percevoir les rapports entre le moi et le non moi, et de s'approprier ce qui peut être convenable à l'individu , y est représenté . par l'ahankara. Ces trois organes internes sont accompagnés de dix organes externes, dont cinq servent aux sensations ( les cinq sens externes ) et cinq servent à l'action ( l'organe de la parole, les mains, les pieds, l'extrémité des organes excrétoires, et l'organe de la génération). « Il y a ainsi, disent ces philosophes, treize instrumens organiques de la connaissance; trois internes, dix externes, assimilés à trois sentinelles et a dix portes. Un sens externe perçoit; le sens interne examine; la conscience fait l'application personnelle, et l'intelligence résoud;un organe externe exécute (i). » Ces fonctions intellectuelles s'exécutent avec plus ou moins de sagesse, par il ne faut pas oublier les prédesti* nations organiques dont nous avons parlé., et qui font prédominer la bonté , la passion , ou la.stupidité ( satwa , radjas, tamas). C'est ainsi qu'a été étaWifi dès les temps les plus anciens Ja distinction de Spurzheim entre les prédispositions ou les impulsions organiques qui affectent l'ame, et les facultés qui servent à connaître; entre les facultés qui porteftt à l'action et celles qui mènent à la connaissance; entre lçs faits qu'on a assignés à la volonté et ceux qui se rapportent à l'entendement. Les organes de la bienveillance ou de la
manger el à boire; les facultés de percevoir la mesure et les accord»- sont en même temps des facultés qui portent à faire de la musique, etc. Pour les phrénologistes comme pour les Sankias, le même sens est à la fois un organe de perception et d'action , ce qui est assez difficile à concevoir.
(x) Essai de Colebroke sur la doctrine de Sankia, trad. de Pauthier, pag. 17, »8, et 19.
66 DU SYSTÈME PHRÊNOLOGIQTJE.
bonté, delà justice, delà vénération, de l'idéalité, etc., étaient représentés par le satwa. Ceux du courage, de la circonspection, de la sécrétivité, de rattachement, de l'amour physique et de l'amour des enfans,ceux de la convoitivité, de l'amour de l'approbation , de l'amourpropre, étaient représentés par le radjas, passion, impétuosité , cause de tous les tourmens de notre espèce, développé dans l'homme, moins dans les animaux, et nul chez les dieux. Les sens de la destructivité, les phénomènes instinctifs de l'organisme vivant, ou les fonctions de la vie végétative non perçues par le sentiment interne (manas), et non soumises à la volonté, y étaient désignés par le tentas ( obscurité, ténèbres, stupidité), très développé chea les animaux inférieurs , chez les mollusques et les insectes, dominant chez certains animaux supérieurs €t<chèz les hommes des castes inférieures, nul chez J les 'Brahmanes et chez les dieux. La res-
MI
régulateuptfistinet des organes qui l'exécutent. Il est de même tfes autres actes vitaux (i). JSihil novi sub sole.
Devons-nous fttppéler ici toutes les classifications qui ont été proposes par les philosophes , depuis Pythagore jusqu'aux successeurs de Gall et de Spurzheim ? Nous ne pouvons le faire sans sortir des limites qui nous sont imposées par le temps et par l'espace, aussi bien que par le but que nous nous sommes proposé en écrivant cet article. Bornons-nous à dire que la distinction fondamentale entre les forces organiques qui dispo-
(i) La respiration et les autres actes vilaux n'ont pas lieu d'eux-mêmes par une faculté intrinsèque, mais comme élant influencés et dirigés par un pouvoir régulateur. Essai de ÇoUbroke sur le Védania, pag. 184*
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sent ou impulsionnent à agir, et celles qui rendent propres à connaître, a toujours existé; qu'elle a été établie plus ou moins formellement par tous les philosophes, par Àristote comme par Platon, par Locke comme par Leibnitz, par Condillac comme par Reid, par Laromiguière comme par Gall , etc. Les premières ont été désignées sous la dénomination générale de volonté ; l'ensemble des secondes a été désigné sous le nom d'entendement, et les unes et les autres ont été* souvent confondues sous le nom d'idées. L'étude des facultés de l'entendement et de leur mode d'action a donné naissance à l'idéologie et à la logique ; celles des déterminations de la volonté a donné naissance à l'éthique ou à la morale. Chacune de ces forces complexes a été subdivisée en d'autres forces distinctes, plus ou moins simples ou réelles (1). Ces forces ont été considérées comme des attributs de l'âme, tandis que toutes celles qui appartiennent à la vie animale ne sont que des attributs de la matière organisée et vivante. Une grande confusion a régné dans ces coordinations diverses; le résultat le plus déplorable de cette confusion a été d'assigner au principe actif de l'homme tous les caractères de la
(1) Depuis Àristote l'entendement a été présenté comme ayant plusieurs facultés, la sensation, l'imagination, la perception, la mémoire, le jugement, l'attention , etc. A la volonté on a donné pour mobiles le plaisir et la douleur causés parles appétits, les désirs, et par la satisfaction ou la non satisfaction de ces impulsions. Cette théorie enseignée encore dans les écoles rappelle trop le système des Védantins qui présentait l'âme comme étant sous la dépendance des gounas et comme n'ayant d'autre but que le bonheur par l'affranchissement des liens du monde. En effet, l'homme , est- il dit dans les traités scolastiques , a été créé pour jouir du bonheur, et pour le chercher in bonis increads. I/ame émue par ee plaisir ou par cette espérance, est-il encore dit, est appelée a ne regarder qua Dieu, sans s'occuper des soins de ce monde.
passivité que les philosophes indiens et grecs avaient attribués à l'ame, en vertu du dogme de la chute et conformément aux doctrines du Vèdanta. Cette déplorable erreur, notre école s'engage à la combattre ; elle travaille à assurer au principe actif de l'homme l'empire et la liberté que le Christ est venu lui donner, en le délivrant des liens qui l'avaient enchaîné , en le rachetant de l'esclavage auquel il avait été soumis sous le règne (}u dogme antérieur. Cet empire et cette liberté de l'esprit ne consistent pas dans le renoncement à toutes les choses du monde extérieur, renoncement égoïste et individuel d'un panthéisme immobilisateur; mais ils consistent dans la lutte, dans l'action, dans le triomphe de l'activité sur les résistances matérielles et organiques, et dans l'asservissement de tous les obstacles qui s'opposent à la conquête de l'égalité et de l'unité humaine. Cet empire et cette liberté doivent se manifester par le. travail et par le dévouement au service de l'humanité.
a La compréhension de la psychologie, dit M. Lélut, n'est devenue complète, tous les élémens n'ont élé embrassés, que lorsque les psychologistes se sont avisés que les affections et les passions, les vertus et les vices, dont traitent les ouvrages de morale, sont des faits de premier ordre qui demandent, pour leur explication et leur ralliement , des pouvoirs et des facultés également primitives; lorsqu'en un mot les listes de facultés de l'entendement humain ont contenu à la fois, et en regard les uns des autres, les faits moraux et les faits intellectuels, les facultés morales ou principes d'action, et les facultés intellectuelles ou principes de pensée pure ou indifférente à l'action. Cette période décisive
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pour la vérité de la psychologie, après avoir été préparée par Huarte , Bacou , Shaftesbury , me paraît n'avoir réellement commencé qu'avec Hutcheson. A partir de là, elle n'avait besoin que de développemens , de rectifications et d'additions , et c'est là la tâche que se sont imposée Reid et D. Stewart. Gall n'est venu qu'ensuite, et je dirai, quand il en sera temps, ce qu'il a fait de plus qu'eux. »
Organologie à part, la coordination de Hutcheson, présentée au public en ïy55, dans un traité de morale, est à peu près la même que celle? dont Gall a donné les élémens un demi-siècle plus tard. Voici comment il a classé les facultés qui portent à l'action et que Spurzheim a nommées affectives. Il établit une classe affections intéressées auxquelles il rapporte la faim, la soif (l'alimentivité des phrénologistes modernes), le plaisir sexuel (l'amativi té), la convoitise ( la convoitivité) , l'amour des richesses ( l'amour de la propriété, penchant au vol ), celui de la puissance, celui delà réputation (approbativité et amour-propre de Spurzheim et sens de l'ambition de Gall). Il établit une classe affections malveillantes qui sont l'envie (qui n'est sans doute qu'un mode d'action de l'approbativité, de la convoitise et de la destructivité , chez les phrénologistes) , l'indignation et la colère ( modes d'action de la destructivité, selon Spurzheim). 11 établit une classe affections bienfaisantes qui sont : l'amour conjugal ( représenté par les phrénologistes par la combinaison de l'aflectionnivité , de l'idéalité, et de l'amativité physique), l'amour paternel (philogéniture), la bienfaisance , la pitié (bienveillance et douceur), la sociabilité ( sans organe spécial chez les phrénologistes),
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le penchant à la vénération , d'où la religion naturelle ( théosophie et religion selon Gall , vénération scion Spurzheim), enfin le sens moral (bienveillance de Gall ), désigné à part par Spurzheim sous le nom de sens du devoir , conscienciosité , amour de la justice , distingué delà bonté ). Ce sens moral comprend la conscience, la dignité ( fierté , Gall; estime de soi, Spurzheim), et le sentiment de la bienveillance universelle , qui est appelé à gouverner les autres facultés. Ce sentiment n'est pas naturel à l'homme , il n'existe qu'en vertu l'un enseignement moral; il en est de ce sentiment comme de tous les sentimens moraux , proprement dits, comme du sens moral de Hutcheson, de Reid , de D. Stewart , comme des sens de la conscienciosivité de Spurzheim , de la bienveillance , de la théosophie de Gall, etc. , qui ne sont pas naturels à l'homme. Hutcheson a donc , comme tous les philosophes l'avaient fait avant lui et l'ont fait depuis, classé une faculté spirituelle, née de l'enseignement chrétien, contradictoire aux lois de l'organisme qui se révoltent contre elle, au nombre des dispositions innées ou naturelles , au nombre des impulsions affectives.
Qu'en est-il résulté ? Nous avons vu la phrénologie,
fidèle à ces antécédens psychologiques , déclarer que l'organe de la bienveillance, si développé chez le mouton et le chevreuil qui lui doivent la douceur qui les caractérise, devient chez l'homme l'organe excitateur de la charité chrétienne (i)!!
(i) «Cet organe, dit Spurzheim, produit la bonté.... On peut le vérifier sur des espèces entières d'animaux et sur les individus de la même espèce. Le chevreuil est doux, le chamois farouche et méchant; le premier animal offre une saillie à l'endroit du crâne où Vautre présente un enfoncement...
DU SYSTÈME PHRÉPTOLOGÏQTTfi. 71
A ces facultés Hutclicson ajoute la curiosité ou le désir de savoir et de connaître (causalité de Spurzheim, ou esprit métaphysique de Gall) ; ïimitafion ( imitativité de Spurzheim , mimique de Gall ) , V amour de la grandeur , de la beauté et de la nouveauté (idéalité, configuration, coloris et merveillosité de Spurzheim); le goût du dessin (sens des couleurs de Gall, ceux du coloris et de la configuration de Spurzheim); V amour de V harmonie et de la musique ( sens de la musique de Gall, ceux des temps et des tons de Spurzheim).
Si nos lecteurs désirent connaître toutes les variantes qui furent faites à la coordination de Hutchcson par Hume, Raimarus, Beatlie, Ferguson, Hensterhuis, Reid et D. Stewart, ils les trouveront exposées avec tous les détails nécessaires dans l'ouvrage de M. Lélut. Pour nous , nous devons nous borner à faire des rapprochemens entre la classification de l'école écossaise et celle des phrénologistes. Ces rapprochemens ont pour but de donner la dernière évidence à ce que nous avons avancé dans notre premier article sur la stérilité de la méthode tant vantée par les phrénologistes, méthode qui ne leur a rien appris au-delà de ce que l'on savait un demi-siècle avant eux, parles secours ordinaires de l'observation et de la réflexion. Nous désirons beaucoup, par amour pour la justice, que les phrénologistes se montrent moins ingrats envers l'école écossaise dont ils ont accepté la méthode et
Chez les animaux cet organe se borne à une douceur passive; mais chez l'homme il produit la bonté, la complaisance, la miséricorde, l'équité, la piété, l'humanité, la bénignité, la bienveillance, l'hospitalité, la bienfaisance, l'amour du prochain, en un mot, la charité chrétienne.» Obs ovations *urlapkrén.,f*$. 191.
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presque la classification, et contre laquelle ils ne cessent de s'élever avec une incroyable ténacité (G).
Reid ne se borne pas à classer les facultés affectives de l'homme; il envisage toutes les manifestations de la vie animale ; il en forme des groupes dont il résulte la coordination suivante. Reid distingué trois classes de principes d'action , ou de facultés actives : les principes mécaniques et les principes animaux, qui sont communs aux animaux et à l'homme , et les principes rationnels qui sont propres à l'homme. Les principes mécaniques se divisent en instincts et en habitudes; ils représentent les mouvemens automatiques de la vie animale. Les mouvemens relatifs à Yalimentation (alimentivité des phrénologistes), à la respiration (la respirabilité des phrénologistes) , les mouvemens de la station et de la marche , ceux au moyen desquels on rétablit brusquement l'équilibre, ceux par lesquels nous fermons vivement les paupières pour protéger les yeux (nou encore représentés dans le système des phrénologistes), sont les instincts, tels que les conçoit Reid. Il est deux dispositions naturelles que Reid regarde comme instinctives , Y imitation ( imitation de Spurzheim, mimique de Gall), et la croyance dont il trouve le principe chez les animaux, et qui peut être représentée par l'éducabilité et la mer veillosi vite de Gall. L'habitude, selon Reid, donne non-seulement de la facilité , mais encore de l'inclination à agir, et devient ainsi un principe d'action. Le langage articulé, l'art oratoire, sont un fruit de l'habitude.
Les principes animaux d'action se divisent en appétits , en désirs et en affections. Ils forment le fond de la nature animale. Parmi les appétits il range la faim
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et la soif (alimentivité) , l'appétit du sexe (amour physique), le principe d'activité propre aux enfans qui sont sans cesse en mouvement (sans organe chez les phrénologistes) ; les appétits factices auxquels les phrénologistes n'ont pas songé encore , qui attendent encore un organe excitateur, et qui font rechercher le tabac, l'opium, les liqueurs enivrantes , etc. Parmi les désirs, Reid a rangé le désir du pouvoir ( mal représenlé chez les phrénologistes par les sens de l'orgueil et de la vanité de Gall, par ceux de l'approbativité, de la convoitivité et de l'amour-propre de Spurzheim ) ; le désir ét estime (orgueil de Gall , sens de l'amour-propre et de l'approbativité de Spurzheim); le désir de connaissance (causalité de Spurzheim, esprit métaphysique de Gall); les désirs factices de l'argent, du luxe, etc. Parmi les affections, Reid classe Y affection paternelle y maternelle et de famille (l'amour de l'enfant, l'attachement de Gall et de Spurzheim); la reconnaissance, la pitié (mode d'action de la bienveillance, selon les phrénologistes); Y esprit pour la sagesse et la bonté ( mode d'action de la vénération de Spurzheim ) ; Y amitié ( mode d'action de l'attachement de Gall, de l'affectionnivité de Spurzheim, combinée avec la bienveillance de ces deux auteurs); V amour ( mélange d'idéalité , d'affectionnivité et d'amativité physique, selon les phrénologistes); Y émulation (mode d'action de l'approbativité et de la destructivité de Spurzheim); le ressentiment ou la colère (mode d'action de la destructivité, selon Spurzheim et Gall).
Les principes rationnels d'action, selon Reid, sont Y intérêt bien entendu, l'amour de soi , selon D. Stewart: (le côté rationuel de ce principe peut être reprc-'
74 DIT SYSTÈME PHR ECOLOGIQUE.
senlc parla circonspection de Gall et de Spurzheim), et le sens du devoir ou la faculté morale (conscienciosité , amour de la justice, sens du devoir, sens de bonté de Spurzheim, sens de la bienveillance de Gall ).
Parmi les facultés intellectuelles qui servent à connaître les objets et leurs rapports, Reid signale d'abord les cinq sens externes et les facultés perceptives qui s'y rapportent. Il signale ensuite la conception ou V imagination, le goût de la nouveauté^ celui de la grandeur et de la beauté (action combinée de la configuration , du coloris, des perceptions en général, de la merveillosité , de l'idéalité et de l'abstraction ); le jugement ei\e raisonnement (sagacité comparative de Gall, comparaison de Spurzheim); \ abstraction ( causalité de Spurzheim , esprit métaphysique de Gall).
D. Stewart, le successeur de Reid, a adopté, à peu près dans les mêmes termes, la coordination de son prédécesseur; les variantes qu'il a faites portent plus particulièrement sur la classification des facultés intellectuelles que sur celles des facultés actives. M. Lélut qui, dans son ouvrage, a recueilli et comparé la plupart des données psychologiques, anciennes et modernes, sur le point de vue de la coordination et du mode d'action des facultés, s'exprime ainsi : «Toutes les facultés instinctives de Gall et de Spurzheim se trouvaient donc déjà dans la psychologie et s'y trouvaient bien étudiées dans leurs phénomènes, dans leurs résultats , sous le nom de besoins, d'instincts , d'appétits, de désirs, de sentimens, d'affections, dépassions, de vertus, de vices, de crimes même, toutes impulsions naturelles, communes, dans leur essence au moins, aux animaux et à l'homme, et dont nous avons
DU SYSTÈME PHRÉNOLOG rQÏÎE. 7$
vu déjà que Hutchcson, Reimarus, Reid,etD. Stcwart avaient tenu grand compte dans leurs systèmes de psychologie Que dire, après cela, des prétentions de
la nouvelle doctrine? Elle vient proclamer une théorie toute nouvelle de l'homme moral et intellectuel , quand tout cela était déjà fait en grande partie par Hume, par Hutcheson, par Reid, et par D. Stewart: introduire une réforme radicale dans l'éducation , dans la morale, dans la législation, et jusques dans la politique, quand l'éducation, la morale, la législation , la politique marchent bien sans la philosophie et souvent
même à l'opposé de ses préceptes » Nous ne citons
pas le reste de ce dernier passage , car nous serions tentés de demander à M. Lélut pourquoi il s'est donné la peine d'écrire son livre. Nous croyons qu'il n'est pas nécessaire de démontrer que la coordination combinée qu'il propose des facultés de Reid et de Spurzheim , comme toutes les coordinations qu'il a fidèlement reproduites dans son livre, est mauvaise et défectueuse ; et qu'elle est mauvaise au même titre que toutes les autres, parce qu'elle repose sur le principe de l'innéitéde tous les mobiles d'actions, et par conséquent sur le principe de la passivité animale, qui n'est autre chose que le matérialisme ou le panthéisme. Nous étudierons les conséquences logiques qui doivent résulter de toutes ces coordinations diverses qui ne formulent pas nettement les principes certains, absolus, de la dualité humaine, de la libre activité de l'esprit, et de la passivité fatale de l'organisme : nous examinerons les conséquences de ces théories dans le langage , dans l'éducation, dans la morale , dans la législation et dans la po litique.
§ 3. — Du mode d'action des facultés admises par la théorie phrènologique , dans les manifestations dites de l'entendement et de la volonté.
Nous devons d'abord prier nos lecteurs de ne pas oublier que les erreurs des théories psychologiques sur lesquelles celle de Gall est venue renchérir , reposent sur Tune de ces deux affirmations : Ou toutes les manifestations affectives, morales et intellectuelles de l'homme, sont des facultés diverses de l'ame; ou bien les manifestations morales, affectives et intellectuelles de l'homme sont des propriétés diverses de l'organisme. Ces deux affirmations sont également fausses. Il est des facultés qui appartiennent au principe actif, elles constituent la vie spirituelle ou morale; elles sont contradictoires aux forces de l'organisme : celles-ci ne sont pas des facultés, mais des besoins ou des aptitudes, elles constituent la vie animale. Aux premières appartient la liberté qui n'est pas uue propriété de l'organisme, qui n'est pas innée, qui est l'essence même du principe actif et moral; aux secondes appartient la fatalité ou l'irrésistibilité, qui est la loi de la matière. Les fonctions animales ne sont donc pas des facultés du principe actif qui est en opposition avec elles; les facultés morales ne sont donc pas des forces organiques. Telle est la pensée qu'a exprimée saint Paul lorsqu'il a dit : « Je sais que le bien
n'habite point en moi, c'est-à-dire, dans ma chair
Je prends plaisir à la loi de Dieu, selon l'homme intérieur ; mais je reconnais une autre loi dans mes membres qui combat contre la loi de mon esprit, et qui me rend
DU SYSTÈME PHRENOLOGIQUE. 77
captif sous la loi du péché qui est dans mes membres.» C'est cette lutte sublime de l'activité spirituelle contre les impulsions charnelles qui assigne à l'homme le rang qu'il occupe dans la création. C'est par cette lutte que l'homme s'associe volontairement à l'œuvre et aux desseins de Dieu.
Nous pouvons maintenant aborder la troisième question de la théorie phrénologique.
Indiquer le mode d'action des facultés, c'est enseigner les lois de l'activité humaine , c'est par conséquent s'engager à résoudre le plus grand des problèmes psychologiques; aussi regardons-nous cette troisième question comme la plus importante, comme étant, de toutes les questions phrénologiques, celle dont la solution doit montrer à toutes les intelligences la valeur et la moralité du système.
Nous avons déjà, dans les pages précédentes, exposé les principes généraux qui dominent toute la théorie phrénologique sur les lois de l'activité humaine. Nous avons dit que, d'après les phrénologistes, toute détermination humaine procède directementde l'action isolée ou combinée d'un ou de plusieurs organes cérébraux représentant une ou plusieurs facultés fondamentales ou innées. Tel est le principe général qui domine le système. Le problème du mode d'action de ces facultés, dans les diverses manifestations affectives et intellectuelles, devient alors facile à résoudre; il suffit pour cela de chercher, pour chacune de ces manifestations , dans la liste des facultés admises , celles dont l'intervention est nécessaire pour les expliquer. C'est un jeu d'imagination qui n'offre rien de difficile; au contraire, nous le regardons comme très divertissant. C'est ce que
78 DU SYSTÈME PHKÉNOLOGIQUE.
nous verrons bientôt. Posons auparavant les deux faces du problème phrénologique.
Déterminer par la méthode cranioscopique et cerèbroscopique les facultés fondamentales. Cette première partie du système ne doit plus nous occuper. Les lecteurs doivent se rappeler avec quelle indépendance les phrénologistes se sont affranchis de leur méthode prétendue positive, lorsqu'ils ont arrangé les listes des facultés positives que nous avons reproduites dans le paragraphe précédent. Déterminer par V observation et par [induction de quelles facultés primitives dépendent telles et telles manifestations affectives ou intellectuelles; déterminer quels sont, parmi les faits nombreux del ordre affectif et intellectuel, ceux qui dépendent d'une seule faculté et ceux qui résultent de Vaction combinée de deux, de trois, ou d'un grand nombre de facultés. Ces deux termes de la seconde partie du problème phrénologique expriment ce que le système entend par ces mots : Mode d? action des facultés.
Nous avons dit que la phrénologie s'était attachée, à la suite de Hutcheson et de Reid, à combattre les doctrines des philosophes anciens et des modernes qui avaient érigé en facultés distinctes des opérations complexes et des déterminations qui ne se manifestent que par Faction combinée de plusieurs forces primitives ou fondamentales. C'est ainsi que X attention, V imagination, la mémoire, le jugement, la perception des philosophes ont été décomposées pour être rapportées à des modes d'action des facultés primordiales. C'est ainsi que les diverses affections, que les passions, les désirs et les senti mens, qui ont été énumérés par les
DU SYSTÈME PHR ÉCOLOGIQUE. 7g
philosophes , ont été regardés comme des modes d'action d'une ou de plusieurs facultés primitives. Les lecteurs ne doivent pas oublier cette donnée du système phrénologique, s'ils veulent nous suivre dans l'exposition que nous allons faire des modes d'action des fa* cultes admis et enseignés par les docteurs de l'école.
11 est encore un fait sur lequel nous désirons appeler l'attention des lecteurs avant d'entrer en matière. Ils doivent se rappeler que les théories, dites de l'entendement, représentent les phéuomèncs de l'ordre intellectuel, de l'intelligence indifférente à l'action, et qu'elles ont été traitées par les philosophes en dehors, comme leur étant tout-à-fait étrangères, des théories de la volonté, représentant les faits de l'ordre instinctif, passionné, sentimental ou affectif. Ils doivent se rappeler que les traités de logique et d'idéologie, qui s'occupent exclusivement des faits de l'entendement et des méthodes de raisonnement , ont été regardés comme n'ayant rien de commun avec ceux de morale ou d éthique, auxquels appartenaient seuls les faits instinctifs ou passionnels désignés sous le nom de volonté. 11 y a dans cette séparation deux erreurs dont Tune , plus grave, consiste à isoler les méthodes logiques du principe de toute certitude qui est dans la morale, dont l'autre consiste à étudier séparément des faits qui appartiennent à une science commune, et qui ne peuvent s'expliquer que par leurs rapports mutuels. La première de ces erreurs est une erreur de l'ordre moral ; elle n'a pas été aperçue par le système. Nous aurons à nous expliquer à cet égard. La seconde est une erreur de l'ordre scientifique, le système Ta aperçue et il s'est attaché à la combattre. Il a cherché à démontrer que
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les aptitudes complexes de l'entendement, ainsi que les émotions, les affections, les désirs, les passions, ne sont pas des réalités distinctes, mais qu'elles ne sont que des attributs ou des modes d'action des forces fondamentales (i), que, par conséquent, il n'y a aucune ligne de démarcation légitime entre les faits de l'entendement et ceux de la volonté. C'est ainsi que, sous le titre commun de physiologie du cerveau et de ses parties , et plus tard sous celui de phrmologie, furent comprises les deux divisions qui jusque-là avaient donné naissance à deux sciences distinctes.
Il y a d'abord une grande différence à signaler entre le mode faction des facultés enseigné par Gall et . celui qur a été enseigné par Spurzheim. Cette dif férence porte surtout sur les faits de l'ordre intellec-
(i) Voici quelques passages dans lesquels Gall exprimait sa pensée à cet égard. Nous citerons bientôt les paroles de Spurzheim. « L'attention, la perception, le souvenir, la mémoire, le jugement, l'imagination ne sont autre « chose que les divers modes et exercice d'une faculté fondamentale quelr « conque. Ils sont essentiels à chacune de ces facultés , quaud elles sont gra- « duées jusqu'à la puissance de créer, jusqu'à ce que l'on appelle génie. « Quand elles sont faibles , il y a un faible degré d'attention , de perception ,
« de mémoire, de jugement défectueux, et poiqt d'imagination Les
« passions sout l'activité très énergique des penclians et des talens. Il y a « passion dans le penchant à la propagation , comme il y a passion dans le
« talent de la musique Les affections sont tout simplement des mo-
« diCcations des divers organes. La douleur, le plaisir, la joie, la frayeur, le « chagrin, la peur, la colère, le désespoir, l'attendrissement, etc., ont lieu m quand certains organes sont affectes d'une mauière particulière. » PhysioU du cerveau, t. III, pages i34 et i36. Pour Gall les facultés dites de l'entendement, les passions, les affections, les désirs, etc., ne sont autre chose que des facultés des facultés qu'on appelle fondamentales, tes attributs communs aux penebans et aux talens. Nous verrons que Spurzheim s'élève contre cette opinion tout en rayant de la liste des facultés primordiales les facultés dites intellectuelles et morales des auteurs.
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tuel qui, après avoir été bannis de l'idéologie pure, avaient besoin d'être rétablis et rangés quelque part! Cette différence entre les deux auteurs, que M. Lélut regarde comme reposant plus sur les mots que sur les choses, nous semble très grande, à nous qui n'oublions pas si facilement les prétentions de la méthode cérébroscopique et cranioscopique que cette dissidence contribue à réduire à leur juste valeur; cette différence nous semble tellement grande et tellement importante, que nous ne saurions concevoir que le système pût exister sans se prononcer pour une des doc. trines rivales. Voici ces doctrines: laissons parler M. Lélut.
« Gall avait admis purement et simplement que la perception, la mémoire, lu réminiscence, le jugement et Y imagination sont, comme Y attention, des degrés et des modes d'action de toute faculté fondamentale, c'est-à-dire que chaque facullé, do même qu'elle peut percevoir les sensations et les idées de l'ordre qui lui est propre, peut aussi en avoir la mémoire et la réminiscence, peut comparer leurs rapports, ou les juger, peut inventer dans l'ordre spécial de son action. Spurzheim accorde bien que la perception , la mémoire, l'imagination, le jugement, ne sont pas des facultés primordiales, mais seulement des modes d'action de ces dernières; mais il nie que ce soient des modes d'action de toutes, sans exception. Suivant lui, tes facultés affectives en sont dépourvues, elles sont, à proprement parler, de simples facultés impulsives, des mobiles d'action qui n'ont ni perception, ni mémoire, ni imagination, ni jugement, qui n'ont pas même conscience de leur propre action ; ce sont les
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facultés intellectuelles qui ont tout cela pour les facultes affectives, et qui Vont en outre pour ellesmêmes »
En d'autres termes: Gall donne à chacune des facultés quatre attributs qui sont : la perception, la mémoire, l'imagination et le jugement ; de telle sorte que les besoin s, les instincts , les penchans doivent, en même temps qu'ils poussent à l'action, percevoir, se rappeler, imaginer et comparer les objets et les sensations qu'il est dans leur nature d'appeler. Ainsi l'organe de la faim et de la soif devrait non-seulement exciter l'homme à prendre de la nourriture , mais encore il devrait connaître , se rappeler , comparer et imaginer les saveurs et les odeurs (i). Ainsi les sens de la destructivité ou de la combattivité exciteraient l'homme à détruire et à combattre, en même temps qu'ils auraient la faculté de percevoir, de se rappeler, d'imaginer et de comparer les obstacles, les adversaires, etc.
Spurzheim déclare que, parmi les facultés , il en est qui sont uniquement impulsives, que par conséquent ces facultés ne sauraient percevoir, se rappeler, imaginer, ni juger, et que ces dernières aptitudes appartiennent exclusivement aux facultés qu'il appelle intellectuelles et qu'il distingue, pour cette raison, de celles qu'il a nommées affectives. Mais comme l'homme a la faculté de percevoir, de se rappeler, d'imaginer et de comparer ses propres impressions, Spurzheim a dû trouver dans sa liste des organes cérébraux un sens qui voulût bien se charger de cette besogne. Le sens des
(i) Nous devons remarquer que c'est précisément Spurzheim qui a créé l'organe de l'alimeotivilé qui est à la fois impulsif et percevant, ce qui est en contradiction awc la doctrine qu'il a enseignée ét que nous reproduisons ici.
phénomènes a été élu pour remplir cette fonction, en dépit de Gall qui le renferme dans ses premières attributions et ne veut l'accepter que comme le sens de IVducabililè ou de la mémoire des faits. Le sens des phénomènes, ou de X éventualité, n'en est pas moins déclaré par les phrénologistes connue destiné à être à la fois le greffier qui en registre, l'archiviste qui conserve, le juge qui compare et examine, le poète qui imagine et idéalise, tous les phénomènes qui se passent dans l'assemblée des organes intercraniens , sans pour cela renoncer à l'emploi d'annaliste des évènemens qui se passent dans le monde extérieur. Comme tout cela est ingénieux !
Maintenant que nous avons signalé la différence fondamentale des doctrines rivales , touchant les manifestations générales des facultés, nos lecteurs pourront comprendre plus aisément les subtilités delà théorie professée par le système sur le mode d'action des facultés. Exposons d'abord les solutions générales de la phrénologie touchant le mode d'action des facultés dans les manifestations dites de la volonté.
« La vocation, Y impulsion, etc., sont, suivant la phrénologie, dit M. Lélut, le résultat de l'action permanente, sourde et en quelque sorte chronique d'une ou de plusieurs facultés primordiales.
« Le désir, c'est le résultat pour ainsi dire aigu du commencement d'action de toute faculté vers son objet, et il est toujours accompagné d'un sentiment de bienêtre qu'on nomme plaisir.
a Le plaisir et la douleur ne sont que le mode le plus général de la satisfaction et de la non satisfaction d'un besoin ou d'une aptitude.
« U affection, c'est un sentiment plus fort et plus ca-
84 1>U SYSTÈME PHRÉNOLOGIQTJE.
ractériséque le désir et qui résujte de l'action d'une ou de plusieurs facultés. Suivant Spurzheim, c'est surtout un mode d action des facultés affectives.
a La passion, c'est le plus haut degré des affections ou de l'action d'une ou de plusieurs facultés, et surtout des penchans proprement dits, ou du premier ordre des facultés affectives.
« La volonté n'est vraiment que le plus haut degré du désir, et elle est d'autant plus forte que les penchans sont plus violens et moins réfléchis. Par conséquent la liberté est en raison inverse de la volonté (1), et cette liberté, loin d'être absolue, n'est elle-même dans son plus haut degré que la possibilité qu'a l'homme de choisir la détermination qu'il croit la meilleure d'après tous les motifs qu'il tire de sa raison , soit de l'action des facultés intellectuelles et affectives, soit des agens extérieurs. »
Ainsi , dans le système, la passion, P entraînement, V irrésistibiliùé et la volonté, sont la même chose et résultent également d'un mode d'action très éuer-
(i)M. Lélut qui est très fidèle dans son exposé, qui n'exagère rien, émet ici l'opinion des phrénologistes avec d'autant plus de sincérité, qu'il aura occasion de se montrer bientôt plus fataliste que le système lui-même . Voici comment il s'exprime quelque part dans son ouvrage ; « La volonté s exerce de bas en haut, depuis les besoins jusqu'aux facultés intellectuelles les plus élevées, et elle ne change pas pour cela de caractère. J'en appelle , à cet égard , à l'expérience personnelle de chacun ; on veut de la même façon, tout aussi fort, plus fort même, manger, procéJer au coït , défendre sa propriété, sa propre personne, qu'exercer un acte de bienfaisance ou se. livrer à la recherche d'un problème scientifique ; on le veut el on le lait. » Il s'attache à combattre l'opinion des phrénologistes qui distinguent la volition qui l'împulsionne, de la volonté qui veut ; en cela M. Lélut se montre plus conséquent avec les principes du système que les phrénologistes eux-mêmes, qui p'ont pas toujours le courage d'être conséquent.
DU SYSTÈME PHRÉNOLOGIQtiE. 85
gique, d'un ou de plusieurs organes provocateurs.
Passons maintenant à l'examen des solutions phrénologiques touchant les modes d'action des facultés dans les opérations dites de l'entendement.
« V attention, dit Spurzheim, ne peut être une seule et même faculté, car celui qui la posséderait devrait
être capable de l'appliquer à toutes sortes d'objets
L'attention résulte de l'état actif de toutes facultés intellectuelles , soit par sa propre force, soit lorsqu'elle est excitée par des impressions extérieures, ou par une ou plusieurs facultés affectives. Il résulte qu'il y a autant d'espèces d'attentions qu'il y a de facultés intellectuelles En général les facultés intellectuelles agissent
avec plus d'énergie quand elles sont excitées par les sentimens que quand elles sont abandonnées à leurs propres forces; mais c'est de leur activité seule que naît cet état de l'ame qu'on appelle attention. »
Ainsi , l'attention , selon Spurzheim , n'est autre chose qu'un surcroît d'activité d'une faculté, ou, en d'autres termes, d'un organe cérébral de l'ordre qu'il appelle intellectuel. D'après Gall , l'attention, comme la volonté, est un surcroît d'activité de toute faculté.
« La perception , dit Spurzheim , n'exprime pas une faculté primitive, comme des philosophes se le sont imaginé, car il y a plusieurs espèces de perceptions, qui ont lieu indépendamment les unes des autres, sans
qu'il y ait de proportion entre elles H y a autant
d'espèces de perceptions qu'il y a de sortes d'impressions
« Il me semble que les facultés affectives n'ont pas la perception de leurs propres irritations;.... Le sens des phénomènes en a une connaissance éclairée ; combiné
86 DU SYSTÈME PHRKNOLOGÏQUE.
avec les sens de la comparaison et de la causalité, il de'termine les espècss de perceptions intérieures comme celles des perceptions extérieures
« Les facultés affectives ignorent aussi les objets de leur satisfaction : la faim ne connaît pas les alimens , ni Je courage son adversaire, ni la circonspection l'objet de sa crainte, ni la vénération l'être auquel elle s'adresse, etc. » Gall prétend que Spurzbeim a tort de parler ainsi. Cette dissidence est un des points de- leur polémique tant soit peu acrimonieuse (G).
Ainsi la perception n*est autre chose qu'un mode d'action des facultés intellectuelles, du sens des phénomènes surtout, pour tout ce qui regarde les impressions intérieures. Selon Gall, la perception est le premier degré d'action de chaque faculté.
« Un autre mode d'action de l'esprit, dit Spurzheim, considéré ordinairement comme une faculté primitive, est la mémoire; mais cette expression est générale et signifie toute répétition des opérations intellectuelles... Les jésuites ont parlé d'une mémoire de faits , d'une mémoire versale, d'une mémoire locale, d'une mémoire chronologique.
« La mémoire n'étant qu'une répétition des perceptions préalables , je ne crois pas que les facultés affectives soient douées de ce mode d'action , pas plus qu'elles ne se connaissent elles-mêmes
« La réminiscence diffère de la mémoire en ce qu'elle est la répétition du sens des phénomènes qui connaît les fonctions de toutes les facultés. En d'autres termes, la réminiscence est la mémoire du sens des phénomènes. C'est ce qui fait comprendre comment Ton peut se souvenir d'avoir eu une connaissance sans pouvoir
DU SYSTEME PHRENOLOGIQUE. 87
se rappeler, et une autre fois se rappeler une notion reçue sans pouvoir se rappeler comment on l'a acquise. »
Ainsi la mémoire et la réminiscence ne sont qu'un mode {faction, ou une répétition d'une faculté perceptive, selon Spurzheiin, et de toute faculté, selon Gall.
« h 1 imagination, ou la faculté d'inventer, ajoute Spurzheim, est encore regardée comme une faculté fondamentale de l'entendement. Mais s'il y a une faculté primitive, cause de toutes les inventions dans les arts et dans les sciences , comment se fait-il qu'elle agisse différemment dans différentes personnes?.... Toute faculté a ses lois , et celui qui en est doué au plus haut degré en découvre souvent des effets inconnus , et c'est ce qu'on appelle inveuter. »
Ainsi, dans ce cas, inventer n'est autre chose que découvrir des effets inconnus d'une faculté. Cette invention n'est pas très heureuse.
«Quelquefois, ajoute Spurzheim, on désigne par imagination une activité des dispositions innées qui commence intérieurement par leurs propres forces sans être excitées par des impressions extérieures. Dans ce sens l'imagination veut dire une activité spontanée, et elle peut avoir lieu dans toutes les facultés. » Ici Spurzheim se range de l'avis de Gall.
« Cette expression, continue le même auteur, indique aussi les effets de la faculté fondamentale, à laquelle je donne le nom $ idéalité, l'imagination est alors synonyme d'exaltation.» Spurzheim dit cependant ailleurs que le sens de V idéalité a pour but la perfection , qu'il est le sens du beau , du grand , du sublime.
Ainsi , V imagination est ou la faculté de découvrir
88 DU SYSTÈME PHRÊNOLOGIQUE.
des effets inconnus des facultés , ou une activité spontanée d'une faculté quelconque ou un effet de Y idéalité. Tout cela est très satisfaisant.
« Le jugement , dit Spurzheim, passe aussi pour une
faculté spéciale de l'entendement Le jugement n'est
pas non plus une faculté spéciale; car la même personne, douée d'une espèce de jugement, en a quelquefois peu d'une autre sorte, ou manque entièrement d'une troisième.
« Le jugement n'est qu'un mode d'action des facultés intellectuelles ; les dispositions affectives sont aveugles, sans connaissance, etc.» Nos lecteurs connaissent cette opinion de Spurzheim. Il ajoute:
« On donne le nom de jugement à une manière d'agir de toutes les facultés qui connaissent, mais de préférence aux fonctions des sens , de la comparaison et de la causalité, parce qu'ils réfléchissent sur tous les autres et constituent ce qu'on appelle le jugement philosophique ou esprit d'induction (i). »
Ainsi, le jugement philosophique dépend de deux organes spéciaux, et le jugement ordinaire résulte d'une manière d'agir des facultés perceptives, mais de préférence encore de deux organes spéciaux. H est un de ces organes qui n'est pas admis par Gall , au moins il lui donne une autre fonction ; c'est celui de la causalité, dont il persiste à faire un organe de Y esprit métaphysique.
(i) M. G. Combes qui a enlevé à l'organe de l'habitativité la fonction d'attacher à la terre natale pour en faire uu organe de concentrativité , prétend que c'est à laide de ce sens que l'homme et les animaux ont la faculté de maintenir en exercice deux ou plusieurs facultés. Le sens de la concentrativité doit donc intervenir dans la méditation profonde qui accompagne l'opération intellecluelle dile le jugement.
Résumons la doctrine de Gall sur ce point et voyons comment il fait intervenir les modes d'action des facultés dans l'explication des diverses manifestations dites de l'entendement et de la volonté.
Qu'est-ce que l'attention? C'est un très-haut degré d'action d'une faculté quelconque.
Qu'est-ce que la passion ? C'est un très-haut degré d'action d'une faculté quelconque.
Qu'est-ce que l'imagination ? C'est un très-haut degré d'action d'une faculté quelconque.
Qu'est-ce que la volonté? C'est un très-haut degré d'action d'une faculté quelconque.
Qu'est-ce la perception? C'est un mode de sentir d'une faculté quelconque.
Qu'est-ce que l'affection ? C'est un mode de sentir d'une ou de deux facultés quelconques.
Qu'est-ce que le jugement? Un mode d'action d'une seule, de deux ou de trois facultés quelconques. Qu'estce que le désir , l'impulsion , le besoin? Ce sont des modes gradués d'action des facultés (i).
Voilà à quels termes se réduisent les solutions générales du système touchaut le problème do l'activité hu-
(1) Celte théorie de Gall qui établit des degrés si divers, depuis l'inactivité jusqu'au plus haut degré d'action, dans les modes d'exercice des facultés, a été caractérisée ainsi par Spurzheim : « C'est une plaisanterie de sa façon d'appeler l'impuissance un abus de l'amativilé , et de placer A la poltronnerie dans la combativité, la sensiblerie dans la destructivité, l'indiscrétion dans la secret i vite , l'ingratitude dans la bienveillance , etc. Quant à moi , ajoute Spurzheim, je définirai ce pas -âge un abus du bel esprit. » Essai philos, sur la nature morale et intellectuelle de C homme y p. xai. Spurzheim luimême qui est si sévère envers Gall est tombé dans le même abus , car il a souvent donné à un même orgaue des facultés diverses, opposées, contradictoires, et du moins totalement différentes. Voyez la note G*
Ç)0 DU SYSTÈME PHRÉffOLOGIQUE. *
maine. N'oublions pas que le mot faculté est synonyme d'organe cérélyal, et nous aurons une idée de la valeur psychologique et physiologique de cette extravagante doctrine.
Que dirons-nous maintenant des solutions de détail , de celles qui expliquent les divers désirs, les diverses affections, les diverses passions, les sentimens et les déterminations de l'homme individuel et de l'homme social ? Nous ne pouvons nous décider à reproduire toutes ces solutions; il suffira d'en citer quelques-unes; nous les abandonnons à la sagacité de nos lecteurs, qui découvriront facilement lesautres. Il suffira deleurdonner un échantillon du procédé phrénologique pour les mettre sur la voie de toutes les découvertes du système. Voici par exemple :
Qu'est-ce que la religion, selon Gall? Elle est un mode d'action plus ou moins énergique de l'organe de la théosophie, aidée de l'organe du merveilleux, et probablement aussi de celui de l'esprit métaphysique. Qu'estce que la religion , selon SpurzheimPElie est un mode d'action plus ou moins énergique de l'organe de la vénération ( organe de la théosophie de Gall) assisté des organes des sens de la causalité, de l'idéalité, du merveilleux , aidé quelquefois de ceux de la bienveillance, du devoir, etc. Ecoutez maintenant M. Broussais : « L'abstraction religion est un code formulé par des hommes injustes et avides qui exploitent à leur profit
le sentiment de la vénération dout la nature nous a
a doté pour d'autres fins; d'hommes qui se concertent pour empêcher le développement des organes du juge" ment et de la causalité, d'hommes qui s'opposent à
DU SYSTÈME PHRÉNOLOGTQUE. 91
l'acquisition des faits dans le but de donner la prépondérance à r organe du merveilleux (i). »
Qu'est-ce que la conscience, selon Gall? a La conscience n'est autre chose qu'une modification, une affection du sens moral , du sentiment du juste et de l'injuste, de la bienveillance. Selon Gall , ces trois sentimens sont identiques et représentés par le même organe, et selon Spurzheim, le sens moral ou du juste et de l'injuste se distingue de celui de la bienveillance et réclame un organe distinct. Gall ajoute : que la conscience est une affection de ces organes « comme une sensation agréable ou douloureuse n'est autre chose qu'une affection, une modification des organes de la sensation en géuéral (2). v
Qu'est-ce que la raison ?... G'est dans la définition de la raison que les phrénologistes se tirent difficilement d'affaire, malgré toutes les ressources de leur procédé ingénieux. Rarement ils se servent de ce mot; ils le rayeraient volontiers du dictionnaire ; c'est une pierre d'achoppement que le système n'aime pas à rencontrer. Evidemment la raison n'est pour eux qu'on mode éclairé d'action des sens intercraniens, selon Gall; c'est un triomphe soudain des sentimens supérieurs sur les sentimens inférieurs, selon Spurzheim. Nous avons parcouru toutes les pages écrites par les principaux docteurs de l'école; il nous a été impossible d'y trouver une solution qui pût se traduire par d'autres termes.
(1) Voyez le discours prononcé à la séance annuelle de la Sociélé phrén. de Paris, le 22 août i8S5, etreproduit dans le numéro d'octobre du journal de cette Société , p. 40 1 .
(a) Physioi, du cerveau, t. V, p. 384.
92 DU SYSTÈME PHKÉ*NOLOGIQUE.
Le mot raison nous est apparu bien rarement ; nous avons rencontré celui de volonté éclairée dans les livres de Spurzheim. Or la volonté éclairée, dans le système , n'est autre chose qu'une impulsion d'un ou de plusieurs sens supérieurs dominant les sens inférieurs (i). Mais une volonté éclairée suppose le libre arbitre , et le libre arbitre , comme nous le répéterons avec tous les hommes sincères, ne saurait être admis par les phrénologistes. « A l'instant où l'on préconise le libre arbitre, dit Gall , l'homme ne se trouve-t-il pas sur les bords glissans de l'abîme ? On dit, et je le dis aussi, que l'homme abuse de sa liberté, mais quel motif a l'homme d'en abuser , si rien ne le meut dans son intérieur et ne l'excite à des actions illégales? (2)» S'il n'en abuse pas , si au contraire il s'en sert dans une peisée morale, agit-il ainsi parce qu'il y est organiquement entraîné. Gall ne manque pas d'ajouter : « Cest toujours un développement très -favorable d'un organe, une énergie inaccoutumée de sa fonction, gui produit le penchant à la bienveillance , les idées et
(1) Voyez V Essai sur la nature morale et intellectuelle de l'homme. « Les idéologistes conviennent , dit Spurzheim , que les senti mens sont aveugles et ne peuvent éviter l'erreur que par le secours de la raison , laquelle doit établir l'harmonie entre les facultés fondamentales de l'homme. » Dans ce cas , la raison sérait une activité indépendante de ces facultés fondamentales et des organes qui les représentent ; mais il n'en est pas aiusi dans le système. La volonté éclairée y qui n'est autre chose que la raison dont nous venons de parler, est , selon le même auteur, la combinaison de l'intellect avec les désirs, c'est V intelligence qui doit reconnaître certains désirs supérieurs ehpréférables. Or, Pinlelligence n'est autre que l'action des organes supérieurs ; il en résute que la raison est une opération organique.
(a) Physiol. du cerveau , 1. 1", page a 5 3. Remarquez l'habileté de Gall : il ne nie pas la liberté, mais il affirme que l'homme est poussé fatalement à en abuser.
."if
les sentimens religieux , le talent de la poésie; sans un pareil développement il n'y aurait ni grand musicien, ni grandpeintre, ni grand sculpteur, ni grand orateur; tous les arts et toutes les sciences seraient encore dans une obscure médiocrité (i). » Admirez avec quelle adresse GaH commande à sa plume et l'empêche de conclure logiquement ; admirez le soin qu'il met à ne pas produire, dans l'exemple, le sens et les mots qu'il avait mis dans la proposition. Pourquoi ne nomme-t-il pas la morale, comme il nomme les arts et les sciences? Le plus simple de ses lecteurs ne devait-il pas s'attendre h ce que de la proposition que nous avons écrite en caractères italiques, après ces mots sans un pareil développement, il tirerait cette conséquence logique qu'il n'y aurait ni homme moral, ni homme dévoué, ni homme vertueux. Il glisse adroitement à coté; et à propos des organes de la bienveillance , des idées et du sentiment religieux, il vient nous parler de grands orateurs, de grands sculpteurs, de grands peintres. Nous prions nos lecteurs d'apprécier cette bonne foi du maître, si fidèlement imitée par les disciples, sur laquelle nous aurons au reste à revenir dans la quatrième partie de notre examen. Rappelons-nous pour le moment la définition pbrénologique de la raison que nous avons donnée , et qui évidemment se trouve tout entière dans les paroles de Gall, que nous venons de citer. Passons.
Voulez-vous savoir d'où viennent le calembourg, le persiflage, la bouffonnerie, la caricature, le grotesque, l'ironie? De l'aclion du sens de la gaîté ou de la
(i) P h/iiol. du cerveau , t. I er , p. 264.
94 DU SYSTÈME PHRÉCTOLOGIQUE.
causticité , combinée , selon Gall , avec celle du sens de sagacité comparative qui estle sens du jugement. Spurzheim n'admet pas l'intervention de ce dernier sens dans le calembourg (i).
Voulez-vous savoic d'où viennent les visions? Gall vous dira qu'elles sont un mode d'action de l'organe de la mimique , ou de celui de la poésie , ou bien de l'action combinée des deux et de plusieurs autres (a) Spurzbeim en fait hommage à l'organe de la merveillosité.
Voulez-vous savoir d'où viennent les hiéroglyphes, la mythologie, les métaphores, les proverbes, les paraboles , les expressions qui imitent, les symboles, l'allégorie? Toutes ces choses ont la même origine que le calembourg ; elles sont un mode d'action de l'organe de la sagacité comparative (3).
Voulez-vous savoir pourquoi une femme est voleuse, tandis qu'une antre préfère être receleuse ? Chez celleci l'organe delà secrétivité est très-actif; tandis que celle-là aura les organes de la convoitivité et du courage plus développés.
Voulez-vous savoir la cause principale des suicides? Le suicide dépend le plus souvent d'une affection désagréable et prolongée de l'organe de la circonspection. C'est une véritable irritation chronique de la circonvolution qui représente cet organe (4).
(r) Observ. sur la pfirénologie , p. a 08.
(2) Physiol. du cerveau, t. V, p. 35o. — (3) Ibid., p. ao3.
('*) Physiologie du cerveau , tom. IV, pag. 334. Daus ces derniers temps on a associé à cette cause organique du suicide l'inactivité de l'organe de l'espérance. On a débité que cet organe était très peu développé chez Alibaud. Les phrénologistes se sont empressés de faire cette découverte à la suite de quelques propos de journaux qui ont été réconnus inexacts.
DU SYSTÈME PHRÉNOLOGIQUE. g5
Qu'est-ce qu'un poète? Selon Gall, un poète est un homme qui a l'organe du sens poétique très-développé et qui par conséquent fait bien les vers. Selon Spurzheim, un poète est un homme qui est doué d'un, organe de l'idéalité très développé et qui peut faire de trèsmauvais vers (i). L'action de l'organe de l'idéalité combinée avec celle des sens du merveilleux, de la gaîté et de l'espérance donne lieu à Yextase (2).
Voulez- vous savoir la différence qui existe entre Fattrition et la contrition. Nous prions nos lecteurs de se rappeler leur catéchisme , s'ils veulent comprendre les définitions suivantes données «n langage phrénologique. L'attrition est une affection désagréable du sens du devoir, causée par le sens de la vénération , assisté par celui de la bienveillance et par celui de la circonspection. La contrition est une affection de même nature; seulement, dans cette affection, c'est le sens du merveilleux et non celui de la circonspection qui vient assister ceux de la vénération et de la bienveillance (3). Les phrénologistes qui font consister le sentiment moral dans l'impulsion de quelques organes sont trèsconséquens en faisant consister le remords dans l'affection désagréable d'une circonvolution cérébrale.
Ne croyez donc pas que le système soit aussi étranger aux enseignemens du catéchisme qu'on pourrait le croire. En voici une preuve nouvelle. Rappelezvous les trois vertus théologales, et les quatre vertus
(1) Spurzheim, Observations sur la pKrcnolog'te , pag. 210.
(î) Essai philosophique sur la nature morale et intellectuelle de V homme, par Spurzheim, paç. 19Ï. Lisez le chapitre de cet ouvrage, intitulé : Explication de quelques teimes philosophiques , dans lequel l'auteur a jeté les bases du vocabulaire phréuologique.
(3) Même ouvrage, et même chapitre, pages x88 et 191.
96 DU SYSTÈME PHRÉNOLOGTQUE.
cardinales ; comptez-les sur vos doigts et vous aurez : pour V espérance, l'action de l'organe de l'espérance; pour la charité, l'action de l'organe de la bienveillance; pour la foi, les actions combinées des organes du merveilleux et de l'espérance. Pour la prudence, vous aurez l'action de l'organe de la circonspection combinée ave*c celle des sens intellectuels; pour la force, vous aurez l'action des organes du courage et de la fermeté; pour la justice , vous aurez a l'action des organes des sens du devoir, de l'amour de soi , et de la bienveillance en même temps. » Pour la tempérance , vous aurez tout simplement « le juste emploi des désirs sensuels,» quoiqu'on pourrait fort bien en faire un mode d'action de l'organe de l'amour de soi combiné avec l'inactivité des organes de l'ai imenti vite et de l'amativité physique (1).
Un homme est-il philologue ? est-il , à force d'études, parvenu à savoir le chinois , et à traduire les commentaires de Confucius ou le code pénal de la Chine ; cet homme-là est en possession d'un organe très-développé de la mémoire des mots, qui est le même que celui de la philologie, ce qui n'est pas très-flatteur pour les membres de l'Académie des inscriptions et belles* lettres. Spurzheim nomme cet organe le sens du langage artificiel, et à l'aide de cet organe il explique la faculté de créer des signes spirituels (2). Un autre homme est-il éloquent, est-il doué d'une grande facilité à
(1) Même ouvrage, pages 40 et 41.
(2) C'est ainsi que Spurzheim se trouve a chaque instant en contradiction avec sa propre doctriue. Il confond la faculté qui perçoit, se rappelle, compare, et imagine les mots, avec la faculté qui porte à les exprimer et i lea créer.
DtT SYSTÈME PHRÉNOLOGIQUE. 97
s'exprimer, parle-t-il avec élégance, avec pureté; il doit encore cet avantage au développement ou à l'activité de l'organe de la philologie, de la mémoire des mots ou du langage artificiel. La philologie et 1 élégance du langage sont sans doute des modes très divers d'action du même organe ; caries philologues sont rarement de beaux diseurs, et les beaux diseurs ne sont pas toujours de très savants philologues.
Un homme est-il profond investigateur des lois de l'activité humaine et de ce qu'on appelle les causes finales ? Cet homme sera sous le joug d'un développement excessif de l'organe de l'esprit métaphysique, selon GaM, ou de l'organe de la causalité , selon Spurzheim. Il en résultera que rechercher la cause d'un bruit qui nous assourdit et rechercher celle des phénomènes cosmogoniques , c'est manifester des modes divers de l'action du même organe.
Poursuivrons-nous l'exposé de tant d'extravagances?.. Signalons-en encore quelques-unes. Elles pourront servir à frapper les plus aveugles et les moins intelligens d'entre les partisans du système. L'expérience nous a appris que plusieurs sont inaccessibles à la compréhension des hautes raisons philosophiques; à ceux-ci nous devons parler le laugage des simples en nous adressant à leur bon sens. Nous continuerons donc ;
Quelle est, en langage phrénologique, la définition du doute? Le doute est le résultat de l'organe de la circonspection (1). Quelle est la définition de la croyance? La croyance est un mode d'action combinée des organes de l'espérance et du merveilleux.
(1) Même ouvrage, pag, 194.
98 DU SYSTÈME PHR^NOLOGIQUE.
Quelle est la véritable cause de la fierté dans l'homme? Elle est, selou Gall, un mode d'action de la force fondamentale qui porte certains animaux à habiter les hauteurs; tels que le bouquetin , le chamois. Spurzheim n'est pas de cet avis , et au lieu d'un organe pour ces deux manifestations , il en crée deux. M. Combes en fait l'organe de la concentrât i vite.
La peur est-elle causée par l'inactivité du sens du courage (Gall), de la combattivité(Spurzheim)? Oui, dit Gall; non, dit Spurzheim.La peur, selon ce dernier, est tout simplement une affection de l'organe de la circonspection. De là grande discussion entre le maître et le premier des disciples (1). C'est aussi un mode d'action du sens de la circonspection qui domine dans la mélancolie , dans la désolation , dans le découragement , dans la perplexité , etc.
Quant à l'amour, nous devons aux phrénologistes de bonne compagnie d'en connaître la nature complexe. L'amour, selon eux, est un mode d'action des organes de l'idéalité et de rattachement, auxquels vient prêter son puissant appui le sens de Pamativité physique : nous regrettons qu'on n'ait pas fait intervenir le sens de la merveillosité et de l'amour-propre, qui ne seraient pas déplacés dans ce groupe (a).
(1) Même Ouvrage, Appendix, pag. a37 ; et voyez aussi le grand ouvrage de Gall, Anat. et Phys. du Cerveau , tom. 111 , pag. 36 1.'
(a) Voici à ce sujet une citation, curieuse , dans laquelle l'auteur ne montre pas une très grance idéalité. « Une modification de rattachement est le mariage, dit Spurzheim. L'amour physique ne suffit pas pour faire vivre ensemble les mâles et les femelles pendant toute l'année. II y a des animaux qui sont sociaux sans être mariés ; d'autres vivent en société et en mariage, L'homme appartient aux animaux qui sont sociaux et mariés en même temps...,. Je nomme cet instinct attachement on affectionnivité. Son organe
DU SYSTÈME PHRÉNOLOGÏQTJE. 99
Qu'est-ce que la ruse? C'est l'action de l'organe de la ruse, selon Gall. Spurzheim n'est pas de cet avis; il ne veut pas qu'on admette un organe spécial pour la ruse, et il lui substitue celui de la sécrétwité qu'il place toutefois un peu au-dessous , en vertu de l'indépendance qui caractérise les phrénologistes dans leurs déménagemens et emménagemens d'organes. Gall s'irrite ; mais , au lieu de répondre à son infidèle disciple, il élude la question. Spurzheim réplique, et il ajoute : « Ce procédé prouve bien que M. Gall a de la ruse $ mais non pas que la ruse soit le résultat d'une faculté seule, ni que le nom d'instinct à cacher ( sécrétivîté ) vaille moins que celui de la ruse (i).»
Pourquoi un homme est-il irritable et susceptible ? Ecoutez M. C. Broussais, parlant du crâne de Spurzheim, dans son compte rendu des travaux de la société phrénologique en 1 834 : « si sa circonspection et sa haute raison (?), dit-il, n'étaient venus en aide à son tempérament lymphatique , il aurait peut - être eu souvent l'occasion de se repentir d'avoir obéi à l'action de certains penchans, à l'action, par exemple, de la destructivitéetde X approbativité, qui tendaient à le rendre susceptibilité et irritable à l'excès (2). »
Que dirons-nous de l'ambition , de cette passion qui
se compose de plusieurs portions. Si une d'elles est destinée au mariage, elle
doit être plus près de F organe de la plùlogéniture Ut » Spurzheim, Obs. sur la pftf., pag. i5a.
(1) Même Ouvrage, Jppendix, pag. a3o. Spurzheim^ejrtnrtbttan^à son maître toutes les prérogatives de l'organe de la ruse, 4e se trompait pis. A chaque page des livres de Gall, à chacune de ses parole*/ ou -reconnaît homme dout le savoir-faire ou la ruse n'était jamais en dcfauX l . ~.
(a) Journal de la Société phrén. , n° d'octobre t%3Ç.[ LL £ D E '
lvow y
IOO DU SYSTEME PHRÈNOLOGïQtJE.
aspire a la fois à la renommée et à la domination ? Les phrénologistes en font un mode d'action du sens de l'approbation qui est loin de comprendre le désir du pouvoir, mais nous pouvons aisément remplir cette lacune , comme on peut remplir toutes celles que le système a laissées; nous dirons donc que l'amour de la domination est un mode d'action des organes de l'amour de soi, de l'approbativité et de l'estime de soi combinée -avec des modes d'action des organes de l'acquisitr- .vité , de la fermeté , de la sécrétivité , etc. Si cela ne satisfait pas les phrénologistes, il leur reste une ressource, celle de créer de toutes pièces un sens nouveau sous le nom du sens de la dominativité. Le système <ne nous a pas dit non plus comment il explique les aptitudes spéciales pour la danse , pour la prestidigitation , pour l'instinct en vertu duquel l'homme menacé d'une chute fait des mouvemens qui rétablissent ou assurent son équilibre; pour l'instinct en vertu duquel il pare, sa tête ou sa poitrine, soit en tombant, soit dans une attaque imprévue; celui en vertu duquel il ferme les yeux à la plus légère cause qui peut irriter ces organes , etc. Nous attendons donc l'organe de la saltativité, pour comprendre le goût général de la danse et l'aptitude spéciale de certains danseurs privilégiés; celui de foprestidigitatwité 9 pour comprendre . les tours de gobelets ; celui de V équïlibritivitè , pour expliquer les sauts périlleux ; celui âe\aparatwité f pour concevoir les bâtonistes et les boxeurs (i) ; nous atten-
(0 Nous sommes étonnés que Yamour de la propreté uni resté jusqu'ici saus organe. N'est-ce pas une force fondameutale , active chez quelques animaux et chez quelques hommes f très inactive chez d'autres ?
DU SYSTÈME PHRÉNOLOGIQtTE. ÎOI
dons tous ces organes et bien d'autres encore. Si nous étions moins suspects , nous les proposerions à l'aréopage phrénologique de Paris, qui les accepterait comme il a accepté ceux de la respirabilité et de l'alimentivité. Nous croyons sérieusement que les docteurs de l'école en décréteront un jour l'existence, lorsqu'ils sauront qu'il existe dans l'Inde des castes prédestinées par leur organisme, aussi bien que par les lois, à perpétuer sur la terre, par voie d'hérédité, les fonctions de danseurs, de jongleurs, de sauteurs, de bâtonistes, ainsi qu'il est dit dans le code de Manou (i).
Irons-nous plus loin encore Insinuerons-nous avec
les phrénologistes que les divers systèmes, philosophiques qui ont régné dans le monde s'expliquent par la prédominance de certains organes qui a dû être remarquée chez leurs auteurs? Dirons-nous avec M. G. Combes que l'organe de la merveillosité était très grand chez Socrate et Platon ? Dirons-nous avec un des docteurs de l'école que la protubérance occipitale qui trahit l'organe de l'amativité physique était très développée chez Epicure, nous qui savons par l'histoire que ce philosophe enseignait et pratiquait une morale ausrtère , et que par cette morale il était en contradiction avec les données cosmogoniques et physiologiques de son système? Ne demandons pas aux phrénologistes ce qu'ils ne peuvent point donner, le savoir et la bonne foi. Laissons-les reconstituer à leur gré les crânes des fondateurs des sectes religieuses et des écoles philosophiques ; laissons-les évoquer de la poussière des tombeaux les huit os céphaliques de chacune de ces intelligences; nous ne
(i) Lib. XD-44 et 45. Y. la note G.
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verrons rien, dans ces prétentions, qu'il n'ait été déjà donné à l'homme de voir. La doctrine des tempéramens, celle des esprits vitaux, celle du froid, du chaud, du sec et de l'humide , le système de Lavater , ont tenté les mêmes efforts , et l'on sait le cas que les phrénologistesenfont aujourd'hui. Ne nous a-t-on pas donné le tempérament d'Alexandre -le -Grand, de Socrate, de Platon? ne nous a-t-on pas donné celui de J.-C. luimême (H)?
Demanderons-nous au système de nous expliquer l'amour de l'égalité et le sentiment de la fraternité humaine qui portent l'homme à se dévouer, à souffrir et à mourir pour en acquérir la réalisation? Le système sera muet. Nous parlerons pour lui, nous demanderons au langage phrénologique des mots qui uous permettent d'exprimer sa pensée. Nous dirons : Le sentiment de la fraternité est un mode d'action combinée des sens de la justice et de la bienveillance. Or, ces sens, qu'Aristote avait admis avec toute l'antiquité, n'ont jamais empêché les sages de l'Inde , de l'Egypte, de la Grèce et de Rome , d'assimiler les esclaves aux bêtes et aux machines. Si toutefois ces sens ne suffisent pas, dans le système phrénologique, à expliquer le sentiment de la fraternité qui remue le monde depuis dix-huit siècles et qui doit transformer les sociétés humaines , nous som» mes prêts à recevoir le sens de la fraternitivitè ou de Yégalitivité. Conçoit-on que le sentiment qui remue le monde et qui transforme les sociétés, depuis dix-huit siècles, puisse rester sans une circonvolution spéciale qui lui fasse l'honneur de le représenter dans une des zones les plus élevées de la topographie cérébrale? conçoit-on surtout que dans le système il ne soit jamais fait men-
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tion de ce sentiment qui domine tous les faits sociaux de l'histoire moderne?
Arrêtons-nous enfin. Nous ne pourrions aller plus loin sans exprimer vivement, trop vivement peut-être, les sentimens qui nous animent en voyant tant d'ignorance s'associe à tant d'impudeur. Nous laissons aux phréuologistes le soin d apprécier ces sentimens et de les expliquer, s'ils le veulent, par la prépondérance de quelques-uns de nos organes intercraniens , peu nous importe. Qu'ils expliquent, par les lois fatales de l'organisme, les jugemens qu'on porte sur le système, c'est là une des conséquences de leur doctrine; c'est là un acte de loyale et de courageuse logique dont nous leur tenons compte ; car c'est là une des pensées du système dans lesquelles nous saisissons flagrante et incontestable l'immoralité empreinte , de ridicule et de grossière ignorance , qui préside au système et qui en émane. Que nous importe au reste cette arme chérie des docteurs de la phrénologie?Elle est trop usée pour que nous puissions la redouter; de plus n'accuse-t-elle pas, aux yeux de toutes les intelligences, la doctrine fataliste de 1 école? ne trace-t-elle pas sur le marbre, en profonds caractères, la condamnation qui plane sur elle, qui doit la frapper au cœur et l'anéantir (i)?
(i) Les phrénologistes ont l'habitude de répondre aux attaques dont ils sont l'objet en les expliquant par les conditions organiques de ceux qui en sont les auteurs. Celle épi gramme de mauvais goût pouvant être dirigée tout aussi aisément contre les phrénologistes que contre leurs adversaires , nous semble une pitoyable ressource. D'ailleurs, elle leur serait d'autant plus défavorable que les apparences cranioscopiques , dit-on , ne parlent pas généralement en leur faveur. Mais nous ne tenons aucun compte de cette malicieuse observation , nous repoussons, au contraire, les conséquences
La voilà donc cette théorie si féconde en nobles destinées ! la voilà réduite , pour ceux qui veulent l'examiner , à adopter une langue qui, expression fidèle du système, n'est autre chose qu'une capricieuse et divertissante mystification ! La voilà donc cette théorie nouvelle et profonde dont le système devait faire présent au dix-neuvième siècle, réduite à reproduire tout ce qui avait été dit par les anciens et par les modernes surl'innéité organique despenchans et des aptitudes, réduite à faire quelques variantes à la coordination des facultés de l'école écossaise, réduite à n'avouer, comme entièrement neuve, que cette extravagante doctrine des modes d'action des facultés que nous venons d'exposer! La voilà donc cette théorie derrière laquelle les phrénologistes aiment tant à se retrancher, lorsqu'ils sont forcés d'abandonner le terrain périlleux de la cranioscopie et de la cérébroscopie !
Pourquoi toutes ces subtilités bizarres et incohérentes ont-elles été si laborieusement recueillies? Dans quel but tant d'efforts ont-ils été faits ? S'agissait-il de démontrer un principe nouveau? s'agissait-il de développer une donnée nouvelle? Non. Tout ce travail a été mis au service de l'axiome sans cesse répété depuis Aristote jusqu'à Cabanis : nihil est in intellectu quod prias non fuerit in sensu. Il est vrai que les phrénologistes s'imaginent encore aujourd'hui que leur doctrine est venue renverser cette ancienne affirmation; mais cette
qu'on pourrait en tirer , et nous nous bornons à faire remarquer que de pareils argumens ne tendent à rien moins qu'à faire intervenir dans la discussion , non-seulement les injures, mais encore l'emploi de la force , qui ne serait , dans ce cas , qu'un mode d'action des seus du courage et de la destruction combinée avec l'action des organes d'où partent les objections.
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prétention atteste leur ignorance aussi bien que leur inintelligence philosophique. Le système ne se trouvet-il pas tout entier dans cette affirmation? Renferme-t-il un seul mot qu'ils aient le droit de désavouer? Si les phrénologistes s'imaginent qu'Aristote faisait dépendre l'activité humaine de l'action des sens externes, tandis qu'ils la font dépendre de l'action des sens internes, ils ne font qu'ajouter un nouveau témoignage de leur ignorance à tous ceux que nous trouvons dans leur théorie. Jamais le philosophe du Lycée n'a placé dans l'action des sens externes le mobile de l'activité humaine. Condillac lui-même est à l'abri de ce reproche. Les phrénologistes ont fait contre les sensualistes une guerre qui rappelle le combat de don Quichotte contre les moulins à vent (J).
Qu'opposons-nous à cette doctrine si souvent reproduite par les matérialistes de tous les temps ? Quelques affirmations graves, simples et vraies doivent suffire 5 les voici.
L'homme est une activité servie par un organisme. L'organisme dans l'homme, est une instrumentais à l'aide de laquelle l'esprit est en puissance d'agir sur le monde extérieur, de combat tre les résistances, de vaincre les obstacles, de transformer le milieu dans lequel il vit en vertu d'une loi morale et en vue d'un but moral. Imprimera l'organisme des mouvemens propres à manifester l'activité humaine, accomplir la loi que cette activité a reçue, atteindre le but que cet organisme est propre à poursuivre, comprimer les impulsions animales qui s'opposent à la libre activité de l'esprit; lutter contre elles; tel est le caractère de Y humanité. Subir le joug de toutes les impulsions qui naissent de l'orga-
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nisme et qur s'y réveillent successivement, ne jamais accomplir un acte qui ne soit commandé par ces impulsions, être renfermé dans cette limite toujours la même depuis l'apparition des animaux sur la terre; tel eét le caractère de X animalité*
L'homme crée, invente, découvre des choses nouvelles et des lois inconnues, il perfectionne les instrumens de son activité et il en augmente sans cesse la puissance. Tout autour de lui rend témoignage de sa coopération à l'œuvre créatrice de Dieu; tout atteste que ses facultés acquièrent à travers les âges une grandeur et une activité nouvelles. Il n'était pas dès le commencement ce qu'il est aujourd'hui; il sera dans les derniers jours ce qu'il n'est pas encore. Toutefois son organisme, ses sensations et ses impulsions organiques ont été, sont et seront virtuellement toujours les mêmes.
L'animal ne crée rien, il n'invente pas, il ne perfectionne rien. Ses aptitudes ne grandissent pas, ses forces restent toujours les mêmes. Il est ce qu'il a été, il sera ce qu'il est , à la fin des siècles ; car il n'existe que par ses organes , et ses organes sont toujours les mêmes ; ils concourent à une existence et à un fin fatale, ils ne constituent pas une instrumentalité et ils ne concourent pas à un but d'activité.
Entre les manifestations de l'existence animale et celles de l'activité humaine, il y a donc cette différence qui domine toutes les autres et qui brille d'un éclat aussi resplendissant que l'éclat du soleil :
L'homme s'élève chaque jour au-dessus de ce qu'il était au commencement. Chaque jour il associe davantage sa volonté toujours libre à la volonté qui a créé l'univers. Chaque jour son œuvre grandit. L'animal
reste toujours le même, subissant, comme toute matière, la loi qui régit sa destinée et qu'il ne comprend pas; il naît, il croît, il meurt, ne laissant aucun héritage à sa race qui naît, qui croît, et qui meurt comme lui, accomplissant les mêmes actes, laissant le même néant et la même poussière; bien plus , si l'animal peut s'élever par ses forces naturelles, c'est en subissant le joug de l'homme, c'est à la condition de lui être asservi pour accroître l'énergie de son instrumentalité , et de devenir à son service une machine organisée et docile. '
Le progrès est donc une démonstration irrécusable de l'activité spirituelle de l'homme. En effet, de grandes créations, des conceptions inconnues, des sentimens nouveaux qui ont renouvelé les choses humaines, ont fait plusieurs fois leur entrée dans le monde à la suite d'une parole divine; et pour ceux qui ont entendu cette parole et qui y ont cru, il y a eu de nouvelles facultés, de nouveaux désirs, et des forces nouvelles, et par eux la volonté de Dieu s'est accomplie. De même que, sur le granit terrestre, dès les premiers jours de la création , diverses espèces organiques avaient paru à la voix de Dieu, portant à chaque apparition une organisation plus parfaite et une destinée plus générale, ainsi, sur le globe terrestre, lorsque l'homme eut paru à son tour pour être associé à la puissance du créateur, l'humanité dut se montrer à la voix de Dieu, et s'élever ensuite vers des destinées toujours plus vastes, manifestant à chaque révélation nouvelle des facultés inconnues et plus puissantes , accomplissant ainsi une suite progressive et réglée d'âges logiques, qui sont les grands jours de la genèse humanitaire. Ainsi, au règne de la famille a succédé celui de la race, au
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règne de la race a succédé celui de la société ; ainsi lé règne de l'humanité ou de l'unité humaine est appelé à succéder à celui des sociétés constituées selon la loi antérieure au christianisme. Ainsi, à chaque parole nouvelle, l'homme reçoit une loi nouvelle qui dirige toutes ses aptitudes vers un but nouveau 9 inconnu aux temps antérieurs.
La loi du progrès nous montre donc que l'homme est doué d'un principe d'activité étranger à l'organisme, et qui le domine; que ce principe d'activité commande des .œuvres toujours nouvelles, à cet organisme qui est toujours composé des mêmes parties.
En effet , lorsque un but nouveau a été assigué à l'activité humaine, la foi, l'espérance et la charité viennent communiquer à l'esprit de l'homme une puissance nouvelle ; il agit avec une certitude inébranlable, il espère sans cesse , il se dévoue sans relâche à l'accomplissement de la loi qui lui a été donnée. L'esprit, sous forme de sentiment, de désir, de volonté, de conception, se montre alors comme excitateur de toutes les opérations intellectuelles; il crée une hypothèse en harmonie avec cette foi, avec le sentiment qui le domine, et il appelle toutes les aptitudes organiques à concourir à la vérification de cette hypothèse. Ainsi, l'impulsion qui vient de l'esprit et qui domine les divers appareils nerveux qui constituent la logique individuelle, se distingue de l'impulsion qui vient réclamer la satisfaction d'un besoin de la vie végétative et de celle qui vient réclamer une satisfaction sensuelle et animale. Ainsi, l'esprit qui a seul la puissance de commander des actes conformes au but moral, qui a seul la faculté de diriger les aptitudes naturelles en les ap-
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pelant à un travail de vérification ou de réalisation,, se distingue de l'organisme animal qui ne peut connaître que des faits isolés, et qui n'aperçoit les fails que dans les rapports fatals qu'ils ont avec ses instincts. L'esprit seul parvient à formuler la loi générale des rapports étrangers à son organisme, qui dépassent les limites de son étroite sphère, dans le temps et dans l'espace; seul il s'élève de cette loi à la conception progrès; seul il reconnaît dans cette loi l'obligation fonctionnelle dévouement; seul il comprend dans cette loi le but de notre activité dans le monde, fraternité et unité. L'animal ne voit que les objets qui tombent sous ses sens, il n'aperçoit que les rapports préétablis qu'ils ont avec lui; il s'agite fatalement dans sa sphère; les diverses générations accomplissent sans liberté un cercle toujours le même, qui s'ouvre à la naissance et se ferme à la mort, qui se répète sans cesse, toujours le même, toujours identique. Le néant le précède, le néant le suit, il ne laisse au monde que la matière inerte de ses ossemens. Jamais il ne franchit les limites de son existence, il n'a de valeur que comme un instrument aveugle , matériel , fatal des desseins de Dieu ou des volontés de l'homme. C'est , en effet , l'esprit qui donne à l'homme le droit de disposer des animaux et d'élever leur chair ou leurs forces naturelles au rang d'instrumens de l'activité humaine.
Nous dirons donc :
L'activité humaine est une , elle n'est pas multiple, comme le veulent les phrénologistes qui assimilent l'homme aux animaux. Cette unité se montre par la continuité qui prend le nom de mémoire et qui persiste au-delà de cette vie. Elle se montre par la puis-
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sance de diriger, en vertu d'uue seule et même loi , en vue d'un seul et même but , toutes les aptitudes instrumentales diverses. L'animal ne connaît aucune loi, ne connaît aucun but , il est soumis aux forces intermittentes et diverses de ses organes, qui toutes concourent fatalement à la fin que Dieu leur a assignée. Il en serait de même dans l'homme, si la vie animale qui lui est commune avec les bêtes ne devenait chez lui une instrumentalité de son esprit, un moyen d'action sur le monde , une force au service de la loi morale révélée à l'esprit de l'homme. Si l'homme n'était qu'un animal dans le cerveau duquel quelques circonvolutions seraient ajoutées , dans le but de combattre les impulsions qui naissent des autres circonvolutions , comme le prétend le système, évidemment l'homme serait le plus mobile, le plus malheureux, le plus contradictoire des animaux; l'activité humaine, dans cette multiplicité d'excitations divergentes, fatales et successives, ne saurait présenter cette suite, qui est le caractère de l'unité, nous disons plus, l'activité elle-même disparaîtrait devant la passivité absolue qui caractérise tous les phénomènes de la vie animale.
En effet , le rôle de l'esprit ne consiste pas à subir la loi de variété et de successivité qui est propre à la matière, soit inanimée, soit végétale, soit animale; il consiste au contraire à imprimer à celle-ci l'unité qui est en lui, en faisant concourir à la réalisation du but de son activité toutes les aptitudes qui, dans l'organisme, ne peuvent se manifester que diversement et successivement. Par le langage, il crée un signe qui représente cette diversité et cette «uccessivité, de même qu'il exprime, par le verbe, les rapports de l'activité
qui est en lui avec la passivité qui est dans la matière , de môme qu'il exprime par le substantif et par l'adjectif la substance et l'attribut qu il aperçoit dans les êtres. L'esprit de l'homme n'a donc pas été créé pour subir les conditions de la matière; il n'est donc pas une abstraction destinée à représenter les forces organiques et animales, car alors il cesserait d'être; il n'est doue pas le moteur des opérations organiques et animales qui fonctionnent dans les végétaux et dans les animaux, ce qui serait conclure au panthéisme (i) ; mais il a été créé pour régir, dans un but étranger à l'animal, contradictoire à ses impulsions sensuelles, toutes les forces instrumentales de l'organisme.
Or , la loi. du progrès nous montre que l'homme est convié au travail qui crée , qui enseigne , qui dirige l'œuvre commune. Libre de choisir entre ce qui est de l'organisme animal et ce qui est de sa fonction humaine, l'homme est appelé à mériter ou à démériter devant Dieu et devant l'humanité.
Lliomme a donc un devoir à remplir, une loi à accomplir; et ce devoir, qui est toujours une lutte et une souffrance , atteste la puissance de l'esprit de l'homme dominant la paresse naturelle et l'égoïsme animal.
(z) Celte étrange confusion dont nous avons indiqué la source théologique dans un paragraphe précédent, est encore aujourd'hui un grand obstacle aux progrès de la psychologie chrétienne. Nous avons vu dans un journal prétendu catholique dont il ne nous appartient pas d'apprécier ici les doctrines , demander sérieusement aux savans de faire de nouvelles recherches sur Yame des bêtes, qui semble, au feuilletoniste chrétien, devoir être la même que celle de l'homme dépouillée de quelques-unes de ses facultés. Ceslà propos d'un mémoire de M. Geoffroy Saiut-Hilaire sur l'orang-outang du Jardin des Plantes, que cette pensée extravagante a été exprimée. Voyez le feuilleton de ÏUnivers religieux^ 829, du 10 juillet x836.
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Nier ce devoir , eu douter, c'est mettre au néant l'activité spirituelle qui distingue l'homme , c'est repousser tout principe de certitude et de création, c'est confondre le bien avec le mal , c'est proclamer les droits de Tégoïsme, la souveraineté du savoir-faire et de la force.
Développer, enseigner, défendre une science qui nie ce devoir , qui permet d'en douter, c'est se placer dans la condition du mal, c'est s'opposer au progrès, c'est appeler sur sa tête la condamnation de Dieu et de l'humanité.
Nous verrons, dans l'exposition que nous allons faire des conséquences de la doctrine phrénologique et des applications qu'elle réclame , que le système ne pouvait, enveloppé dans les langes du matérialisme le plus grossier, s'élever à de si hautes considérations sur la loi et sur le but de l'activité humaine.