XII LETTRE A MM. LES ÉLÈVES
que le doute règne, et avec le doute, la confusion et le mal.
Ce critérium a été placé dans le témoignage des sens. Or les sens sont impuissans à nous donner la loi des rapports qui existent entre l'activité humaine et le monde ; ils sont impuissans à nous donner le point de départ de toute conception scientifique; ils sont impuissans à nous donner la loi d'une seule des existences de l'univers , et de leur harmonie avec l'ensemble de la création. Cela est si vrai, que, quoique les sens soient toujours les mêmes , la science subit d'immenses variations dans le cours des âges.
Ce critérium a été placé dans la raison, dans certaines idées innées. Mais cette détermination est bien vague , tellement vague , que les affirmations les plus contradictoires , les plus diverses , l'ont invoquée tour à tour, et qu'elle s'est prêtée à toutes les prétentions les plus opposées.
Ce critérium a été placé dans le sens commun, dans l'autorité universelle du genre humain, dans la tradition. Mais où sont les interprètes de cette tradition, et quel est dans leur œuvre d'interprétation le principe de certitude qui les empêchera de faillir? Pourquoi devrions-nous foi et obéissance à ces interprètes?...
Ce critérium a été placé dans le sens intime, dans la conscience , dans la révélation du mot Mais l'évidence rationnelle d'un homme peut-elle s'élever au rang d'une autorité souveraine , d'un principe de certitude pour tous?