XIV LETTRE A MM. LES ÉLÈVES
qu'un système mis en action. Or , si dans ces derniers temps il y a tant de variations, si peu de solidité et de durée, dans les systèmes, n'est-ce pas parce qu'ils n'émanent point d'un principe de certitude absolu et capable d'imposer foi, confiance, sécurité à tout le monde ? La fréquence des révolutions modernes implique-t-elle autre chose que la recherche d'une certitude sociale, poursuivie par des tentatives répétées , ainsi que cela se fait en philosophie ?
S'il en est ainsi ( et quel homme habitué à regarder en publiciste et en philosophe pourrait en douter ), l'œuvre première, dans la politique comme dans la science, dans la science comme dans la poli» tique, est donc la découverte du principe de la certitude. Nous vous convions donc, Messieurs, à venir reconnaître avec nous ce critérium universel cherché si loin , et cependant toujours si près de nous. Ici nous réclamons de nouveau, en faveur du but que nous nous proposons, votre attention et votre recueillement.
Avant d'aborder une discussion difficile; posons la question dans ses termes les plus simples. Le mal est incompatible avec le bien. Le bien et le mal ne peuvent indifféremment concourir à diriger les hommes dans leurs rapports entre eux et avec la société. Cela est incontestable. Et cependant une vérité si simple que les consciences les plus perverties ne sauraient la méconnaître sans honte, reçoit tous les jours, dans son application, des atteintes graves, opiniâtres, systématiques, qui tendent à mettre en continuel péril l'existence sociale.
Proclamer que le bien doit attaquer, combattre
de l'école de médecine. xv et vaincre le mal , c'est proclamer la certitude morale , c'est agir en vertu de la certitude qui engendre toutes les certitudes humaines , et hors de laquelle il n'y a que doutes , ténèbres et chaos. Nier cette certitude, c'est faire rentrer au néant la création tout entière; c'est nier l'activité divine, l'activité humaine , c'est affirmer l'inertie et la fatalité universelles , c'est proclamer le néant.
En effet, la certitude d'une science est tout entière dans la sainteté de la morale qui en découle ; et la fausseté d'une doctrine se démontre par l'immoralité qu'elle porte dans son sein. Le critérium de la vérité n'existe pas dans les méthodes du raisonnement , car la logique humaine n'est qu'un instrument docile de démonstration : elle n'affirme rien; elle se borne à des inductions et à des comparaisons; elle ne fonctionne que lorsqu'elle est sollicitée par une affirmation qui n'est pas dans son domaine; elle n'est féconde qu'en vertu d'un principe qui a été posé en dehors d'elle ; pr, cette affirmation et ce principe ont leur source dans la morale qui est infaillible. Hors delà morale, le mal existe; avec le mal, l'erreur, l'ignorance et lç doute.
La morale est la loi de l'activité humaine. Tout sentiment, toute science, toute œuvre, qui est en opposition avec cette loi, nie le principe et le but de l'humanité dont cette loi est l'expression ; il isole l'homme et l'humanité pour les parquer dans leur individualité, sans relation avec l'ensemble des choses créées, et par conséquent sans fonction à remplir, sans œuvre providentielle à accomplir.
L'homme est une activité/Toute activité, pour