Exposé financier de l'Hon. Christopher Dunkin, trésorier de la province de Québec, soumis le 14 février 1868 [microforme]
L’Honble. M. Cnauveau fit rapport d’un message de Son Excellence, avec les estimés pour les 18 mois, à dater du ler juillet 1867 jusqu’au 31 décembre 1868. .
L’Honble. M. Dunxin se leva vers huit heures pour faire son exposé financier. Il dit:
M. l’Orareur,—Je regrette beaucoup d’être forcé, —e1 cette occasion où je sens qu’il me faut dire plus que je ne le ans physiquement faire dans les deux langues, plus peut-être que mes forces ne me permettent d’exprimer dans celle qui m’est la plns familière, —de demander à la Chambre la faveur de m'’écouter ce soir porter la parole en anglais seulement. Eîle excuseia, je l'espère, cette omission comme n’étant nullement volontaire de ma part; elle en imputera la cause non au manque de bonne volonté, mais à l’incapacité physique, ainsi que je viens de le dire. (Ecoutez, écoutez.) Je m’efforcerai, si l’occasion se présente—et il est fort probable qu’elle se présentera dans le cours de la discussion sur les subsides—de répéter en français ‘elles explications qu’il plaira à tout hon. membre de me demander. Dans des circonstances ordinaires, s’il y avait pour moi la moindre possibilité de parler dans les deux langues, je le ferais avec le plus grand plaisir.
En adressant la parole à la Chambre, à l’occasion de la motion que je dois présenter et que j'aurai à déposer entre vos mains, M. l’Orateur, j’éprouve un sentiment si profond de l’embarras de ma position que je ne puis me défendre d’y faire allusion même au début de mon discours. Si J'éprouve ce sentiment, ce n’est pas seulement parce que j'ai un devoir grave et difficile à remplir pour la première fois, pas seulement parce que ce devoir m'est imposé dans des circonstances peu ordinaires où mon travail doit nécessairement se ressentir de la hâte et de la presse des affaires, pas seulement parce que ce devoir est nouveau pour moi, ou .
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parce que cette Législature se trouve ici réunie pour la première fois. 11 y a encore bien d’autres considérations dont il faut tenir compte dans la conjoncture présente. Les circonstances qui nous ont réunis font de cette motion, dans le sens le plus strict du mot, une motion nouvelle. On peut dire que tout ce qui se rattache à cette procédure est nouveau; nouveau, au point de vue des institutions politiques qui ont amené notre première réunion ; et ces institutions je peux non seulement les qualifier de nouvelles, mais encore dire d’elles, qu’elles sont à l’essai. Aussi, la respon-
. sabilité que j’assume par Ja démarche que je fais aujourd’hui ne me paraît-elle que plus pesante. Qu’il se commette une faute, que ce système actuel manque de réussir par suite de quelque erreur de jugement de ma part, la responsabilité qui pésera sur moi ne sera certes pas légère. L’on me pardonnera donc, je l’espère, si je dis que le sentiment de cette responsabilité, au moment où je parle, est si fort que si je ne me sentais point soutenu par la sympathie bien certaine des membres de cette Chambre, sympathie basée sur une sorte de bon vouloir et—peut-êire le pourrai-je dire—de confiance personnelle en moi—[vifs applaudissements]—je serais plus d’à demi effrayé de la tâche difficile qui m’est dévoiue ce soir. Quoiqu’il en soit, je dirai à la Chambre qu’elle peut être certaine que tout ce que je dirai sera dit avec la ferme conviction que ce que j’avance est vrai, etavec toute la franchise, toute la sincérité dont un homme dans ma position puisse faire preuve à l’égard d’un corps délibérant. [Applaudissements.]
‘Avant de continuer, il est peut-être nécessaire que je dise quelques mots encore sur la nouveauté de notre position actuelle, position à laquelle j'ai déjà fait brièvement allusion. Après l’application pendant vingt-cinq 2 ans d’un système qui, lors de son introduction dans la ci-devant Province du Canada, requt le nom d’Union Législative ; après un fonctionnement de 25 ans de ce système prématuré peut-être dans son introduction, inauguré bien certainement dans dés circonstanc:s de sinistre présage et peu rassurantes sur sa marche ultérieure, assailli dans le cours de son histoire par une foule d’incidents qui tendaient à l’empêcher de fonctionner tout-
à-fait bien; après, dis-je, vingt-cinq ans de fonctionnement de cette pré- L d tendue union législative qui en vint graduellement à présenter une imita- | p tion de système fédérai, grâce à ce qu’on pourrait appeler le consentement q de tous, en ce qui concerne du moins la Province du Canada, on a inau- g guré un nouveau système de gouvernement, en vertu duquel nous sommes ri réunis dans cette enceinte. Cette organisation nouvelle s’appelle Union h Fédérale pour la distinguer de l’Union Législative. Elle comporte ne L n étendue géographique plus rande que l’ancienne Union qui, après vingt- É ri cinq ans d’existence, vient de s’éteindre. Elle vise à une extension ê p Ù géographique beaucoup plus considérable ; elle tend à s’annexer le grand 4 f territoire du Nord-Ouest, toute la vaste portion septentrionale de ce conti- É S nent de l’Amérique du Nord. Cependant ce régime, fédéral de nom, est j r entièrement nouveau sous bien des rapports essentiels. Il a beaucoup de \ n points de ressemblance superficielle avec le grand régime fédéral qui est c depuis longtemps en opération au sud de notre pays; mais il y a aussi Ë C des points de contraste radical entre les deux systèmes, points qui se # t
présentent partout. Etudié de près, notre système ne ressemble nulle- É ment à celui qui prévaut généralement dans le grand Empire dont nous . « faisons partie ; et pourtant je n’hésite pas à penser qu’il a plus de points
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de similitude avec ce système qu’il n’en a avec la constitution en apparence plus semblable de la Grande République situte au Sud du Canada.
Or, en inaugurant des institutions de cette nature, sous ce régime absolument nouveau, visant à de si grands résultats, entourés de tant de circonstances qui doivent empêcher l’homme circonspect de se sentir parfaitement sûr du but où ces résuliats peuvent conduire, il est de la plus haute importance que nousfassions nos premiers pas sous ce gra: 1 système nouveau, avec prudence, bonne volonté et droiture d’intentions. [Applaudissements.] Je pense 1e est essentiel, absolument essentiel que tout homme qui ge dit homme public en Canada, sans parler de celui qui a des prétentions au titre d'homme d’état, doit non pas seulement dire, mais prouver par ses paroles et par ses actes qu’il donne à ce nouveau système qui nous régit un appui cordial, franc, entier. [Bruyants applaudissements.] Ildoit montrer qu’il est décidé à le faire fonctionner de la meilleure manière poseible, sans l’idée préconque de lui faire prendre la forme d’une union législative, mais aussi sans songer à en faire Pare un système fédéral. Prenez le tel qu’il est Ne cachez aucune des difficultés qu’il présente. Nous sommes tenus de les examiner toutes. Regardons-les en face, hardiment et tout de suite ; mais regardons-les avec un esprit de ‘ustice, et avec la détermination de les surmonter, s’il est possible, l’une apiès l’autre. Nos plans n’ont pas pour objet de changer en rien notre système. Nous avons le désir sincère de le faire fonctionner de la meilleure manière possible, peu soucieux de la direction qu’il peut prendre, sans nous inquiéter s’il se rapprochera davantage du régime fédéral ou du régime législatif—et probablement il serait plus exact de dire—souhaitant qu’il ne change ni d’un côte ni de l’autre ; mais qu’il se conserve essentiellement tel qu’il est, sans tendance prononcée vers une forme plutôt que vers une autre, parce que Pétat qui assure le mieux l’existence d’une nation est celui où la masse du peuple est contente, heureuse et fière de ses institutions qu’elle développe et perfectionne continuellement, au sein de la paix et du repos.
Pour arriver à ce résultat, pour commencer à accomplir nos nouveaux devoirs avec cette disposition d'esprit, je n’hésite pas à dire qu’il est, je pense, nécessaire avant tout d’aborder les questions relatives à la position qu’occupe dans l’Union notre législature Provinciale, avec des vues dégagées de cet esprit de dénigrement qui, je regrette de le dire, n’est que trop répandu dans certaines régions. Que ce sentiment se manifeste dans les hautes sphères de notre société, qu’un parti considérable quelconque parmi nous se rnette à dénigrer les institutions qui, dans notre système fédéral, régissent les Provinces, et il est certain qu’on verra surgir un contre-parti puissant, et naître une agitation qui, tendant à développer le principe fédéral, et à augmenter l’importance des Provinces aux dépens de la Puissance, devra produire les plus funestes conséquences. Non seulement on réveillerait par là les cris irritants de section contre Section ; non seulement on s’agiterait de nouveau pour amener des changements dans la constitution—si mauvais que cela dût être—mais on ferait entendre ces cris de désorganisation, de discordes #t de désordres, précurseurs de l’agitation révolutionnaire. Nous devons nous tenir en garde contre ceux qui s’attachent à amoindrir l’importance des Provinces, qui disent que leurs atfaires peuvent être aisément conduites, et que la manière dont elles doivent être conduites est une question purement secondaire. Dans notre
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